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DE L'EVANGILE DE MATTHIEU :


Mt 5:38- " Vous avez entendu qu'il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent.
Mt 5:39- Eh bien ! moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant : au contraire, quelqu'un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l'autre ;
Mt 5:40- veut-il te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau ;
Mt 5:41- te requiert-il pour une course d'un mille, fais-en deux avec lui.
Mt 5:42- A qui te demande, donne ; à qui veut t'emprunter, ne tourne pas le dos.


POUR RUMINER LA PAROLE :

1. SITUATION.

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l'apôtre Matthieu, par un Père de l'Eglise, Papias d'Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l'Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu'il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s'il a été composé pour des chrétiens d'origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d'origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu'il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s'est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu'à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s'il a été d'abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : "allez, de toutes les nations, faites des disciples" (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l'avant-dernière, etc...), concentrées autour de la 6ème partie, le "Discours en paraboles", qui sert en quelque sorte de "pivot". Nous obtenons ainsi le découpage suivant :


- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l'autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par "cette génération" (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l'auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l'Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le "Nouveau Moïse".



Avec notre page continue le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu'on appelle habituellement le "Sermon sur la Montagne". Mieux vaut cependant l'intituler "La Charte du Royaume de Dieu", pour en mieux mesurer l'importance.

En effet, Jésus nous y livre les "secrets" du Règne de Dieu : d'abord, ce qu'il nous faut chercher et recevoir du véritable "bonheur" selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12), ensuite, ce qu'une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d'attitude dans la prière, l'aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère "unique" de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu'il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).


2. MESSAGE.

C'est toute une série de dépassements que Jésus demande à ses disciples, lorsqu'il leur prescrit d'aller plus loin que la justice des scribes et des Pharisiens, et donc ne ne pas en rester à la seule pratique de la Torah-Loi, sans pour autant ni la renier ni la contredire (5, 20).

Après avoir montré qu'il ne suffisait pas de ne pas commettre de meurtre, de ne pas commettre l'adultère ni de rechercher le divorce, et de ne pas faire de faux serments, Jésus en arrive maintenant à un 5ème dépassement.

Après avoir rappelé la loi du "talion" telle qu'elle nous vient de l'Ancien Testament (Exode, 21, 24 ; Lévitique, 24, 20 et Deutéronome, 19, 21), Jésus nous propose un principe général, au verset 39, qui est de ne pas résister au méchant, au sens précis de ne pas riposter. Et de nous en fournir 4 illustrations : le disciple ne rend pas l'insulte ni les coups, le disciple cède à son adversaire avant d'être traîné au tribunal, le disciple accepte de faire le double de ce qu'on lui impose par réquisition, le disciple n'hésite pas à donner de ses biens à qui lui demande ou emprunte.

Une fois de plus, la Loi de Moïse n'est pas rejetée. Dans l'Ancien Testament, la loi du "talion" appartient à la procédure judiciaire, et il ne semble pas que Jésus rejette, au point de vue institutionnel, le principe de compensation équivalente pour un dommage subi. D'ailleurs lui-même devant le Grand Prêtre qui est en position de juge, il contestera qu'on le frappe sans motif déclaré (Jean, 18, 22). S'il ne se situe pas à ce niveau de fonctionnement de la société, il refuse que ses disciples cherchent à appliquer ce principe de rétribution équivalente dans leurs relations interpersonnelles ou leurs disputes privées.

Il n'en reste pas moins que Jésus rejette radicalement toute attitude égoïste, toute possibilité de vengreance personnelle, demande que l'on vive une très grande humilité qui aille jusqu'à la perte de ses droits, et qu'en toutes circonstances l'on rende le bien pour le mal. Tel est le nouveau dépassement qu'il attend de nous dès lors que Dieu règne en nos coeurs.


3. DECOUVERTES.

Nous retrouvons dans ces paroles de Jésus un langage qui rappelle celui du 3ème chant du Serviteur du 2ème prophète Isaïe (Isaïe, 50,4 - 9) : dans les deux cas, il s'agit du traitement injuste d'une personne innocente. La relation de ce que demande ici Jésus avec ce qu'il souffrira lui-même en sa passion est également claire pour nous : dans l'Evangile de Matthieu, dès qu'il s'est déclaré "Christ" devant Caïphe, il est frappé et giflé (26,67), et il subira le même sort de la part des soldats romains, lorsqu'il sera bafoué comme "roi" après sa flagellation et sa condamnation à la croix (27, 30). De même, ses habits, à lui l'innocent, lui seront pris en 27, 28. 31. 35. Si bien que les allusions au 3ème chant du Servteur souffrant d'Isaïe sont en fait des allusions à la passion de Jésus.

De ce point de vue, l'on peut dire que notre passage nous présentes trois images superposées : celle du disciple souffrant, du Christ souffrant en sa passion, et du Serviteur souffrant.

Lorsque Jésus nous parle ainsi et nous demande de rejeter la violence, de ne pas résister au mal, d'être giflé, dépouillé de ses vêtements, et d'accepter généreusement d'être obligé de servir les romains occupants, la fin de sa vie mettra en application, de façon saisissante, ses propres paroles, conseils et exigences : il refusera la violence (26, 51 - 54), ne résistera pas au mal qu'on lui fait (26, 36 - 56 et 27, 12 - 14), on le frappera (26.67), on lui prendra ses vêtements (27, 28 . 35), et les romains réquisitionneront quelqu'un pour porter sa croix (27, 32). Les gestes et actions de Jésus sont ainsi en accord parfait avec ses paroles, et l'exemple qu'il nous laisse est d'autant plus à imiter.

Être forcé de faire mille pas fait allusion probablement aux réquisitions pratiquées par les militaires ou fonctionnaires romains.


4. PROLONGEMENT.

Quelques lignes pour prolonger notre méditation :


Is 50:4- Le Seigneur Yahvé m'a donné une langue de disciple pour que je sache apporter à l'épuisé une parole de réconfort. Il éveille chaque matin, il éveille mon oreille pour que j'écoute comme un disciple.
Is 50:5- Le Seigneur Yahvé m'a ouvert l'oreille, et moi je n'ai pas résisté, je ne me suis pas dérobé.
Is 50:6- J'ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, et les joues à ceux qui m'arrachaient la barbe; je n'ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats.
Is 50:7- Le Seigneur Yahvé va me venir en aide, c'est pourquoi je ne me suis pas laissé abattre, c'est pourquoi j'ai rendu mon visage dur comme la pierre, et je sais que je ne serai pas confondu.
Is 50:8- Il est proche, celui qui me justifie. Qui va plaider contre moi ? Comparaissons ensemble! Qui est mon adversaire ? Qu'il s'approche de moi!
Is 50:9- Voici que le Seigneur Yahvé va me venir en aide, quel est celui qui me condamnerait ? Les voici tous qui s'effritent comme un vêtement, rongés par la teigne.


1Co 6:1- Quand l'un de vous a un différend avec un autre, ose-t-il bien aller en justice devant les injustes, et non devant les saints ?
1Co 6:2- Ou bien ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? Et si c'est par vous que le monde doit être jugé, êtes-vous indignes de prononcer sur des riens ?
1Co 6:3- Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? A plus forte raison les choses de cette vie !
1Co 6:4- Et quand vous avez là-dessus des litiges, vous allez prendre pour juges des gens que l'Église méprise !
1Co 6:5- Je le dis à votre honte ; ainsi, il n'y a parmi vous aucun homme sage, qui puisse servir d'arbitre entre ses frères !
1Co 6:6- Mais on va en justice frère contre frère, et cela devant des infidèles !
1Co 6:7- De toute façon, certes, c'est déjà pour vous une défaite que d'avoir des procès entre vous. Pourquoi ne pas souffrir plutôt l'injustice ? Pourquoi ne pas vous laisser plutôt dépouiller ?
1Co 6:8- Mais non, c'est vous qui commettez l'injustice et dépouillez les autres ; et ce sont des frères !
1Co 6:9- Ne savez-vous pas que les injustes n'hériteront pas du Royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas ! Ni impudiques, ni idolâtres, ni adultères, ni dépravés, ni gens de mœurs infâmes,
1Co 6:10- ni voleurs, ni cupides, pas plus qu'ivrognes, insulteurs ou rapaces, n'hériteront du Royaume de Dieu.
1Co 6:11- Et cela, vous l'étiez bien, quelques-uns. Mais vous vous êtes lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l'Esprit de notre Dieu.



Seigneur Jésus,
tu as reproché aux Pharisiens, qui étaient souvent tes adversaires,
de "dire" et de ne pas "faire" eux-mêmes ce qu'ils imposaient aux autres,
et tu nous as laissé en ta vie d'obéissance jusqu'à la mort sur une croix,
le modèle de cette unité entre tes paroles et tes gestes vécus,
et donc d'une authenticité unique de tous tes comportements et attitudes,
posés selon ton exigence de vérité absolue :
rends-moi capable de rechercher de plus en plus cette conformité
entre ma prière et mes engagements,
entre mes déclarations de principe, mes professions de foi, et toutes mes actions,
de façon à ce que je puisse témoigner de toi en t'imitant de mon mieux,
et en rayonnant ainsi ta propre image,
dans la force de ton Esprit, sans laquelle je ne puis rien faire. AMEN.
Tag(s) : #TEXTE LITURGIQUE DU JOUR et son Commentaire
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