Partager l'article ! Jeudi 6ème semaine ordinaire: DE L'EVANGILE DE MARC : M ...
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Mc 8:27- Jésus s'en alla avec ses disciples vers les villages de Césarée de Philippe, et en chemin il posait à ses disciples cette question : " Qui suis-je, au dire des gens ? " Mc 8:28- Ils lui dirent : " Jean le Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un des prophètes. " - Mc 8:29- " Mais pour vous, leur demandait-il, qui suis-je ? " Pierre lui répond : " Tu es le Christ. " Mc 8:30- Alors il leur enjoignit de ne parler de lui à personne. Mc 8:31- Et il commença de leur enseigner : " Le Fils de l'homme doit beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, après trois jours, ressusciter ; Mc 8:32- et c'est ouvertement qu'il disait ces choses. Pierre, le tirant à lui, se mit à le morigéner. Mc 8:33- Mais lui, se retournant et voyant ses disciples, admonesta Pierre et dit : " Passe derrière moi, Satan ! car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! " |
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Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : "Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s'est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle". Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu'il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20). |
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Cette identification , cette reconnaissance, clairement affirmée par Pierre, que Jésus est le Christ, le Messie de Dieu, au centre de l'Evangile de Marc, se présente comme un point autour duquel tout semble pivoter. Elle renvoie à la première phrase de l'Evangile, le titre, proclamant Jésus Fils de Dieu (1, 1), et rebondira dans la déclaration du centurion romain témoin de la mort du Crucifié : "Vraiment, cet homme était Fils de Dieu" (15, 39). Cette affirmation de Pierre est correcte, mais va devoir être longuement expliquée , en son sens véritable, par Jésus lui-même, tout au long des trois séries d'instructions qu'il va donner à ses disciples tout au long de leur montée commune vers Jérusalem. La question posée - comme la découverte à accomplir - est bien la suivante : que veut dire le mot Messie (ou Christ) quand on l'applique à Jésus ? Les disciples doivent découvrir à quel point, lorsqu'on applique ce terme à Jésus, il est inséparable de la mort-résurrection de Jésus. Le Messie est nécessairement le Crucifié-Ressuscité. La consigne de silence qu'impose aux siens Jésus, est, entre autres raisons, motivée par l'importance de bien comprendre en quel sens Jésus est Christ-Messie, de façon à éviter toute interprétation ambigüe de ce titre. En procédant immédiatement, pour ainsi dire, après cette consigne de silence, à cette première annonce de sa passion, Jésus clarifie cette proclamation que vient de faire Pierre qu'il est le Christ-Messie. En utilisant les mots "IL FAUT", pour souligner l'incontournable événement de sa mort-résurrection, Jésus témoigne qu'il s'agit bien pour lui de l'essentiel , du centre, du coeur, de sa propre définition du Messie qu'il est. Et ce, d'autant plus qu'il se déclare "Fils de l'homme", rappelant la vision de Daniel 7, 13, d'un Fils d'homme de la fin des temps auquel tout le jugement de Dieu est remis. Mais, du même coup, cette image du Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel se trouve elle aussi désormais définitivement inséparable de la mort-résurrection de Jésus. Jésus "tenait ouvertement ce langage", nous précise le texte, ce qui signifie qu'aucune ambiguïté n'est plus possible, que Jésus emploie ici les mots en leur sens propre, et non pas d'une façon symbolique selon un langage de "signes". La réaction de Pierre atteste bien qu'il n'y avait pas à se tromper sur ce que voulait dire Jésus. Cette réaction, impétueuse, pour ne pas dire violente, de Pierre souligne, on ne peut mieux, la distance qu'il faut franchir pour passer d'une conception du Messie, commune dans la tradition Juive au temps de Jésus, à la définition du Messie que définit et vit Jésus. En effet, la tradition courante, depuis surtout la fin de l'Exil, attendait un roi suprême et ultime, par lequel Dieu interviendrait de façon définitive pour sauver son peuple, dans une démarche visible de sa puissance dans l' histoire, mais avec des moyens qui dépassent la manifestation habituelle des événements historiques, plus ou moins selon la manière dont on se représentait l'Exode du temps de Moïse. L'idée d'un Messie qui serait à situer plutôt dans l'accomplissement de la figure du Serviteur - et encore plus de celle du Serviteur souffrant - des chapitres 40, 42, 50 et 53 du Deuxième prophète Isaïe était si inattendue que Paul, formé aux pieds des meilleurs docteurs juifs de son temps, pouvait la qualifier de "scandale" : "Les Juifs demandent des miracles et les Grecs recherchent la sagesse; mais nous, nous prêchons un messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens..." (1 Cor., 1, 22 - 23) Aussi la réaction de Pierre permet-elle à Jésus une mise au point tout aussi nette et brutale : en traitant Pierre de "Satan", c'est-à-dire d'adversaire, de tentateur qui essaye de le détourner de l'obéissance à Dieu, Jésus refuse absolument la moindre compromission sur ce point. Ce qu'il dit est à prendre ou à laisser. Devenir disciple, c'est l'accepter. Bel écho du "IL FAUT" ("que le Fils de l'homme souffre beaucoup..., qu'il soit mis à mort..."). Le message ne saurait être présenté de façon plus radicale et explicite. Par sa réaction, et la réplique de Jésus qu'elle entraîne, Pierre fournit à Jésus une magnifique occasion de mettre les points sur les "i"s. |
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Quand les disciples répondent qu'on identifie Jésus comme étant Jean-Baptiste, ou Elie, ou l'un des prophètes qui serait de retour, ils ne font que répéter ce que l'on disait à Hérode sur Jésus en Marc, 6, 14 - 16. A noter qu'on ne mentionne pas le titre de "Messie" comme étant appliqué à Jésus. "Messie", en hébreu "masiah", mot correctement traduit en grec par "Christ". Ce mot, signifie "marqué par l'onction reçue", "oint". Il a été appliqué de plus en plus exclusivement aux rois dans l'Ancien Testament. Ce titre est très correctement celui qui convient à Jésus, mais il est, nous l'avons vu, à interpréter de façon totalement nouvelle. La consigne de silence ne veut pas dire que Jésus refuse le titre de Messie, mais cela doit demeurer secret jusqu'à l'heure de sa passion-mort-résurrection. Jésus acceptera solennellement et officiellement ce titre en réponse à la question de Caïphe en Marc, 14, 62. Jésus insiste sur ce silence à garder pour qu'on ne lui applique pas cette dignité de "Messie" de manière ambigüe. Le récit de Marc montre bien, comme nous l'avons vu, que Jésus va prendre tout le temps de la montée à Jérusalem pour l'expliquer à ses disciples en trois séries d'instructions. "Fils de l'homme" : au lieu de reprendre le titre de "Messie", que Pierre vient d'employer pour dire qui est Jésus, ce dernier se nomme le "Fils de l'homme". A noter que devant Caïphe, lors de son procès (14, 61 - 62), Jésus associera ces deux titres. Ici, après la mention par Pierre de Jésus comme Messie, et dans l'annonce que Jésus fait de sa passion-mort-résurrection à venir, ce titre de Fils de l'homme prend toute sa dimension d'achèvement de fin des temps appliqué à la mission unique et définitive de Jésus. "Il faut". Voilà une formule très forte ("dei" en grec) qui indique une nécessité absolue selon le plan de Dieu. On s'est demandé si ces trois annonces de sa passion remontaient bien à Jésus ou n'auraient pas plutôt été imaginées par les communautés primitives par souci de bien faire comprendre la portée de l'événement pascal si central pour leur foi en Jésus l' unique Sauveur. Certes les Evangiles nous disent Jésus tel que l'ont perçu complètement ses disciples après la résurrection et dans le don de l'Esprit-Saint. Cependant, le contexte des Evangiles, qui, tous, nous montrent bien les grands risques que prenait constamment Jésus (ses propos sur le sabbat, l'autorité avec laquelle il agissait, sa fréquentation des publicains et des pécheurs, son interprétation exigeante de la Loi dans le refus des traditions humaines des scribes et Pharisiens, auxquels il s'opposait si fréquemment, etc...), ce contexte invite fortement à penser que Jésus ne pouvait pas ne pas se rendre compte clairement du sort qui l'attendait à Jérusalem, compte tenu de sa conviction constante qu'il avait à prendre tous ces risques pour obéir au Père et réaliser sa mission unique. "Trois jours après" : expression qui souligne que le "troisième jour" est considéré dans le langage biblique comme un tournant décisif, le moment où un accomplissement se réalise ou commence de se réaliser. Cette allusion de Jésus à une exaltation du Messie - Fils de l'homme, autre que celle que lui confèrerait une royauté terrestre, est essentielle pour la compréhension "autre" du titre de Messie, que ce passage, ainsi que les trois séries d'instructions qui le suivent, a pour objet de nous préciser. |
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La définition du Messie par l'événement pascal de la mort-résurrection de Jésus, comme l'attitude d'obéissance absolue de "Serviteur" que cet événement traduit, est le coeur de la "christologie". Mais cette christologie a des implications immédiates sur notre qualité de disciples de Jésus, comme Jésus le déclare lui-même dans les versets qui suivent immédiatement notre page : suivre Jésus, c'est l'imiter, prendre sur nous ses comportements, revivre et partager son destin . De même que Jésus a tout risqué pour Dieu jusqu'à la mort de la croix, nous devons risquer notre existence pour Jésus et tout ce qu'il représente de l'achèvement total du Règne de Dieu. La première question que pose Jésus dans notre passage : "Que suis-je, au dire des hommes ?" nous interpelle et nous invite à nous la poser à notre tour sous la forme suivante : "Que disent nos contemporains de Jésus ?" En tant que croyants, la seconde question de Jésus "Et vous, qui dites-vous que je suis ?" doit nous atteindre au coeur. Dire qui est pour moi Jésus-Christ, c'est partager l'essentiel de ma foi. Car je dois en parler en croyant, c'est-à-dire en disciple. Une telle question représente pour nous l'épreuve de Vérité. Que vais-je, qu'allons-nous répondre ? Cette réponse, personne ne peut la proférer à notre place, car elle est éminemment personnelle. Cependant, la "foi", par laquelle je reconnais Jésus comme quelqu'un de très important pour mon existence, doit rejoindre ce que l'Eglise me dit de Jésus depuis 2000 ans, les formules de nos credos récitées ensemble chaque dimanche à la liturgie. Sinon je risque de me faire une idée de Jésus, ou d'utiliser à son sujet telle ou telle définition ou expression, qui serait en fait un refus de l'accepter tel qu'il est, dans son mystère pascal, ou encore, comme Pierre en ce texte, de refuser qu'il soit "autre" que mes conceptions habituelles et qu'il me mette en cause, en m'invitant à le suivre et en me renonçant, dans l'attitude de celui qui porte sa croix dans la soumission totale à Dieu. Depuis les origines de l'Eglise, en fait depuis cette déclaration de Pierre, les croyants ont à lutter contre la tendance qui les habite de toujours plus ou moins tendre à "récupérer" Jésus, à se l'approprier à leur façon, à déformer l'Evangile. Dans sa lettre aux Colossiens, Paul - ou plutôt le disciple de Paul qui reprend sa pensée et écrit sous son nom - insiste également sur le même point : |
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Seigneur Jésus, c'est seulement avec la force de ton Esprit Saint, que je puis vraiment te reconnaître "Seigneur" et découvrir quelle est ton identité authentique de Messie, de fils du Père, et Serviteur de tous : aide-moi à te proclamer Christ en témoignant de toi toujours et partout, et viens sans cesse au secours de l'insuffisance de ma foi face à la grandeur de ton mystère. AMEN. |