Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
2 Octobre 2010
Luc 17, 5-10
Jésus se rapproche de Jérusalem, c'est sa dernière étape avant son entrée dans la Ville Sainte. Il continue de dialoguer avec ses disciples, il leur donne un certain nombre de consignes : la consigne de se méfier des richesses, la consigne du pardon ; ses disciples et les apôtres se rendent compte que c'est difficile à vivre si on n'a pas la foi.
D'où cette question importante, qui devient la nôtre : " Seigneur, augmente en nous la foi. " D'où ces deux réponses, extrêmement choquantes, de Jésus, contradictoires avec son message : " Si vous aviez la foi gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : " Déracine-toi et va te planter dans la mer " : il vous obéirait. " Tentation qui nous est faite à travers ces paroles, de concevoir la foi comme une puissance que Dieu nous donne pour nous affirmer et pour réaliser des choses impossibles. " Je n'y arrive pas, donc je prie le Seigneur, j'ai la foi, j'y arriverai ; c'est moi qui commande, c'est moi qui agis… " D'autant plus que Jésus, lui-même, n'a jamais fait ça. Il n'a jamais dit à un arbre d'aller se planter dans la mer. Et, pire que ça, il a été tenté de le faire : quand le Tentateur lui a dit : " Jette-toi du haut du Temple ", fais de l'épate, montre ta puissance ! " Et Jésus a répondu : " Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. "
Donc, que veut dire cette parole choquante, caricaturale, que Jésus nous dit ? Eh bien, c'est de ne pas prendre la foi à l'envers. La foi, c'est s'ouvrir comme un pauvre à la toute puissance de Dieu, pour qu'il agisse en nous. Et non pas qu'il nous fasse puissant, mais pour qu'il nous rende à la foi pauvre de nous et riche de lui. " Le Christ est venu - nous dit saint Paul - pour nous enrichir… Lui, tout puissant qu'il était, il s'est abaissé, il s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté - pauvreté du cœur qui se laisse posséder par la puissance de Dieu. Car rien n'est impossible si on laisse Dieu agir en nous et conduire notre vie.
Alors, pourquoi cette image de Jésus ? Eh bien parce que nous savons tous - regardons notre vie, regardons nos relations les uns avec les autres : qui pourrait changer le cœur de quelqu'un, sinon Dieu ? Si nous avons la foi, cette ouverture, comme un pauvre qui tend les mains et qui dit : " Seigneur, j'ai besoin de toi, je compte sur toi, je me fie à toi, j'ai confiance en toi jusqu'au bout " : on sait que Dieu pourra changer notre cœur et faire de nous de véritables fils d'Abraham et de véritables images de Jésus.
Donc, n'interprétons pas cette parole de Jésus en disant : " C'est la roue de secours qui va nous permettre à la fois de réaliser nos projets, de réaliser ce que nous souhaitons, de réaliser nos désirs… " Elle nous permettra de vivre à la façon de Jésus comme un pauvre qui donne sa vie, qui aide ses frères et qui accueille les événements avec la puissance de Dieu. S'ouvrir en se disant : Dieu est avec moi dans cet événement que j'accueille dans ma vie, dans cette rencontre que j'accueille dans ma vie, dans cette démarche que je fais dans ma vie. J'essaie de la vivre comme quelqu'un d'ouvert, comme quelqu'un qui reçoit et qui sait que Dieu est avec lui, pour faire de cet événement un lieu de qualité de vie à la façon de Dieu - mais qui n'est pas une puissance de l'homme qui réalise son projet.
Voilà cette conversion du cœur que Jésus apporte et qu'il a proclamé dans les Béatitudes : " Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux " et qu'il a complétées en disant : " Heureux les persécutés pour la justice, le Royaume des cieux est à eux. "
Et puis - deuxième parole choquante de Jésus - il fait appel à une situation d'esclavage pour nous dire comment nous devons vivre. Aucune entreprise d'aujourd'hui, aucun chef d'entreprise aujourd'hui, pourrait traiter ses ouvriers, ses employés, ses serviteurs, quand ils ont accompli leurs tâches, en leur demandant des heures supplémentaires - des heures supplémentaires non payées, et imposées à la dernière minute ? L'esclavage, c'était l'époque de Jésus, c'est ainsi que se comportaient les chefs. Jésus, en prenant cet exemple, signale une situation de son temps.
Alors, quel est ce paradoxe de l'esclavage ? Eh bien, c'est ce que dit saint Paul. Saint Paul proclame plus que tout la liberté du chrétien : " Si Dieu vous a rendus libres, c'est pour que vous soyez libres face à lui, pour que cette liberté vous soit donnée. Jésus est le Libérateur, il est celui qui nous transforme, qui nous fait passer de l'esclavage à la dignité de fils. Alors, pourquoi cette image choquante ? Car saint Paul lui-même donne la clé de cette image, avec une phrase qui reprend cette parabole, une phrase très forte : " Affranchissez-vous de vous-mêmes et asservissez-vous à Dieu. " Nous sommes appelés à nous affranchir de nous-mêmes, nous libérer de nous-mêmes pour devenir esclaves de Dieu. Voilà la libération. La libération, c'est de dire : " Ce n'est plus moi qui vis, c'est Dieu qui va venir être le Maître dans ma vie. " Et c'est la foi. La foi consiste à dire : " Seigneur, c'est à partir de toi que je vis, c'est toi mon guide, c'est toi mon bonheur, c'est toi mon libérateur, c'est toi ma Parole, c'est toi mon secours, c'est sur toi que je compte ; c'est pour toi que je vis, à partir de ton projet et non pas du mien. "
" Considérez-vous comme affranchis de vous-mêmes et asservis à Dieu " : dans la Lettre aux Romains, Paul n'a pas peur d'écrire cela, lui qui déclare si fortement la liberté du chrétien. Or la liberté, c'est la libération : libérés de soi pour être totalement ouverts à Dieu, au point qu'il n'y a plus de différence - à la limite - entre Dieu et nous.
Mais alors, pourquoi cette parole de Jésus : " Quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous que vous êtes des serviteurs inutiiles?" : Eh bien, parce que nous devons faire de notre mieux pour nous ouvrir à Dieu, pour faire sa volonté - mais en nous disant : nous n'avons aucun mérite, nous nous offrons au Seigneur, nous faisons de notre mieux pour accomplir le bien qui nous est demandé dans chaque situation. C'est ce qu'on appelle la morale, ou l'éthique, ou les commandements, ou tout ce que l'on veut… mais en sachant très bien que c'est par la force de l'Esprit Saint qu'on agit, et que c'est avec une vie de foi ouverte qu'on réalise quelque chose. Donc, dans notre œuvre, dans notre expérience, dans notre obéissance, dans notre témoignage chrétien, nous ne sommes pas des gens qui réalisons une performance - même pour Dieu. Nous sommes ceux qui faisons la volonté du Seigneur de notre mieux, avec une humilité extraordinaire, sachant que notre force, c'est la gratuité de Dieu ; et que nos gestes ne sont là que pour témoigner de cette gratuité, que Dieu est à l'œuvre en nous, et que c'est son œuvre que nous accomplissons, avec notre misère, toutes nos limites, nos incapacités, même à travers notre péché, et c'est sa gratuité qui s'exprime.
Donc, c'est le même message dans ces deux paroles choquantes de Jésus.
Alors, il nous faut reprendre cette prière des disciples, et tous les jours nous avons à dire au Seigneur, comme eux : " Augmente en nous la foi, ouvre notre cœur à ton action, rends-nous capable de vivre tous les événements de notre existence en accueillant ta présence et la puissance de ton Esprit pour que nous puissions en faire une vie de qualité, ouverte à Dieu, ouverte aux autres, ouverte à nous-mêmes, dans la foi qui agit par l'amour. Aide-nous, Seigneur, à nous libérer de tout ce qui nous coince à nous-mêmes, tout ce qui nous attache à nous-mêmes et qui fait de nous des petits seigneurs ridicules ; une vie que nous ne maitrisons pas, pour devenir vraiment ceux qui se laissent conquérir par toi, qui deviennent fils. "
" Il a eu part à notre humanité, en Jésus, pour que nous ayons part à sa divinité ", écrit Pierre dans sa seconde Lettre " - la condition, pour que nous ayons part à la divinité de Dieu, à cette vie de fils, c'est que nous puissions nous libérer de nous-mêmes, et agir par Lui, avec une ouverture extraordinaire, toujours à découvrir chaque jour. Nous ne sommes pas des seigneurs, nous ne sommes pas des maîtres, nous sommes des pauvres de cœur qui avons le bonheur d'une ouverture, de l'accueil et du pardon.