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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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4ème Dimanche de l'Avent - Année C : Luc 1, 39-45


Dans cette vaste fresque du dessein de Dieu que nous célébrons depuis le 1er Dimanche de l'Avent et qui va nous conduire jusqu'à la fête de l'Epiphanie - qui est un rebondissement de Noël - nous en sommes aujourd'hui aux approches de la naissance de Jésus, qui sera célébrée dès ce soir, jour de Noël ; et nous avons cet Evangile de la Visitation, scène qui appartient à l'Evangile de l'Enfance de Jésus selon saint Luc.

Il y a dans le Nouveau Testament deux récits de l'enfance du Christ : l'un écrit par Luc, l'autre écrit par Matthieu - deux récits qui se basent sur un certain nombre de données communes, à savoir que : Jésus est né de la Vierge Marie, son père adoptif était Joseph, il est né à Bethléem, ses parents se sont installés à Nazareth, cela s'est passé au temps d'Hérode le Grand dans l'empire romain.

Mais cela dit, sur ce fond commun, les deux évangélistes ont construit deux magnifiques récits poétiques suggérant tout ce que représente Jésus, pour nous, les chrétiens - y compris l'annonce de ce que serait sa vie, sa mission, sa mort et sa résurrection, qui traversent ces éléments poétiques, rédigés par Luc et Matthieu. Donc, nous avons intérêt à ne pas mélanger ces deux récits qui portent des messages différents, des aspects différents, des reflets différents de la personnalité unique de Jésus.



Et nous sommes ici dans l'Evangile de Luc où tout nous est présenté à travers le regard de la Mère de Jésus, Marie - alors que dans l'Evangile de Matthieu, tout nous est présenté à travers le regard du père adoptif de Jésus, Joseph ; avec des développements qui sont tout à fait différents.

Luc nous a bâti une magnifique démonstration de ce qu'est Jésus, de ce que fera Jésus, de ce qu'a été Jésus - puisque, quand il écrit son Evangile, Jésus était mort et ressuscité - une magnifique évocation à travers - non seulement un calendrier du déroulement qui fait culminer cet Evangile dans la révélation par le vieillard Syméon, que Jésus est la lumière des nations et que tous les peuples verront sa gloire - mais également dans une série de tableaux où chaque fois, il nous est révélé davantage qui est Jésus.

Ces tableaux onta commencé avec l'Ange Gabriel qui apparaît au père de Jean Baptiste, au Temple de Jérusalem, pour lui annoncer que sa femme aurait un enfant qui serait celui qui tracerait le chemin de ce Jésus qui allait arriver, et qu'il serait l'astre du matin. 2ème tableau : le même Ange Gabriel est envoyé à Marie, à Nazareth, dans la scène de l'Annonciation pour lui dire : " Tu vas concevoir et enfanter un Fils… " Nous sommes ici au 3ème tableau : la Visitation. Il y aura un 4ème tableau : c'est celui de la Nuit de Noël, où des anges, dans le ciel, vont proclamer " Gloire à Dieu au plus haut des cieux… à Bethléem il vous est né un Sauveur de toutes les nations… " Le 5ème tableau : ce sera la présentation de Jésus au Temple où le vieillard Syméon déclarera : " Voici la lumière qui éclaire tout homme qui vient en ce monde. " Et le dernier tableau : ce sera Jésus à 12 ans - après 3 jours de perte qui annoncent déjà sa mort, et sa retrouvaille dans le Temple qui annonce sa résurrection - où Jésus prendra la parole et dira qui il est : il est chez son Père.

A travers ces tableaux, chaque fois, quelque chose nous est révélé ; par des acteurs différents : il y a l'Ange Gabriel 2 fois. Dans la scène d'aujourd'hui, c'est Elisabeth qui révèle à Marie davantage quelle est sa mission ; après, ce sont les anges dans le ciel dans la nuit de Bethléem ; ce sera le vieillard Syméon ; et finalement, Jésus lui-même qui dira : " Pourquoi me cherchez-vous ? Ne savez-vous pas que je dois être chez mon Père ? " Jésus est là non pas pour vivre avec Marie et Joseph, mais pour être pour Dieu, chez Dieu. Voilà toute cette magnifique révélation progressive.



Et nous en sommes au 3ème tableau. Et ce tableau, nous le regardons de plus près. Donc, dans la logique du tableau précédent, Marie avait appris par l'Ange cette révélation que sa cousine était également enceinte depuis 6 mois, elle qui avait atteint un âge très avancé, et que rien n'était impossible à Dieu. Et Marie est allée voir ce signe qui lui avait été donné par l'Ange, à ce signe qui confirmait sa propre mission de devenir Mère du Messie, qu'elle avait reçu dans cette scène de l'Annonciation.

Marie se rend donc ici, et elle va passer 3 mois, nous dit le texte, avec sa cousine Elisabeth. Et très souvent, bien sûr, nous avons cédé à la tentation de moralisme : elle est allée rendre service à sa cousine qui attendait un enfant. Or, quand on lit le texte de Luc, on s'aperçoit qu'elle quitte Elisabeth au 9ème mois de celle-ci, juste avant que Jean Baptiste naisse. Marie n'est pas allée pour rendre service à sa cousine ; Luc a un autre message à nous dire : elle est allée vérifier la parole de Dieu qui lui avait été annoncée.

Donc, elle arrive chez Zacharie, et qu'est-ce qui se passe : voici qu'un nouveau témoin se manifeste, qui est sa cousine elle-même, qui a une révélation - une révélation qui se manifeste par un tressaillement en elle, et une découverte subite, dans l'Esprit Saint, que sa cousine Marie qui arrive est porteuse d'un enfant qui est le Seigneur. Marie savait déjà que l'enfant qu'on lui avait annoncé serait le fils de David, il serait conçu de l'Esprit Saint, il serait appelé Fils de Dieu - mais Fils de Dieu, dans la Bible, voulait dire " élu de Dieu ", pas au sens fort que nous donnons aujourd'hui. Quand Elisabeth dit : " Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne à moi, c'est l'annonce que c'est Dieu qui se manifeste à travers cet enfant que porte Marie. Donc, Marie en apprend davantage dans cette révélation qui lui est faite. Premier point de cette révélation.

Et 2ème point de cette révélation : sa foi lui est découverte. " Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. " Voilà que sa cousine, qui ne savait absolument rien de cet événement de l'Annonciation que Marie avait vécu - non seulement lui annonce davantage que ce qu'elle avait déjà appris - et également lui annonce sa foi, l'ampleur de sa foi : " Heureuse toi qui a cru à l'accomplissement des paroles qui te furent dites de la part du Seigneur. "

Voilà donc cette 3ème étape de la révélation : l'enfant que porte Marie, c'est " le Seigneur ", avec tout ce que représentait ce mot dans la tradition d'Israël. Le Seigneur ", c'est Dieu qui se manifeste à travers cet enfant que porte Marie - sans donner de détails ni expliquer le comment - c'est là le mystère profond qu'Elisabeth révèle à Marie dans cette scène de la Visitation. Et en lui apprenant également que, quand le Seigneur vient ainsi, il n'y a qu'une réponse à donner, la seule efficace, c'est la foi : croire à la Parole de Dieu et accueillir Dieu dans sa vie.



Et nous sommes, nous, à notre tour, devant ce message. Alors, nous, quel message avons-nous reçu ? Eh bien celui-ci. Si ces textes nous sont rapportés par Luc dans cette magnifique évocation de tout ce que représente Jésus, son apparition dans le monde célébrée à partir des éléments de base de son enfance, nous recevons ce message : qui est Jésus ? Jésus est Dieu qui vient parmi nous, d'une manière humaine, dans un mystère qu'on ne peut pas déchiffrer - mais auquel nous ne pouvons répondre que par la foi. Donc, nous sommes interpellés dans notre regard sur le Christ. Regard sur le Christ qui n'a pas toujours été facile à préciser, parce qu'il y a toujours eu deux tentations dans l'Eglise. Il a fallu qu'au début du 5ème siècle, l'Eglise frappe sur la table, en quelque sorte, pour dire : ne confondons pas les choses, et nous avons eu ce Credo que nous allons réciter tout à l'heure : " Il est Dieu, né de Dieu " mais il s'est fait homme, c'est-à-dire qu'il est à la fois Dieu et homme, sans confondre son humanité et sa divinité ; Jésus est aussi homme que vous et moi - et il est aussi Dieu que Dieu est Dieu - mystère dont nous proclamons les deux aspects sans confusion et sans division. Jésus a vécu l'humanité qui est la nôtre, avec toutes ses limites et toutes ses faiblesses. Et à travers lui, Dieu s'est manifesté à notre niveau, parlant notre langue, faisant nos gestes, vivant notre mort. Voilà le message qui nous est fait de nouveau.

Ce Jésus de Nazareth que nous célébrons, dont nous évoquons l'apparition dans le monde en ce temps de Noël, apparition située dans l'histoire d'Israël, ce Jésus de Nazareth, c'est bien l'un d'entre nous - mais c'est en même temps Dieu avec nous. Noël : Dieu avec nous, c'est bien cela que nous révèlent ces pages. Et il n'y a pas d'autre réponse que la foi qui accueille ce mystère dans toute son ampleur, sans rien en sacrifier, et sans faire de Jésus humain une humanité qui ressemble plutôt à Zorro qu'à autre chose, qui en fait un demi Dieu alors qu'il est totalement homme comme nous - et d'autre part sans oublier qu'à travers lui, Dieu s'exprime totalement dans les limites et à notre niveau d'humanité.

Et puis - 2ème aspect pour nous aujourd'hui - nous devons aussi être révélateurs de cela. Si dans la Bible nous avons cette révélation qui nous est transmise par ceux qui ont vécu avec Jésus, qui l'ont vu mort et ressuscité, et qui ont écrit ses souvenirs ou les ont transmis pour être repris par leurs propres disciples, comme c'est le cas pour Luc qui n'était pas l'un des Douze - ces récits sont pour nous. Mais nous avons à les transmettre. Nous avons à les recevoir et à les transmettre. La tradition, c'est transmettre ce que l'on a reçu - et ça se fait depuis 2000 ans. Comment, aujourd'hui, annonçons-nous Jésus Christ dans l'ampleur de son mystère ? Comment allons-nous célébrer l'apparition de Jésus dans le monde ? Non pas comme un souvenir qu'on fête avec beaucoup de lumière et de joie - ce qui est une très bonne chose - mais comme un mémorial. Car si Jésus est venu dans le monde, c'est pour nous transformer, c'est pour que nous devenions fils de Dieu.

Alors, comment révélons-nous cette transformation qu'il nous offre, comment vivons-nous à la façon de Dieu comme Jésus a vécu à la façon de Dieu : dans le service, dans la pauvreté du cœur, dans l'accueil de tout homme et toute femme, dans la vérité jusqu'au bout, dans l'obéissance, le oui dit à tout le monde, jusqu'au bout, jusqu'à mourir sur une croix, plutôt que de céder et de démissionner devant ceux qui l'accusent et qui veulent sa mort.

Celui qui nous appelle nous donne son Esprit pour que nous soyons à son image. Comment allons-nous célébrer cette fête qui est une fête de toute l'humanité, puisque le monde entier célèbre Noël d'une façon ou d'une autre ? Comment allons-nous témoigner que Dieu est avec nous ? C'est bien ça que ce texte nous redit. Comment allons-nous le révéler - non seulement par la manière de célébrer une fête, mais par nos comportements de chaque jour ? Nous vivons une dimension d'au-delà, comme cet enfant que Marie portait, l'un d'entre nous mais le Seigneur, nous sommes - chaque homme et chaque femme - nous sommes membres de l'humanité, mais nous croyons que nous avons une dimension de fils de Dieu que seule notre foi peut accueillir et nous aider, dans l'Esprit Saint, à transmettre.

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