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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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SAINT PAUL LE DIMANCHE : TEXTES ET COMMENTAIRES

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 SOMMAIRE
6e dimanche ordinaire B Mercredi des Cendres B 
7e dimanche ordinaire B   2e dimanche du Carême B
   
   
   
   
   
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Dimanche 15 février 2009 - 6ème T.O.B
 1 Co 10,31-33–11,1

Frères,

31                             tout ce que vous faites:
                 manger, boire, ou n’importe quoi d’autre,
                                 faites-lepour la gloire deDieu.
32                             Ne soyez un obstacle [pour personne],
                  ni pour les Juifs, ni pour les païens, ni pour l’Église de Dieu.


33                             [ Faites] comme moi :
       en toutes circonstances, je tâche de m’adapter à tout le monde ;
                  je ne cherche pas mon intérêt personnel,
                  mais celui de la multitude des hommes
                                 pour qu’ILS SOIENT SAUVES.


11,1                         Prenez-moi pour modèle ;
                                 (devenez mes imitateurs)
                                 mon modèle à moi, c’est le Christ.
                             (comme [je le suis] moi-même du Christ)

 

COMMENTAIRE 

cf. www.anneesaintpaul.fr 

 

 

 1Co 10, 31-33.11, 1


v. 31
Pour Paul, l’enjeu de la morale n’est pas d’imposer ou de prescrire chaque geste à accomplir. Il ne s’agit plus de faire telle ou telle chose. Il est possible de tout faire « pour la gloire de Dieu ». Paul propose finalement une morale de la liberté et de la responsabilité personnelle, ce qui n’est pas moins exigeant. Cette morale peut se résumer dans la formule : « Tout m’est permis, mais tout n’est pas profitable ; Tout m’est permis, mais je ne me laisserai, moi, dominer par rien. » (1 Co 6, 12). Tout faire « pour la gloire de Dieu » suppose bien sûr que certaines choses ne sont plus possibles : on ne peut mentir, voler, insulter ou haïr « pour la gloire de Dieu » !Il est souvent plus facile de prescrire ce qu’il ne faut pas faire. Ainsi une grande partie du Décalogue est formulée de façon négative. Il est aussi possible de légiférer sur les moindres détails de la vie quotidienne (ce qu’il faut manger ou boire, comment se comporter…). Mais alors le risque est grand de résumer la vie morale à une série de contraintes à remplir et donc de l’évaluer en fonction des performances obtenues.


v. 32
Chacun est non seulement responsable de sa propre vie au regard du Seigneur, mais également de celle des autres. Certains comportements, même s’ils semblent apparaître légitimes du point de vue de leur auteur, peuvent devenir pour les autres un scandale. Il devient alors nécessaire, avant d’entreprendre une démarche, de se poser la question non seulement de son bien-fondé, mais aussi de l’impact qu’elle peut avoir et de l’interprétation qui peut en être faite. Combien de situations dans la vie deviennent conflictuelles par suite de malentendus !Il ne s’agit certes pas de renier ses convictions profondes – qui sont toujours susceptibles de contestation – mais d’accepter que sa manière de les vivre et de les présenter puisse ne pas être comprise. On peut toujours dire « j’ai raison » et tous les autres « ont tort » en restant bien convaincu de ses positions, mais dans ce cas il est à craindre que l’annonce de la Bonne Nouvelle ne progresse pas beaucoup dans le monde… Paul sait par expérience que tous ne marchent pas à la même vitesse, que si l’horizon est commun pour tous, chacun y chemine à son propre rythme. Il faut savoir tenir compte de la force des uns et de la faiblesse des autres, mais aussi des circonstances qui ne relèvent pas nécessairement d’un choix personnel.


v. 33
L’objectif de Paul est de chercher le Salut du plus grand nombre et pour cela de s’adapter à chacun. Il accepte de prendre le temps, de considérer les différents points de vue, et surtout d’argumenter dans le souci « qu’aucun ne se perde ». Il manifeste là son souci « pastoral » au sens le plus littéral du terme : comme un bon berger, il désire faire parvenir l’ensemble du troupeau à bon port. Aucun ne doit se sentir laissé pour compte. Le Salut est une aventure collective. Chacun doit se sentir profondément solidaire de l’ensemble de la communauté. Cela suppose beaucoup de patience, de bienveillance, mais aussi de discernement pour répondre aux besoins légitimes de chacun, sans céder aux caprices ou aux déviances. Savoir s’adapter ne consiste pas à adopter la manière de penser de son interlocuteur, mais bien plutôt de tenter de le comprendre. C’est pourquoi aucune annonce de l’Evangile n’est possible sans une écoute préalable, sans la volonté de comprendre la société à laquelle elle s’adresse. C’est bien dans cette perspective que les Pères du concile Vatican II ont désiré s’adresser à l’Eglise et au monde, en particulier, dans les premiers mots de la constitution sur l’Eglise dans le monde de ce

temps : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. » (1965 Gaudium et Spes 1)


v. 11, 1
Paul va même jusqu’à se proposer pour modèle. Cette invitation pourrait nous surprendre et nous faire douter de l’humilité de l’Apôtre. Mais ce dernier sait bien que c’est le Christ l’unique modèle, c’est de lui qu’il tient cette disposition à devenir pasteur, à l’image du Bon Pasteur, de conduire tout homme vers le Salut. La vie de Paul est en effet imprégnée de la présence du Christ et le prendre pour modèle, c’est laisser le Christ prendre toute la place dans sa vie. Les saints sont transparents à la présence du Christ : chercher à leur ressembler revient à chercher à ressembler au Christ lui-même.

 

 

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Dimanche 22 février 2009 - 7ème T.O.B
 2 Co 1,18-22

Frères,
18     j’en prends à témoin le Dieu fidèle :
                      le langage que nous vous parlons
                                                           n’est pas à la fois « oui » et « non ».
19                                           Le Fils de Dieu, le Christ Jésus,
                      que nous avons annoncé parmi vous,
                      Silvain, Timothée et moi,
                                                           n’apas été à la fois « oui » et « non ;
                                                                      il n’a jamais été que «oui ».
20                  Et toutes les promesses de Dieu ont trouvé leur « oui » dans sa                                                                                                          personne.
                                                  Aussi est-ce par le Christ


                       que nous disons « Amen », notre « oui » pour la gloire de Dieu.
21                  Celui qui nous rend solides pour le Christ dans nos relations avec vous,
                       celui qui nous a consacrés, c’est Dieu ;
22                                 il a mis sa marque sur nous,
                                     et il nous a fait une première avance sur ses dons :
                                                  l’Esprit qui habite en nos cœurs.
                        (ayant donné en nos cœurs les arrhes de l’Esprit)

COMMENTAIRE 

cf. www.anneesaintpaul.fr 

 

 

v. 18
S’il est des événements de la vie sur lesquels nous n’avons aucune prise, il en est en revanche qui résultent clairement des choix que nous faisons ou que nous ne faisons pas aujourd’hui. C’est aussi en fonction de ces décisions que nous choisissons ou que nous subissons la vie que nous menons. Dans son ministère, Paul a fait l’expérience d’imprévus qui l’ont contraint à modifier son programme, mais jamais sa détermination et son engagement au service des communautés n’ont faiblis. Il n’a rien négligé en tout ce qui dépendait de lui, pour annoncer la Parole de Dieu. C’est ainsi que sa décision, son « oui », n’a pas été remis en cause ni dans sa vie, ni dans son langage. Il a voulu sa vie dans une logique de don total, d’un « oui » sans contradictions. C’est pourquoi il n’a pas cherché à reprendre ce qu’il avait donné, il n’a pas été « oui » un jour et « non » le lendemain. Tout
engagement définitif, tout don total, tel que l’on peut le connaître dans le mariage ou la vie religieuse suppose ce « oui » donné et sans cesse répété. Avoir dit « oui » une fois sous le regard de Dieu, c’est assumer pleinement une décision libre et fidèle car Dieu est fidèle.


v. 19
S’engager dans l’Eglise, c’est être pris au sérieux par Dieu lui-même. Lui n’a pas fait semblant. Il est allé jusqu’au bout en son Fils Jésus. Il n’a pas renoncé devant les difficultés ou les contradictions. Son « oui » a été total, et définitif. Il n’y a pas de place en Dieu pour un « oui » et un « non » : le don qu’il fait de lui-même ne se réserve rien. Depuis le premier instant de sa conception jusqu’à sa mort sur la Croix, la vie entière du Christ est marquée par une obéissance totale et sans limite au Père. Sa conception est marquée par le « oui » de Marie en qui tous nos « oui » prennent leur source. Au terme de son parcours terrestre, par son « oui » devant sa mort, il renonce à sa volonté propre pour que s’accomplisse celle de son Père jusqu’à la limite de la souffrance à Gethsémani : « « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe !Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse !« » (Lc 22, 42). Par son « oui », tous nos « oui » deviennent possibles jusqu’au bout.


v. 20
En accomplissant totalement la volonté du Père, le Christ Jésus a accompli toutes les promesses de Dieu en sa personne. C’est maintenant par lui que nous pouvons en vérité prier en disant « Que Ta Volonté soit faite». Notre « oui » au Père est devenu le « oui » du Christ en nous. L’engagement, le « oui », repose ainsi sur un « amen », un « j’ai confiance ». Le terme « amen » désigne en même temps la stabilité, ce sur quoi on peut s’appuyer : ma confiance sans limite dans le Christ me donne la force de m’engager sans réserve. Mon « Amen» au Christ rend possible mon « oui » à Dieu.


v. 21-22
La fragilité humaine est rendue solide par Dieu. Tout engagement comporte nécessairement une part d’imprévu, d’inattendu et d’aléas à propos desquels il faut consentir à ne pas pouvoir anticiper et contrôler. Bien souvent, la difficulté pour prendre une décision ou pour tenir dans la durée vient de la résistance que nous opposons à l’action de la Providence en tant que projet de Dieu à l’œuvre dans l’Histoire. Si le Seigneur tient tout en sa main, alors nous pouvons lui abandonner toute notre vie en confiance. Il connaît notre vie dès ses premiers instants, il a choisi celui qu’il a destiné à porter sa Parole : « Avant même de te former au ventre maternel, je t’ai connu; avant même que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré; comme prophète des nations, je t’ai établi. » (Jr 1, 5).
Pour que Dieu puisse nous guider, il faut accepter de se laisser conduire, et cette conduite passe nécessairement par des chemins inattendus. L’imprévu est même ce qui caractérise le plus l’action de Dieu, et le discernement du chrétien consiste alors à identifier la présence et les signes du Seigneur à travers les événements qui surviennent. Consentir à l’action de Dieu revient à accepter d’être dérangé, déplacé, déstabilisé pour trouver son repos et sa stabilité non pas en ses propres ressources, mais en Dieu. Paul lui-même sera mis à terre - au sens propre comme au sens figuré – afin de trouver une stabilité nouvelle non plus dans l’observance de la Loi, mais dans la foi en Jésus-Christ. Quand tout semble s’écrouler dans une vie, c’est peut-être que Dieu est en train de poser des fondations nouvelles : c’est l’œuvre de l’Esprit qui vient habiter au plus profond de nous-mêmes pour nous transformer, et renouveler notre « oui » à Dieu.

 

 

 

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Mercredi 25 février 2009 - Les Cendres
 2 Co 5, 20-21 ; 6, 1-2


Frères,

20 nous sommes les ambassadeurs du Christ
et par nous
c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel.
AU NOM DU CHRIST,
nous vous le demandons,
LAISSEZ-VOUS RECONCILIER AVEC DIEU.
21 Celui qui n’a pas connu le péché,
Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes,
afin que, grâce à lui,
nous soyons identifiés à la justice de Dieu.
6,1 Et puisque nous travaillons avec lui,
nous vous invitons encore
à NE PAS LAISSER SANS EFFET LA GRACE REÇUE DE DIEU.
2 Car il dit dans l’Écriture :
« Au moment favorable, je t’ai exaucé ;
au jour du salut, je suis venu à ton secours. »
Or, c’est maintenant le moment favorable,
c’est maintenant le jour du salut.

COMMENTAIRE 

cf. www.anneesaintpaul.fr 

 

 

 

v. 20
La fonction d’un ambassadeur est de manifester la présence du pays dont il est originaire au sein du pays vers lequel il est envoyé. A ce titre, il se doit d’être le fidèle représentant de celui qui l’envoie. Il ne se donne pas lui-même la mission dont il est chargé et il est tenu de rendre compte de ses activités. L’image et la réputation d’un pays sont engagées dans l’action de l’ambassadeur. Ce dernier ne travaille pas pour ses propres intérêts, mais pour ceux de son gouvernement.
En se présentant comme ambassadeur du Christ, saint Paul nous rappelle la responsabilité des chrétiens dans le monde. Ils représentent le Christ, ils sont la « vitrine de l’Eglise » pour les non chrétiens. L’image en effet que beaucoup d’hommes et de femmes peuvent avoir de l’Eglise aujourd’hui dépend de celle qu’ils ont des chrétiens qu’ils rencontrent. Se présenter comme chrétien, c’est être l’ambassadeur du Christ, celui qui le représente dans la société. L’image que renvoient les chrétiens n’est donc pas neutre pour la crédibilité même de l’Eglise entière.
L’ambassadeur peut aussi être porteur d’un message. Dans le cas de saint Paul, il adresse à ses interlocuteurs un appel à se laisser réconcilier avec Dieu. Il lance cette invitation à tous ceux qui voudront bien accueillir son message. Comme ambassadeur, il est aussi conscient de sa responsabilité, il n’a pas le droit de se taire, quelles que soient les conséquences de son appel.
La réconciliation annoncée par Paul et par l’Eglise vient rejoindre l’attente profonde de tout homme : réconciliation avec Dieu et donc avec son prochain et avec soi-même. L’aspiration authentique de tout homme de bonne volonté est bien de trouver la paix et l’unité.


v. 21
Ce que le péché a détruit ou dégradé en l’homme, seul Dieu peut le guérir et le renouveler. Le Christ a consenti à échanger le péché de l’homme contre la justice de Dieu. Il réalise cet échange dans sa personne, il est « identifié » au péché : sur la Croix, il en manifeste l’horreur et le rend visible pour tous. L’ambassadeur lance alors un appel à l’homme pour venir déposer son péché au pied de la Croix afin d’en recevoir la justification qui vient de Dieu. Ce que l’homme ne pouvait réaliser par ses propres forces devient possible par la Croix du Christ où se réalise cet échange. Dans la vie du chrétien, le sacrement de réconciliation est la réponse à l’appel lancé par saint Paul. Il est le lieu où le péché est déposé pour retrouver la plénitude de la vie avec Dieu. « C’est beau, disait le curé d’Ars, d’avoir un sacrement qui peut guérir les âmes ».


6, 1
Comme tout sacrement, la réconciliation est un don de Dieu. Elle ouvre le chemin de la conversion véritable dans la mesure où elle communique la grâce qui est la vie et la lumière de Dieu. Mais ce don, l’homme est libre de l’accueillir ou bien de le refuser. Pour l’accueillir, il devra manifester son désir de le recevoir et donc effectuer une démarche qui demandera toujours un certain effort, gage d’un acte pleinement libre qui engage vraiment. Depuis le fait d’accepter de rencontrer le prêtre dans le sacrement jusqu’à la décision de partir en pèlerinage, la grâce n’aura d’effet que si elle est accueillie. La vie spirituelle est ainsi faite qu’elle suppose ce combat et cette vigilance de tous les instants pour rester une démarche vraiment libre.


v. 2
Ce cadeau, il faut le saisir lorsqu’il se présente. Nul ne sait quand et comment il se présentera à nouveau. Ce n’est pas tant Dieu qui se lasse du refus de l’homme, c’est plutôt l’homme qui devient sourd à force de refuser le don de Dieu. Le Salut est pour aujourd’hui. La décision de revenir à Dieu ne peut être remise au lendemain, car elle provient justement déjà d’un appel de Dieu. Le désir de prier, de se confesser, de pardonner ne doivent pas être différés de peur de laisser perdre un don précieux de Dieu. Les urgences de la vie quotidienne finissent par étouffer les véritables enjeux de notre vie sur cette terre. Ce temps qui nous est donné est limité. Il est d’autant plus précieux. Chaque année, la liturgie nous offre à nouveau l’occasion de revenir à Dieu dans le temps du carême. Si ce temps revient chaque année, viendra un temps où, pour nous, il ne reviendra plus. Tout se joue en cet instant comme le chante le psalmiste : « Aujourd’hui ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur » (Ps 95, 7-8).


 

 

 

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Dimanche 08 mars 2009
2e dimanche de carême
 Rm 8, 31-34


Frères,
31 si Dieu est pournous,
qui sera contre nous ?
32 Il n’a pas refusé son propre Fils,
il l’a livré pour noustous :
comment pourrait-il avec lui ne pas nous donner tout ?
33 Qui accusera ceux que Dieua choisis ?
puisque c’est Dieu qui justifie.
34 Qui pourra condamner ?
puisque Jésus Christ est mort ;
plus encore,
il est ressuscité,
il est à la droite de Dieu,
et il intercède pour nous.



COMMENTAIRE 

cf. www.anneesaintpaul.fr 

 

 

v. 31

Croire que Dieu existe revient à croire que Dieu nous aime. Si Dieu est Amour, alors il ne « sait » qu’aimer. Toute la difficulté de l’acte de foi réside finalement dans notre capacité à consentir à cet amour que Dieu nous manifeste. Combien d’images faussées ne cessent en effet de venir perturber notre démarche de foi : le sentiment que Dieu nous « abandonne », voire qu’il nous « punit ». Pourtant, tous ces obstacles ou ces difficultés dans notre vie de foi ne viennent pas de Dieu, mais bien de nous. Croire que Dieu nous aime vraiment est l’unique moyen pour vivre pleinement de sa présence. Si cet amour est plus fort que la mort, alors, comme le dit saint Paul « qui sera contre nous » ? Quel obstacle pourra encore nous éloigner ou nous séparer de cet amour ? Mesurer l’amour de Dieu à l’aune de l’amour humain aboutit nécessairement à une forme d’idolâtrie.

Ce n’est en effet plus le vrai Dieu que nous adorons, mais l’image que forge notre imagination. Ce qui est le plus insaisissable en Dieu, c’est l’Amour qu’il a pour chacun d’entre nous. Toute expérience spirituelle authentique n’est autre que la perception, même infinitésimale, de cet amour qui remplit toute une existence. Dès lors rien ne peut plus être comme avant, car cet amour engendre à une vie nouvelle.


v. 32

Certes, Dieu ne nous a donné aucune preuve, au sens scientifique du terme, de son amour pour nous. En revanche, il nous a donné des signes dont le plus grand, indépassable entre tous, est le don qu’il a fait de son Fils pour nous. Dieu a en effet donné ce qu’il avait de plus précieux, de plus cher : il a tout donné en son Fils. Il a ainsi témoigné du plus grand amour, non pas de façon abstraite et générale, mais par un acte concret « pour nous ». Par sa nature même, l’amour ne peut s’imposer, il ne peut que se donner, d’où le risque de se voir refuser. Ce risque est l’espace laissé à l’homme pour donner sa réponse. Sans ce risque, il n’y a pas d’amour possible. Dieu pourrait-il aller plus loin ? C’est parfois ce que l’on serait tenté de penser ou même de désirer face en particulier au mystère du mal, de l’injustice et de la mort. Curieusement, nous voudrions limiter cet amour de Dieu, le réduire à notre propre capacité d’aimer, quitte à y laisser un peu de notre liberté. C’est l’expérience du peuple hébreu au désert qui regrettait son esclavage en Egypte devant la liberté qui s’ouvrait à eux (Cf Ex 16, 3) et qui se renouvelle à chaque génération. L’amour fait peur, car il suppose la liberté, et la liberté fait peur, car elle est nécessairement risquée.


v. 33

Si la foi ne fournit aucune sécurité, elle donne en revanche une assurance. Nul en effet ne peut croire si cela ne lui a été donné par Dieu. Et si Dieu fait ce don, c’est en raison d’un choix gratuit en vue de participer à sa vie. En d’autres termes, par la foi, il donne au croyant les moyens de lui répondre, de « s’ajuster » à sa vie divine en devenant juste. L’homme qui se sait infiniment aimé ne peut que se sentir poussé à aimer à son tour. Cet amour ne se contente pas de bons sentiments, il est l’engagement de la liberté dans l’action. Le don que le Christ a fait de sa vie sur la croix n’est pas un vague sentiment de compassion bienveillante, il est un acte concret et définitif. Voilà pourquoi la foi ouvre à toutes les audaces et invite à l’action : « Faire et oser non pas n’importe quoi, mais ce qui est juste. Non pas planer dans le possible, mais saisir avec courage le réel. Ce n’est pas dans les fuyantes pensées, mais dans l’action seule qu’est la liberté. » (Dietrich Bonhoeffer).


v. 34
Finalement, la pire chose qui nous puisse arriver est de nous voir privés de cet amour auquel nous sommes destinés – et cela de par notre seule faute. Si Dieu ne sait et ne peut « qu’aimer », c’est le refus de son amour qui condamne et cela ne peut provenir que du côté de l’homme. Par sa mort et sa résurrection, Jésus a manifesté cet amour qui poursuit son œuvre en « intercédant pour nous ». Tout cela, c’est bien pour chacun d’entre nous qu’il l’a fait, ainsi que l’exprime saint Jean : « Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu. » (Jn 3, 17-18). Si l’on ne choisit pas de venir un jour au monde, ni de le quitter, on peut en revanche refuser l’amour infini qui nous est proposé, liberté vertigineuse de l’homme en regard de l’amour infini de Dieu.



 

 

 

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Dimanche 08 mars 2009
3e dimanche de carême
 1 Co 1,22-25



Frères,
22    alors que   les juifs réclament les signes du Messie,
       et que       le monde grec recherche une sagesse,
23                    nous,
                            NOUS PROCLAMONS un Messie crucifié,
                                   scandale pour les juifs,
                                   folie pour les peuples païens.
24    Mais          pour ceux que Dieu appelle,
                        qu’ils soient juifs ou grecs,
                                   ce Messie
                                   est puissance de Dieu
                                   et sagesse de Dieu.
25    Car
                  la folie de Dieu            est plus sageque l’homme
             et  la faiblesse de Dieu      est plus forte que l’homme.


COMMENTAIRE 

cf. www.anneesaintpaul.fr 

 

 

v. 22
Les fausses images de Dieu que nous ne cessons de nous construire sont un grand obstacle de la vie spirituelle. La plus courante consiste à nous imaginer un Dieu qui viendrait régler tous nos problèmes et manifester par des actes extraordinaires sa domination sur nos contradicteurs. C’est bien ainsi que Dieu manifeste son action pour faire sortir son peuple d’Egypte. Nous aimerions nous aussi avoir des signes de la manifestation de Dieu à l’œuvre. Cela peut se traduire par une recherche incessante des phénomènes extraordinaires ou des apparitions, au lieu de savoir vivre simplement de ce qui est proposé par l’Eglise. Derrière cette recherche se cache souvent un désir de puissance dont la divinité recherchée ne serait, à l’image des divinités antiques, que la projection. Une telle conception prête naturellement le flanc à une critique de la religion sur des présupposés historiques ou psychanalytiques. Mais ce n’est pas « ce Dieu » qui s’est révélé en Jésus-Christ.
Un autre risque consiste à concevoir Dieu à l’intérieur d’un système cohérent de pensée ainsi que l’ont fait certains philosophes qui, se disant croyants, intégraient Dieu comme un élément de leur construction intellectuelle. La foi est alors réduite à une philosophie, un ensemble de valeurs, voire une sagesse ou un art de vivre, mais toujours dans les limites de la raison humaine et donc sans conséquences véritables sur la vie personnelle.


v. 23
Entre ces deux tentations d’une recherche de l’extraordinaire et de l’irrationnel d’une part, et d’une religion dans les limites de la raison d’autre part, Paul annonce une nouveauté radicale. Il présente la Révélation de Dieu en Jésus-Christ comme une folie d’Amour. Cette proclamation est profondément déstabilisante et difficilement compatible avec un Dieu qui réalise des prodiges et manifeste sa puissance au sens humain du terme. Elle est véritablement un scandale, ce qui « fait tomber », ce qui renvoie d’ailleurs à l’expérience spirituelle de saint Paul sur la route de Damas. Pour se révéler à l’homme, Dieu doit commencer par détruire en lui les fausses images qui l’empêchent de le reconnaître et de l’accueillir tel qu’il se révèle. Ainsi, un « Messie crucifié» échappe à toute tentative de récupération dans le sens d’une puissance dominatrice ou d’un système philosophique. Si un homme voulait imaginer un Dieu Tout-Puissant et Créateur de l’univers, il est fort peu probable qu’il aboutisse à ce que Paul vient proclamer. La sagesse qui vient du monde se construit sur la connaissance et l’expérience : celle des philosophes, des savants, des penseurs. Or la proclamation d’un Messie crucifié remet nécessairement en question toute la sagesse des hommes.


v. 24
La proclamation du Messie crucifié vient opérer un renversement total. Le même renversement que Paul a vécu : « À cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ » (Ph 3, 8). La rencontre du Christ instaure nécessairement un nouveau système de valeur : ce qui a du prix aux yeux des hommes devient « déchet », et ce qui est méprisé devient ce que Dieu a choisi. Vue de manière humaine, cette révélation est scandale et folie, mais du point de vue de Dieu elle devient puissance et sagesse. Dans ces conditions, la traditionnelle accusation contre la foi qui consiste à dire que « Dieu est une invention des hommes » ne peut tenir : Quel homme en effet aurait pu imaginer un Dieu mourant sur une croix comme un esclave ?


v. 25
Au bout du compte, Paul souligne l’incroyable disproportion entre Dieu et sa créature. Dans sa folie, Dieu manifeste en réalité sa nature profonde, un amour sans mesure qui dépasse nécessairement les limites de l’entendement humain. La véritable sagesse ne consiste-t-elle pas alors à se reconnaître comme une créature limitée dont l’intelligence ne peut saisir la totalité du réel ? Cette « sagesse commence avec la crainte de Dieu » (Pr 1, 7) c’est-à-dire par une attitude de profonde humilité devant un mystère qui nous dépasse. De même, la faiblesse que Dieu manifeste sur la croix se révèle être la plus formidable puissance que l’humanité n’ait jamais connu, capable de vaincre le mal et la mort, ce à quoi toute la science et toute la richesse du monde ne parviendront jamais. C’est pourquoi la proclamation de la foi ne peut s’appuyer sur les seuls moyens humains, mais suppose à l’œuvre la force de l’Esprit qui révèle la folie de la Croix.




 

 

 

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