Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
25 Septembre 2010
Luc 16, 19-31
Cette parabole au terme de ce chapitre 16 de l'Evangile de Luc où il est question - comme dans le dimanche précédent - de la richesse et de la pauvreté. Nous avons ici une parabole de Jésus à ce sujet - Jésus qui continue de monter vers Jérusalem - en enseignant ses disciples et la foule qui l'accompagnent, et en répondant à toute situation.
Nous avons là une histoire illustrée dans laquelle Jésus nous a passé un message. Il ne faudrait pas se tromper de message. Ce message n'a rien à voir pour nous décrire ce que serait le ciel, ou l'enfer, ou la vie éternelle ; cette histoire, que Jésus invente, pour poser une question - double question qui, finalement, doit nous interpeller nous aussi.
Bien sûr, cette histoire se situe dans le cadre d'une croyance juive, selon le monde juif, en la résurrection des morts, où des juifs n'y croyaient pas et des juifs y croyaient. Et l'argument que Jésus emploie quand il en parle auprès de ceux qui n'y croient pas, c'est de dire : " Dieu est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants. " Donc la résurrection est imaginée chez les juifs comme étant demeurer dans le peuple d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, dans l'au-delà de cette vie, un au-delà dans lequel on entre avec la vérité vécue dans son existence présente. Et c'est dans ce contexte là que cette histoire se situe.
Une histoire qu'il faut quand même regarder de près parce qu'elle nous pose aussi un certain nombre de questions secondaires : on ne dit pas que cet homme riche était pécheur, on dit seulement qu'il était riche, et qu'il vivait de sa richesse, sans se soucier de l'extérieur ni des autres, totalement replié sur lui-même ; on ne nous dit pas que le pauvre Lazare - on a quelquefois cherché à titiller ce Lazare, à chercher qui il était, ça n'a aucun sens, Jésus invente cette histoire, donc il faut découvrir le message qu'il nous donne - le pauvre Lazare n'est pas un saint pour autant, on ne dit pas qu'il est saint, on dit qu'il est pauvre, et c'est tout.
Et puis, surprise : on a l'impression que la qualité de vie joue peu dans cette affaire, c'est une question de chance. Je suis riche sur cette terre, dans l'au-delà je serai malheureux ; je suis pauvre sur cette terre, dans l'au-delà, je serai heureux. Cette phrase que dit Abraham à ce riche : " Tu as reçu le bonheur durant ta vie, et Lazare le malheur. Maintenant il trouve la consolation, et toi, c'est ton tour de souffrir ", à chacun son tour ! Conclusion stupide que nous pourrions tirer : bon, quelle est notre chance ? Si nous sommes pauvres, nous avons un avenir, si nous sommes riches nous n'avons aucun avenir. C'est une tradition dans l'Orient - chez les Egyptiens en particulier - de raconter des histoires comme ça, des changements de situations radicales : des riches qui deviennent pauvres et des pauvres qui deviennent riches - et qui, une fois devenus riches, insultent les riches qui sont devenus pauvres. Il n'y a pas ici d'insultes, nous ne sommes donc pas dans ce cadre-là.
Mais ce qui est intéressant à noter, c'est la prière du riche : " Envoie Lazare dans la maison de mon père pour qu'il avertisse mes cinq frères " Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu'il ne s'agit pas seulement d'être riche ou d'être pauvre, il s'agit de ne pas être n'importe comment riche. Il y a là une attitude que doit avoir le riche, et c'est bien ce qu'avoue cet homme dans ses souffrances, au cœur de cette histoire. " Envoie Lazare chez mes frères. " Nous avons le contraste ici entre le pauvre auquel on ne demande rien, et le riche auquel on demande compte de la façon dont il a utilisé sa richesse. Ce n'est pas un automatisme.
D'où la grande et première question que pose ce texte :
que vont faire les cinq frères qui sont riches, alors qu'ils n'auront, comme le premier qui est mort, que la Parole de Dieu pour se convertir ? " Ils ont Moïse et les prophètes ", ça suffit pour se convertir. On ne sait pas la réponse : que vont faire ces cinq frères ? Voilà la question que Jésus pose. Comment ces riches vont-ils se comporter, pour peu qu'ils réfléchissent ?
Ce qui est noté également dans cette histoire illustrée, c'est bien la différence entre le riche et le pauvre. Le pauvre n'a rien à faire. Pourquoi ? Parce que son attitude est une prière objective vers Dieu. Dieu est soucieux des pauvres - même s'ils ne prient pas, même s'ils ne crient pas. Le pauvre, par sa seule présence, est un cri vers Dieu, par sa seule histoire - et c'est bien de cela qu'il s'agit. Qu'il soit riche de cœur, qu'il soit saint, qu'il soit malheureux, qu'il soit juste ou pas juste : il crie vers Dieu parce qu'il est pauvre et qu'il est malheureux ; sa situation même est une prière constante vers Dieu - indépendamment de lui-même, par certains côtés. C'est bien de cela qu'il s'agit dans ce texte.
Tandis que le riche doit s'interroger sur l'usage qu'il fait de sa richesse. Le riche, dans cette histoire, a fermé les yeux sur le pauvre, il n'a rien fait, il est resté vautré dans sa richesse, et c'est tout. Qu'est-ce qu'il aurait dû faire ? Eh bien, tout l'Ancien Testament est là pour le rappeler : " Ils ont Moïse et les prophètes - nous avons entendu la lecture du prophète Amos, qui disait exactement la même chose - " Ils se vautrent dans leur richesse et leur consolation, ils ne s'occupent pas du pauvre qui est à leur porte… " L'Ancien Testament, la Loi de Moïse, disent bien qu'il faut prendre soin du pauvre, qu'il faut partager, qu'il ne faut pas le laisser dans sa misère, qu'il faut l'autoriser à glaner dans leurs champs ; et que, s'il vient vous emprunter de l'argent et vous donne son manteau en gage, il faut lui rendre son manteau le soir pour qu'il puisse se coucher dedans… etc., etc.… L'attitude du partage et de la compassion est fondamentale dans le message de Moïse.
D'où la seconde grande question que pose ce texte :
nous, qu'allons-nous faire ? Parce que nous aussi, nous avons la Parole de Dieu, le message de Jésus. Comment allons-nous vivre notre pauvreté et notre richesse ?
Et qu'est-ce que Jésus nous dit à travers ce texte ? Il maintient la même rigueur, le même contraste. Nous avons, dans les paraboles, dans les Béatitudes qu'il prononce dans l'Evangile de Luc, il dit bien : " Malheureux, vous, les riches, vous avez votre consolation. " C'est un appel extraordinaire. Le Cantique de Marie, le Magnificat, que nous chantons, parle de ce même changement radical d'attitude : "Il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides. "
Jésus maintient la même rigueur, le même appel. Le pauvre est privilégié, le riche est invité à réfléchir, il a une mission, car il peut faire quelque chose. Donc, Jésus maintient la même rigueur, il maintient la même priorité pour les pauvres, d'un bout à l'autre de cet Evangile. Ce qui nous invite, bien sûr, à faire quelque chose. Que faisons-nous ?
Bien sûr, il y a des associations, il y a des mouvements, c'est remarquable, il faut les aider. Il y a des mouvements de partage ; il faut apprendre à partager avec les pauvres. Les pauvres ne sont pas seulement les mendiants ; il y a moins de mendiants dans notre pays, la société s'est organisée pour qu'il y ait un minimum de revenus pour tous - du moins pour tous ceux qui acceptent d'entrer dans ce jeu-là. Mais il y a des pays où on vit d'un dollar par jour. Que faisons-nous ? Est-ce que nous sommes aveugles, est-ce que nous sommes vautrés, est-ce que nous sommes contents de nous-mêmes ?
Mais également, Jésus nous invite, par ce texte : les pauvres sont toujours là. On ne résout pas la pauvreté - on doit chercher à la résoudre, mais elle sera toujours là, d'une manière ou d'une autre, comme un appel. Il est facile de se dire : bon, réglons ce problème, partageons, donnons une part pour les pauvres, et après, vivons ! L'Evangile consiste à dire : il y aura toujours une rupture, un appel angoissant, il y aura toujours des pauvres, comme un brèche permanente dans notre être et notre vie.
Et quand on reprochera à quelqu'un d'avoir versé du parfum sur les pieds de Jésus, il leur dira : " Des pauvres, vous en aurez toujours parmi vous ", vous devrez toujours vous en occuper, quoi que vous fassiez - car telle est la situation des hommes. Et ces pauvres qui sont là sont un appel vers Dieu par leur seule pauvreté, ils sont les privilégiés de Dieu qui estime qu'ils sont prioritaires par leur seule pauvreté. Le message de Jésus demeure.
Mais Jésus, dans ce message, les pousse à aller plus loin. Il leur dit : " Le pauvre, c'est moi. " Et nous ne pouvons pas lire ce texte sans faire allusion à une autre parabole de Jésus, que nous lirons vers la fin de cette année liturgique : la parabole de la fin des temps, du jugement dernier. Ça ne décrit pas les choses, mais ça montre l'engagement et le message qu'il faut en retenir. Quand Jésus dit à ceux qui sont bénis du Père : " Venez, les bénis de mon Père. J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, vous m'avez habillé, vous m'avez logé, etc… " Et la réponse des justes : " Quand est-ce que nous t'avons donné à manger, à boire ?... " " Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. " Jésus s'identifie aux pauvres,même si on ne le reconnaît pas. Le pauvre, c'est lui, pour nous chrétiens.
Alors, en entrant dans cette leçon que Jésus donne, en disant : nous n'avons pas le droit de nous enfermer dans notre vie, notre richesse, nos résultats, nos succès, tout notre confort…, nous voudrions qu'il y ait toujours une brèche dans notre vie, qui nous met mal à l'aise et qui nous invite à regarder les autres et à faire un effort pour les considérer comme des frères. Voilà comment Jésus, à travers cette histoire qui, apparemment, nous frappe et nous surprend, nous invite à répondre : qu'allons-nous faire, nous, qui sommes des riches ?