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Luc 7, 36 à 8,3


Nous retrouvons aujourd'hui la lecture continue de l'Evangile de Luc - lecture continue qui doit durer toute cette année 2007 - mais qui avait été, comme chaque année, abandonnée dès le début du Carême et pendant tout le temps pascal.

Nous retrouvons donc Jésus tel que nous le présente l'évangéliste Luc, un évangéliste grec et non pas juif, il n'a pas connu Jésus ; dont les Actes des Apôtres, écrits par lui, semblent indiquer qu'il est disciple de Paul - ce qui n'est pas sûr du tout - mais généralement quand même admis. Et cet évangéliste, nous le retrouvons nous racontant la première partie du ministère de Jésus, en Galilée, avant qu'il ne nous donne pendant 10 chapitres, une longue montée de Jésus vers Jérusalem ; et qu'à Jérusalem, il nous montre les derniers jours de Jésus, ainsi que le récit de sa Passion, de sa mort et de sa résurrection.

Nous sommes donc encore au début, dans la première partie du ministère de Jésus en Galilée. Et Jésus, dans cette scène, est invité chez un pharisien. L'évangéliste Luc est celui qui, plus que les autres, nous montre à quel point Jésus a été invité. Ce n'est pas la seule fois où Jésus est invité par un pharisien ; de même qu'il sera invité lors de passages chez des amies, Marthe et Marie ; et il s'invitera chez Zachée, le publicain de Jéricho. Et de même que, invité par les disciples d'Emmaüs après sa résurrection, il deviendra le maître de maison qui partage le pain ; et qui est reconnu alors comme le Seigneur ressuscité, grâce à ces deux disciples.

Jésus, accueilli par un pharisien qui l'invite. Et comme dans chaque repas qui nous est raconté par Luc, il se passe quelque chose qui concerne la mission de Jésus. Soit que Jésus nous délivre un enseignement, soit qu'il réagit à une situation, ou qu'il fasse les deux, comme c'est le cas aujourd'hui.

Après cette scène, l'évangéliste Luc, au début du chapitre suivant, nous montre que Jésus était accompagné non pas seulement par un groupe de disciples masculins, les Douze - mais également par un groupe de femmes qui l'accompagnaient, et qui vont l'accompagner tout au long de sa mission depuis la Galilée jusqu'en Judée - et qui seront les seules à être présentes au pied de la croix, alors que tous les autres disciples auront disparu - et qui sont les premières, témoins de sa résurrection.

Si on en revient à la scène qui est la plus grande partie de ce récit d'aujourd'hui, nous voyons donc que c'est au cours de ce repas qui se passe chez Simon le pharisien : un scandale. Voilà qu'une femme pécheresse, pécheresse publique, connue de tous - on peut penser que c'était une prostituée - s'approche de Jésus et - nous avons entendu la scène - lui embrasse les pieds, se met à pleurer, lui verse du parfum ; ce qui est choquant pour les pharisiens parce que, d'une part, on ne doit pas fréquenter ce genre de personnes - et Jésus, une fois de plus, se montre très libre face à la Loi en ce domaine. Il accueille aussi bien les publicains que les prostituées, il accueille tout le monde, il écoute tout le monde, il met tout le monde debout. Donc, le pharisien va être choqué, voilà une scène choquante. Et Jésus va prendre position face à cette scène choquante.

Et pour expliquer ce qu'il en est, il raconte une parabole : la parabole du créancier qui avait deux débiteurs. L'un devait beaucoup d'argent, l'autre beaucoup moins. La dette est remise. Quel est celui qui sera le plus reconnaissant ? Qui sera le plus porté à aimer ce créancier ? Et le pharisien répond : " C'est celui à qui il a remis davantage. "

Et à partir de là, Jésus va nous laisser une comparaison entre ce pharisien et cette femme pécheresse. D'un côté le pharisien qui l'invite : un pharisien qui traite Jésus comme un Rabbin, il l'appelle " Maître ", un Rabbin qui a une certaine popularité ; le pharisien connaît cette popularité quand il invite Jésus, semble-t-il. Mais le pharisien ne semble pas concerné par le message de Jésus, il est extérieur à ce que fait Jésus. Donc, dès qu'il voit que cette femme s'approche de Jésus, il se dit en lui-même : " Si cet homme était prophète… " Il se met à douter de la prétention qu'a Jésus, par ses gestes et ses paroles, son enseignement, d'être un prophète. " Il devrait savoir que cette femme est une pécheresse " - ce que tout le monde sait et que lui-même semble ignorer.

Mais il ne découvre pas que si Jésus accueille cette femme, c'est justement parce qu'il est prophète, et qu'il est prophète d'une nouvelle façon, révélant la miséricorde de Dieu et non pas le jugement de Dieu - miséricorde pour tous. Le pharisien reste extérieur à la démarche de Jésus. Donc, il l'accueille honnêtement, il le traite en Rabbin, mais ça ne va pas plus loin. Il se laisse à la rigueur interroger. Les invités se dirent certainement avec lui : " Qui est cet homme qui va jusqu'à pardonner les péchés ? " quand Jésus a parlé à cette femme après son entretien avec le pharisien.

Et Jésus d'expliquer que entre cette femme et lui, il s'est passé quelque chose - ou plutôt entre cette femme et Dieu - il s'est passé quelque chose. On ne sait pas ce qui s'est passé. Est-ce que Jésus avait déjà rencontré cette femme ? Est-ce qu'il l'a guérie ? Est-ce qu'il l'a purifiée de ses péchés ? Rien n'est dit à ce sujet. Mais ce qui nous est indiqué, c'est que cette femme a appris que Jésus était là, et elle vient. Et de la façon dont Jésus parle montre que cette femme a fait une expérience de conversion de sa vie, qu'elle a décidé de changer de vie, et qu'elle vient manifester cela à Jésus en le reconnaissant comme prophète de Dieu. Elle vient publiquement, en quelque sorte, montrer qu'elle a changé de vie, en faisant une démarche vis-à-vis de Jésus, une démarche de reconnaissance de Jésus comme homme de Dieu et comme prophète.

En lisant l'Evangile, je me suis permis de changer quelque chose, parce que le texte ici ne correspond pas au texte que nous trouvons dans nos Bibles. " Je te le dis : si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c'est à cause de son grand amour. " Ce n'est pas parce qu'elle aime que ses péchés sont pardonnés ; c'est parce qu'elle est pardonnée, qu'elle aime. Du fait qu'elle a manifesté de l'amour, elle révèle que ses péchés sont pardonnés - comme l'indiquent toutes les notes bibliques de ce passage. Il ne faudrait pas croire que c'est nous-mêmes qui, par générosité personnelle, obtenons le pardon des péchés. On peut faire tout ce que l'on veut, c'est Dieu qui - gratuitement - nous pardonne nos péchés. Et l'amour, nous l'avons reçu de Dieu.

La reconnaissance que nous pouvons avoir, c'est signe que nous avons découvert nous sauve. Nous sommes sauvés par la grâce, à condition que nous ayons la foi pour l'accueillir. Nous ne sommes pas sauvés par nos efforts méritoires, et je pense qu'il est important de préciser cela ; parce que trop souvent, on croit que c'est à force de faire des efforts, à force de faire une vie d'ascèse impossible, que l'on est sauvé. On n'est sauvé par la puissance de son effort, on est sauvé gratuitement par la grâce de Dieu. Donc, cette femme a été sauvée par la grâce de Dieu, et elle vient manifester à Jésus sa reconnaissance dans des gestes qui, à travers Jésus, honorent Dieu ; Dieu qui lui a pardonné, Dieu qui a changé sa vie. Et suite à cela, Jésus lui déclare : " Tes péchés sont pardonnés. "

Alors là, on peut se poser une question aussi. Nous avons entendu la 1ère Lecture où déjà le prophète Nathan avait dit à David : " Dieu te pardonne. " Jésus dit la même chose ici. On emploie le passif, dans la Bible, pour ne pas nommer Dieu. " Tes péchés sont pardonnés ", ça veut dire : " Dieu t'a pardonné. " " Quel est cet homme, qui va jusqu'à pardonner les péchés ? " La démarche de Jésus est interprétée - parce qu'il n'est pas encore reconnu comme un prophète par ceux qui sont là - elle est interprétée comme s'il s'adjure, comme homme, le pouvoir de remettre les péchés, alors que c'est Dieu seul qui remet les péchés, à travers le ministère de Jésus ; à travers, aujourd'hui, le ministère de l'Eglise.

Et d'ailleurs moi, ça me pose toujours une question, quand on a fait un peu d'histoire du christianisme depuis 2000 ans : on s'aperçoit que pendant très longtemps, dans ce qu'on appelle le sacrement de pénitence ou d'absolution, le prêtre disait : " Que Dieu tout puissant te pardonne ", comme je pense encore dans beaucoup d'églises orientales, aujourd'hui - et non pas " je te pardonne ". Actuellement, le prêtre latin emploie la formule : " Je te pardonne au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. " Il ne faudrait pas qu'on croit que même si, d'après ce sacrement de l'Eglise, l'Esprit Saint nous donne cette capacité, c'est la capacité de dire que c'est Dieu qui, à travers les gestes de l'Eglise, est seule à pardonner. Il n'y a pas de pouvoir humain qui puisse changer le cœur de l'homme - car c'est bien de cela qu'il s'agit.

Et cette femme est à ce point reconnaissante, à ce point marquée par un amour débordant qui fait que devant le prophète, devant cet homme en qui elle reconnaît un homme de Dieu, elle manifeste une joie, une découverte d'une vie nouvelle extraordinaire, c'est bien parce que cela concerne son cœur qui est transformé ; et Dieu seul transforme les cœurs, en appliquant, dans la mission de Jésus, ce qu'il avait annoncé par le prophète Ezéchiel : " Je leur retirerai leur cœur de pierre et leur donnerai un cœur de chair. " ou " Je mettrai ma loi au fond de leur cœur ", comme disait, à la fin de sa vie, le prophète Jérémie.

Donc Jésus déclare à cette femme, la confirme dans sa démarche : " Tes péchés sont pardonnés, Dieu t'a pardonné, ta foi t'a sauvée, va en paix. " Cette femme a donc reconnu en Jésus quelqu'un qui parle au nom de Dieu, qui est un prophète de Dieu, qui vient de Dieu, et qui veut la confirmer dans sa démarche.

Alors, qu'est-ce que nous pouvons retirer de cette scène qui ne nous concerne peut-être que très indirectement ? Je ne pense pas que nous soyons des pécheurs publics. Au début de l'Eglise, dans la pratique de la réconciliation en Eglise, le péché était public. On se confessait une ou deux fois dans sa vie. Le Lettre aux Hébreux nous dit que on ne pouvait obtenir le pardon du Seigneur que deux fois au maximum - au chapitre 6 de la Lettre aux Hébreux. La communauté se rassemblait ; et, à l'époque, la communauté se permettait de dire à quelqu'un qui avait tué, qui avait violé ou qui avait commis l'adultère, qui était connu publiquement comme pécheur, de lui dire : " Ecoute, tu vas essayer de te convertir ", et on le mettait dehors pendant un certain temps avant de le réconcilier. La pénitence était publique. Et l'Eglise remettait les péchés ensuite au pécheur, qui revenait.

Nous ne sommes pas, certainement, espérons-le, des pécheurs publics. Mais depuis le 6ème siècle, avec, en particulier, la mission des moines irlandais, on a commencé à traiter la confession comme une affaire strictement privée - où on dit, en privé, au Seigneur, ce qu'on a à se reprocher dans sa propre vie. Alors qu'il n'y a pas nécessairement un scandale public à se faire pardonner.

Alors, que retenir de ce passage ? Eh bien, c'est notre relation à Jésus. On peut se comporter devant Jésus comme ce pharisien qui le traite comme un Rabbin. Ce pharisien l'invite, c'est un homme qui fait une démarche de bonne volonté. Jésus est sympathique, Jésus est intéressant, sa parole nous plait ; Jésus nous aide à entrer dans un groupe qui s'appelle l'Eglise, et qui nous permet de vivre une certaine dimension, une certaine valeur, une certaine position dans la société dans le monde… Mais il s'agit de plus que cela. Jésus est celui qui est pour nous l'envoyé de Dieu, par lequel Dieu nous sauve.

Est-ce qu'il y a une rencontre personnelle ? Est-ce que nous sommes concernés par Jésus ? Est-ce que nous sommes des gens convertis ? La conversion, ça n'est pas d'abord d'être un pécheur public qui change sa vie. Il y a ça bien sûr. Mais c'est de nous tourner vers Dieu en toutes circonstances, comme Celui qui est le guide de notre vie, par Jésus qu'il a envoyé, et par l'Esprit Saint du Christ ressuscité, qu'il nous donne. Sommes-nous engagés, témoins du Christ ? Sommes-nous des chercheurs de Dieu à travers Jésus. Et sommes-nous pleins de reconnaissance pour la conversion que nous avons reçue ?

Le baptême nous fait entrer dans ce cœur nouveau que cette femme a découvert dans cette scène. Comme dit saint Paul, nous sommes " créatures nouvelles, nous sommes appelés à être images du Christ, nous sommes fils héritiers avec le Christ : c'est cela le pardon des péchés. Est-ce que nous avons une reconnaissance extraordinaire ? Et est-ce que nous aimons Jésus comme cette femme qui aimait Dieu à travers Jésus, en reconnaissant Jésus comme prophète ? Est-ce que nous aimons Dieu à ce point-là ? Est-ce que nous sommes des banalisés ou nous sommes des convertis permanents, témoins d'une nouveauté extraordinaire que nous avons reçue, et qui nous fait vivre ?

Tag(s) : #TEXTE LITURGIQUE DU JOUR et son Commentaire
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