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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Dimanche de la 26e semaine ordinaire B

  RELISONS ENSEMBLE Marc, 9, 38 - 48

 



1. LE TEXTE...


Mc 9:30- Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu'on le sût.

Mc 9:31- Car il instruisait ses disciples et il leur disait : " Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. "

Mc 9:32- Mais ils ne comprenaient pas cette parole et ils craignaient de l'interroger.

Mc 9:33- Ils vinrent à Capharnaüm ; et une fois à la maison, il leur demandait : " De quoi discutiez-vous en chemin ? "

Mc 9:34- Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand.

Mc 9:35- Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. "

Mc 9:36- Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et, l'ayant embrassé, il leur dit :

Mc 9:37- " Quiconque accueille un enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé. "

Mc 9:38- Jean lui dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas. "

Mc 9:39- Mais Jésus dit : " Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi.

Mc 9:40- Qui n'est pas contre nous est pour nous.

Mc 9:41- " Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense.

Mc 9:42- " Mais si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être jeté à la mer.

Mc 9:43- Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la : mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t'en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint pas

Mc 9:44-

Mc 9:45- Et si ton pied est pour toi une occasion de péché, coupe-le : mieux vaut pour toi entrer estropié dans la Vie que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne

Mc 9:46-

Mc 9:47- Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le : mieux vaut pour toi entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne

Mc 9:48- où leur ver ne meurt point et où le feu ne s'éteint point.

Mc 9:49- Car tous seront salés par le feu.

Mc 9:50- C'est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l'assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. "




(Traduction de la BIBLE DE JERUSALEM, éditions du Cerf, 1997, extrait de La Bible de Jérusalem, sur le site Les dominicains de la Province de France . Tous les passages de cette étude où la référence du texte est reprise au début de chaque verset, viennent de cette édition "en ligne". Les autres passages sont tirés de la Traduction Oecuménique de la Bible, Paris, Cerf, 1972.)




2. SON ENVIRONNEMENT...

Deux remarques sur le texte de l'Evangile de Marc imprimé dans la première partie de cette relecture :

- Il fait commencer notre passage au verset 30 de ce chapitre 9, et reprend donc ainsi le texte liturgique choisi pour le dimanche précédent, 25ème Dimanche Ordinaire de cette année B. De plus, il se termine au verset 50, soit 2 versets plus loin que la fin de la lecture liturgique de ce 26ème Dimanche Ordinaire. C'EST QUE NOUS AVONS CHOISI DE LIRE CET ENSEMBLE COMME UN TOUT INSEPARABLE, selon le découpage de l'Evangile de Marc que nous suivons régulièrement.

- Deux versets, le v. 44 et le v. 46 ne comportent pas de texte. C'est qu'ils ne sont pas attestés dans les éditions critiques de l'Evangile de Marc, vu qu'ils ne sont que la répétition exacte du verset 48, qui, lui, figure bien dans notre passage. Voir TOB, Marc, 9, 44, note "a".

Cela dit, avec ce texte, nous continuons la lecture régulière et suivie de l'Evangile de Marc.



Après la deuxième étape de son ministère, étape qui nous l' avait montré progressivement rejeté par les siens au pays de Galilée (3, 7 - 6, 6a), en contraste avec la première phase de son action, au cours de laquelle son autorité avait été révélée dans cette même terre de Galilée (1, 16 - 3, 6), nous avions accompagné Jésus dans la troisième partie de son ministère, où il s'était trouvé de plus en plus confronté à une incompréhension et un malentendu surprenants de la part de ses disciples proches (6, 6b - 8, 21).

Ce troisième acte du ministère de Jésus (Marc, 6, 6b - 8, 21) nous a fait assister successivement, d'abord, à un envoi en mission des disciples-apôtres (6, 6b - 34), avant de nous partager deux séquences parallèles au cours desquelles Jésus s'est manifesté par un ou plusieurs actes de puissance (dont chaque fois par une multiplication des pains) avant d'entrer en controverse avec les Pharisiens ou ses propres disciples (6, 35 - 7, 23) et (7, 24 - 8, 21).

Nous retrouvons maintenant Jésus au cours de la quatrième partie de son ministère, présentée comme un temps important d'instruction par Jésus de ses disciples lors de leur montée ensemble vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52). Viendront après cela les quatre premiers jours de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), premier temps d'une unique semaine dans la Ville Sainte qui se terminera par la mort de Jésus à Jérusalem et la découverte surprenante de son tombeau vide au matin du premier jour de la semaine suivante. (14, 1 - 16, 20)



Cette quatrième division du ministère de Jésus (Marc, 8, 22 - 10, 52), dans laquelle nous continuons de l'accompagner, comprend à son tour tout un ensemble d'épisodes :

- la guérison d'un aveugle à Bethsaïda (8, 22 - 26),

- la reconnaissance de Jésus comme Christ ou Messie, (8, 27 - 30),

- une première série d'instructions sur la véritable identité du Messie et l'authenticité du disciple, (8, 31 - 9, 29),

- une deuxième (9, 30 - 10, 31), et une troisième (10, 32 - 45) séries au même contenu. A noter que chacune de ces trois séries commence chaque fois par une prédiction par Jésus de sa passion, de sa mort et de da résurrection.

- guérison à Jéricho de l'aveugle Bartimée (10, 46 - 52).


Dans sa situation la plus précise, notre passage liturgique, retenu pour ces 25ème et 26ème Dimanches Ordinaires B, rejoint Jésus au moment où il commence la deuxième des trois séries d'instructions détaillées plus haut (Marc, 9, 30 - 10, 31) : deuxième annonce de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus, cette annonce donnant lieu à de nouveaux développements sur ce que c'est qu'être disciple - notre passage de ce jour -
(9, 30 - 50). Cette deuxième série d'instructions se prolongera ensuite par un enseignement de Jésus sur le mariage et le divorce (10, 1 - 12), une séquence où nous voyons Jésus accueillir et bénir des enfants (10, 13 - 16), avant qu'il appelle un riche à le suivre pour remarquer ensuite combien il est difficile à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu (10, 17 - 31).



Un regard final sur notre passage lui-même nous y fait découvrir successivement :

- la deuxième prédiction par Jésus de sa passion (9, 30 - 32),

- comment Jésus corrige des malentendus sur ce qu'il attend de ses disciples (9, 33 - 37), ces deux premiers points ayant constitué la lecture liturgique du 25ème Dimanche Ordinaire,

- la manière dont Jésus accueille l'information qu'on lui donne concernant quelqu'un qui chasse les démons en son nom (9, 38 - 40),

- quelques propos variés de Jésus sur le comportement radical qu'il propose à ses disciples (9, 41 - 50).


LE FAIT QUE NOUS AYONS CHOISI CE DECOUPAGE REPRESENTE DEJA UNE INTERPRETATION DE NOTRE PASSSAGE, NON SEULEMENT DE FACON GENERALE, MAIS EGALEMENT DANS CE QUE NOUS PENSONS ETRE SON MESSAGE CENTRAL, COMME NOUS ALLONS LE VOIR.

LA BONNE NOUVELLE DE JESUS EST, DEPUIS SA RESURRECTION, LIVREE A L'INTERPRETATION, A LA PRESENTATION ET AU TEMOIGNAGE PERSONNELS DE CEUX QUI L'ONT PROCLAMEE, QUE CE SOIT PAR DES PROPOS ISOLES OU PAR DE GRANDES OEUVRES REMARQUABLEMENT COMPOSEES COMME LE SONT NOS QUATRE EVANGILES DU NOUVEAU TESTAMANENT.

ET, COMME C'EST LE CAS POUR TOUTE OEUVRE LITTERAIRE HUMAINE, CHAQUE EVANGILE EST LIVRE A LA LECTURE QUE NOUS EN FAISONS, SELON NOTRE CULTURE BIBLIQUE ET HUMAINE ET NOS DIFFERENTES METHODES DE LECTURE, mais aussi SELON NOTRE FOI QUI Y RECONNAIT LE LIEU OU, dans la présence de l' Esprit de Jésus en nos coeurs et dans notre communauté concrète de croyants, NOUS RENCONTRONS DIEU QUI AGIT ET PARLE DEVANT ET POUR NOUS, A TRAVERS LES PAROLES ET GESTES HUMAINS DE JESUS CHRIST, PAROLE ULTIME DE DIEU FAITE CHAIR EN NOTRE HUMANITE...



3. CE QUE CE TEXTE NOUS DIT D'ABORD...



1°) Une attitude fondamentale de Jésus que doivent partager ceux qui le suivent.

Cette attitude est signifiée par la seconde annonce de la passion, qui est une rerpise de la première, même si la dimension de nécessité qui s'y trouvait exprimée par l'expression "IL FAUT" n'y est plus explicitement mentionnée. Jésus n'en présente pas moins sa passion à venir comme un événement inéluctable, auquel il ne pourra échapper, et qu'il accepte donc pleinement. Les disciples ne comprennent pas plus que lors de la première annonce de la passion, et ils demeurent pris à "contrepied" par cette parole qui leur fait peur. D'où tout le contenu de cette grande page qui n'a d'autre but premier que de préciser, une fois de plus, pour les disciples les enjeux de cette "heure" finale du destin de Jésus, et le retournement paradoxal de sens qu'elle suppose.


2°) Cette attitude de Jésus doit devenir le "pain quotidien" de ses disciples.

Tout un jeu de contrastes et de paradoxes nous est présenté à ce sujet tout au long de cette page ainsi considérée en sa totalité :

- Alors que les disciples, comme beaucoup d'hommes et de femmes, se disputent une place de premier rang, JESUS INSISTE SUR LE SERVICE GRATUIT A L'EGARD DE TOUS COMME CRITERE DE L'AUTHENTIQUE VALEUR DU DISCIPLE QUI VEUT LE SUIVRE ET L'IMITER. Voir Luc, 22, 26 - 27.

- Là où nous sommes disposés à accueillir ceux qui ont une valeur à nos yeux, JESUS NOUS DEMANDE DE RECONNAITRE EN CEUX QUI SONT SANS VALEUR AUX YEUX DE LA SOCIETE DE SON TEMPS (les enfants) SES VERITABLES AMBASSADEURS. LES ACCUEILLIR, C'EST L'ACCUEILLIR, LUI, ET, A TRAVERS LUI, ACCUEILLIR LE PERE.

- Alors que nous sommes tentés de considérer notre situation de croyants-disciples comme un privilège aux côtés de Jésus, IL NOUS DIT QUE L'EFFICACITE DE L'APPEL A SON NOM (et à la puissance unique de salut qu'il signifie) NE NOUS EST PAS RESERVEE. SON NOM EST UNE REALITE OBJECTIVE QUI N'A PAS BESOIN DE NOTRE FOI NI DE NOTRE ACCUEIL.

- Alors que nous sommes tentés de définir notre communauté de croyants selon des critères de choix positif manifestés par ceux qui nous y rejoignent, JESUS NOUS INVITE A CONSIDERER COMME NOTRES TOUS CEUX QUI NE S'OPPOSENT PAS A NOUS, selon une ouverture la plus large possible : "Celui qui n'est pas contre nous est pour nous". Tout ce qui peut nous arriver A CAUSE DE JESUS porte du sens pour nous selon la mission de Jésus.

- Etre disciple de Jésus, c'est donner au plus petit, au plus apparemment insignifiant de ceux qui le suivent, L' IMPORTANCE MEME QUE L'ON ACCORDE A JESUS. TOUT REJET D' UN FRERE-DISCIPLE EXCLUT DU REGNE DE DIEU INAUGURE PAR JESUS.

- Suivre Jésus n'est pas simplement marcher fidèlement derrière lui, c'est l'imiter dans l'attitude de service total et d'obéissance absolue que révèle sa passion, et CELA DE FACON RADICALE. Alors que Jésus accepte d'être livré jusqu'à la suppression de sa vie d'homme, IL NOUS DEMANDE DE FAIRE DISPARAITRE TOUT CE QUI POURRAIT NOUS FAIRE OBSTACLE SUR SON CHEMIN DE VIE NOUVELLE, ETERNELLE. Il s'agit ici d'un tout ou rien, que traduisent les expressions très fortes et suggestives qu'il emploie pour nous montrer que le choix est entre la VIE qu'il propose ou L' ECHEC ET LE MALHEUR SANS LIMITES qu'implique l'image de la "géhenne de feu". D'où le langage volontairement choquant qu'il utilise pour la suppression de tous les obstacles qui pourraient se trouver sur notre route : "se couper les mains et les pieds, s'arracher les yeux"...

- A travers tous ces détails et exemples, C' EST BIEN A UNE ATTITUDE FONDAMENTALEMENT IDENTIQUE A LA SIENNE EN SA PASSION QUE JESUS NOUS INVITE, ATTITUDE SELON LAQUELLE NOTRE AUTHENTICITE PERSONNELLE SERA ETABLIE ET JUGEE PAR DIEU, QUI NOUS APPELLE A ENTRER DANS SON REGNE PAR JESUS QU'IL NOUS ENVOIE. Cette attitude comporte une réelle dimension de renoncement à nous-mêmes, qui seule nous rend capables de passer à notre tour, et avec la puissance de Jésus reçue dans la foi, par l'épreuve de l'HEURE DE JESUS EN SA PASSION.


3°) Les points d'ancrage qui nous aident à interpréter ainsi cette page selon ce sens unique principal.

Ce sont successivement : l'annonce de la passion de Jésus, l'idée de service à la dernière place, notre relation au Nom de Jésus et à tous ceux qui s'y réfèrent, notre imitation de Jésus en son attitude radicalement nouvelle et inattendue, attitude qui révèle le mieux le mystère de la gratuité de Dieu que Jésus, par son engagement et sa parole, nous manifeste comme AMOUR...




4. CE QUE CERTAINS ELEMENTS NOUS SUGGERENT...


1°) La manière dont Jésus annonce, pour la deuxième fois, sa passion.

Un certain nombre d'éxégètes estiment que la phrase du verset 31 pourrait bien avoir été prononcée comme telle par Jésus : en la retraduisant en araméen, la langue de Jésus, on obtient une formule rythmée, de style quasi proverbial, qui en souligne encore davantage l'importance, du genre "si Jésus est homme ou fils d'homme ou Fils de l'homme, c'est pour être livré aux hommes"...Nous mesurons toutes les nuances de sens que cela peut impliquer pour peu qu'on prenne le temps d'y réfléchir.

2°) Une des paroles les plus paradoxales de Jésus.

Au verset 35 : "Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous, et le serviteur de tous", parole en consonnance avec d'autres expressions, telles que "perdre sa vie pour la trouver", "se renoncer à soi-même et prendre sa croix", etc... Nous connaissons ces dires constants de Jésus, à propos desquels il nous faut toujours constater deux choses : ils traduisent, d'une part, ce que Jésus a vécu et nous a révélé de l'attitude de gratuité infinie de Dieu, et, d'autre part, ce qui définit l'attitude vraie des croyants que nous devons toujours plus devenir : c'est-à-dire, fonder notre vie sur Dieu, pauvres de nous-mêmes mais riches de lui, accueillant nos richesses humaines comme dons reçus à mettre au service des autres et du Règne de Dieu, et non pas de notre achèvement personnel.

3°) L'enfant dans la société à l'époque de Jésus.

Parce que fondamentalement dépendant, incapable de vivre par lui-même, l'enfant était plus ou moins considéré comme un être inférieur, non digne d'estime, et non pas comme symbole d'humilité, ou comme porteur d'une innocence originelle en humanité, que les adultes pensent avoir perdue et qu'ils souhaiteraient retrouver (ce qui explique un certain culte de l'enfant dans notre société). Voir à ce sujet, TOB, Matth., 18, 3, note "m". Recevoir un enfant au temps de Jésus, c'est accomplir un acte de gratuité pour une personne insignifiante.

4°) "Qui accueille en mon nom un enfant comme celui-là"...

L'idée derrière cette parole, est que quiconque reçoit l'émissaire de quelqu'un reçoit la personne qui l'envoie. Donc recevoir un enfant, c'est recevoir Jésus et recevoir Jésus, c'est recevoir le Père. L'expression-clé dans cette phrase, est bien "en mon nom". D'où le lien avec les versets suivants (9, 38 - 39 et 41).

5°) ..."quelqu'un qui chassait les démons en ton nom"...

Cette constatation semble rappeler ce que nous lisons dans l'Ancien Testament, au livre des Nombres, 11, 26 - 30, à propos de deux hommes, Eldad et Medad, qui prophétisent sans faire partie du groupe réuni autour de Moïse. Moïse y manifeste la même tolérance que Jésus ici. L'argument majeur de Jésus est que celui qui pratique des exorcismes réussis au nom de Jésus ne pourra pas ensuite dire du mal de lui. A noter la réaction positive semblable de Paul à l'égard de ceux qui proclament l'Evangile "par envie ou rivalité" (Philip., 1, 13 - 18).

6°)..."coupe-le..., coupe-le..., arrache-le..."

On s'est demandé si ces ordres de Jésus ne concernaient pas également, selon Marc, l'attitude à avoir avec des membres de la communauté chrétienne qui se conduisaient mal. Voir ce que Paul écrit de l'attitude à adopter vis-à-vis de l'inceste de Corinthe en 1 Cor., 5, 3 - 5. Dans la culture de l'époque et le langage du Nouveau Testament, l'image du corps et des organes du corps sert à désigner également la communauté : lire entre autres textes 1 Cor., 12, 12 - 31.

7°) Les versets 48 - 50 de notre passage sur le "sel" et le "feu".

Cette description de la "géhenne" est reprise à Isaïe, 66, 24. et permet à Marc des variations à partir du mot "feu". La conjonction du "sel" et du "feu" semble suggérer l'idée de purification associée aux souffrances précédant la venue finale du règne de Dieu. Il reste que ces versets sont difficiles à comprendre : d'une part, parce qu'on n'imagine pas de pratique sûre de ces deux éléments dans la civilisation de l'époque, et, d'autre part, parce que le mot "sel" change de sens dans ces versets. Lire à ce sujet les notes importantes et intéressantes de TOB, Marc, 9, 49, note "c", et Matth., 5, 13, note "k".


QUE CONCLURE DE CES DETAILS ? UNE FOIS DE PLUS, QUE LES TEXTES DU NOUVEAU TESTAMENT SUPPOSENT LE CONTEXTE DE L'ANCIEN TESTAMENT, CELUI EGALEMENT DE LA CULTURE CONTEMPORAINE DE L'EPOQUE OU CES TEXTES ONT ETE ECRITS, ET CELUI DE LA COMMUNAUTE POUR LAQUELLE CETTE BONNE NOUVELLE DE JESUS A ETE COMPOSEE PAR L'EVANGELISTE MARC.

IL NOUS EST D'AUTANT PLUS NECESSAIRE DE CONNAITRE CES EXPLICATIONS QUE NOUS AVONS A RETRADUIRE AUJOURD'HUI CETTE PAROLE BIBLIQUE DANS LE LANGAGE CULTUREL ET ECCLESIAL, DIFFERENT, DES HOMMES ET DES FEMMES AINSI QUE DES COMMUNAUTES, DE NOTRE EPOQUE, ET DE NOTRE SPHERE GEOGRAPHIQUE OCCIDENTALE.




5. RESONNANCES BIBLIQUES ET ACHEVEMENT EN JESUS CHRIST...


1°) Renvoi aux convictions les plus profondes de Paul sur la dimension très centrale de la Croix du Christ.

Nous re-mentionnons ces passages déjà souvent cités :
- 1 Cor., 1, 18 -31.
- Gal., 2, 19 - 21 et 6, 14 - 17.
- Philip., 3, 4 - 21.

2°) Comment Paul raconte sa passion de témoin de Jésus.

Voir toutes les listes qu'il nous donne des épreuves apostoliques : en 1 Cor., 4, 6 - 13; 2 Cor., 4, 7 - 12; 2 Cor., 6, 4 - 10; 2 Cor.11, 23 - 27.

3°) Comment Paul a une prise de conscience spirituelle des choix qu'il fait dans son ministère et du propre enjeu de sa foi.

1Co 9:11- Si nous avons semé en vous les biens spirituels, est-ce chose extraordinaire que nous récoltions vos biens temporels ?

1Co 9:12- Si d'autres ont ce droit sur vous, ne l'avons-nous pas davantage ? Cependant nous n'avons pas usé de ce droit. Nous supportons tout au contraire pour ne pas créer d'obstacle à l'Évangile du Christ.

1Co 9:13- Ne savez-vous pas que les ministres du temple vivent du temple, que ceux qui servent à l'autel partagent avec l'autel ?

1Co 9:14- De même, le Seigneur a prescrit à ceux qui annoncent l'Évangile de vivre de l'Évangile.

1Co 9:15- Mais je n'ai usé, moi, d'aucun de ces droits, et je n'écris pas cela pour qu'il en soit ainsi à mon égard ; plutôt mourir que de... Mon titre de gloire, personne ne le réduira à néant.

1Co 9:16- Annoncer l'Évangile en effet n'est pas pour moi un titre de gloire ; c'est une nécessité qui m'incombe. Oui, malheur à moi si je n'annonçais pas l'Évangile !

1Co 9:17- Si j'avais l'initiative de cette tâche, j'aurais droit à une récompense ; si je ne l'ai pas, c'est une charge qui m'est confiée.

1Co 9:18- Quelle est donc ma récompense ? C'est qu'en annonçant l'Évangile, j'offre gratuitement l'Évangile, sans user du droit que me confère l'Évangile.

1Co 9:19- Oui, libre à l'égard de tous, je me suis fait l'esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre.

1Co 9:20- Je me suis fait Juif avec les Juifs, afin de gagner les Juifs ; sujet de la Loi avec les sujets de la Loi - moi, qui ne suis pas sujet de la Loi - afin de gagner les sujets de la Loi.

1Co 9:21- Je me suis fait un sans-loi avec les sans-loi - moi qui ne suis pas sans une loi de Dieu, étant sous la loi du Christ - afin de gagner les sans-loi.

1Co 9:22- Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d'en sauver à tout prix quelques-uns.

1Co 9:23- Et tout cela, je le fais à cause de l'Évangile, afin d'en avoir ma part.

1Co 9:24- Ne savez-vous pas que, dans les courses du stade, tous courent, mais un seul obtient le prix ? Courez donc de manière à le remporter.

1Co 9:25- Tout athlète se prive de tout ; mais eux, c'est pour obtenir une couronne périssable, nous une impérissable.

1Co 9:26- Et c'est bien ainsi que je cours, moi, non à l'aventure ; c'est ainsi que je fais du pugilat, sans frapper dans le vide.

1Co 9:27- Je meurtris mon corps au contraire et le traîne en esclavage, de peur qu'après avoir servi de héraut pour les autres, je ne sois moi-même disqualifié.


4°) Comment Paul vit son combat spirituel le plus intime avec humilité de coeur, mais sans faiblesse psychologique.

2Co 12:1- Il faut se glorifier ? cela ne vaut rien pourtant et bien ! j'en viendrai aux visions et révélations du Seigneur.

2Co 12:2- Je connais un homme dans le Christ qui, voici quatorze ans - était-ce en son corps ? je ne sais ; était-ce hors de son corps ? je ne sais ; Dieu le sait - ... cet homme-là fut ravi jusqu'au troisième ciel.

2Co 12:3- Et cet homme-là - était-ce en son corps ? était-ce sans son corps ? je ne sais, Dieu le sait -, je sais

2Co 12:4- qu'il fut ravi jusqu'au paradis et qu'il entendit des paroles ineffables, qu'il n'est pas permis à un homme de redire.

2Co 12:5- Pour cet homme-là je me glorifierai ; mais pour moi, je ne me glorifierai que de mes faiblesses.

2Co 12:6- Oh ! si je voulais me glorifier, je ne serais pas insensé ; je dirais la vérité. Mais je m'abstiens, de peur qu'on ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu'on voit en moi ou à ce qu'on m'entend dire.

2Co 12:7- Et pour que l'excellence même de ces révélations ne m'enorgueillisse pas, il m'a été mis une écharde en la chair, un ange de Satan chargé de me souffleter - pour que je ne m'enorgueillisse pas !

2Co 12:8- A ce sujet, par trois fois, j'ai prié le Seigneur pour qu'il s'éloigne de moi.

2Co 12:9- Mais il m'a déclaré : " Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse. " C'est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ.

2Co 12:10- C'est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ ; car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort.

2Co 12:11- Me voilà devenu insensé ! C'est vous qui m'y avez contraint. C'était à vous de me recommander. Car je n'ai été en rien inférieur à ces " archiapôtres ", bien que je ne sois rien.

2Co 12:12- Les traits distinctifs de l'apôtre ont été réalisés chez vous ; parfaite constance, signes, prodiges et miracles.

2Co 12:13- Qu'avez-vous eu de moins que les autres Églises, sinon que personnellement je ne vous ai pas été à charge ? Pardonnez-moi cette injustice.


5°) Comment Paul résume le mystère de l'attitude de Jésus crucifié.

Dans l'hymne sur la "kénose", l'abaissement du Christ qu'il reprend en Philip., 2, 5 - 11.

Dans cette parole sur Jésus en 2 Cor. 8, 9 : "Vous connaissez, en effet, la générosité de notre Seigneur Jésus Christ, qui, pour vous, de riche qu'il était; s'est fait pauvre pour vous enrichir de sa pauvreté".

En s'abaissant, le Christ nous communique la richesse qu'il a reçue de Dieu ?...ou bien, en se faisant pauvre, il nous communique la richesse de son attitude de pauvreté (révélatrice du mystère de Dieu) ? Les avis diffèrent quant à l'interprétation à retenir, encore que la seconde se rapproche d'une parole d'Olivier Clément : "En Christ, Dieu s'est fait Job"...




6. CHEMIN DE PRIERE...


Toujours en Galilée enseignant tes disciples,
Tu parcours le pays à les entretenir,
A l'écart de la foule au long de ce périple,
Sur ce que tu pressens de ton "Heure" à venir...

Comment, toi, Fils de l'homme envoyé par le Père,
Peux-tu envisager d'être aux hommes livré
Pour un destin de mort, en demeurant Lumière
Qui offre le salut à ceux qui t'ont trouvé ?...

On a beau te livrer, tu reçois un baptême :
Certain qu'en ton échec tu vis l'achèvement
D'un mystérieux dessein, ...tu te livres toi-même
Au bon vouloir du Père accepté librement...

Sauront-ils donc un jour se mettre à ton école
Tes disciples perdus dans d'autres discussions
Qui, sans avoir perçu le sens de tes paroles,
Recherchent, semble-t-il, honneurs et promotions ?...

Dès qu'à Capharnaüm, au lieu où tu résides,
Te voici parvenu, les Douze tu instruis :
Il doit se renoncer qui pour toi se décide,
Le dernier rang choisir et le camp des petits...

Pour rencontrer le Père il faut que je t'accueille
Comme un de ces enfants que tu tiens sur ton coeur,
Et qu'à mon tour je prends, ...pour autant que je veuille
De tous les méprisés t'imiter Serviteur...



T'approches-tu des tiens, tes propos les étonnent,
Leur dis-tu qu'en ta mort s'accomplit ta mission,
Que Jean parmi les Douze aussitôt te questionne
Sur ceux qui, en ton Nom, expulsent des démons...

Car chaque fois qu'ainsi ta passion tu annonces
Aux tiens déconcertés qui ne l'acceptent point,
Voici que, tour à tour, contre toi se prononcent
Les trois dont tu as fait tes plus proches témoins...

Pourquoi revendiquer quelque vain monopole ?
Qui n'est pas contre nous notre cause défend...
De toi qui donnes tout mettons-nous à l'école,
Sans interdire à Dieu d'agir comme il l'entend...

Aux frères étrangers qui de toi se réclament,
Mais n'ont rien de commun avec nous qui croyons,
Cessons à tout jamais d'adresser quelque blâme,
Ne récupérons pas les fruits de leur action...

D'un discours vigoureux, fait d'images brutales,
Tu évoques pour nous le sort des oppresseurs :
Malheureux, clames-tu, qui cause le scandale
Des faibles, des petits, frères pour qui tu meurs...

En nous-mêmes d'abord le scandale se cache
Qu'il nous faut, sur le champ, avec force extirper
Tout aussi violemment qu'un membre qu'on arrache :
Un choix de vie ou mort tu viens nous proposer...
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