Mgr Albert Rouet
1- Comment poser la question du ministère des prêtres aujourd'hui ?
2- Le sacrement de l'ordre et
les différents ministères
3- Partir de
l'intérieur
4- Membre d'un
presbytérium
5- "Parvenir à la taille
adulte" (Eph 4, 13)
6- Prêtre et
apôtre
7- Presbytérat et
sacerdoce
8- "Dans des vases
d'argile"
9- "Collaborateurs de
l'évêque"
Lors de leurs rencontres, les Doyens avaient demandé des instruments brefs pour soutenir la réflexion entre prêtres. Aujourd’hui on se pose à nouveau des questions sur la vie et le ministère des prêtres diocésains. J’ose proposer neuf petites réflexions sur le ministère presbytéral. Tout n’est pas dit, loin de là ! Il s’agit simplement de relancer, dans le diocèse, une réflexion spirituelle et pratique sur la charge spécifique des prêtres dans l’Eglise.
8- "Dans des vases d'argile"
Alors qu’il était critiqué et combattu auprès des Corinthiens, Paul dont
l’autorité n’était pas toujours reconnue, admet sans détours que l’annonce du Christ, le service des communautés, la lumière du Christ en son cœur constituent “un trésor que nous portons dans des
vases d’argile” (2 Co 4, 7), donc par des moyens fragiles et de peu de valeur.
Bien sûr, on peut effectuer une lecture moralisatrice de cette expression. Nos fautes et nos péchés, conscients ou cachés à nos yeux, suffisent à montrer nos limites. Nous restons des hommes
faibles et, tout en partageant le même baptême avec d’autres chrétiens, il nous faut convenir que beaucoup d’entre eux sont plus saints que nous. La véritable échelle est celle de la sainteté. La
hiérarchie (comme aiment à dire les médias) n’en est que la servante sacramentelle.
Mais on peut également effectuer de la phrase de Saint Paul une lecture théologique, plus proche, en fait, de son texte. Le ministère met à nu les fragilités et les failles de celui qui l’exerce.
“Enveloppé de faiblesse” (Hé 5, 2), le ministre découvre que “si la mort fait son œuvre en nous” (2 Co 4, 12), à la suite de Paul il peut dire : “C’est quand je suis faible, que je suis fort” (2
Co 12, 10). Car ce qu’il est ne vient pas de lui et aucune assurance humaine ni aucun ornement terrestre ne cachent véritablement cette réalité.
Il y a plus : le Christ choisit des moyens faibles (1 Co 1, 27). La force du prêtre vient du Christ car “cette puissance extraordinaire appartient à Dieu et ne vient pas de nous” (1 Co 4, 7).
Idéaliser le prêtre reste un fugitif trompe-l’œil. Par conséquent, ce qu’est le prêtre, il l’est par grâce, par appel. Humblement, il vit dans la reconnaissance de ce que le Christ a fait pour
lui. Sa vie est action de grâce. Eucharistie.
Loin d’abaisser le ministère, cette vérité met en paix. Voilà ce que nous sommes, voilà ceux avec qui Dieu veut travailler. Cette faiblesse permet au prêtre de “compatir aux faiblesses des
hommes” (He 4, 15). A l’ordination, nous avons fait promesse : la promesse est la parole qui lance une vie dans l’espérance. Cette parole nous laisse être portés par le Christ, le réalisateur des
promesses de Dieu. En lui disant “oui”, nous plaçons notre existence dans son consentement à la volonté du Père, l’ami des hommes (2 Co 1, 20). Ainsi nous devenons fraternels, par l’intérieur de
la vie, avec tout homme en ses secrètes failles. La chasteté nous attache à ceux et celles qui tentent d’aimer ou qui meurent de ne pas être aimés. La pauvreté de vie nous lie à ceux dont la vie
est si pauvre qu’elle perd son prix à leurs yeux. L’obéissance ouvre nos oreilles au désir de Dieu qui appelle chacun (Jn 6, 44).
Reconnaître notre faiblesse établit en vérité dans une vie fraternelle. Et cette fraternité donne un signe du salut en œuvre. La réconciliation implique présence, simplicité, vérité entre
nous.
“On sème de la faiblesse, il ressuscite de la force” (1 Co 15, 43). Car Dieu qui emploie des vases d’argiles, les rend “adaptés à tout œuvre bonne” (2 Tm 2, 21). Il opère cette transfiguration
grâce à Celui qui a pris la place de Serviteur.