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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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21ème Dimanche Année C :

Luc 13, 22-30

Comme cela nous est dit dans l'Evangile, Jésus continue sa montée vers Jérusalem. Calmement, avec ses disciples, il traverse toute la Judée ; et il répond à toutes les questions qu'on lui pose, à toutes les demandes qu'on lui fait. Il enseigne, il guérit, il fait des gestes. Et une fois de plus, quelqu'un l'interpelle : " Seigneur, n'y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? " C'est là le genre de question à laquelle Jésus ne répond jamais directement. Les questions de curiosité ne l'intéressent absolument pas.

Celui qui l'interroge, un juif, quelqu'un qui appartient au peuple de Dieu, qui est sûr d'être sur le bon chemin car il est de la descendance d'Abraham, il porte toute la tradition d'Israël - Israël, c'est le peuple élu, qui le demeure, et dont fait partie Jésus - donc cet homme regarde Jésus un peu comme un curieux, sympathisant, c'est bien ; il l'accompagne et lui pose des questions. Et Jésus lui envoie une volée de bois vert : " Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite. " Il ne suffit pas d'être juif et dans le peuple de Dieu pour être automatiquement sauvé, il n'y a pas d'automatisme. " Si beaucoup chercheront à entrer, ils ne le pourront pas ; vous pouvez me suivre et rester dehors ; vous pouvez être mes sympathisants, être avec moi, m'accompagner sur le chemin, manger et boire en ma présence, me suivre sur les places… " Jésus répond : Ce n'est pas ça que j'attends. " Passez par la porte étroite ", c'est à vous de jouer. Il n'y a pas d'automatisme.

Deuxièmement : il n'y a pas de privilèges. Ce n'est pas parce que vous êtes juifs que vous serez davantage sauvés que les autres - même si Dieu vous a appelés à être témoins de l'unité de Dieu, de l'unité du salut. Dans ce peuple juif, dans ce peuple d'Israël, j'ai une mission extraordinaire à remplir dans l'univers. Le fait d'en faire partie ne vous prive pas d'entrer par la porte étroite : c'est à vous de jouer.

Et du même coup, il n'y a pas de privilèges : les non-juifs aussi seront sauvés. Vous serez jetés dehors, vous, les membres du peuple de Dieu, qui me regardez un peu comme une bête curieuse. Alors qu'on viendra de l'orient, de l'occident, du nord et du midi, prendre place dans le Royaume de Dieu. Il y a des derniers - ceux là qui sont traités comme des païens, comme des incroyants, comme des malfaisants - ils vous précéderont, ils seront premiers. Et vous qui êtes les premiers, appelés avec Abraham, vous serez les derniers. Voilà ce message.


Alors, qu'est-ce que c'est, cette porte étroite ?

Cette porte étroite, c'est la réponse de chacun à Jésus. On n'est pas des curieux, on n'est pas des privilégiés, on n'est pas des automates. On doit répondre, on doit le suivre. Son message de base, c'est toujours : " Convertissez-vous, le Royaume de Dieu est proche. Changez de vie, tournez-vous vers le Père, tournez-vous vers moi. Mettez en pratique ce que je vous dis. Le Royaume de Dieu est proche. Je vous offre un salut, entrez par la porte étroite. " Donc, pas d'automatisme, pas de privilège, c'est ouvert à tous. Vous avez un rôle de témoins à jouer, bien sûr - mais ça ne vous dispense pas de dire " oui " à mon message".

Voilà ce que Jésus dit à ces gens.


Alors, nous pouvons nous demander maintenant : est-ce que ça nous concerne nous, les chrétiens d'aujourd'hui ?

Eh bien, au même niveau. Nous sommes deux milliards de chrétiens dans le monde, de toutes confessions, avec beaucoup de points communs - 90%, je pense, de points communs entre tous les chrétiens - , reconnaissant le Christ comme Seigneur, comme Fils de Dieu, nous avons le même Credo, nous avons le même baptême, et nous participons au même rite de l'Eucharistie partout dans le monde : il y a les catholiques, il y a les protestants, il y a nos frères orthodoxes d'Orient, il y a les évangélistes, les pentecôtistes, il y a ces masses de chrétiens qui foisonnent partout et qui sont certainement des gens très sérieux - et ce message nous concerne toujours.

Donc, il n'y a pas d'automatisme. Ce n'est pas parce qu'on est baptisés, ce n'est pas parce qu'on est chrétiens pratiquants, ce n'est pas parce qu'on est chrétiens militants, ce n'est pas parce qu'on est prêtres ou parce qu'on est religieuses, parce qu'on a une bonne vie de famille… qu'on sera automatiquement sauvés. Jésus nous renvoie à l'essentiel, avec les choses à leur place. Que veut dire être baptisés : c'est recevoir de Dieu la possibilité d'être sauvés par Jésus. Que veut dire participer à l'Eucharistie : c'est recevoir en nous la capacité de dire " oui " comme Jésus au Père, comme il l'a dit jusqu'au bout dans sa vie. Que veut dire appartenir à une communauté : ça veut dire ensemble se rassembler pour recevoir toujours la force de Jésus, l'Esprit Saint, etc…

Mais il y a pour chacun la porte étroite qui consiste à dire " oui " - à dire " oui " non pas à un salut qui va de soi - à dire " oui " à un engagement personnel : qu'est-ce que le Seigneur me demande de faire en ce moment, dans la situation présente qui est la mienne ? J'ai à ma disposition la foi, j'ai à ma disposition l'Evangile, j'ai à ma disposition l'Eucharistie et le baptême, j'ai à ma disposition la vie en Eglise, j'ai à ma disposition ma vie religieuse, j'ai à ma disposition ma vie d'homme militant dans le monde… J'ai tout ça à ma disposition. Mais qu'est-ce que j'en fais, maintenant ? Sommes-nous des automates ou des engagés ? C'est le point capital de notre vie chrétienne.

Saint Paul a résumé ça en une formule : " Il n'y a qu'une chose qui compte : la foi - suivre Jésus - qui agit par l'amour ", maintenant ! - pas hier ou avant-hier - à chaque instant, face à une situation déterminée. Voilà ce que c'est que passer par la porte étroite. C'est se dire : est-ce que je vis pour Dieu ou est-ce que je vis pour moi ? Bien sûr, j'ai tout un capital de privilèges, de choses que j'ai reçues. Ça ne sert à rien si cela ne change pas mon cœur et ne me met pas face à un choix de vie de qualité, qui est la vie que Dieu me propose, à la façon de Jésus. En quoi, en ce moment, suis-je en train d'imiter Jésus ? Nous avons tous des problèmes - problèmes de vie de famille, problèmes de vie de communauté, problème de vie personnelle, problèmes de difficultés à supporter, problèmes de maladie à vivre, problèmes de réussite à gérer, problèmes pour les jeunes reçus aux examens avec un magnifique avenir, problèmes pour d'autres d'échecs à assumer… Comment, dans ces situations, disons-nous " oui " à Dieu, par Jésus ?

Bien sûr, nous sommes aidés par l'Esprit Saint. Mais n'empêche que nous pouvons fermer la porte, nous pouvons tout bloquer. Il n'y a pas d'automatisme.

Et il n'y a pas de privilèges ! Etre chrétiens, c'est avoir eu la chance, la grâce, d'être appelés par Jésus, à être témoins d'un salut que Dieu seul peut donner par lui. Dieu seul nous sauve tous par Jésus. Nous avons ce privilège de le connaître, de savoir beaucoup de choses - ce que n'ont pas les autres religions - bien sûr. Mais ce privilège, nous avons à le vivre comme un signe, comme un appel. Et les appels, où se trouvent-ils ? Dans notre manière de vivre. Etre chrétiens, c'est d'abord vivre en chrétiens, chercher le Christ, dire " oui ", et ensuite, poser un point d'interrogation dans le monde, par notre comportement. Pourquoi on se comporte ainsi ? Pourquoi l'abbé Pierre s'est-il comporté ainsi ? Pourquoi mère Teresa s'est-elle comportée ainsi ? Pourquoi saint Vincent de Paul s'était comporté ainsi ? Pourquoi saint François, saint Dominique, tous les grands saints de l'histoire se comportaient ainsi ? Ces gens étaient des coups de poing dans l'histoire et ont posé une question par leur manière de vivre chaque jour, dans toutes les difficultés de leur vie. Ils ont posé un grand point d'interrogation. Et quand on leur demandait : pourquoi tu fais ça ? " A cause de Jésus. " Je suis appelé par lui, je vis avec lui, je suis nourri par lui, je suis aidé par lui. Il attend que je dise " oui " comme lui, avec sa force à lui. Il est toujours facile de se prendre pour maître de sa vie. Le péché, c'est dire : c'est moi qui décide. La porte étroite : c'est Jésus qui décide - ou moi qui essaye de décider avec lui dans son sens, avec sa force. Il n'y a pas de privilèges.

C'est pour ça que l'Eglise a toujours dit : tous les hommes sont sauvés par Jésus Christ - qu'ils soient chrétiens, qu'ils soient musulmans, qu'ils soient juifs, qu'ils soient païens… Dans la mesure où quelqu'un suit sa conscience et essaie de dire " oui " au bien, dans les situations particulières, de son mieux, il a choisi la porte étroite - même s'il n'a pas eu la chance, comme nous, de recevoir ce privilège de la foi, que nous avons reçue dans l'action de grâce.

Alors, mesurons-nous l'enjeu de notre vie ? Nous avons une chance formidable, c'est d'avoir reçu tout ça. Est-ce que nous sommes prêts à rendre grâce pour tout ce que nous avons reçu : la foi de nos parents, l'Evangile, le baptême, l'Eucharistie, notre vie de communauté, notre vie de foyer, tout ? Est-ce que nous rendons grâce pour ça ? Et mesurer que cette chance est un enjeu. Qu'en faisons-nous ? Et comment le rayonnons-nous, pour que d'autres aient une qualité de vie qui soit contagieuse, et qui invite les gens à dire : mais, est-ce qu'il y a un sens à la vie ?

Bien sûr, témoigner de l'Evangile, c'est l'annoncer. Mais l'annoncer, c'est d'abord dans la trame de l'existence de chaque jour, où on nous regarde vivre en foyer, en communauté ou ailleurs. C'est là que nous témoignons, nous rayonnons - ou qu'au contraire, nous bloquons. Nous sommes témoins de la porte étroite. Il n'y a que par Jésus Christ qu'on est sauvés, mais encore faut-il qu'on vive comme lui, devant les hommes ; tout en reconnaissant que des hommes qui ne le connaissent pas vivent comme lui, à leur façon, dans la mesure où ils disent oui à vérité et oui à l'amour chaque jour. D'où notre ouverture à tous les hommes, privilégiés que nous sommes d'être croyants, nous nous reconnaissants frères de tous. Tous sont appelés au salut : " Dieu veut que tous les hommes soient sauvés - écrit saint Paul - et parviennent à la connaissance de la vérité. "

La réponse à la question, réponse que Jésus n'a pas donnée, nous la trouvons dans saint Paul : " Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. " Il ne s'agit pas de faire les comptes des uns et des autres. C'est à chacun d'apporter sa réponse, pour lui, dans la vérité de sa vie. Et nous savons que c'est possible, parce que Jésus nous y aide. On ne peut rien faire sans lui, on peut tout faire avec lui - à la condition de dire " oui ".

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