Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
20 Novembre 2010
C'est par ce tableau de la mort de Jésus, racontée dans l'Evangile de Luc que l'Eglise nous fait clore cette année liturgique. Un tableau qui résume tout ce qu'on a vécu pendant cette année, et toute la vie de Jésus ; un tableau dont il faut dépasser la première impression. Au-delà de cette foule sadique qui regarde mourir un homme tourmenté, crucifié, il y a une révélation à travers cette page. La révélation d'abord d'un contraste, d'un contraste qui a marqué toute la vie de Jésus, du commencement jusqu'à la fin. Sa prédication s'ouvrait par ces mots : " Tournez-vous vers Dieu. Le Règne de Dieu s'est approché de vous. "
On comprend que les chefs ricanent, que les soldats se moquent. Ils ridiculisent la prétention de Jésus d'être le Messie, d'être le Messie fils de David qui règne sur Israël, qui renvoie les romains chez eux, qui règne pendant 1000 ou 10000 ans, comme on l'attendait à son époque. Jésus, mourant sur la croix, est la preuve manifeste que ce Messie qu'il a la prétention d'être - qu'on croie qu'il a la prétention d'être - a tout raté, qu'il vit un échec total.
Et la première leçon de cette vue sur le Christ crucifié,...
c'est que Jésus n'a jamais eu la prétention d'être ce Messie-là. Toute sa prédication est marquée par le contraire. Et il a fallu que tous les croyants, tous ceux qui suivent Jésus passent par un véritable changement d'attitude, et même de regard et d'image, en le voyant prêcher, en le voyant guérir des malades. Et d'ailleurs, la preuve que Jésus n'a pas été compris est qu'on l'accuse d'être un faux Messie, au sens où on attendait le Messie en Israël. Donc, celui qu'on a crucifié comme Messie n'est pas ce Messie-là, au sens où Jésus l'entendait, qu'on a crucifié - et c'est bien là tout le paradoxe de la vie de Jésus.
Quand Jésus avait laissé entendre que sa vie de prophète se terminerait mal parce qu'il marchait selon la vérité, Pierre avait dit : " Jamais cela ne se passera ainsi ! " A Pierre, qui venait juste auparavant de proclamer " Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ", Jésus avait alors répondu : " Arrière, Satan ! " Jésus n'est pas ce Messie-là. Jean-Baptiste lui-même, de sa prison, avait envoyé des disciples pour lui demander s'il était vraiment celui qu'on attendait. Et Jésus avait dit : " Allez dire à Jean-Baptiste : " Les boiteux marchent, les sourds entendent, les muets parlent,... les pauvres sont évangélisés… " Jésus "n'était pas" le Messie qu'attendait Jean-Baptiste. La Vierge Marie elle-même, selon ce que nous raconte l'Evangile de l'enfance de Jésus, devra passer par un glaive de douleur - et pas seulement parce qu'elle sera témoin de la mort de son Fils, selon l'Evangile de Jean - mais c'est parce qu'elle doit reconnaître que ce Fils de David, qu'on lui avait annoncé, se comporte différemment. Et l'Evangile de Marc dit que sa mère et ses frères le prenaient pour un fou. Jésus n'était pas ce Messie-là qu'on a crucifié. C'est la grande leçon de cette phase finale de sa vie. " Si tu es le Roi des juifs, sauve-toi toi-même ! Si tu es le Roi des juifs, manifeste-toi comme Messie, révèle-toi ! Et Jésus ne se révélera pas comme Messie de cette façon-là.
Et c'est là que nous sommes déjà interrogés : qu'est-ce que nous attendons de Jésus ? Sa mission est celle d'un serviteur, et celle d'un homme qui dit, dans l'Evangile de Jean, dans son procès devant Pilate : " Je ne suis venu que pour rendre témoignage à la vérité ", que pour vivre comme un serviteur qui toujours accueille, qui toujours guérit, qui toujours met debout, qui toujours annonce qu'il faut aller plus loin pour vivre une qualité de vie. Voilà ce qu'a été Jésus, voilà ce qu'il demeure jusque sur sa croix. Car un peu plus haut dans le texte, Jésus a pardonné à ses bourreaux, et nous le voyons accueillir un larron qui se tourne vers lui. Jésus n'est pas le Messie qu'on attendait. C'est la phase finale de l'Evangile, en plénitude. On comprend que les gens hurlent contre lui, se moquent de lui. Il a été marqué d'une couronne d'épines, nous racontent les Evangiles, les soldats se sont fichus de lui : roi de pacotille, prétendant raté, homme rejeté… Jésus n'est pas celui que ces gens attendaient, il est quelqu'un d'autre.
Deuxième remarque : le salut qu'on attend de Jésus n'est pas celui qu'on croit.
" Tu en as sauvé d'autres, sauve-toi toi-même ! " Ce n'est pas parce que Jésus guérit un malade qu'il le sauve. Jésus a fait beaucoup de gestes de miséricorde, de salut, deux ou trois gestes de réanimation de corps - mais chaque fois, c'était pour que ces gens entrent dans la foi. " Ta foi t'a sauvé. " Ce n'était pas le geste de rendre la vie qui sauvait l'homme, c'était la manière dont il accueillait ce geste dans la foi : " Ta foi t'a sauvé. "
Alors on croit qu'ici, parce qu'il a guéri quelqu'un, il l'a sauvé, donc qu'il fasse un miracle et descende de la croix ! Le salut qu'apporte Jésus n'est pas celui qu'on attendait, n'est pas un salut de ce monde, n'est pas une suppression de tous nos maux, de toutes nos misères, de tous nos malheurs ; Jésus n'est pas le magicien qui, à l'aide d'une baguette magique, va tout supprimer, nous créer un paradis sur terre qui est illusoire, et que Dieu n'a jamais annoncé. Non seulement Jésus n'est pas le roi temporel qu'attendaient les juifs, Jésus n'est pas non plus le super magicien qui crée un paradis de pacotille en faisant croire que l'idéal du bonheur, c'est de vivre dans le confort sans jamais aucune maladie, aucun problème, aucune souffrance, aucun souci, dans la facilité du désir accompli sans plus. Bien sûr, l'homme aspire au bonheur - mais si c'est ça le bonheur, c'est une grande déception. Jésus n'est pas venu annoncer cela.
Et puis, Jésus est seul - troisième remarque.
Bien sûr, il y a quelques femmes qui se tiennent à distance, qui sont des disciples qui le suivent dnas la fidéllité depuis la Galilée - précise Luc. Jésus est néanmoins seul. Les apôtres sont partis, il n'y a personne au pied de la croix, dans l'Evangile de Luc. Jésus est seul. Cela veut dire qu'il ne sera découvert qu'après sa mort et dans sa résurrection. Et qu'il faut faire ce passage d'une conception d'un Messie temporaire, d'un salut de ce monde, au Règne de Dieu dans un salut universel, dans une qualité de vie que seul Dieu peut donner, qui s'appelle l'Amour, accueilli, vécu jusqu'au bout ; et accueilli comme une invitation à se laisser transformer, à se laisser entrer dans un monde qui n'est plus le nôtre, qui est le monde de l'achèvement, qui est le monde de Dieu, et qui est Dieu lui-même.
Jésus est seul à en être témoin. Et nous savons que c'est dans la résurrection que cela sera manifesté. Et cela se lit dans les Actes des Apôtres - écrits par le même Luc - dès la Pentecôte, Pierre dira : " Cet homme que vous avez crucifié, Dieu l'a fait Seigneur et Maître... Il n'y a pas d'autre nom par lequel nous puissions être sauvés. " Pierre, comprenant enfin cette parole que Jésus avait dite dans l'Evangile de Jean, à Marthe, lors de la mort de Lazare : " Celui qui croit en moi, fut-il mort, il vivra. " La résurrection n'est pas de ce monde. Jésus est seul. Il ne sera plus seul quand l'Esprit Saint sera venu, et que les disciples comprendront et seront transformés.
Et dernier panneau du tableau que nous présente ce texte:
il y a quelqu'un qui confesse sa foi, le larron crucifié. Dans l'Evangile de Marc, le centurion dit : " Cet homme était Fils de Dieu ", quand Jésus meurt. Celui qu'on appelle le bon larron - ou plutôt le larron pénitent, qui lui, découvre, certainement dans la force de l'Esprit Saint - on ne peut pas croire en Jésus sans la force de l'Esprit - qui découvre que Jésus est Sauveur, et qu'il est Sauveur en mourant, et qu'il est Sauveur en quittant ce monde, et qu'il est Sauveur d'une autre manière. " Souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. " Il proclame l'impossible, face à tous ces gens qui sont là. Jésus est Autre, il l'a découvert, et il se tourne vers lui. Jésus lui dit : " tu as raison, tu seras avec moi. " Le paradis, c'est d'être avec Jésus. Le ciel, c'est être avec Dieu. Saint Paul dira " Dieu tout en tous ". Et Jésus est celui par qui Dieu vient régner en nos vies.
Alors, qu'est-ce que nous pouvons faire de ce tableau vu dans son ensemble ?
Eh bien : le relire, le méditer - et surtout, faire nous-mêmes cette conversion, ne pas nous laisser prendre par les images que la liturgie emploie elle-même ; l'image du roi, qui est une image faussée ; quand on pense roi, on pense Louis XIV… Je me souviens d'un père dominicain qui disait toujours : " le malheur des chrétiens, c'est qu'ils voient le ciel comme Louis XIV dans les cieux, le palais de Versailles là bas, tout en haut ! Et c'est la fin de tout ! " Trop souvent, nous sommes portés par ces images. Les disciples de Jésus crcucifé-ressuscité sont présentés comme "un peuple de rois, comme un peuple de prêtres". Qu'est-ce que c'est qu'un peuple de rois : c'est un peuple dans lequel quelqu'un règne, une valeur qui est Dieu et qui se manifeste en nous. Faisons toujours cette conversion. On risque toujours d'être pris par des images de pouvoir, de puissance, de grandeur, de frous-frous de robe, de lumière, et même de liturgie pompeuse - qui sont trompeuses. Jésus nous apporte une qualité de vie qui est celle de Dieu.
Et voilà comment nous devons accepter qu'il règne en nous chaque jour, chaque fois que nous passons de la vérité à l'amour, chaque fois que nous faisons la vérité dans la miséricorde, chaque fois que nous accueillons, chaque fois acceptons, chaque fois que nous disons " oui " - et bien, " c'est par Jésus, dit saint Paul, que nous disons oui à Dieu, car il n'y a eu que oui en lui. " Le Règne de Dieu, c'est dire " oui " à Dieu, c'est dire oui à la vérité de Dieu qui vient en nous et qui nous invite à l'accueillir dans l'amour, et le partage, et l'ouverture à tous. Voilà le Règne de Dieu.
Et ce tableau final de l'Evangile de Luc - tableau comparable aux trois autres Evangiles de la mort de Jésus, nous révèle bien ce que ça veut dire " Jésus Roi ". Mais méfions-nous de cette image de "royauté", elle est piégée.