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DE L'EVANGILE DE LUC :


Luc 2

2.22 Et, quand les jours de leur purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, Joseph et Marie le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur, -
2.23 suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur: Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur, -
2.24 et pour offrir en sacrifice deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, comme cela est prescrit dans la loi du Seigneur.
2.25 Et voici, il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d'Israël, et l'Esprit Saint était sur lui.
2.26 Il avait été divinement averti par le Saint Esprit qu'il ne mourrait point avant d'avoir vu le Christ du Seigneur.
2.27 Il vint au temple, poussé par l'Esprit. Et, comme les parents apportaient le petit enfant Jésus pour accomplir à son égard ce qu'ordonnait la loi,
2.28 il le reçut dans ses bras, bénit Dieu, et dit:
2.29 Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur S'en aller en paix, selon ta parole.
2.30 Car mes yeux ont vu ton salut,
2.31 Salut que tu as préparé devant tous les peuples,
2.32 Lumière pour éclairer les nations, Et gloire d'Israël, ton peuple.
2.33 Son père et sa mère étaient dans l'admiration des choses qu'on disait de lui.
2.34 Siméon les bénit, et dit à Marie, sa mère: Voici, cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction
2.35 et à toi-même une épée te transpercera l'âme, afin que les pensées de beaucoup de coeurs soient dévoilées.


POUR RUMINER LA PAROLE :

1. SITUATION.

Luc est l'auteur d'une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l'Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l'Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu'il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu'il s'adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l'Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).



L'Evangile de l'Enfance de Jésus selon Luc, se déroule, sur 2 chapitres, dans la succession d'un certain nombre d'épisodes : annonciation à Zacharie, annonce à Marie, visitation de Marie à Elizabeth, naissance et circoncision de Jean Baptiste, naissance de Jésus, présentation de Jésus au Temple, Jésus perdu et retrouvé dans le Temple à l'âge de 12 ans.

Lu selon la savante "mathématique" de Luc, qui s'inspire du livre de Daniel et de sa prophétie de 70 semaines d'années (Daniel, 9, 21 - 27), dans laquelle intervient "Gabriel" que nous retrouvons dans les 2 annonciations, à Zacharie et à Marie, cet Evangile de l'Enfance nous offre un cheminement qui va durer 490 jours, soit 70 semaines, depuis la scène initale de l'apparition de Gabriel à Zacharie au Temple, jusqu'à la présentation de l'enfant Jésus dans le même Temple (40 jours après sa naissance, qui, elle, a lieu 9 mois après sa conception, laquelle a eu lieu 6 mois après l'annonciation à Zacharie, comme le précise Luc, soit un total de 15 mois de 30 jours + 40 jours), qui représente le sommet de tout cet Evangile de l'Enfance, dans la mesure où Jésus y est proclamé, par le vieillard Syméon, comme l'achèvement de toute l'histoire d'Israël et la Lumière qui éclaire toutes les nations. Scène de la présentation au Temple qui rebondira dans la scène finale, dans laquelle Jésus, après avoir été perdu 3 jours (anticipation de son séjour dans la mort) sera retrouvé, toujours dans le Temple, pour l'entendre proclamer qu'il y est "chez son Père" (anticipation de sa résurrection et de son retour à Dieu).

A noter également que, tout au long de cet Evangile de l'Enfance, les paroles, discours et cantiques tiennent une place prépondérante, car ils nous révèlent, à leur façon, tout le mystère de Jésus Christ.



2. MESSAGE.

A travers cette scène de la présentation au Temple d'un enfant Juif, et de la purification de sa mère, selon la Loi Juive, nous est relaté, une fois de plus, ce que représente l'apparition de Jésus Christ en notre monde.

D'abord, au niveau du "mystère", dont Luc nous rend compte par le déroulement des 6 épisodes de l'Evangile de l'Enfance, autour du thème de la naissance de Jésus, selon la reprise qu'il y fait du Livre de Daniel, 9,20 - 27, les 70 semaines depuis le premier épisode de l'apparition de l'Ange Gabriel à Zacharie au Temple de Jérusalem sont écoulées au bout de ces 40 jours qui ont suivi la naissance de Jésus, et la prophétie du Livre de Daniel peut donc nous être montrée comme accomplie : en effet, avec l'entrée de Jésus dans le Lieu Saint, porté par ses parents, le Temple est consacré par sa présence, le Justice éternelle y est arrivée, et le "Saint des Saints", l'endroit le plus sacré de l'édifice, est "oint". Même si la prédiction de Daniel, écrite d'ailleurs après les événements qu'il est censé annoncer, avait été réalisée au temps d'Esdras et de Néhémie, suite au retour du peuple Juif de son exil à Babylone, et au temps de la re-consécration du Temple, par Judas Maccabée et ses frères lors de leur révolte contre le roi Grec Antiochius Epiphane, Jésus le Christ, apparaissant en notre monde, est bien le seul accomplissement définitif de tout le plan de salut de Dieu.

Il n'en reste pas moins que Jésus, par toute sa mission, va mettre fin à ce Temple, d'une part, en le remplaçant par le "culte en esprit et en vérité" (Jean, 4, 23 - 24) de son "OUI" au Père qu'il nous partage (Jean, 5, 30, entre autres nombreux textes), et, d'autre part, en rassemblant autour de sa présence de Ressuscité, dans l'Esprit Saint, tous ceux qui le suivent et forment avec lui, et entre eux, un seul corps (1 Corinthiens, 12, 12-13. 27). En achevant l'histoire et l'expérience d'Israël, Jésus la dépasse et la fait, d'une certaine manière "éclater", ce qui ne veut pas dire que cette histoire et cette expérience n'ont plus de sens aujourd'hui pour les croyants, indépendamment même de leur accomplissement, qui n'en demeure pas moins une grâce ineffable et extraordinaire faite par Dieu à ceux qui l'ont découvert et en vivent.

C'est bien d'ailleurs ce que chante l'hymne-prière du vieillard Syméon : le salut de Dieu est désormais accordé pour tous les peuples de la terre, y compris donc tous les païens. Jésus est à la fois la Lumière de la révélation à ces païens et la gloire d'Israël, toute l'humanité étant désormais unifiée en une même bénédiction transformante du Dieu Vivant. Une fois de plus, toute la mission de Jésus se trouve anticipée dans cette scène, pleine de suggestion et de symbolisme, de l'Evangile de son Enfance, mission qui va ensuite s'exprimer jusqu'au terme du parcours historique de Jésus (Luc, 24, 47).

Cet accomplissement définitif du dessein de Dieu, anticipé en cet épisode, et réalisé une fois pour toutes par l'envoi, la Parole, les gestes de miséricorde et l'engagement de Jésus disant "OUI" au Père jusqu'en l'heure de sa mort, ne se fera pas sans une épreuve de vérité pour tous les croyants et disciples de Jésus, à commencer par Marie, sa Mère : comme tous ceux qui sont, ou deviendront, proches de Jésus, elle devra découvrir en Jésus un autre visage du Messie que celui communément attendu en Israël, être témoin de la division des Juifs face à la Parole et aux gestes de Jésus, jusqu'à son rejet officiel, sa condamnation demandée par les autorités religieuses du Temple et du peuple, et sa mort sur la croix. De même que Jésus pleurera sur les villes du Lac de Galilée ainsi que sur Jérusalem et son Temple (Luc, 10, 12 - 15 et 19, 41 - 44), la mère de Jésus et tous les croyants seront déchirés par ce refus de croire en Jésus et l'hostilité que rencontrera son nom à toutes les périodes de l'histoire, rejet déjà annoncé dans notre texte par Syméon.




3. DECOUVERTES.

La Loi Juive ne prévoyait pas directement la présentation des enfants au Temple, mais seulement le rachat des premiers-nés (Exode, 13, 2. 12 - 13. 15), ainsi que la purification de la mère, accompagnée d'une offrande variable selon que l'on est riche ou pauvre : il s'agit ici de l'offrande des pauvres. Cependant, la procédure même du rachat prévu des premiers-nés, avec le versement des 5 "sicles" ( Nombres, 18, 15 - 16), ne nous est pas précisée dans notre passage, qui nous indique toutefois que les parents de Jésus ont bien "accompli tout ce qui était prévu par la Loi"
(verset 39).

Syméon est déclaré "prophète" par l'expression : "l'Esprit du Seigneur était sur lui" (voir à ce sujet : 2 Rois, 2, 15; Isaïe, 11, 2 et 41, 1; Ezéchiel, 11, 5). C'est bien sous la poussée de l'Esprit qu'il vient au Temple, intervient et prophétise sur Jésus (versets 26 - 28).

Cette présentation de Jésus-enfant, au Seigneur en son Temple, rappelle également celle qui fut faite jadis du jeune Samuel
en 1 Samuel, 1, 21 - 28.

Dans cette scène, le Temple lui-même devient un témoin de l'apparition, en lui-même, de Jésus Messie.

Syméon et Anne (dans la suite de ce récit) sont décrits comme accomplissant parfaitement la Loi dans leur existence personnelle. Cela nous était déjà dit de Zacharie et d'Elizabeth.

Syméon reconnaît et proclame que Jésus est "Christ", en des paroles qui rappellent celles du 2ème Chant du Serviteur du Deuxième prophète Isaïe (Isaïe, 49, 5 - 6). Il annonce, en outre, que Jésus deviendra "signe" et "pierre d'achoppement".

Le "glaive" dont Marie sera percée en son coeur n'est pas uniquement celui de la souffrance, mais aussi celui du jugement, dans la mesure où nous sommes ainsi conduits à une meilleure compréhension de ce qu'est Jésus et de sa mission. De ce point de vue, on peut y reconnaître le "glaive de la Parole de Dieu" (Hébreux, 4, 12 - 13).


4. PROLONGEMENT.

Le cantique de Syméon est toujours, pour nous aujourd'hui, le résumé de notre situation dans l'accomplissement du projet de Dieu réalisé par Jésus en sa mort-résurrection, et dans le don qu'il nous a fait de son Esprit Saint, qui le rend présent au coeur de nos vies comme Sauveur unique et universel de tous les hommes de tous les temps sans exception : achèvement de toute l'hsitoire antérieure d'Israël et ouverture à
"toutes les nations".

La fin des temps est bien là, et il nous appartient d'y laisser insérer notre existence historique de ce 21ème siècle.

La plupart des textes du Nouveau Testament concernant Marie, la Mère de Jésus, nous aident à deviner, de façon impressionnante, combien elle a vécu, dans sa découverte même de qui était Jésus dans sa réalité ultime, le dépassement toujours surprenant que demande notre foi, dans l'accueil, par grâce de l'Esprit Saint, du projet de Dieu, qui nous demande de renoncer à toutes nos idées et hypothèses préconçues, et souvent faisant fi de sa transcendance ineffable :

Lc 2:19- Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur.

Mystère de la découverte intérieure, par la Mère de Jésus, de la nouveauté radicale du dessein de Dieu que son Fils venait accomplir, en rencontrant des réactions de surprise et de contestation croissantes.

Surprise que l'épisode suivant, qui vient terminer cet Evangile de l'Enfance du Christ selon Luc, nous montre déjà à l'oeuvre chez les parents mêmes de Jésus :

Lc 2:48- A sa vue, ils furent saisis d'émotion, et sa mère lui dit : " Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! ton père et moi, nous te cherchons, angoissés. "
Lc 2:49- Et il leur dit : " Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? "
Lc 2:50- Mais eux ne comprirent pas la parole qu'il venait de leur dire.

Nous pouvons continuer cette découverte en allant lire :

- Jean, 2, 3 - 5,
- Marc, 3, 20 - 21 et 3, 32 - 35,
- Luc, 11, 27 - 28,
- Jean, 19, 25 - 27,
- Actes, 1, 12 - 14.



Seigneur Jésus,
comme le vieillard Syméon de l'Evangile de Luc,
qui t'a pleinement reconnu dans cet épisode de ta présentation au Temple de Jérusalem,
c'est également, et uniquement, dans l'Esprit Saint,
que nous pouvons te reconnaître aujourd'hui comme Seigneur et Fils "monogène" de Dieu,
que nous pouvons proclamer, avec toi, que Dieu est ton Père et notre Père,
et que nous recevons au plus profond de nous-mêmes l'amour dont le Père t'a aimé,
afin que nous l'exprimions en manifestant que nous sommes devenus tes disciples :
apprends-moi à me laisser toujours ainsi conduire par ton Esprit Saint,
tant dans l'acceuil de ton mystère de Vie, qui me transforme,
que dans l'écoute et la mise en oeuvre de ta Parole,
qui me permet de reproduire ton image en tous mes comportements. AMEN.
Tag(s) : #TEXTE LITURGIQUE DU JOUR et son Commentaire

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