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Noël est la fête des contrastes.


Contraste entre les festivités d'un monde plein de technique, plein de lumière, plein de joie, plein de festivités humaines, avec toutes les techniques modernes qui sont à notre disposition - et la pauvreté apparente de nos rassemblements ;

Contraste entre cette crèche qui rappelle la naissance de Jésus et cette croix qui rappelle sa mort. Mais cette croix n'aurait pas de sens, ni cette crèche, si le Christ n'était pas ressuscité d'entre les morts, s'il n'était pas vivant aujourd'hui. Nous ne serions pas là, il n'y aurait pas plus d'un milliard d'hommes qui, d'une façon ou d'une autre, plus ou moins croyants, célèbrent l'apparition, dans notre monde, de Dieu qui est venu partager notre vie d'humanité, vivre en Jésus, une vie d'homme engagée, vraie, droite, risquée jusqu'à la mort, au nom de la vérité et au nom d'une mission, pour nous révéler qui est Dieu. Nous ne serions pas là s'il n'y avait pas ce contraste.

Et puis, le contraste entre la crèche, nos crèches ou les magnifiques crèches énormes du midi de la France ou des pays d'Orient, ou de Pologne… avec le récit de la naissance de Jésus. Qui a-t-il de la crèche actuelle dans la naissance de Jésus ? Il n'y a pas des pauvres, il n'y a pas eu de grotte, il n'y a même pas une étable. Il y a des gens normaux qui se trouvent coincés au cours d'un voyage par manque de place à l'hôtellerie, et qui doivent faire face à l'éventualité de la naissance d'un enfant, dans un caravansérail bourré de gens. Plus de place. Nous avons tort quelquefois d'exagérer les contrastes pour leur faire dire des choses qui ne sont pas vraies. Joseph n'était pas un pauvre, c'était un entrepreneur - un charpentier, c'est un métier très noble - bâtisseur de maisons. Donc, c'est la banalité de l'événement - chose qui arrive chaque jour chez nous : on se déplace, on a des incidents au cours d'un voyage, on a des trains qui tombent en panne, on a des autoroutes bloquées… C'est au cours d'un incident de ce genre que des gens normaux, dans une vie normale, face à une démarche de recensement, ont dû faire face à l'accouchement de Marie et à la naissance de Jésus.

Donc, n'exagérons pas les contrastes et repérons les vrais contrastes.

Le vrai contraste, dans cet Evangile, c'est entre ce qui est dit de la naissance de Jésus - peu de choses : " Pendant qu'ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Elle mit au monde son fils premier-né, l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire ", faute de mieux, il faut bien trouver un berceau pour ce bébé. C'est tout ce qu'on en dit... Et ce que nous dit le reste de cet Evangile qui nous parle d'une scène céleste, révélation de ce que signifie cet enfant, cet enfant banal, apparemment comme un autre, né au cours d'un voyage. Et on nous dit : " Aujourd'hui vous est né un Sauveur. "

Et le contraste des contrastes, c'est que cette scène dans le ciel s'adresse à des exclus ; les bergers étaient des gens qu'on ne fréquentait pas, des gens mal vus, malvenus, plus ou moins considérés comme des pécheurs publics, vivant à l'extérieur. Et c'est eux, les plus pauvres, qui ont la révélation la plus riche qui soit : cet enfant né au cours d'un voyage, c'est le Sauveur du monde. Et ils sont porteurs d'un message.

Voilà ces contrastes de la nuit de Noël, qui déjà annoncent la mission de Jésus, sa gloire, sa croix et sa résurrection. Jésus dira plus tard, dans sa prière : " je te remercie, Père, d'avoir caché cela - le secret de Dieu -
aux sages et aux puissants - et de l'avoir révélé aux tout-petits. Et c'est bien aux tout-petits qu'est faite la révélation de ce qu'était Jésus, le Sauveur, et le Sauveur de tous les hommes ; et que, dans la naissance de cet enfant s'accomplissait ce que l'Evangile de Jean en dira : " Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique " - ou comme dira saint Paul : " Si Dieu est pour nous, qui est contre nous ? Lui qui a donné son propre Fils, avec lui ne nous a-t-il pas tout donné ? " Et Paul ajoutera : c'est " l'amour de Dieu, dont rien ne peut nous séparer, ni la vie, ni la mort. "

Voilà ces contrastes de Bethléem.

Et nous sommes invités à entrer à notre tour dans ce contraste. Notre vie, elle est banale ; elle est marquée par la réussite, elle est marquée par l'échec, elle est marquée par des insuffisances, elle est marquée par des limites, elle est marquée par des moments lumineux, elle est marquée par de grandes joies, elle est marquée par de grandes peines - comme ce fut le cas pour ces gens : Marie, Joseph, Jésus.

Et en même temps, elle a une dimension extraordinaire : nous sommes fils de Dieu, nous sommes appelés à reproduire l'image de Jésus ressuscité, notre vie est cachée avec le Christ en Dieu, le Christ qui est ressuscité ; nous avons une dimension, une capacité d'aimer qui nous vient de Dieu, une capacité de partager, une capacité d'amour ; et nous savons que si nous ouvrons les yeux dans notre monde d'aujourd'hui dont on dit tant de mal, où il y a tant de violence, il y a beaucoup de petits gestes, il y a beaucoup de prophètes qui partagent, qui donnent de l'argent, qui s'engagent dans des mouvements non gouvernementaux, dans des services d'Eglise comme le Secours Catholique, la prière pour les tortures, etc… De gens qui s'engagent et qui montrent une dimension lumineuse de la vie. Vivre, c'est donner, car vivre c'est aimer. Et c'est bien ça qui se manifeste dans ce don de Dieu, ce Sauveur qu'il envoie, un Sauveur pour tous les hommes.

Alors, est-ce que nous honorons cette dimension de contraste qui est en nous ? Apparemment, nous sommes invisibles, nous ne sommes pas grand-chose, nous sommes de petites gens de notre coin, nous faisons de notre mieux pour vivre… Et puis, il y a une richesse extraordinaire qui nous est donnée de Dieu. " La grâce de Dieu - dit la seconde lecture - s'est manifestée " et nous transforme. Nous sommes des fils de Dieu. Noël, c'est notre fête, car c'est la fête de Jésus, et nous sommes à l'image de Jésus. Dieu est avec nous, à travers nos misères, nos grandeurs et nos faiblesses.

Je pense que c'est là la 1ère leçon que nous pouvons retenir de cet Evangile.


La 2ème, c'est une leçon de croissance.

Cette croissance, c'est Marie qui l'a vécue, et Joseph avec elle, selon l'Evangile de Luc. Dans les tableaux successifs de l'Evangile de l'enfance de Jésus selon saint Luc, chaque étape apporte une révélation nouvelle de qui est Jésus.

Marie avait appris à l'Annonciation que son Fils serait l'héritier de David, son règne n'aurait pas de fin, il siégera sur le trône de David son père… le Messie, le Messie royal, le Messie attendu des juifs, qui devait naître de cette femme vierge, Marie. Voilà ce qu'elle a entendu.

Et puis, elle est allée voir sa cousine Elisabeth, qui elle a eu sa révélation en la rencontrant et qui lui a dit : " Tu es la mère de mon Seigneur ", et le Seigneur c'est Dieu - révélation qui va plus loin que la première. Ce n'est pas seulement le Messie, le trône de David, c'est Dieu qui vient dans cet enfant que porte Marie quand elle rencontre sa cousine Elisabeth au jour de la Visitation. Et dès que Marie parle, Elisabeth tressaille, elle a une révélation qu'elle transmet à Marie. Et Marie découvre sa richesse et sa foi, elle a cru à la parole. Notre richesse, c'est notre foi.

Et puis, dans cette nuit de Noël, nouveauté : ce Messie qu'on attendait, ce fils de David sur un trône royal, qui est né au cours d'un voyage, ce n'est peut-être déjà pas tout à fait adapté. Et voilà que ce sont des gueux qui viennent à Bethléem, annoncer à Marie et Joseph ce qu'ils ont vu pendant la nuit - c'est la suite de cet Evangile - ils ont eu une magnifique révélation que cet enfant, qui est dans une crèche, est le Sauveur du monde. Attention, pas le Sauveur des juifs, mais le Sauveur de tous ! Et il est le signe que " paix sur la terre aux hommes que Dieu aime. " Mettons-nous à la place de Marie, la Mère de Jésus, dont on dit qu'elle conservait tout cela dans son cœur : à chaque étape, elle découvre, il y a une croissance dans sa foi et la découverte de Jésus.

Et ça va continuer. Quand elle va présenter son enfant au Temple, le vieillard Syméon lui annoncera qu'elle devra être surprise par lui jusqu'à souffrir à cause de lui, qui ne sera pas le Messie royal, mais le Messie serviteur, le Messie qui pardonne à tous, qui accueille tout le monde, qui est généreux jusqu'au bout, pour qui il n'y a pas de différence entre les hommes, les prostituées, les publicains, les pécheurs publics… tous sont appelés à le rencontrer - qui ne refusera jamais de guérir quelqu'un, de mettre debout quelqu'un, il ne condamnera jamais personne… Quel est ce roi là ? Marie devra comprendre et faire cette conversion dans sa foi qui progresse toujours jusqu'à accepter, au pied de la croix, que son Fils lui dise : regarde les hommes que je te donne, voilà ton fils. Croissance d'une foi.

On ne peut pas vivre Noël sans situer ces tableaux dans l'ensemble de la vie de Jésus. Si nous célébrons Noël chaque année, ce n'est pas pour avoir un baume au cœur, c'est pour nous interroger sur notre foi : est-ce que nous croyons davantage qu'hier ? Et davantage qu'il y a un an ? Est-ce que nous avons grandi dans la foi ? Est-ce que nous sommes des images de Dieu plus réalisées, plus accomplies dans la force de l'Esprit Saint que nous l'étions auparavant ? Nous aussi, nous passons par cette croissance.

Et alors, pour revenir, en terminant, à ce contraste dont je parlais au début : eh bien, ouvrons les yeux et regardons ce que cela signifie pour les hommes de notre temps. Pourquoi cette crèche, avec tous ces santons, avec toutes ces professions ? Pourquoi, dans certaines églises, on met toutes les maisons du quartier représentées en photos ou en montage de carton ? Parce qu'on estime que la venue de Jésus, ça crée la paix entre les hommes, cette paix qui est annoncée dans le message de Noël reçu par les bergers. " Paix aux hommes que Dieu aime. " Alors, si nous avons la fête de famille, si nous avons la fête du quartier, si nous avons la fête de communauté, disons-nous que nous sommes là pour signifier que la paix a un sens pour nous - et que c'est à cause de Jésus que nous sommes davantage des frères et des sœurs, qu'on oublie les rancunes, qu'on se pardonne, qu'on s'accueille…

Mais il faut aller plus loin. Il ne faut pas oublier le contraste foudroyant de notre monde. Il y a plus d'un milliard d'hommes qui n'ont pas d'eau potable à leur disposition sur cette planète, il y a des pauvres… Nous sommes des confortables, ne soyons pas des repus. Mais soyons des images lumineuses du Christ, et essayons d'aller plus loin dans le partage et dans la charité fraternelle.

Tag(s) : #TEXTE LITURGIQUE DU JOUR et son Commentaire

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