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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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33ème Dimanche ordinaire C :

 Luc 21, 5-19



Jésus est à Jérusalem, il a purifié le Temple, il a été assailli par les scribes et les pharisiens qui ont cherché à le coincer en lui faisant dire des réponses qui n'étaient pas valables. Jésus a fermé le bouche à tout le monde ; il a ensuite invité les scribes et les pharisiens à découvrir qu'ils étaient malheureux parce qu'ils ne suivaient pas le message de Dieu ; et il termine par ce discours.

Un discours dont on dit qu'il concerne la fin des temps, un discours qu'il faut d'abord savoir qu'il nous est rapporté dans un langage codé, un langage qui était très répandu à l'époque de Jésus - au moins deux siècles auparavant - un langage d'apocalypse qui essaye de dire, par des images surprenantes, terrifiantes, le bouleversement, le renversement des valeurs que représente le Règne de Dieu. Il faut savoir que ce langage est codé. Et nous avons tout un Livre de la Bible, l'Apocalypse, qui utilise très fortement, dix fois encore plus fortement encore, un tel langage codé, pour aider les chrétiens persécutés à dire : " Tenez bon, Dieu est victorieux, le Règne de Dieu arrive. "

Pour comprendre cette page, il faut savoir qu'elle se trouve au même endroit, dans les trois Evangiles de Matthieu, de Marc et de Luc. Elle se trouve à la fin du séjour de Jésus à Jérusalem, après qu'il ait fermé la bouche à tous ses adversaires, et juste avant sa Passion.

Jésus est arrivé à Jérusalem, il a été rejeté, il sait que sa vie est en danger, il se cache tous les jours. Et ce discours se situe juste avant l'épreuve qu'il va subir dans sa passion. C'est pour dire son message central : " Quoi qu'il arrive, le Règne de Dieu l'emportera ; quoi qu'il arrive, la fin des temps est arrivée avec moi. " Et c'est tout le message de Jésus qui se trouve résumé là-dedans. Les première paroles de Jésus étaient, dans sa prédication : " Tournez-vous vers le Seigneur ; le Règne de Dieu s'est approché de vous. Croyez à l'Evangile, à la Bonne Nouvelle que je vous annonce. " Et ici, Jésus continue : " Quoi qu'il arrive, le Règne de Dieu arrive pour vous " - et également à travers Jésus : il est le porteur de ce Règne de Dieu. C'est pour ça qu'il s'est toujours défini par ce titre de " Fils de l'homme ", qui est l'homme de la fin des temps, en qui le Règne de Dieu se manifeste, un titre qui était à la fois présent et futur ; et c'est là le sens de cet Evangile : quoi qu'il arrive, le Règne de Dieu se manifeste, la victoire de Jésus est annoncée.

Dans l'Evangile de Jean, qui est le seul à ne pas nous rapporter ce genre de discours, Jésus, dans ses paroles intimes avant sa mort, dans son testament avec ses disciples, dit quand même la même chose. " Vous allez me laisser seul. Je ne suis pas seul, Dieu est avec moi, le Père est avec moi. Ayez confiance, j'ai vaincu le monde. Le Règne de Dieu est arrivé. " Et c'est ce message fondamental que nous voyons se développer ici, avec un certain nombre de détails, qu'il ne faut pas interpréter, je dirais, contrairement à leur sens.

Juste avant ce texte, il y avait l'épisode de la pauvre veuve qui mettait quelques pièces dans le tronc pour le Temple - alors que les pharisiens mettaient de grosses sommes - Jésus a dit : " Cette femme a tout donné pour le Temple " Et voilà que Jésus, quand ses disciples regardent ce Temple, Jésus leur dit : " Finalement, ce Temple n'a pas d'avenir. " Dans le Règne de Dieu qui vient, le Temple n'existera plus, le Temple n'existe plus. Et Jésus l'avait déjà annoncé : ce Temple, c'est lui, c'est la rencontre de Dieu à travers la nouveauté qu'il apporte. Ce Temple de pierre, bien sûr, il a été détruit en 70 après Jésus, et ceux qui écrivent l'Evangile se souviennent de cette destruction qui a catastrophé tout le monde juif, le peuple. N'empêche, avec Jésus, le culte du Temple n'existe plus. Il apporte un nouveau culte : le culte en esprit et en vérité.

Donc, ce n'est pas surprenant de dire : " des jours viendront où ce Temple n'a plus de sens - pas seulement parce qu'il est détruit - mais parce que ça n'est plus là que se manifeste le Règne de Dieu. Depuis le Temple de David - environ 1000 ans avant JC - Israël avait cru bon de faire une demeure pour Dieu, un lieu pour le rencontrer. C'est ainsi que David avait d'abord mis en place un sanctuaire de toile, une tente particulière réservée à Dieu ; et que Salomon avait construit le premier Temple, qui a été détruit - et que Hérode le Grand, quelques années avant la naissance de Jésus, avait reconstruit ce Temple magnifique, dont Jésus annonce ici la destruction.

Mais Jésus ne parle pas d'abord de pierres, ni de magnifique bâtiment. Il parle d'abord de ce que représente le Temple : ce n'est pas le lieu où on va rencontrer Dieu, il nous attend dans notre vie, le culte en esprit et en vérité.

Quand les disciples lui demandent : " Quand cela va-t-il arriver ? ", Jésus ne répond pas. Il ne répond jamais à ces demandes de signes. Il leur dit : " Attention, ne confondez pas les choses. Le Règne de Dieu n'est pas de ce monde " ; il ne se manifeste pas dans les guerres, les soulèvements. Il faut que cela arrive d'abord - c'est la loi de ce monde, c'est la loi de l'histoire, c'est la loi de la méchanceté des hommes ; c'est la loi de la création qui est en mouvement, qui est toujours imparfaite, puisque les planètes se forment et se déforment, les tremblements de terre arrivent et disparaissent. Le monde est une très belle chose, mais une chose imparfaite, qui n'est pas Dieu. Et ne vous laissez pas prendre par tous ceux qui jouent les faux prophètes, et qui vous disent : tel événement, c'est la fin du monde - " Le moment est proche. C'est moi. " - " Ne marchez pas derrière eux ! " N'écoutez pas les prophètes de malheur ! Et Dieu sait s'il y en a encore aujourd'hui. J'ai encore reçu cette semaine deux messages sur mon courrier internet, de gens disant avoir des révélations que la fin du monde arrive bientôt. " Jésus m'a dit… ". Laissons la bonne foi de ces personnes. Si ça les aide à vivre pour Dieu, tant mieux. Nous ne sommes pas là pour condamner. Il y a actuellement une communauté de russes qui s'est installée sous terre, dans des caves, pour attendre ces jours-ci le Règne de Dieu qui va se manifester ! Jésus a prédit tout cela. " Ne marchez pas derrière ces gens. " Le Règne de Dieu ne se manifeste pas dans les événements de l'histoire. L'histoire est le lieu de la rencontre de Dieu. Ce n'est pas le moyen dont il se sert pour nous parler.

Et puis Jésus - qui sait qu'il va lui-même rendre témoignage, qui se sent condamné, qui sait que finalement, il a peu de chance qu'il échappe à la mort - Jésus dit que le Règne de Dieu se manifestera à travers le témoignage ; le témoignage de la vérité rendu, de la fidélité à Dieu, que lui-même va vivre devant Caïphe qui lui demandera : " Es-tu celui qui doit venir ? " ; lorsqu'on l'accusera de vouloir détruire le Temple, comme argument - Jésus dira : " Tu l'as dit. Vous verrez le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu. Je suis l'homme de la fin des temps. " Jésus va rendre ce témoignage, que son peuple ne va pas accepter, et va le condamner. Et il dit à ses disciples : " Vous aurez à rendre le même témoignage. Mais je serai avec vous. "

Voilà un petit peu ce langage de Jésus, qui n'est pas un langage catastrophique ; qui est finalement un langage d'appel à la fidélité, à l'espérance, à la persévérance ; un langage à la sérénité : n'écoutons pas les prophètes de malheur ; un langage au renouvellement du culte, puisque le Temple doit disparaître.


Alors aujourd'hui, pour nous ? Il nous faut reprendre cette parole pour nous l'appliquer à notre époque. Il y a une grande différence entre le moment où Jésus a prononcé ces paroles, et nous : c'est que Jésus est passé par sa Passion, qu'il est mort, qu'il est ressuscité, et que l'Esprit Saint nous est donné.

Alors, nous devons essayer de vivre ce texte dans cette perspective nouvelle qui dure depuis 2000 ans, où nous sommes témoins de la victoire de Dieu, réalisée en Jésus par sa résurrection, après sa Passion. Donc, le Règne de Dieu nous a été donné. Nous avons été baptisés dans ce témoignage de Jésus qu'est sa mort et sa résurrection des morts. Plongés, par le baptême, dans la mort de Jésus, comme Jésus a été mis au tombeau, nous en sommes sortis. Le geste de l'enfouissement et du redressement, le geste du baptême primitif par immersion, sortis comme des hommes nouveaux, marqué par la victoire du Christ.

Donc, à notre époque, une raison de plus encore de ne pas écouter les prophètes de malheur. Le chrétien est, par définition, l'homme de l'optimisme du Règne de Dieu. Cela dit, les enseignements de Jésus s'appliquent à nous : il n'y a plus de Temple. Les chrétiens ont toujours été tentés de reconstruire le Temple, lieu où on va chercher Dieu. Le culte en esprit et en vérité, c'est d'accueillir Dieu dans notre vie, pour vivre dans la foi qui agit par l'amour. C'est là notre premier culte en esprit et en vérité.

Et si les chrétiens, depuis la mort de Jésus, continuent de se rassembler en communauté, c'est pour s'alimenter et s'entretenir dans ce culte en esprit et en vérité. Le culte n° 2, c'est la communauté qui se rassemble pour écouter la Parole de Dieu, se plonger dans le mystère de Dieu qui donne sa vie - qui est l'Eucharistie. C'est le culte n° 2 qui est au service du culte n° 1 qui est la manière dont nous vivons notre foi chaque jour. La confiance en Dieu, nous l'accueillons pour agir comme Jésus nous a demandé d'agir, c'est-à-dire dans le partage, dans la solidarité, dans la charité, dans le service des autres.

Donc, il n'y a plus de Temple. Ne reconstituons pas le Temple. On ne va pas au Temple pour trouver Dieu, on accueille Dieu dans sa vie, car " nous sommes également le Temple de Dieu ", comme dit saint Paul. Nous sommes le Temple de l'Esprit car Jésus habite en nous par son Esprit ; il habite en chacun de nous et dans la communauté, c'est là que nous le rencontrons et que nous le manifestons à travers nos gestes quotidiens, dans nos familles, nos professions, notre vie dans la société. Et quand nous nous rassemblons en communauté, c'est normal qu'on aime manifester ces rassemblements dans de magnifiques édifices, dans nos belles cathédrales, d'accord. Mais on a vécu trois siècles sans ces magnifiques édifices, mais on s'est toujours rassemblés pour dire : écoutons ce que dit Jésus, sa Parole ; et puis plongeons-nous dans Celui qui est la Source de ce passage, de cette vie nouvelle. Jésus nous transmet sa vie pour que nous vivions comme lui, comme Temple de Dieu.

Nous ne pouvons pas être des prophètes de malheur. Attention, le monde dans lequel nous vivons, le monde avec tous ses malheurs d'aujourd'hui, ces désastres, ces catastrophes, ces guerres qui n'en finissent pas, ces hommes qui n'arrivent pas à se réconcilier… ce n'est pas un signe que la fin des temps approche. Ce monde est le lieu où Dieu attend que nous soyons présents, avec la force de l'Esprit, pour vivre la charité et essayer d'implanter un message de solidarité. C'est le monde où Dieu nous demande d'être avec lui et d'être présents à nos frères dans la force de Dieu.

Là encore, ce message sur les catastrophes, sur les prophéties de malheur, ne nous atteint pas. Nous sommes porteurs d'un message de paix dans ce monde. Et nous devons le manifester - non seulement par nos paroles - mais par nos gestes de partage, de prise en charge, de faire avancer des causes comme celle du tiers-monde ou celle de la solidarité entre tous les hommes. Il n'est pas normal que nous soyons, nous, les chrétiens d'occident, des hommes confortablement installés dans notre confort moderne, alors qu'il y a au moins deux milliards d'hommes qui sont en dessous du seuil de pauvreté. C'est là que nous sommes attendus. Ne cherchons pas à voir les signes dans les autres, mais quels signes donnons-nous à ce monde ?

Et puis, finalement, la fidélité, le témoignage, c'est chaque jour. Notre vie est tout entière une réponse. Notre culte est une réponse à Dieu qui vient en nous, le culte en esprit et en vérité. Les problèmes du monde sont un appel à une réponse de notre part. Quelle réponse donnons-nous, à ce monde difficile ? Cette réponse est toujours notre témoignage. C'est de dire : avec Jésus, nous sommes capables de tout, comme dit saint Paul. Nous sommes capables de tout dans la foi. Quand rien ne va plus, même quand on se dresse contre nous - cela est arrivé pour les premiers chrétiens ; cela arrive moins maintenant, encore que dans certains pays, les chrétiens sont persécutés et massacrés - nous sommes porteurs d'une réponse : la fidélité, la réponse de Jésus : je dis oui à Dieu quoi qu'il arrive, en essayant de sauvegarder mes valeurs, les valeurs de la vie, les valeurs de l'humanité, les valeurs du partage, les valeurs des personnes…

Jésus n'a pas couru se précipiter dans la mort, il croyait à la vie. Et il a été jusqu'au bout, en prenant tous les risques, à travers tout. Et cela nous est possible dans la force de l'Esprit. Notre vie, c'est de dire oui, de dire oui à Dieu qui vient à nous, à nos frères qui nous interpellent, de dire oui à Dieu à travers les événements du monde. Quelle réponse donnons-nous ? Jésus nous demande une réponse - et non pas de décider, de programmer notre vie d'abord - et de répondre ensuite à lui qui vient à nous.

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