Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 Luc 19, 1-10

Depuis une dizaine de chapitres, et un certain nombre de dimanches, nous accompagnons Jésus dans sa montée vers Jérusalem. Cet unique voyage qu'il fait, et qui va le conduire au bord de sa passion. Et nous sommes aujourd'hui, pratiquement, à l'avant dernière étape, Jéricho. Et de là, il va monter à Jérusalem ; il reste encore 40 kms à faire, 900 m de dénivellation. Jésus traverse cette ville de Jéricho, cet oasis importante.

Et à cette occasion, un événement se produit : la conversion d'un pécheur public. Et cet événement, nous devons d'abord le regarder comme tel, avant de voir le comportement du Christ qu'il nous révèle.


Cette conversion de Zachée est vraiment un phénomène qu'on pourrait trouver extraordinaire. N'oublions pas que nous avons affaire ici à quelqu'un qu'on n'avait pas le droit de fréquenter, un pécheur public, un collaborateur notoire, dont le métier était de collecter les impôts pour l'occupant romain et de se servir au passage ; car la rémunération de ces collecteurs d'impôts se faisait sur le dos des contribuables, dont on augmentait par 1, par 2 ou par 3 l'impôt à payer ; la différence allant dans les poches de celui qui était collecteur ou percepteur, le publicain ; donc, des hommes haïs, honnis de tous, pécheurs publics ; et quelqu'un d'extrêmement riche.

Et c'est cet homme-là qui se convertit. Et il se convertit d'une manière aussi surprenante que la conversion de saint Paul sur le chemin de Damas. Il faut voir un peu le cheminement qu'il fait : il est poussé par une curiosité - Paul était poussé par une haine de Jésus, attiré quand même par celui qu'on hait, celui qu'on poursuit, qu'on persécute. Zachée, lui, est curieux, il veut voir qui est Jésus. Donc, il essaie de le rencontrer ; du moins, il se cache pour le rencontrer, il s'arrange pour le voir ; il est ridicule, il est petit, immensément riche ; il monte sur un arbre ; ça n'est pas très digne, tout ça.

Et qu'est-ce qui se passe ? Jésus le rencontre. Il fait une rencontre extraordinaire de Jésus, qui le convertit totalement. Il est surpris par cette initiative de Jésus : " Je vais demeurer chez toi. " Il accueille Jésus avec joie, il est pris dans un cycle de relations nouvelles avec Jésus. Jésus vient, il l'accueille. Et dans cet accueil, il est pardonné, dans cette rencontre, il est retourné comme une crêpe. Et de lui-même, sans que Jésus ne lui demande rien, il produit les fruits de l'Esprit : la vérité - la vérité suppose qu'on se mette en cause et qu'on regarde le mal qu'on a fait. Donc, il rembourse quatre fois à ceux à qui il a fait du tort ; et de lui-même, il partage - attitude de vérité et d'amour, fruits de l'Esprit.

Ce n'est pas parce qu'il fait ça qu'il est converti, qu'il devient juste. Jésus constate, par ses fruits, que cet homme, vraiment, s'est laissé transformer le cœur par lui. " Aujourd'hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d'Abraham. " Cet homme est converti, et il en donne les preuves dans les fruits qu'il produit. Ce ne sont pas les fruits qui le conduisent à la conversion, il ne s'agit pas de produire une vie morale meilleure pour être converti ; c'est quand on est converti par l'Esprit de Jésus, gratuitement, que l'on change de vie.

Voici ce qui s'est passé pour cet homme - conversion subite, retournement, et puis voilà qu'il devient disciple de Jésus, et qu'il produit les fruits du véritable disciple de Jésus, c'est à-dire la vérité, et l'amour, la foi qui agit par le partage - le partage étant la forme la plus concrète de l'amour. Considérer l'autre comme un frère, le mettre debout, l'aider, partager.

Cette histoire de Zachée, c'est la nôtre. Et c'est bien l'appel que ce texte veut nous faire à nous, aujourd'hui. Dans l'Eglise, il y a deux sortes de convertis : les convertis subits, comme saint Paul, comme Zachée, comme un certain nombre d'hommes et de femmes de notre temps, Maurice Clavel, etc… On pourrait en citer un certain nombre. Tout à coup, cherchant Jésus d'une certaine façon, ils ont été marqués par une rencontre qui a transformé totalement leur vie.

Nous ne sommes pas de ces convertis, je pense, je n'en connais pas ici, de ces convertis subits, qui passent tout à coup d'une vie considérée comme sans valeur à une vie de qualité, dans la foi, l'espérance et la charité. Mais notre vie chrétienne, c'est exactement le même schéma. Nous avons beau être nés d'une famille chrétienne, avoir eu une éducation chrétienne, un catéchisme, avoir fait notre communion, être mariés à l'Eglise, et tout ce que l'on peut faire, nous ne sommes pas chrétiens s'il n'y a pas eu une ou plusieurs rencontres de Jésus qui nous ont transformés. C'est là que ça commence. La clé de tout, c'est que quelqu'un est venu à nous, dans notre vie, un jour, inattendu, d'une certaine façon, qui a eu l'initiative, sans que nous l'ayons mérité, gratuitement - le salut est gratuit - que nous avons rencontré, et qui a changé notre vie, qui a fait de nous un croyant, un disciple.

Et le signe du disciple, c'est que nous portons les fruits du disciple : la vérité, le partage. " A ceci, on vous reconnaitra pour mes disciples : si vous vous aimez les uns les autres comme je vous ai aimés. " Jésus a tout donné, jusqu'à sa vie, il a fait la vérité avec tout le monde - vérité, amour, justice. Et si ces fruits existent en nous, nous savons que Jésus nous a rencontrés.

Ce n'est pas parce que nous prions plusieurs heures par jour, parce que nous allons à la messe le dimanche, parce que nous vivons une vie morale valable, que Jésus nous a rencontrés ; ça, c'est second. La preuve que Jésus nous a rencontrés, c'est que nous menons une vie de vérité, qui se met en question devant Dieu, qui reconnaît ses erreurs, qui pratique la justice, et rembourse aux autres quand on les a lésés d'une façon ou d'un autre, et qui partage, en considèrant tout homme, toute femme, comme un frère ou une soeur ; voilà la pratique de base de la vie religieuse, le reste est au service de cela, c'est second.

Bien sûr, si on a rencontré Jésus, on cherche à le rencontrer, donc c'est normal qu'il y ait une certaine dimension de prière dans notre vie. C'est normal, si on est chrétien, qu'on a rencontré Jésus, que - en chrétiens - on se rassemble en frères pour écouter la Parole, pour se remettre dans le message de Jésus et le rencontrer davantage, et partager le don qu'il nous fait de sa vie dans l'Eucharistie, le partage de l'Esprit Saint, de sa mort et sa résurrection - c'est normal, mais c'est second. Alors, quand des hommes nous disent : " je suis croyant, mais pas pratiquant ", attention ! Ils sont peut-être plus croyants que nous et plus pratiquants que nous, s'ils pratiquent d'abord la vérité et la justice jusqu'au bout, dans leur vie, et s'ils pratiquent le partage.

Donc, nous avons ici un premier message qui dit : Jésus nous a-t-il rencontrés ? Je pense que oui. Mais est-ce que cette rencontre, c'est ce qui nous met en route, c'est ce qui motive notre vie, est-ce que c'est le moteur de notre vie ? Je vis pour quelqu'un qui m'a rencontré, qui est venu me chercher, et qui m'invite à le suivre dans la vérité et l'amour. Tout le reste est second. On peut être empêché de pratiquer le culte chrétien, d'aller à la messe ou de prier, parce qu'on est malade sur un lit d'hôpital pendant des mois, mais on peut être un disciple de Jésus, parce qu'on a cette rencontre dont on vit dans la vérité, dans le partage, et dans le sourire. Mettons les choses à l'endroit.

Donc, cet itinéraire de Zachée, c'est bien le nôtre. Et c'est à ce titre là que nous sommes sauvés. Nous avons le signe de notre salut. Jésus l'a dit : " A ce signe, on reconnaitra que vous êtes mes disciples… " L'amour qu'on a pour les autres - comme Jésus l'a vécu dans la vérité - la foi qui agit par l'amour.


Ce texte nous invite à un second regard, une révélation de Jésus. Comment se comporte Jésus dans ce texte ? Jésus avait déjà dit que Dieu est Celui qui laisse les 99 brebis pour aller chercher la centième brebis qui est perdue. Il laisse les 99 qui n'ont pas besoin d'être surveillées, pour aller chercher celle qui est perdue. Il y a chez Jésus une priorité pour que tout homme soit sauvé. " Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. " Et pour Jésus, rien ne l'arrête. Le fait que cet homme soit un pécheur public, soit un renégat, soit quelqu'un qu'on ne peut pas fréquenter… est pour lui un appel proritaire : il a accueilli les prostituées, les pécheurs… au grand scandale de tous. Il est venu révéler un salut universel. Tout homme a des chances, pour Jésus, à la condition que - comme Zachée - il ait cette petite ouverture, ce minimum de curiosité intéressée; et que, comme saint Paul, il ait une question qui se pose à propos de Jésus, qu'il y ait une faille dans sa vie. Quand cette faille est là, en vérité, Jésus entre dans la vie de l'homme et le transforme de l'intérieur, gratuitement.

Et, nous conclue ce texte : " Aujourd'hui, il faut que j'aille demeurer chez toi. " " Il faut ", c'est nécessaire, c'est une priorité absolue. Il y a une foule qui suit Jésus vers Jérusalem, des gens qui croient plus ou moins bien, qui le considèrent comme un rabbi, comme un maître. Mais priorité à celui qui veut changer sa vie, qui s'interroge : Jésus répond immédiatement ; et il scandalise, il se met dans une position contre la Loi juive, il va demeurer chez un pécheur, il se comporte lui-même comme un pécheur face à la Loi. Pour sauver cet homme, il risque tout.

Et alors, ce qui est surprenant dans ce texte, c'est que Jésus constate que Zachée est un saint - " Le salut est venu pour cette maison " - Jésus ne lui demande rien. Il ne lui demande pas d'abandonner son métier de publicain ; il constate que cet homme se décide, de lui-même, à compenser le mal qu'il a fait, que cet homme consent à partager son immense fortune ; il ne lui demande pas de tout donner, il ne lui demande rien, il attend que l'Esprit porte des fruits ; il ne lui demande pas de changer de métier, même si ce métier est objectivement lieu facile d'exploitation des autres.

Alors, là aussi, nous sommes interpellés. Car nous sommes l'image de Jésus, si nous croyons. Nous devons à la fois être comme Zachée : celui que Jésus rencontre et qui se laisse transformer. Mais nous devons être images de Jésus pour les autres. Et l'image de Jésus pour les autres, c'est de ne pas les juger - ce que l'Eglise a fait trop souvent - qu'a-t-on fait des divorcés remariés ? On ne les accueille pas, on les traite comme des pécheurs publics. Jésus n'a pas traité Zachée comme un pécheur public, il ne lui a pas demandé d'arrêter ce métier scandaleux. Zachée va peut-être, de lui-même, transformer son métier, mais on ne le sait pas.

Nous ne sommes pas là pour juger les autres. La tendance la plus affreuse de nos communautés, de notre Eglise, et de nous-mêmes, c'est de dire : " Ah ! Un tel, regardez comme il se comporte ! Etc.… " Que savons, nous, de sa vie profonde ? Que savons-nous de sa rencontre de Jésus ? Que savons-nous des fruits qu'il produit ? Il y a des gens, près de chez nous, qui ne sont peut-être pas chrétiens pratiquants au sens où nous l'entendons, qui ne fréquentent pas l'Eglise, qui ne fréquentent pas les prêtres, qui ne fréquentent pas les communautés religieuses, mais qui vivent une vie de charité remarquable. Moi, j'en ai connu, dans ma vie : des hommes que mes parents appelaient des chenapans - " Ah, c'est un brave chenapan ! " - il était toujours au service des autres, il dépannait tout le monde dans le village, simplement, comme si cela allait tuojours de soi. Oh, il allait seullement à la messe à la Toussaint, à Noël et à Pâques… Mais c'était un saint, car il disait : " Moi, j'aime bien Jésus. Jésus, c'est mon pote !", et surtout il se comportait comme Jésus.

Qui sommes-nous, pour juger ? Ne tombons pas dans le piège de nous mettre à la place de Dieu. C'est Dieu qui juge, ce n'est pas nous. Nous sommes là pour être témoins d'un amour gratuit, qui invite l'homme à une double dimension : la vérité, le partage. Chaque fois que nous constatons cela, nous sommes frères et sœurs de ces gens-là d'abord, de ceux qui vivent ainsi les priorités de Jésus comme fruits de l'Esprit, et nous invitent à accueillir tout homme et toute femme rencontrés, plus que de tous ceux qui nous accompagnent sur les bancs d'une église - ce qui ne veut pas dire du tout que ces personnes n'ont pas de valeur, elles qui sont également nos frères et soeurs.

Nous ne devons juger personne, mais les premiers auxquels nous sommes envoyés sont ceux que Jésus nous donne à rencontrer dans notre vie quotidienne et à aimer tels qu'ils sont

Tag(s) : #TEXTE LITURGIQUE DU JOUR et son Commentaire
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :