Mgr Albert Rouet
1- Comment poser la question du ministère des prêtres aujourd'hui ?
2- Le sacrement de l'ordre et
les différents ministères
3- Partir de
l'intérieur
4- Membre d'un
presbytérium
5- "Parvenir à la taille
adulte" (Eph 4, 13)
6- Prêtre et
apôtre
7- Presbytérat et
sacerdoce
8- "Dans des vases
d'argile"
9- "Collaborateurs de
l'évêque"
Lors de leurs rencontres, les Doyens avaient demandé des instruments brefs pour soutenir la réflexion entre
prêtres. Aujourd’hui on se pose à nouveau des questions sur la vie et le ministère des prêtres diocésains. J’ose proposer neuf petites réflexions sur le ministère presbytéral. Tout n’est pas dit,
loin de là ! Il s’agit simplement de relancer, dans le diocèse, une réflexion spirituelle et pratique sur la charge spécifique des prêtres dans l’Eglise.
3- Partir de l'intérieur
Il est bien connu que le prêtre, tel qu’en parle le Nouveau Testament, vient en rupture avec le sacerdoce héréditaire chargé des sacrifices au temple de Jérusalem. L’épître aux
Hébreux souligne que, né de la tribu de Juda, Jésus ne possède pas le sacerdoce lévitique mais un autre, “celui de Melchisédech” (7, 14-17) “assimilé au Fils de Dieu, prêtre à jamais” (7, 3). Le
Christ “abolit le premier régime pour instituer le second” (10, 9). Jésus n’est pas prêtre ainsi (8, 4).
Si la rupture est nette, elle maintient cependant une continuité de structure. Dans l’Ancien Testament, la tribu sacerdotale se comprend au sein des douze tribus, donc parmi un peuple de frères.
Dans le Nouveau, c’est à partir du Peuple de Dieu que le presbytérat est envisagé. Il est considéré au sein de l’union du Christ et de l’Eglise.
Le peuple de Dieu est tout entier royal et sacerdotal : l’onction baptismale le rappelle. Le “sacerdoce saint” lui permet “d’offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ”
(1 Pi 2, 5). Saint Paul écrit la même chose aux Romains (12, 1). Ces hommes unis au Christ doivent être constitués en un Peuple qui est tout autre chose qu’une masse d’êtres juxtaposés. Il s’agit
de faire Corps. On ne fait pas corps de l’extérieur, à la manière d’un pouvoir imposé. C’est par l’intérieur, par une même vie qui circule entre les divers membres, que grandit un corps :
- Saint Pierre, le “co-ancien”, demande que l’autorité des anciens ne pèse pas, mais qu’ils deviennent la forme, le modèle, du troupeau, par l’intérieur du troupeau et par l’intérieur du ministre
(5, 3). Il s’agit ici de la “forme” qui construit un être par l’intérieur (Ph 2, 6-7) et le structure.
- L’épître aux Ephésiens (4, 12-16) parle de bâtir le corps du Christ, de le développer pour qu’il parvienne à la taille adaptée à la plénitude du Christ qui remplit son Eglise (1, 23). Cette
croissance harmonieuse appelle, à l’intérieur de son mouvement, des “ligaments”, donc des éléments particuliers dont le service n’est pas de commander mais de faire un lien, dans la
souplesse.
- La même idée se retrouve en Colossiens 2, 19 : il s’agit de relier à la tête pour apporter nourriture et cohésion par un influx vital. Le corps grandit par ses liens.
L’image du corps est très parlante : il ne grandit et ne se nourrit que par l’intérieur, par des échanges, par des relations, des communications. Sans cela, il se rigidifie ou s’émiette. La
cohésion naît d’un ajustement des membres les uns aux autres. Elle est suscitée par le Christ présent “au milieu de deux ou trois réunis en son nom” (Mt 18, 20). Le prêtre a charge de rendre
présent le Nom du Christ, source et tête de la communion. Il le fait par la grâce du sacrement, car nul ne s’empare de ce nom ; il le reçoit (He 5,4).