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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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29ème Dimanche ordinaire B : Marc 10, 35-45



Jésus continue de monter vers Jérusalem en enseignant et en formant ses disciples. Il vient, pour la 3ème fois, d'annoncer que sa mission le conduirait à risquer sa vie, à mourir. S'il reste fidèle à lui-même, le Fils de l'homme sera arrêté, il sera jugé, il sera liquidé.

A c'est à ce moment que nous avons la démarche de deux des disciples de Jésus, une démarche qui nous fait, à première vue, exploser. Voilà qu'au moment où Jésus se présente comme celui qui va donner sa vie pour sa mission, qui ne cherche rien pour lui-même, voilà que deux de ses disciples qui l'accompagnent depuis un certain temps, déjà, revendiquent une place et veulent des récompenses particulières dans la gloire de Jésus, c'est-à-dire dans son Royaume.

Et les dix autres ne sont pas mieux puisque ils s'indignent, par jalousie semble-t-il, contre Jacques et Jean - et Jésus donne la leçon finale en disant : " vous voulez vous comporter comme les chefs des nations païennes ? Eh bien, les grands font sentir leur pouvoir. Pour vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui est grand est le serviteur, celui qui est le premier est l'esclave, car le Fils de l'homme - sous-entendu : que je suis - est venu pour servir et non pas pour être servi, et donner sa vie en rançon pour la multitude. "

On a envie d'exploser en entendant ce texte. On dit : mais, ils n'ont rien compris, les disciples de Jésus ! Et on se prend immédiatement, ce qui est normal, à retenir une leçon morale en disant : vivre l'Evangile, c'est ne pas chercher de place, ce n'est pas dominer, ce n'est pas être chef. C'est être serviteur. Une belle parole, bien sûr. Cela est évident, nous devons vivre ainsi. D'autant plus que nous sommes dans un monde où tout le monde, apparemment, joue du coude pour avoir une réussite ou une place ; il en a toujours été ainsi dans l'histoire des hommes. Et Jésus nous invite à prendre des positions autres, une éthique autre, une morale autre… mais est-ce possible ? D'autant plus que nous savons très bien que nous ne pouvons pas vivre sans être reconnus pour ce que nous sommes, dans les communautés ou les groupes humains où nous vivons.

Alors, que veut dire Jésus, au juste ?

Je pense qu'il y a 3 clés de lecture dans ce texte, qui nous permettent de ne pas en rester à une leçon de morale.

La première, c'est que Jésus ne se fâche pas. Il ne donne pas la réprimande à ces jeunes en disant : vous êtes des gamins, vous ne savez pas ce que vous faîtes… pas du tout. " Vous ne savez pas ce que vous demandez ". Vous ne savez pas quoi ? Vous n'avez pas compris que je ne suis pas le Messie que vous attendez.

Tout l'Evangile est bâti sur cette contradiction entre le Messie que les juifs attendaient, qui est un roi de ce monde, de la fin des temps bien sûr, avec une gloire qui devait durer 1000 ou 10 mille ans sur la terre avant de passer à ce qu'on appelle le ciel. C'est dans cet esprit-là que les disciples suivaient Jésus et interprétaient ses paroles ; il leur faudra la choc brutal de la mort de Jésus, et le choc aussi brutal de sa résurrection, pour découvrir un autre monde, une autre manière de vivre. Mais nous n'en sommes pas là. Donc, cette demande des disciples s'explique. Ce n'est pas seulement une affaire de morale, ou peut-être de prétention personnelle - mais s'explique dans une conception qu'ils avaient du Règne de Dieu, du salut, du Messie. Et toute sa vie, Jésus va démonter - il y arrivera difficilement avant sa mort, puisque nous savons très bien que dans l'Evangile de Luc, le jour même de l'Ascension, alors que Jésus s'était manifesté ressuscité pendant un certain temps, ils lui demandent encore : " Est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté d'Israël ? " - la royauté visible, la royauté de ce monde.

Donc, la demande de ses disciples se situe dans un contexte qui n'est pas seulement de prise en charge, de promotion personnelle - mais également de conception du Règne de Dieu. Jésus nous apporte une autre manière de concevoir le monde, une autre manière de donner un sens à notre vie.

Deuxième clé, qu'il donne : " Parmi vous, celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. "

C'est un peu contradictoire d'entendre ça. Jésus a deux disciples qui font de la compétition pour avoir une place - et après, il semble indiquer que nous devons entrer en compétition d'une autre façon : devenir grand, c'est devenir serviteur.

Alors, la question peut se poser, même si c'est un peu contradictoire : quel est ce Royaume où tous doivent être serviteurs pour devenir le plus grand ? Il ne s'agit pas d'une compétition communautaire, il s'agit d'une compétition intérieure. C'est bien de cela qu'il s'agit quand Jésus dit : " La coupe que je vais boire, vous y boirez. Pouvez-vous boire à cette coupe, pouvez-vous me suivre sur le chemin que je suis ? Risquer toute votre existence sur la Parole de Dieu, jusqu'au bout, en prenant tous les risques, en traversant toutes les difficultés ? Jésus ne propose pas une autre compétition entre les hommes, une compétition les uns face aux autres ; il nous invite à une compétition face à nous-mêmes. Si nous voulons vraiment être nous-mêmes, nous devenons serviteurs des autres. Plus nous serons donnés aux autres, plus nous serons nous-mêmes à l'image de Jésus. Plus nous serons don gratuit pour les autres, plus nous serons identiques à cette identité que Dieu nous demande de devenir, à l'image de Jésus. Saint Paul écrit : " Il s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté " - " Il s'est fait obéissant jusqu'à la mort de la croix ", c'est pourquoi il a atteint sa dignité de Fils - non pas une dignité qui rayonne sur les autres au point d'écraser les autres ; mais une dignité qui valorise les autres.

C'est là une deuxième clé, je pense, importante de ce texte. Jésus nous invite à cette compétition intérieure avec nous-mêmes. Donc, il ne s'agit pas d'abord de morale, il ne s'agit pas d'abord de psychologie, d'être reconnus face aux autres. Il s'agit de se dire : qui suis-je, finalement, où est ma grandeur ? Où est mon identité ? Où est ma qualité de vie ? Et la qualité de vie que propose Jésus, c'est d'être capables de se donner jusqu'au bout. Nous avons tous rencontré, j'en ai rencontré, des hommes apparemment sans grande position sociale dans le monde, et qui étaient des hommes extraordinaires de cœur, toujours heureux, toujours en train d'accueillir, toujours en train de donner, ne recherchant jamais rien pour eux-mêmes, de véritables saints inconnus. Nous avons tous vécu des moments comme ça dans notre vie, où un jour ou l'autre, nous avons donné à fond quelque chose, gratuitement ; et nous avons mesuré, soit en famille, soit dans la profession, soit dans les relations, nous avons mesuré une qualité supérieure. Eh bien, c'est cela que Jésus nous demande. Plus nous sommes serviteurs des autres, et moins nous cherchons une place pour nous intérieurement. Il ne s'agit pas d'abord d'organiser la société.

Si nous sommes humbles de cœur, nous entrons dans cette position d'imitation de Jésus.

Et puis, la dernière clé : eh bien, c'est le mot " gloire ", qui veut dire " Royaume ". Et cette dernière clé rejoint les deux précédentes.

Quand Jésus parle de Règne, de Royaume, le Royaume de Dieu, il emploie un mot grec, " basileia " qui veut dire deux choses : le Royaume, et la royauté ou le Règne. Et dans l'Evangile, Jésus ne parle que de Règne. Donc, le Règne de Dieu, c'est que Dieu règne en nous, en chacune et chacun de nous. Si Dieu règne totalement en chacune et chacun de nous, nous sommes vraiment nous-mêmes à l'image de Dieu. Etre chrétien, c'est atteindre une qualité de vie où nous vivons à l'image de Dieu, à l'image de Jésus, où nous sommes véritablement nous-mêmes face à lui, et face à nous-mêmes bien sûr - et du même coup, nous rayonnons vis-à-vis des autres ; et nous pourrons avoir dans la société, avec des positions de responsabilité qui nous sont données, à cause de nos capacités ou à cause de la reconnaissance du service qu'on nous a demandé, nous pourrons avoir des positions importantes, des rôles à jouer - mais dans la mesure où ce que nous cherchons, c'est bien cette qualité de vie à la façon de Jésus, en disant : ce qui me grandit, c'est de vivre ce don total. Plus je me donne, plus j'existe. Plus je me donne, et plus je suis à l'image de Jésus.

Il y a un texte que nous lisons souvent, le grand texte de saint Paul sur l'amour. Nous assistons aujourd'hui dans le monde à des exemples remarquables d'hommes qui ont des fortunes immenses et qui, arrivés à un stade de leur vie, se disent : il faut se dévouer pour les autres. Et cela est très très beau, que ce soit un ancien président des Etats-Unis, que ce soit l'homme le plus riche de la terre, ou d'autres… ils s'aperçoivent un jour que leur réussite formidable n'est rien, ou pas suffisante, s'il n'y a pas ce partage. Mais ça n'est pas encore suffisant. Saint Paul nous dit ce texte extraordinaire : " si j'ai une foi visible à transporter les montagnes, et que je n'ai pas l'amour, je ne suis rien. Si je donne tous mes biens aux pauvres et que je n'ai pas l'amour, je ne suis rien. " Que veut-il dire " par amour " ? Eh bien, c'est cette capacité de vivre en se donnant totalement, gratuitement, et en mettant les autres debout, intérieurement en nous-mêmes. Nous sommes au service des autres pour qu'ils grandissent ; tout le reste passe à la seconde place. Et nous sommes devenus des images du Christ.

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