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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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1er Dimanche de l'Avent - Année A

Matthieu 24, 37-44



L'Evangile d'aujourd'hui ressemble curieusement à celui de dimanche dernier. C'est le même discours final de Jésus, à quelques jours de sa Passion, racontée cette fois dans un extrait qui nous est donné dans l'Evangile de Matthieu - Evangile que nous allons lire pratiquement d'un bout à l'autre, tout au long de cette année liturgique qui commence. Texte de la fin de la vie de Jésus, son dernier discours, pratiquement, avant sa mort.

Et le message qu'il nous donne ici, c'est ce message en trois temps de ce dernier discours, qui leur dit : " Quelle que soit la mission que j'ai vécue, quel que soit mon échec, quelle que soit la façon dont ça se termine, c'est une mission de victoire. " Car la victoire de Dieu se manifeste au-delà des guerres, et des ruines, au-delà de la ruine de Jérusalem que Jésus annonce, la ruine du Temple, au-delà des grands bouleversements cosmiques dont il se sert dans un langage codé qui veut indiquer que la venue du Règne de Dieu, c'est un bouleversement, un re-départ à zéro, une création nouvelle. Et le troisième temps, c'est la venue du Fils de l'homme, l'entrée de notre monde dans le monde de Dieu, avec le Christ qui se définit - toujours dans ce même langage codé - comme à la fois de ce monde et hors de ce monde. Le "Fils de l'homme" est une image qui vient du Livre de Daniel - un Fils d'homme qui marche sur les nuées, à qui sont donnés la gloire et le rayonnement de Dieu. Il est question ici, tout spécialement dans cet extrait, de cette venue du Fils de l'homme, qui est une venue que l'on ne maitrise pas. Et c'est ça qu'il faut retenir d'abord. Une venue subite, inattendue, dont les images sont prises comme le déluge au temps de Noé : on ne s'y attendait pas. C'est tout d'un coup, inattendu, subit.

Donc, il n'y a qu'une seule attitude possible : veiller. Veiller comme le maître de maison qui sait à l'heure où le voleur doit venir et se tient sur ses gardes. Mais veiller en permanence. Et c'est pour ça qu'on dit : " Vous ne connaissez pas l'heure où le Seigneur viendra. Deux hommes seront aux champs : l'un est pris, l'autre laissé " - celui qui veille sera pris, celui qui ne veille pas sera laissé, il n'entrera pas dans le Royaume de Dieu. Attitude de veille que Jésus nous demande ainsi dans ce discours, en nous rappelant que le Fils de l'homme vient pour nous.

Et ce Temps de l'Avent insiste beaucoup sur cette idée que le Fils de l'homme vient - pas dans une fête du jour de Noël, même si c'est le sommet de la venue du Christ que nous célébrons ce jour-là - Dieu vient parmi nous.

Alors, comment lire ce texte, un peu effrayant par certains côtés, et comment nous l'appliquer aujourd'hui ?

Eh bien d'abord nous remettre à l'époque de Jésus. Jésus est à quelques jours de sa mort, il est rejeté par les siens ; il a purifié le Temple, on a essayé de le coincer par des questions et des colles en tous genres, pour qu'il réponde mal et qu'ils puissent l'accuser devant Pilate, car il a fait des vagues - et c'est dangereux de faire des vagues dans un pays occupé. Jésus a bien répondu. Mais il se cache la nuit pour ne pas être pris, alors que le jour il est au Temple où il fait ce discours. Jésus sait qu'à n'importe quel moment, il risque de se faire arrêter. Et s'il est arrêté, il doit donner son témoignage, et il sera rejeté et condamné.

Donc, ce discours est là pour dire à ses disciples : rien n'est fini, tout commence. Donc, ça concerne Jésus d'abord, Jésus lui-même. Et quand on lit l'Evangile de Matthieu après ce discours, on s'aperçoit que la venue du Fils de l'homme, les bouleversements, c'est sa mort et sa résurrection. Si nous lisons l'Evangile de saint Matthieu de plus près, il est le seul à dire qu'au moment où Jésus meurt sur la croix, il y a un énorme tremblement de terre, il y a des tombeaux qui s'ouvrent, des morts qui ressuscitent, il y a le voile du Temple qui se déchire, des grands bouleversements qui indiquent que tout démarre. Et puis, quand Matthieu nous raconte la résurrection de Jésus, la même chose : un ange descend du ciel, fait éclater le tombeau, et puis un grand tremblement de terre à nouveau qui se manifeste, les gardes sont comme morts, les bouleversements sont là. Et Jésus va être la surprise pour ses disciples qui ne l'attendent plus après sa mort. Il va les surprendre. Il applique bien ce message. Le Fils de l'homme qu'il est désormais, entré dans le monde de Dieu, va se manifester de façon surprenante et inattendue. D'abord par quelques visions ; et ensuite surtout par l'Esprit Saint qui va les transformer, ils vont être totalement entraînés dans ce jour du Seigneur ; les disciples, par l'Esprit Saint, vont être totalement renouvelés : les peureux qu'ils étaient, les lâches qu'ils étaient, vont devenir des champions, des témoins, des martyrs. Ils vont répandre le christianisme, l'Evangile de Jésus, jusqu'à Rome, et même jusqu'en Espagne.

Donc, voilà le jour du Seigneur vécu par Jésus et ses premiers disciples, dans ce bouleversement de création nouvelle, et cette venue de Jésus ressuscité dans l'Esprit Saint, qui bouleverse tout.

Nous, aujourd'hui : l'Esprit Saint est venu. Nous avons été baptisés dans l'Esprit Saint. Donc, la présence de Jésus ressuscité, sa venue, nous est donnée comme " un déjà là ", comme ce qui anime toute notre vie. Donc, nous ne pouvons pas lire ce texte de la même manière que Jésus l'a vécu, ou que les premiers disciples l'ont vécu. Nous n'aurons pas la surprise, car nous avons été baptisés dans la mort et la résurrection de Jésus. Ce bouleversement a traversé notre vie ; comme dit saint Paul : " Nous sommes des hommes nouveaux, une création nouvelle, fils avec Jésus, héritiers du Royaume ; des hommes et des femmes complètement transformés par le mystère de Jésus. Donc, Jésus est au cœur de notre vie, si nous sommes croyants et si nous l'accueillons.

Mais alors, faut-il encore l'attendre ?

Eh bien, oui. Ce " déjà là " s'accorde avec un " pas encore "; c'est un " déjà là " progressif, c'est une croissance progressive dans la rencontre de Dieu, dans une vie de qualité que Jésus seul peut donner par sa résurrection ; une vie où on est sorti de soi-même pour marcher vers les valeurs profondes, de mettre les hommes debout, de l'amour, du pardon, de l'accueil, du mouvement, du dynamisme… Donc, nous avons toujours à être des veilleurs, et des veilleurs permanents, car Dieu passe dans notre vie, il est avec nous à chaque instant. Ne croyons pas que les évènements du monde sont un passage spécial de Dieu.

Dieu est présent avec nous. Jésus a dit : " Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles. " Mais il y a dans notre vie humaine, des surprises : une maladie, un accident, ou une grande nouvelle, une grande joie… un jeune qui rencontre sa future épouse - et réciproquement - des coups de foudre… Il ne faut pas confondre ces évènements ou ces coups de foudre, ou ces malheurs ou ces bonheurs, avec Dieu. Mais il faut se dire, quand cela arrive : Quelqu'un est avec moi qui m'invite à vivre cela. Nous ne sommes pas seuls pour vivre la difficulté, ou la joie, ou la réussite, ou la surprise. Quelqu'un est avec nous tous les jours, qui nous invite à interpréter ce que nous vivons comme un signe pour notre vie, comme une manière de grandir dans cette marche en avant. Nous avons été saisis par le Christ et nous marchons vers lui davantage, quels que soient les évènements, parce que Dieu est avec nous, parce que Jésus est là, au cœur de nos vies.

Donc, nous sommes marqués par cette qualité. Comme dit saint Paul, dans la 2ème Lecture - une phrase que nous pouvons retenir et qui est très belle : " Le salut est plus près de nous maintenant qu'au moment où nous sommes devenus croyants " - notre vie est un chemin de croissance, de veille, avec Quelqu'un qui, de l'intérieur, nous fait avancer dans des valeurs qui sont mieux développées, une vie ouverte, une vie accueillante, une vie envoyée, une vie dynamique, une vie qui n'est pas une mort latente, mais qui est une espérance formidable. Voilà comment nous pouvons relire cet Evangile.

Mais nous pouvons nous poser une question : pourquoi l'Eglise, au début d'une nouvelle année liturgique, où nous prenons un nouvel Evangile, saint Matthieu, nous fait commencer par la fin de cet Evangile ?

Eh bien, parce que la liturgie, c'est toujours d'abord se situer maintenant, aujourd'hui. Chaque jour est l'aujourd'hui de Dieu pleinement ; chaque jour est Noël, chaque jour est Pâques, chaque jour est la Pentecôte, dans notre foi ; chaque jour est une chance. Il n'y a pas des bons jours et des mauvais jours dans la foi. Il y a un appel, il y a un défi, il y a un amour, chaque jour. C'est toujours de ce point-là que nous partons.

Mais nous savons également que nous sommes facilement des ronronneurs, ou des gens qui sont tentés de s'endormir ; alors, nous avons besoin de temps forts. La société a besoin de temps forts. Le temps de Noël est un temps fort de notre société ; il y a des temps forts dans la vie, dans le monde, dans nos campagnes, dans nos villages, dans nos cités ; il y a des fêtes, il y a des célébrations. Nous avons besoin de temps forts. Et la liturgie nous dit que dans ce message de chaque jour - qui est chaque jour Noël, Pâques ou la Pentecôte - eh bien, nous prenons un accent, un accent fort. Donc, c'est l'accent de la bonté de Dieu qui se manifeste, que nous vivons dans ce temps de l'Avent - accueil de Dieu qui vient dans notre vie, comme dans toute l'histoire d'Israël, et surtout avec Jésus, son point final, et l'Esprit Saint qui le prolonge jusqu'à nous; après, nous aurons le temps du carême et de Pâques, le temps du combat de Jésus qui vit la vérité de Dieu jusqu'à sa mort et sa résurrection ; et puis, le temps ordinaire, le temps où nous ramons chaque jour à faire de notre mieux, avec les soucis, les difficultés. La liturgie nous accompagne dans tous les aspects de notre vie. Mais attention : à condition que nous disions : aujourd'hui, nous sommes plus près de Dieu qu'hier ; et demain - souhaitons-le - nous serons plus près de Dieu qu'aujourd'hui.

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