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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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clef de fidélité 2

C. La chasteté.

 

Le troisième conseil évangélique est la chasteté. «La vertu de la chasteté est placée sous la mouvance de la vertu cardinale de tempérance qui vise à imprégner de raison les passions et les appétits de la sensibilité humaine ». Voilà qui te situe fort bien la chasteté que tu as à vivre. Elle est une force morale mais aussi «un don de Dieu, une grâce, un fruit de l’œuvre spirituelle qui donne d’imiter la pureté du Christ à celui qu’a régénéré l’eau de baptême ». Avec le don de l’Esprit, Dieu t’a donné cette force ; ne dis donc pas que tu ne peux être chaste ou c’est difficile de l’être. C’est affaire de volonté car Dieu respecte ta liberté. Mais en quoi consiste pour toi la chasteté ?

La chasteté évoque avant tout, dans le domaine de la sexualité, l’idée de pureté. Est chaste celui qui s’efforce de maintenir son être dans un certain équilibre sexuel. Cet équilibre est défini par l’état de vie embrassé. La chasteté d’un père ou d’une mère de famille n’est pas la même chose que celle d’un prêtre ou d’un religieux.  «La chasteté signifie l’intégration réussie de la sexualité dans la personne et par là l’unité intérieure de l’homme dans son être corporel et spirituel … elle comporte l’intégrité de la personne et l’intégralité du don ». Elle consiste pour toi avant tout en une «parfaite maîtrise de ta sexualité », en un exercice positif de ta sexualité visant la conservation de la pureté corporelle et spirituelle de ton être ou de celui d’autrui.

La chasteté te porte donc à veiller sur ta sexualité. Ce qui exige de toi l’abstinence des plaisirs charnels, sexuels illicites pour ton état et le respect des règles de la pudeur. Tu as donc besoin d’avoir dans l’exercice de ta sexualité, une pureté d’intention et une pureté de regard. Car cela t’est fort utile pour la pratique effective de la chasteté bien comprise. Celle-ci n’est pas le mépris de l’affectivité ni l’insensibilité affective.

La chasteté n’est donc pas une force qui t’empêche de collaborer avec une personne de sexe opposé, mais qui te donne de dominer tes instincts érotiques qui se réveillent à sa rencontre ; c’est normal qu’ils s’éveillent, mais c’est responsable et libre que de ne pas leur laisser libre cours. Cette domination ou maîtrise de toi-même te permet de réaliser pleinement ton devoir sans partage, de t’y consacrer pleinement ; la chasteté devient alors don de ta personne, non pour satisfaire quelques plaisirs sensuels, mais pour un amour oblatif vécu pour Dieu en vue du salut de l’être aimé. Ainsi compris, elle t’aide à renoncer aux plaisirs sexuels ; voilà ce qui aide les célibataires consacrés à Dieu à pouvoir tenir.

Quand cette disposition, la chasteté, est bien entretenue, il n’y a point de risque de succomber à la tentation qui naît à la rencontre de personnes de sexes opposés, car les pulsions sexuelles qui s’éveillent- ce qui est normal pour marquer et signifier la différence – se trouvent vite et aisément maîtrisées. Ce qui permet de mieux remplir son devoir d’état. La chasteté est donc un fondement nécessaire pour le célibat surtout lorsqu’elle est consacrée à Dieu. Bien sûr le célibat est une solitude, non isolement, pour une plénitude qui est l’amour véritable du prochain. Le célibat qui est déjà un acte de renoncement est fortifié et soutenu par cette vertu humanisante et libératrice.

En effet, «la chasteté s’exprime notamment dans l’amitié pour le prochain » et elle s’épanouit. Elle assainit les relations existant entre deux personnes de différents sexes. Elle devient, vécue dans la perspective de la charité, domination, maîtrise de tes pulsions ou instincts sexuels bas et dégradants et orientation de ton affectivité vers des valeurs édifiantes. «La chasteté conduit celui qui la pratique à devenir auprès du prochain un témoin de la fidélité et de la tendresse de Dieu ». Elle prend tout son sens quand elle est vécue pour Dieu dans la perspective eschatologique.

La chasteté ne consiste donc pas en une méfiance de la personne de sexe différent, ni en une insensibilité ou indifférence de ses besoins essentiels. En te donnant de surmonter tes passions, elle te rend plus disponible et plus sincère à son service. «Elle devient communion spirituelle. Ce n’est pas pour rien que saint Paul dit qu’en Jésus «il n’y a ni femme ni homme » (   ). Il ne nie pas la différence biologique indéniable mais célèbre les nouvelles relations qui doivent exister entre eux, relations qui ne sont plus tournées, orientées vers une jouissance de plaisirs charnels, érotiques, sensibles, parce que reposant sur le Christ.

Est-ce donc clair pour toi que «la chasteté n’est ni le mépris de la sexualité, ni sa ‘libération’ sans frein » ? Elle est une maîtrise parfaite de la sexualité, reposant sur la conservation de la pureté corporelle et spirituelle. Cette maîtrise est entretenue par la pudeur. Elle purifie l’affectivité de tout désordre sexuel et de toute jouissance sensuelle dégradantes, détériorant l’intégrité de ta personne. Ce faisant, elle fait vivre le plus parfaitement possible l’amour qui est don de la personne. Bien vécue, la chasteté constitue une force, une bonne disposition au service de l’amour, non un amour possessif mais oblatif dont Jésus t’en donne l’exemple. Pour le salut de la samaritaine, Jésus n’a pas craint de créer le scandale aux yeux de ses disciples qui s’étonnent de le voir parlant avec une femme (cf. Jn 4). Cette vertu de chasteté conduit à la continence et à l’abstinence des plaisirs sensuels et sexuels : c’est déjà un signe du renoncement qui sera développé dans la troisième partie. A présent passons à la deuxième partie où nous examinerons les conditions favorables dans lesquelles s’épanouit et s’affermit le renoncement.

 

 


 

Une fois le processus du renoncement entrepris, la tentation de relâcher est grande. C’est pourquoi certaines conditions indispensables sont à remplir. Il te faut adopter et vivre ces appels de Jésus : «veillez et priez pour ne pas entrer en tentation » (Mt 26,41), et « seuls ceux qui persévéreront jusqu’à la fin seront sauvés » (Mt 24,12). Comme tu le découvres, Jésus invite ses disciples à la vigilance, à la prière et à la persévérance afin de ne pas succomber à la tentation et d’obtenir la vie. Ces dispositions sont indispensables pour une sincère, vraie vie de renoncement. C’est pourquoi cette partie te fera découvrir en quoi consistent la vigilance, la prière et la patience persévérante.

 

 

 La vigilance joue un rôle capital dans la pratique du renoncement. Elle le suppose et y conduit. Car «Veiller, au sens propre, c’est renoncer au sommeil de la nuit ; on peut le faire pour prolonger son labeur (Sg6, 15) ou pour éviter d’être surpris par l’ennemi (Ps127, 1sq). De là un sens métaphorique : veiller, c’est être vigilant, lutter contre la torpeur et la négligence afin de parvenir au but visé (Pr8, 34). Pour le croyant, le but suprême est d’être prêt à accueillir le Seigneur, lorsque viendra son jour ; c’est pour cela qu’il veille et qu’il est vigilant, afin de vivre dans la nuit sans être de la nuit ». Voilà qui te donne une idée de la vigilance.

La vigilance est une disposition dynamique vécue dans la perspective eschatologique dans laquelle s’insère le renoncement. En ce sens, elle se repose sur la foi, consolide l’espérance et stimule la charité et fait appel aux conseils évangéliques. Elle ne se réduit pas à un vague état d’âme ou à une vertu négative. Elle n’a rien d’une attente fiévreuse et désordonnée. C’est la fidélité à la mission reçue (parabole du majordome), la préparation au retour du Christ (parabole des dix vierges), l’obligation de remplir fidèlement ses responsabilités (paraboles des talents), le devoir de secourir les plus petits des frères du Christ (Mt 25,40). Et tout cela entretient le renoncement. Ta vigilance consiste donc à te tenir prêt pour le retour du Christ et à être en garde contre les tentations quotidiennes qui menacent ta vie chrétienne, donc ta pratique du renoncement.

 

La vigilance comme lutte permanente.

La vigilance consiste avant tout à «se tenir en garde contre les tentations quotidiennes ». Car le diable, ton premier ennemi déclaré, se rendant compte de l’enjeu que constituent tes efforts à son détriment, cherche constamment à te décourager par tous les moyens. C’est ce qu’a compris saint Pierre quand il t’invite à la vigilance ainsi : « sois sobre, veille ! Ton adversaire le diable, tel un lion rugissant est là qui rôde, cherchant qui dévorer » (1P 5,8). Avec ses suppôts, Satan t’épie continuellement, cherchant quelque faille pour te faire revenir, attacher plus que jamais à ce que tu laisses à cause du Christ. Alors ta vigilance te permettra de détecter ses pièges pour les éviter. Voilà en quoi consiste cette lutte que tu as à mener jusqu’au jour de ta mort. Et pour ne pas être vaincu, il faut que tu sois constamment sur tes gardes, que tu pries avec foi et que tu évites par tes détachements, ton renoncement ses pièges. Ce qui donne à la vigilance son sens d’attention de promptitude, de diligence.

En effet elle est lutte contre la torpeur, la négligence, la paresse, la nonchalance. Quand tu pratiques le renoncement, fais tes efforts avec la rapidité et l’efficacité convenable, avec le soin minutieux et l’assurance nécessaire, le diable n’aurait guère le loisir de te décourager car tu sais ce que tu fais et tu t’es doté des moyens nécessaires en conséquence. Aucune de ses suggestions, aucune de ses stratégies bien souvent masquées sous le couvert du bien, du bon ange, ne pourraient t’arracher ton trésor, te détourner du centre qui irradie tout ton être, Dieu. Il faut donc, si tu veux vraiment tenir jusqu’au bout que tu sois vraiment attentif en te débarrassant de tout ce qui peut te distraire, pour discerner vraiment ce qui est pour toi. Car vouloir pratiquer le renoncement en deçà ou au-delà de tes limites, te cause l’orgueil, des soucis et inquiétudes ; toute chose qui ne stimule ni ne consolide tes efforts. Alors sois sur tes gardes et même dans de telles circonstances, sache te confier au Seigneur, t’appuyer sur lui. Alors tu pourras être tout entier à ton travail, fidèle quand le Seigneur ton maître viendra à l’improviste.

 

La vigilance dans une perspective eschatologique

 Enfant de Dieu, tu as besoin d’être éveillé, vigilant de peur que le jour du Seigneur ne te surprenne. Et tu imagines déjà tout ce que cela comporte. «Tout comme le père de famille avisé ou le serviteur, (tu) tu ne dois pas (te) laisser gagner par le sommeil, (tu) dois veiller, c’est-à-dire rester sur tes gardes et te tenir prêt pour accueillir le Seigneur. La vigilance caractérise donc l’attitude du disciple qui espère (comme toi) et attend le retour de Jésus. Elle consiste avant tout à se maintenir en état d’alerte, et du fait même exige le détachement des plaisirs et biens terrestres (Lc21, 34sq).». Le renoncement est donc une exigence fondamentale de la vigilance, car s’installer dans les plaisirs et les biens terrestres – que tu es invité à laisser pour le Seigneur – alourdit l’âme et l’empêche de répondre convenablement à sa vocation.

Cette attitude vitale, marque du caractère eschatologique c’est-à-dire toute tournée vers l’avant, vers la venue du Christ et l’achèvement du salut éternel, te place dans un dynamisme laborieux qui élimine en toi toute paresse et le désir de jouir de l’existence, et dans cette attitude, il est aisé, facile et gai de faire tous les sacrifices, les détachements qui s’imposent, détachements de tout ce qui alourdit et devient obstacle pour ton élan. C’est pour cela que saint Paul en s’adressant aux Thessaloniciens, te suggère ceci. «Nous ne sommes pas de la nuit, ni des ténèbres ; ne dormons pas comme les autres ; veillons plutôt, soyons sobres » (1Th.5, 5sq). «Parce qu’il s’est uni à Dieu, le chrétien est ‘enfant de lumière’, il doit donc se tenir en éveil et résister aux ténèbres, symbole du mal, sinon il risque d’être surpris par la parousie. Cette attitude vigilante exige la sobriété c’est-à-dire le renoncement aux excès ‘nocturnes’ (des œuvres de ténèbres) et à tout ce qui peut distraire de l’attente du Seigneur ; elle réclame en même temps que l’on endosse l’armure spirituelle : ‘revêtons la foi et la charité pour cuirasse, et pour casque l’espérance du salut’ (1Th.5, 8) ».

Jésus en t’invitant à la vigilance, veut que tu sois dans une paix profonde, débarrassé des inquiétudes parasites ; que tu puisses être tout entier à ton office majeure, qui est d’accomplir la vérité de ton être et de ta vocation, sans être distrait par rien d’autre : pas plus par la « peur panique » de son irruption que par les convoitises où l’âme s’enlise.  Veiller, c’est maintenir le contact lucide avec la réalité qui te baigne : réalité qui est d’autant celle de la foi que celle de l’existence dans le monde. Veiller, c’est vivre à fond l’aujourd’hui du Christ en toi. C’est garder claires et précises les paroles divines au fond de ton cœur. C’est avoir répudié les mensonges et alibis de la mauvaise ou de la fausse conscience, et s’être exposé loyalement au jugement du Seigneur. C’est savoir qu’à chaque jour suffit sa peine, mais c’est avoir pris sur soi sans renâcle toute la peine de chaque jour. Dans cette condition, cette ambiance, le renoncement est aisé, mais pas sans la force et la grâce de Dieu. Et le chemin ordinaire pour obtenir la grâce, c’est la prière. Qu’est-ce donc prier ?

 

 

 

Par son enseignement et sa vie, Jésus t’invite constamment, à travers l’évangile, à prier. Tout Dieu qu’il est, il ne s’est pas dérobé à la nécessité de prier toute la nuit, seul avec son Père, sur la montagne. La prière est ainsi nécessaire à ta vie chrétienne, spirituelle, comme la respiration l’est pour ta vie corporelle. Un chrétien sans prière est mort spirituellement «dans le bon combat de la foi. ». Mais la prière n’est pas avant tout un rabâchage comme pour forcer la main à Dieu qui est bonté et amour : «quand vous priez, dit Jésus, ne rabâchez pas comme les païens ; ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer » (Mt 6,7). En effet la prière est avant tout une vie vécue en communion avec Dieu et tous les êtres invisibles qui l’entourent : les anges et les saints. C’est toute une histoire que Dieu construit avec l’âme qui s’y rend disponible. Aussi a-t-il donné la capacité, le don à tout homme. Mais ceux qui se détournent de lui perdent momentanément ou définitivement ce privilège. Cette histoire est constituée de rencontre renouvelée avec le monde surnaturel et une présence permanente au monde invisible pour réaliser une unité réelle.

 

La prière, une rencontre d’amour.

 

Dieu t’aime d’un amour infini. Or il t’a créé par amour et pour l’amour. Aussi te donne-t-il l’occasion de lui témoigner ton amour : la prière. Il prend l’initiative et t’attire à lui comme il a attiré Moïse par le buisson ardent afin d’entamer un dialogue avec toi. A son initiative correspond ton désir de t’approcher de lui. Prier devient alors pour toi, t’approcher de Dieu (ou des saints) et communiquer avec lui. Alors s’instaure un dialogue entre la créature et le Créateur dans une rencontre d’amitié. Quand tu pries, tu entres en dialogue avec Dieu où tu l’écoutes te parler, s’adresser à toi et que tu lui parles. Prier, c’est écouter Dieu et lui parler. Car Dieu, qui t’aime pleinement, te parle et t’écoute continuellement. Quand tu pries, tu entres dans ce climat d’amour réciproque, de communion. Car «l’amour a pour effets nécessaires de faire parler à ce qu’on aime en des entretiens sans fin ». Dans tes prières, dans cette rencontre d’amitié, Dieu te découvre sa volonté, son dessein d’amour pour toi et pour tes frères en discours ineffables qui réclament ton attention continue. C’est à cette occasion que Dieu t’indique clairement ce que tu dois faire pour être un serviteur fidèle : ce que tu dois laisser, comment le faire et dans quelle proportion. Outre ces indications, il te donne la force de l’entreprendre et met à ta disposition d’abondantes grâces. Voilà ce qu’il te dit et fait pour toi dans la prière. Mais qu’est- ce que toi tu lui dis ou dois lui dire ? Que fais-tu dans la prière.

«Prier, c’est parler à Dieu ; prier, c’est louer Dieu. Prier, c’est dire à Dieu qu’on l’aime ; prier, c’est contempler Dieu ; prier, c’est avoir l’esprit et le cœur attachés à Dieu ; prier, c’est demander pardon à Dieu ; prier, c’est appeler Dieu à ton secours ; prier, c’est demander à Dieu pour toi et pour tous les hommes la sainteté et le salut… or l’amour a pour effet nécessaire de faire parler de ce qu’on aime en des entretiens sans fin, de louer ce qu’on aime sans fin et sans mesure, de dire qu’on aime et de le répéter sous toutes les formes, de demander pardon mille et mille fois à ce qu’on aime de la moindre ombre d’offense, de demander à ce qu’on aime tout ce qu’on peut recevoir de lui et de vouloir, si c’était possible, tout lui devoir et ne rien devoir à personne d’autre, de faire tout son possible pour consoler ce qu’on aime en lui procurant tout le contentement possible par soi ou par tous ceux qui lui sont chers… ».

Voilà qui te révèle ce que tu peux faire en cette rencontre. Tu peux faire tout cela en une même rencontre ; mais il arrive souvent de ne faire qu’un seul selon les circonstances ou situations. C’est pour cela qu’on distingue ordinairement des formes ou types de prière : prière de louange (de bénédiction et d’adoration, de contemplation, de pénitence, de supplication, d’intercession, de demande, d’action de grâce) ; les formes de prière peuvent être mêlées ou seule selon l’allure du dialogue. Quand tu pries, tu parles à Dieu, tu le loues, le remercies, le supplies, lui demandes des grâces, tu fais des promesses… tout cela anime le dialogue établi entre Dieu et toi. Ce dialogue se repose sur ton désir et ta confiance, ta foi qui rend Dieu présent en ton cœur ; car Dieu est invisible. C’est un acte de foi que d’entrer en ce dialogue. Mais la foi est aussi fruit de la prière. Ainsi la foi comme l’espérance, la charité et l’humilité sont en même temps cause et effet de la prière, de cette rencontre. Car porté par la foi en cette rencontre, tu en sors fortifié dans la foi, étant donné que Dieu se découvre à toi. Alors progressivement, bien établi dans les vertus théologales, l’âme se familiarise avec Dieu, et ne peut plus se passer de lui. Alors la prière devient presque permanente même au cœur de l’action.

 

La prière, une présence permanente.

Plus qu’une simple rencontre, ta prière doit devenir une présence permanente à Dieu, une union ou communion à Dieu ; il s’agit d’une mémoire, d’un souvenir continuel et constant de Dieu. Ce qui suppose et appelle l’amour. Car deux êtres qui s’aiment d’un vrai amour vivent en communication ininterrompue bien que de corps, ils soient absents l’un de l’autre. C’est que l’image de la présence de l’autre se grave dans la mémoire et déclenche la communication. Pareillement, l’âme éprise de Dieu, vit de cette communication qui s’exprime dans la prière personnelle et continuelle, dans la prière de groupe et dans la prière liturgique. Ces divers lieux de prière, bien que, pouvant comporter des éléments de la rencontre, constituent des modes de prière vécue comme présence à Dieu. A ce niveau, ta prière est une élévation de l’âme vers le royaume de Dieu, laquelle élévation peut déclencher exclusivement ou progressivement la prière de louange, d’adoration, de demande, de promesse, d’action de grâce… et vécue comme présence à Dieu, souvenir de Dieu, ces formes de prières deviennent communion qui met l’âme dans un élan, un dynamisme d’amour. Alors la prière devient contemplation active.

Loin d’être passivité, dispense de l’action, du travail, la prière vécue comme présence à Dieu, devient source d’activités, d’actions. Elle déclenche et soutient les efforts de l’âme et l’action. En effet la réponse de l’âme à la parole, à l’invitation s’exprime par des actes concrets d’amour, réalisant parfaitement l’unité de l’être. Et bien que coupée d’un cadre, d’une ambiance de prière, elle ne se sent pas coupée de Dieu, et c’est comme Dieu lui-même qui agit en lui là où elle est. Si tu vis une telle relation à Dieu, il est difficile voire impossible à l’esprit mauvais de te détourner de la volonté de Dieu, des efforts que tu fais, du renoncement que tu pratiques. Car ta prière est devenue conscience de Dieu et à la lumière de cette conscience, il t’est aisé de détecter les pièges et stratagèmes du malin. Ainsi vécue, ta prière devient source de grâce, canal de grâce.

L’union, la communion que tu réalises par cette présence à Dieu, te soude à Dieu comme la branche au tronc. La sève circule alors aisément entretenant la vie de la branche. La grâce t’est si indispensable que sans elle ton effort serait vain et entravé. Voilà ce que Jésus te signifie clairement en ces termes. : « De même que le sarment, s’il ne demeure sur la vigne, ne peut de lui-même produire du fruit, ainsi vous non plus si vous ne demeurez en moi. Je suis la vigne, vous êtes les sarments : celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là portera du fruit en abondance car en dehors de moi vous ne pouvez rien faire » (  Jn 15,4-5). C’est en ce sens qu’on te dit que l’eucharistie est le sommet de la prière chrétienne. D’où la nécessité de la prière, de cette présence à Dieu. Car elle te permet de porter du fruit en abondance c’est-à-dire réaliser parfaitement et fidèlement la volonté divine. Tu perçois donc clairement que sans ce climat de relation à Dieu, tu ne peux réaliser le renoncement nécessaire pour une vie de fidélité. C’est pour cela que tu es invité dans l’Ecriture à une prière incessante et persévérante : «toujours prier et ne jamais cesser de prier » (Lc 18,1ss ; 21,36). Or cette persévérance dépend de la vertu de patience qui te sera développé à présent.

 

 

 

La patience est l’aptitude à supporter avec constance ou résignation les maux, les désagréments de l’existence ; elle est aussi une qualité de quelqu’un qui peut attendre longtemps sans irritation ni lassitude ; elle est encore la capacité à persévérer, l’esprit de suite, la constance dans l’effort. La patience te sera donc présentée sous ces trois.

 

La patience comme endurance

Le chemin sur lequel tu t’engages est fait d’épreuves et de souffrances. Le Christ ne t’a-t-il pas dit que si tu veux le suivre, tu dois prendre ta croix ? Prends donc de très bon cœur toutes les épreuves par lesquelles tu passes, sachant que le test auquel tu es soumis produit de l’endurance (cf. Jc 4,2-). L’endurance, c’est l’aptitude à résister à la fatigue, à la souffrance. Il s’agit de cette disposition qui permet de supporter avec constance ou résignation les épreuves, les maux, les désagréments de l’existence, et en ce contexte, ceux que génère le renoncement, avec la certitude qu’au bout de ces peines, il y a une récompense, une consolation supérieures. Tu as entendu l’histoire de l’endurance de Job et vu le but du Seigneur parce que le Seigneur a beaucoup de cœur et montre de la pitié (Jc 5,11). Ainsi la patience suppose, génère, et entretient les fondements du renoncement que tu as découvert dans la première partie. C’est dire qu’il serait difficile de tenir fidèle, bon sans cette endurance qui doit t’élever au-dessus de ces peines et souffrances.

L’absence de l’endurance dans ta vie, te rendra comme ces terres pierreuses ou couvertes d’épines qui après avoir reçu la semence de la parole n’ont pas assuré sa croissance. En effet «ceux qui sont sur la pierre, ce sont ceux qui accueillent la parole avec joie lorsqu’ils l’entendent ; mais ils n’ont pas de racines : pendant un moment ils croient, mais au moment de la tentation ils abandonnent. Ce qui est tombé dans les épines ce sont ceux qui entendent et qui en face des soucis, des richesses et des plaisirs de la vie, sont étouffés en cours de route et n’arrivent pas à maturité » (Mt 8,13-14). C’est faute d’endurance et de persévérance que ces semences n’ont pas pu arriver à maturité. De même tes efforts ne sauraient porter tout leur fruit sans l’endurance. Les tentations auxquelles tu t’exposes, te suggère Saint Paul sont à la mesure de l’homme, Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que tu sois tenté au-delà de tes forces. Avec la tentation, il te donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter. (1Co 10,13).

Effectivement au milieu des épreuves que tu endures pour le Christ, tu n’es pas abandonné du Seigneur. Il te donne la force nécessaire. Mais pour que cette force te soit fort utile, il faut que tu veuilles supporter ses désagréments. Cette volonté, ce désir, t’ouvre à l’action de l’Esprit-Saint qui vient à ton secours. Car la patience, comme le dit Saint Paul est un fruit du Saint Esprit. Cette ouverture à l’action de l’esprit te garde de te fourvoyer dans des consolations éphémères, et la fuite de l’effort. L’endurance est donc une disposition dynamique qui t’assimile au Christ. Celui-ci dans sa passion et sa souffrance n’a pas regimbé cherchant à esquiver toutes ces tribulations bien qu’il dispose des forces nécessaires pour se dérober à tout cela ; il n’a pas déployé sa puissance à cause de l’amour qu’il témoigne à tout le genre humain. Il a livré son dos à ceux qui le frappaient, ses joues à ceux qui lui arrachaient la barbe ; il n’a pas caché son visage face aux outrages et aux crachats, car il sait qu’il n’éprouverait pas la honte. (cf. Is 50,6-7).

Toi aussi, dans une grande confiance de l’amour de Dieu, imite ton maître, Jésus le Christ, qui t’apprend à supporter avec amour les épreuves que tu rencontres dans ta marche de fidélité. Car par la constance, l’endurance dans les tribulations, on s’affirme ministre de Dieu, serviteur du Christ : les signes distinctifs comportent "la patience à toute épreuve» (1Co 12,12). Ne crains donc pas ce qu’il te faudra souffrir. Voici que le diable va jeter les vôtres en prison pour vous tenter et vous aurez dix jours d’épreuves ; « sois fidèle jusqu’à la mort et je te donnerai la couronne » (cf. Ap 2,10). Alors dans tes efforts d’endurance, sois dans l’espérance de cette couronne de vie. Mais cette espérance suppose une attente soutenue. Ce qui appelle la deuxième dimension de la patience.

 

Patience comme attente infatigable

La patience est aussi cette disposition, cette qualité qui permet d’attendre longtemps sans irritation ni lassitude. C’est ce que saint Jacques t’illustre quand il écrit : «sois patient jusqu’à la venue du Seigneur. Vois le cultivateur : il attend le fruit précieux de la terre sans s’impatienter à son propos tant qu’il n‘a pas recueilli du précoce ou du tardif. Toi aussi, prends patience, aie le cœur ferme, car la venue du Seigneur est proche » (Jc 5, 7-8). En ce sens la patience te place dans la perspective de l’espérance ; il entretient la vertu de l’espérance et produit tout le sang-froid nécessaire à avoir dans ta lutte spirituelle. Il s’agit de ne pas être pressé ni de s’agiter quand tarde un peu le secours de Dieu où du moins quand tu ne ressens plus le secours divin. Attendre sans irritation, c’est ne point s’emporter, s’énerver au pont d’abandonner l’effort entrepris. Il s’agit de ne pas te décourager ni soupçonner une suite défavorable à ta situation – ce n’est pas être imprudent, imprévisible, non –, mais ne pas entretenir en toi des pensées désobligeantes. Le découragement et les pensées désobligeantes sont suicidaires et conduisent à l’abandon de tes efforts. Prends donc garde et en de telles occasions, exerce ta patience pour témoigner ta confiance en la providence divine qui ne saurait te laisser croupir sous le poids, le fardeau de tes efforts de fidélité.

Par ailleurs pour ne pas passer outre les recommandations du Christ, il convient que tu sois patient, c’est-à-dire ne pas être trop pressé ou de faire un renoncement qui ne t’es pas destiné ou d’en éviter un qui t’est nécessaire. Pour t’en convaincre, regarde ce jeune voyageur qui, craignant de manquer le train, faisait ses bagages dans la précipitation. A cause de cette précipitation, il oublie un document très indispensable pour lui à destination. C’est te dire qu’en matière de renoncement les agitations et les précipitations sont mauvaises conseillères. Plus tu t’agites, plus tu l’entreprendras mal, et plus tu en ressentiras le poids. Il s’agit de prendre le temps nécessaire pour discerner à la lumière de l’évangile, pour en demander la grâce et l’attendre. Il s’agit d’attendre le moment favorable et de ne pas te laisser guider par quelque intérêt immédiat ou personnel. Ne sois donc pas impatient et ne te mets pas à courir plus qu’il n’en faut. Efforce-toi de marcher au rythme de Dieu, de te laisser guider par l’esprit de Dieu qui est en toi. Ainsi, en suivant patiemment, c’est-à-dire sans irritation ni lassitude, la motion de Dieu, tu es sûr d’atteindre le but, de persévérer, d’être constant dans tes efforts. N’est-ce pas là évoquée la troisième dimension de la patience, la persévérance ?

 

Patience comme persévérance.

La patience, c’est aussi l’aptitude, la capacité de persévérer, l’esprit de suite, la constance dans l’effort ; il n’y a rien de plus lâche que de ne pas être en mesure de poursuivre un effort entrepris librement. Et en parlant du renoncement, Jésus le signifie clairement qu’il ne suffit pas d’entreprendre sans avoir jaugé ses capacités ; «en effet, qui d’entre vous, dit-il, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? Autrement, s’il pose les fondations et ne parvient pas à terminer, tous ceux qui le verront se mettront à rire de lui en disant "voilà un homme qui a commencé à bâtir et qui n’a pas pu terminer» (Lc 14,27ss). En ce propos de Jésus, il ressort clairement qu’en matière de renoncement, il n’y a pas de précipitation, de peur de ne pas être en mesure de tenir jusqu’au bout. Or avec la marche à la suite du Christ, «le jusqu’au bout » est important, la persévérance est indispensable pour bénéficier pleinement de tes efforts, obtenir la «couronne de la vie ». Car, c’est à ceux qui persévéreront jusqu’au bout que le Christ accorde la vie (cf. Lc 21,19).

 

 


 

 

 

Enfant de Dieu écoute Jésus te dit : «quiconque parmi vous ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut être mon disciple » (Lc). C’est dire que sans le renoncement, tu ne peux être fidèle à sa suite. Il s’agit du renoncement, du détachement dont la pratique garantit ta réponse favorable à l’appel divin, ta fidélité à la suite du Christ, à tes engagements. Il est à la fois acte d’amour, d’espérance, de charité, marque d’humilité et d’obéissance, signe de la pauvreté et de chasteté. C’est pour cela que ces dispositions constituent des fondements nécessaires pour l’accomplissement parfait de cette exigence. En effet le renoncement consiste à préférer Dieu à tout, les réalités d’en haut à celles terrestres. Le renoncement est alors le détachement de tout ce qui ne contribue pas à la réalisation de la volonté divine en toi et autour de toi ; ce qui compromettrait ta fidélité à la réalisation de la volonté divine en toi et autour de toi ; ce qui compromettrait ta fidélité à la suite du Christ. Il est l’abnégation, l’entier abandon et le continuel sacrifice de toi-même pour l’amour de Dieu. Il consiste à te débarrasser de tout ce qui est incompatible à ta vocation, à tout quitter, à tout abandonner pour suivre la vérité, marcher dans la justice divine, être à même de réaliser pleinement ta mission ton devoir d’état.

Le renoncement, selon le précepte du Seigneur, se fait en trois domaines : le pouvoir, les plaisirs et les richesses. C’est pourquoi, la pratique du renoncement te sera expliquée suivant ces différents niveaux de renoncements.

 

 

 

 

Tout homme porte naturellement en lui une tendance à occuper une place, une position pour faire sentir son pouvoir quelle que soit sa situation sociale. Entends « pouvoir » ici par «autorité, puissance, de droit ou de fait, retenue sur quelqu’un, sur quelque chose ». Il est aussi «capacité, possibilité de faire quelque chose, d’accomplir une action, de produire un effet ». Entendu comme tel, le renoncement au pouvoir est alors le détachement, l’abandon de toute situation ou activités professionnelles ou positionnelles incompatibles à tes engagements. Il est aussi le débarras et le dépouillement des habitudes ou comportements contraires aux exigences de ta vocation, la mort à toutes tes mauvaises tendances.

 

Le renoncement positionnel .

 

Pour mieux cerner et comprendre ce qui te sera découvert ici, enfant de Dieu, commence par contempler Marie, les premiers disciples du Christ, l’apôtre Matthieu, Zachée. Par son fiat, Marie a posé un acte de renoncement fondamental et cela lui a permis de demeurer fidèle à son engagement. Elle a renoncé à son projet initial, se marier avec Joseph et vivre toute consacrée à Dieu dans la virginité. Et son abandon à la volonté de Dieu est si total que Dieu ne s’empêche pas de la consacrer dans son projet en la purifiant : bien qu’étant épouse de joseph, elle a pu conserver sa virginité. Il en sera de même pour toi, si vraiment tu t’es décidé à quitter tout état de vie social qui serait obstacle à ta fidélité. Non seulement le Seigneur fera réaliser l’essence de ton projet, mais aussi te fera bénéficier des privilèges de l’état auquel tu renonces pour lui.

Cela est encore plus clair avec les premiers disciples du Christ et saint Matthieu (Lc 5,1-11.27-28 ; Mt 4,18-22 ; 9,9ss). Les premiers apôtres du Christ à l’appel du Maître, «venez à ma suite », les uns laissant aussitôt leurs filets, les autres laissant aussitôt leur barque avec leur père, le suivirent. Ce geste symbolise leur renoncement à leur activité de pêcheur. Ce renoncement leur permet d’être pleinement à la suite de Jésus. Mais Jésus les rejoint dans leur aptitude à pêcher et leur signifie que désormais, ils sont des « pêcheurs d’hommes » : «venez à ma suite et je vous ferai des pêcheurs d’hommes ». Leur renoncement est comme une orientation de force, de capacité vers un but plus noble.

Par ces exemples, Jésus te signale clairement que ton renoncement ne serait pas la mort, l'évanouissement de tes capacités, de tes potentialités, mais leur orientation, leur exaltation, leur sublimation que confère le nouveau statut dans lequel tu entres en refusant leur usage primaire ; en les mettant donc au service de la vérité, des nobles valeurs, tu accrois leur force, leur possibilité de meilleur rendement, par l’œuvre de Dieu et tu en bénéficies plus. En renonçant à ta position sociale première dans laquelle tu t’es introduit peut-être par conformisme ou par recherche d’intérêt personnel, pour t’engager dans la vie chrétienne, tu te disposes à laisser le Seigneur réaliser en toi et par toi sa divine volonté qui ne cherche que ton bonheur. C’est ainsi que voulant délivrer Matthieu de sa servitude et de sa profession qui le constitue pécheur, il l’invite à le suivre. Alors il se leva et le suivit ». Par ce geste, il a signé sa détermination à être au service de Jésus. Et ce geste matérialise son renoncement à ce service compromettant de collecteur d’impôts. Cet abandon est fort utile pour sa nouvelle vocation car on ne peut être en situation de pécheur, d’injuste et prétendre être serviteur de justice. Il y a incompatibilité.

De ces exemples, ne découvres-tu pas que le renoncement positionnel c’est-à-dire le détachement, l’abandon d’un état de vie, d’une situation socio-professionnelle est nécessaire pour vivre le plus saintement possible tes engagements ? Mais remarque bien qu’il ne s’agit pas d’abandon pour abandon. Il s’agit de te libérer, de te débarrasser de toute positon qui t’empêcherait de vivre pleinement tes engagements, de t’y conformer fidèlement ; de laisser toute activité qui te rend esclave des réalités terrestres, qui t’enferme dans les ténèbres de ce monde et t’amène à poser des actes contraires à ta vocation. Il convient donc d’examiner toutes tes activités à la lumière de l’évangile pour voir si tu ne t’égares pas et que tu ne t’es pas trompé de chemin. Alors le renoncement positionnel te permet de revenir de tes égarements et de te tenir là où le Seigneur te veut. Il ne s’agit pas de vouloir combiner les deux. Ce ne serait qu’illusion. Et pour ne pas être victime d’une telle illusion, il convient que tu demandes l’aide de Dieu et que tu sois ouvert à ses suggestions. Sois convaincu que le Seigneur t’aime d’un grand amour et ne voudra pas que tu abandonnes, délaisses une position qui te ferait du bien et profiterait à une multitude. Et découvrir et abandonner l’état que Dieu te veut abandonner te disposes à vivre fidèlement tes engagements sans risques de chute, dans l’épanouissement et la joie. Le renoncement positionnel bien réalisé est source de paix et de joie. Il participe à l’unification de ton être. Il te libère de tout partage de toi même entre deux états et des conséquences qui en découlent. Ainsi tu te disposes à acquérir des habitudes conformes à la volonté de Dieu en te débarrassant de ceux qui sont incompatibles à ton état.

 

Renoncement aux habitudes.

 

Au fil de ta croissance, tu as acquis des habitudes apparemment bonnes ou mauvaises, qui sont des obstacles à ta vie de fidélité, lesquelles habitudes constituent des produits, des fruits d’une mentalité païenne. Elles rendent difficile voire impossible l’exercice fidèle de ta mission, de ta vocation ? Alors si tu veux vraiment vivre fidèle, il faut que tu y renonces effectivement. Il s’agit de mourir au vieil homme pour revêtir l’humanité, la dignité nouvelle que le Christ te confère. Écoute donc ce que saint Paul te dit à ce propos : «fais mourir ce qui en toi appartient à la terre ; débauche, impureté, passion, désir mauvais et cette cupidité qui est une idolâtrie. Voilà ce qui attire la colère de Dieu, voilà quelle était ta conduite autrefois, ce qui faisait ta vie. Maintenant donc, toi aussi, débarrasse-toi de tout cela : colère, irritation, méchanceté, injures, grossièreté sorties de vos lèvres. Plus de mensonge chez toi, car tu t’es dépouillé du vieil homme, avec ses pratiques, et tu as revêtu l’homme nouveau, celui qui pour accéder à la connaissance, ne cesse d’être renouvelé à l’image de son Créateur » (cf. Col 3,5-10). Ces habitudes n’entretiennent guère la fidélité à tes engagements. Elles sont des poisons capables de détruire ce que tu t’évertues à construire. C’est pour cela que tu dois faire disparaître tout cela au profit des habitudes convenables à ta vocation. il s’agit de rejeter les œuvres stériles des ténèbres, de la chair qui sont «libertinage, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, rivalité, dissensions, factions, envie, beuveries, ripailles et autres choses semblables » au profit « des œuvres de la lumière, les fruits de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi, justice, vérité » (  cf. Ga 5,19-22 ; Ep 5,9). Mais comment y parvenir ? Écoute l’évangéliste saint Matthieu te le suggérer.

«Si ta main entraîne ta chute coupe-la,… ton pied entraîne ta chute, coupe-le… si ton œil entraîne ta chute, arrache-le » (Mc 9,43-47 ; cf. Mt 5,29-30 ; 18,8-9). Il t’introduit ainsi dans la pédagogie de Jésus, qui pour inviter à quitter les œuvres de ténèbres, indique non les résultats, mais leur source, les moyens qui y conduisent. L’évangéliste ne t’invite pas à une ablation effective de tes membres ; mais sous ces images, il te suggère que pour éviter de tels résultats, il faut veiller sur l’usage de tes membres. Il vaut mieux éviter les occasions de tentations que lutter contre les tentations, car le mauvais usage de ces sens te met dans des situations critiques et favorise la chute. Si Saint Marc en ce passage insiste sur les moyens, c’est que auparavant il a déjà mis en exergue les sources de ces mauvaises habitudes. Il écrit en effet rapportant toujours les paroles de Jésus «ce qui sort de l’homme, c’est cela qui le rend impur. En effet, c’est de l’intérieur, c’est du cœur des d’hommes que sortent les intentions mauvaises, inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, perversités, ruses, débauche, envie, injures, vanité, déraison ». (Mc 8,20-22). Toute chose défavorable à une vraie vie de fidélité. Alors pour parvenir à la mort de toutes ces habitudes, il faut purifier son cœur et l’usage de tes sens à la lumière de l’évangile, de la vérité. Il s’agit de marcher sous l’impulsion de l’Esprit : laisse-toi conduire par l’Esprit et tu n’agiras pas à la poussée de tes instincts. Car ces habitudes sont acquises par répétition d’actes instinctifs. Il convient donc que tu examines bien tes pensées, les purifiant de toutes scories, de toutes idées étrangères à ton état de vie avant de les mettre en œuvre, de les réaliser ? À cet effet la lumière de la foi te serait d’un grand secours ; exerce donc ta foi, pour discerner tes illusions. Il faut étudier les motifs de tes comportements et évite de les établir sur la recherche de gain, d’intérêt personnel, car ceci désoriente et pervertit tes bonnes intentions. Ce qui amène à renoncer aussi aux plaisirs que l’on peut éprouver à entretenir de telles pensées.

 

 

 

Pour mieux saisir ce qui te sera dit ici, il faut que tu saches ce qu’on entend par plaisir. Le plaisir, c’est d’abord ce qui plaît, divertit. C’est aussi la satisfaction sexuelle, la jouissance. Alors le renoncement au plaisir se pratique sur le double plan du divertissement et de la jouissance.

 

Renoncement au charme, au divertissement.

Tout ce qui te plaît ne participe pas à ton bonheur, donc à ta fidélité. Il faudra donc savoir discerner tes plaisirs. Et c’est fort de ce discernement fait à la lumière de la foi, que tu pourras rejeter ce qui est incompatible avec ta vocation. Que de gens guidés par leurs plaisirs ont manqué à leur fidélité. C’est pour cela qu’il faut savoir t’abandonner, te détacher de ce qui te plaît, te charme. Car il peut générer en toi «la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et la confiance orgueilleuse dans les biens ». Cette triple concupiscence, qui est à la source de plusieurs déviations te porte vers les jouissances terrestres, toute chose défavorable à une authentique vie de fidélité. A la recherche de la satisfaction de ton plaisir, de l’acquisition de ce qui te plaît, les normes de tes engagements se trouvent remises en cause. Car en les poursuivant, tu perds de vue l’objectif commun et privilégies tes intérêts personnels, tes goûts propres souvent contraires à ce que t’exige ta vocation. Le mieux est que ce qui te plaît, tes goûts soient ordonnés et gouvernés par les clauses de tes engagements. Tout ce qui t’y éloigne est à abandonner, délaisser. Efforce-toi donc de résister aux séductions de ce qui te plaît, que ce soit des réalités concrètes ou non.

En effet, si tu prétends demeurer fidèle à ta vocation, il convient que tu détermines en toi, ce qui te plaît et qui t’est nuisible. Le nombre de ces choses varie d’un individu à un autre. Toutefois il est des choses dont l’excès constitue un danger pour toi. La musique, le spectacle sont des réalités fort utiles pour la santé ; mais pratiquer avec un certain rythme constitue un poison pour tes efforts. Il est bon d’aimer la musique, mais la préférence de certains rythmes, de certaines vedettes, peut être compromettant. Il en va de même pour le spectacle où il ne faut pas prêter tes yeux à n’importe quoi pour la simple raison que cela te plaît. Non ! Dans le domaine de la nourriture, il convient que tu sois aussi attentif pour ne pas imposer ton goût à tes compagnons. Il faut parfois renoncer à ce que tu aimes, pour prendre la même chose que tout le monde. Ceci est remarquable dans une communauté où tu es tenu de vivre ensemble avec d’autres personnes. Tout cela et d’autres renoncements semblables te disposent à pénétrer aisément l’esprit de tes engagements. Ce qui favorise ta fidélité. Si tu laissais libre cours à tes convoitises en ce domaine, elles te divertiraient de l’essentiel et t’installeraient dans l’accessoire incompatible à ta vocation. Or il faut que tu sois vraiment concentré, attentif pour soutenir le combat de ta fidélité. Et le démon en ceci est très inventif pour te présenter des choses séduisantes et captivantes auxquelles tu ne peux guère te détourner sans une aide surnaturelle. C’est pourquoi, il convient que tu sois tout ouvert à la grâce, à l’action de l’Esprit pour vraiment opérer les renoncements qui s’imposent. Ce n’est pas tout ce qui te plaît que tu dois chercher à acquérir ni vouloir en profiter. Fais donc le discernement nécessaire et ne t’en tiens qu’à ce qui favorise et ne compromet pas tes efforts.

Par ailleurs Jésus te dit comme il disait à celui qui lui demandait la permission d’aller enterrer son père avant de le suivre : «laisse les morts enterrer leurs morts, mais toi, va annoncer le règne de Dieu ». De même à celui qui lui demandait la permission de faire d’abord des adieux à ceux de sa maison, Jésus dit : «quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu » (cf. Lc 9,59-61). Ce disant, Jésus t’indique clairement que ce qui te plaît, c’est aussi et avant tout ce que tu estimes légitime, normal, nécessaire et que tu es tenu d’opérer le renoncement jusqu’à ce point. Quoi de plus normal que d’enterrer dignement son père ? Et quel plaisir n’a-t-on pas à faire ses adieux à sa maisonnée avant de la quitter ; et voilà que Jésus dit clairement que tu dois sacrifier cela au profit de l’essentiel : être fidèle aux affaires de Dieu. Ce que Jésus te dit sous ces images est plus profond et vouloir t’en tenir uniquement à ces images te bloquerait. Il voulait tout simplement t’apprendre que tu ne peux vivre dans le conformisme et prétendre être fidèle à ta vocation. Car il n’y a rien de plus plaisant que de vouloir faire comme tout le monde, de vouloir être à la mode. Mais toi qui es appelé à quelque chose de précis et qui veux en être fidèle, tu ne peux vivre dans une telle philosophie et être à même de te conformer aux exigences de ta vocation. C’est pour cela que la recommandation du Christ est aussi stricte et paraît très exigeante. Mais il faut vraiment faire disparaître en toi, une telle mentalité qui est effectivement un obstacle au progrès dans la fidélité.

De même Jésus dit que «si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, à sa mère, (…), ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple ». Remarque bien que Jésus ne dit pas de ne pas les aimer, quoi de plus normal ! S’il le disait, il serait en contradiction avec lui-même. Car il demandait constamment à ses disciples de s’aimer mutuellement : «aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés »ou «à ceci tous vous reconnaîtront mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13,35). C’est dire que l’enfant de Dieu, le disciple du Christ, est un homme plein du vrai amour, non d’un amour désordonné. Quoi de plus beau, de plus agréable que de vivre cordialement en fraternité. Mais ce que Jésus te suggère est bien clair. Saint Matthieu l’exprime mieux : «qui aime, dit Jésus, son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (   Mt 10,37) ; En effet, vouloir aimer les siens plus que Jésus t’empêcherait de répondre convenablement aux exigences de ton état de vie. Il s’agit donc de ne pas te préoccuper de ta famille plus qu’il n’en faut au point d’y sacrifier ton devoir d’état. C’est donc renoncer au plaisir qu’on trouve à servir sa famille avant tout, à se préoccuper des siens au détriment de tes engagements. Cette exigence de renoncer au plaisir va jusqu’à refuser la jouissance sexuelle.

 

Renoncement à la satisfaction sexuelle.

Ce renoncement au plaisir sexuel est capital et dépend avant tout de ta chasteté. C’est dire que sans cette disposition primordiale qu’est la chasteté, il te serait difficile de l’opérer. Il s’agit donc essentiellement de renoncer à une vie sexuelle désordonnée et débridée, tournée vers une autosatisfaction nuisible. A cet effet, tu dois éviter la fornication, la masturbation, l’adultère… qui sont de grands ennemis pour une vraie vie de fidélité. Pour arriver à ce stade, il faut prendre les mesures appropriées : éviter tout contact, tout spectacle disposés à cette fin, l’excitation de tes instincts sexuels. Tu es même tenu de maîtriser ces instincts quand ils sont déjà déclenchés au lieu de leur laisser libre cours en te donnant des excuses. Car il vaut mieux prévenir que guérir. Aussi les contacts suspects et les relations obscures, suspicieuses sont-ils à éviter. Car en cette matière, nul n’est jamais assez fort pour tenir longtemps devant la tentation. On ne peut apporter l’essence auprès du foyer bien enflammé et s’étonner qu’il y ait incendie. Cela ne veut pas dire que dans les milieux hétérogènes et mixtes, tu ne peux vivre un vrai amour fraternel, que suppose la loi d’amour, sans ce risque de satisfaction sexuelle. Non ! Mais cela n’est possible que lorsque tu entretiens et développes en toi cette disposition de chasteté qui t’est prodiguée. Elle est une force, une arme efficace pour dominer et maîtriser quelque désir de jouissance, de satisfaction sexuelle. Car il est souvent inévitable que ce désir ne naisse ; à moins que tu sois déjà à un degré important dans la chasteté. Et c’est aussi grâce à cette force que tu peux renoncer au mariage pour mieux te consacrer à tes engagements.

En effet, le célibat est très caractéristique de cette forme de renoncement. Il ne s’agit pas du célibat imposé par une situation socio-économique. Le célibat que nécessitent certains engagements n’est pas la résultante d’une peur, d’une fuite du mariage à cause d’une certaine déficience, incapacité à assumer les responsabilités matrimoniales ; mais il est nécessité consentie, choisie et acceptée afin de mieux répondre à une vocation. Elle est un lieu d’épanouissement, de libération de tes énergies au service de ton engagement. Le célibat n’est donc pas une négation ni une fuite des liens conjugaux, des relations sexuelles, mais un renoncement consenti, libre de ces dernières. Il est donc hors de question de vouloir en jouir bien qu’étant célibataire. Ce serait une flagrante contradiction avec toi-même et une compromission dangereuse de tes engagements. Renoncer donc aux plaisirs sexuels, aux liens conjugaux, au mariage, pour de nobles causes est un acte libérateur de toute division, partage d’énergie et une unification de tout ton être au profit de ces causes et générateur de force pour tenir fidèle jusqu’au bout.

C’est dans cette perspective que s’inscrit la parole de Jésus : «il y en a qui ne se marient pas à cause du royaume des cieux » (Mt 19,12); et c’est en quoi consiste le célibat consacré ou la chasteté consacrée. Saint Paul te commente fort bien cela dans sa première lettre au corinthiens : «je dis donc aux célibataires et aux veuves qu’il est bon de rester ainsi comme moi. Celui qui n’est pas marié a souci des affaires du Seigneur : il cherche comment plaire au Seigneur. Mais celui qui est marié a souci des affaires du monde : il cherche comment plaire à sa femme, et il est partagé. De même la femme sans mari et la jeune fille ont souci des affaires du Seigneur, afin d’être saintes de corps et d’esprit. Mais la femme mariée a souci des affaires du monde : elle cherche comment plaire à son mari » (1Co 7. Voilà qui te donne l’un des fondements du célibat ou de la chasteté d’un clerc ou d’un religieux pour qu’ils soient plus libres et plus disposés dans l’accomplissement de leur devoir d’état. Et ce renoncement est fort bénéfique pour eux dans la mesure où il joue un rôle important dans leur fidélité. Saint Paul le signifie clairement. C’est dans la mesure où ils seront libres de ces liens qu’ils se consacrent convenablement aux affaires de Dieu. Or leur fidélité dépend d’une telle consécration. Ils renoncent donc au mariage pour vivre mieux leur vie d’amour, de charité au servie de Dieu.

Ce n’est donc pas un isolement que de ne pas se marier à cause du royaume de Dieu. Ils se rendent certes solitaires, mais pour vivre pleinement, convenablement l’amour, pour ne pas réduire leur capacité d’amour à un cadre restreint. Cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas vivre cette plénitude d’amour quand on s’est déjà marié. Il serait en ce moment question d’une orientation. Et saint Paul t’éclaire sur ce point quand il suggère aux célibataires de se marier s’ils ne peuvent vivre dans la continence «car il vaut mieux se marier que de brûler ». C’est pour cela qu’il ajoute par la suite : «que chacun vive selon la condition que le Seigneur lui a donnée en partage, et dans laquelle il se trouvait quand Dieu l’a appelé » ( 1Co 7,17). C’est dire que dans le célibat, le chrétien peut répondre à la vocation d’amour.

Le célibat consacré favorise mieux et universalise ton élan d’amour et te permet de le vivre plus saintement et fidèlement. Le célibat consacré choisi librement et vécu convenablement est un renoncement favorable à la fidélité, au service de Dieu, des affaires de Dieu. Il te met déjà dans la condition eschatologique, l’état dans lequel tu seras dans le royaume de Dieu. Car, comme le dit Jésus aux sadducéens qui l’interrogent sur le sort réservé à la femme aux sept maris, lors de la résurrection. On ne se marie pas dans le royaume de Dieu, on est comme des anges. Et choisir le célibat pour être au service de la vérité, c’est imiter le Christ qui a été chaste, célibataire durant sa vie terrestre. Ce qui a constitué un grand atout pour sa mission. Une autre condition favorable à la réalisation fidèle de sa mission est le renoncement aux richesses.

 

 

 

La richesse attire et séduit l’homme au point que personne n’échappe à sa séduction. Naturellement on cherche à avoir plus. Or ce penchant naturel constitue un obstacle effectif à correspondre fidèlement à tes engagements ; en cherchant à satisfaire ton désir de possession, à croître tes ressources, il t’est facile de passer outre les normes de tes engagements. Alors si tu veux réaliser fidèlement ta vocation, il convient de renoncer à la richesse. Ce qui ne veut pas dire, ne pas chercher à assurer le minimum nécessaire dans la disposition de pauvreté spirituelle, ni vivre dans la philosophie du petit enfant à qui on doit tout faire, tout donner. Or la richesse est l’abondance de bien, la fortune qui dépasse largement le minimum nécessaire. En ce sens et vécue comme telle, la richesse asservit l’homme et l’empêche d’être juste et vrai en ses affaires. C’est pour cela que Jésus ne cesse d’inviter ses disciples et ceux qui veulent le suivre, à ne pas s’encombrer des futilités de la vie : «qui veut sauver sa vie la perdra ; mais qui perd sa vie à cause de moi la sauvera. Et quel avantage l’homme a-t-il à gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? (Lc 9,24-25). La course à la richesse s’inscrit dans cette perspective et est incompatible avec la volonté de fidélité. C’est pour cela qu’il faut y renoncer nécessairement. Mais en quoi consiste ce renoncement et comment le vivre ? Voilà ce que tu auras à découvrir dans les lignes suivantes autour de deux points : le renoncement à l’abondance de biens spirituels et intellectuels et le renoncement à l’abondance de biens matériels.

 

Renoncement à l’abondance de biens spirituels et intellectuels.

 

Il importe avant tout que tu gardes à l’esprit qu’il ne s’agit pas d’une négation, d’une absence de biens ; mais ce qu’on te demande, c’est l’excès, l’exagération dans la poursuite et la recherche de ces biens. Bénéficier ou courir après les consolations, peut être source d’orgueil. Car on se met dans une situation où l’humilité est difficile voire impossible à pratiquer. Au lieu de mettre toute sa confiance en Dieu on se fie à ses ressources et biens spirituels. Et une trop grand confiance placée en ces derniers distrait des réalités de son état c’est-à-dire empêche de voir tout ce qu’on doit faire, toutes les initiatives qu’on doit prendre pour demeurer dans les normes de l’engagement. Aussi celui qui cherche à vivre dans la fidélité comme toi, doit savoir qu’on n’a pas besoin d’une abondance de biens spirituels pour faire son devoir. Ceci se manifeste par la simplicité de ta spiritualité ; ta vie spirituelle, en englobant toutes les dimensions de ta vie doit être ordonnée à la charité, donc s’ouvrir à l’échange, au don de toi-même. Ce qui suppose la possession de biens spirituels ordonnés à cette fin. Alors tout bien spirituel égoïste, ordonné à la satisfaction exclusive de toi-même, doit être abandonné, si tu prétends être fidèle à ta vocation. Car leur poursuite te ferme aux besoins d’autrui et donc à certaines normes de tes engagements envers ton prochain. C’est dire que les dons spirituels que tu possèdes, pour être favorables à ta vie de fidélité doivent tendre à l’ouverture, au partage. Il en va de même pour les biens intellectuels.

Effectivement, en matière de renoncement aux biens intellectuels, l’égocentrisme est à éviter c’est-à-dire le refus de partager, même gratuitement, son savoir pour le bien, l’édification d’autrui. Il s’agit de ne pas se faire prier avant de mettre au service de tes frères, ton savoir et ton savoir-faire, de ne pas poursuivre ou rechercher un intérêt personnel, un profit dans ce partage, ce service. La disponibilité inconditionnelle à aider autrui dans la compréhension d’un problème, dans l’exercice d’une responsabilité… est une marque caractéristique de cette forme de renoncement. De plus, renoncer aux biens intellectuels, c’est éviter la gourmandise intellectuelle. Celle-ci est cette volonté, ce désir de connaître tout, d’apprendre tout sans aucun approfondissement. Ceci est différent de la curiosité intellectuelle qui est une bonne chose. C’est dire donc que si tu veux être fidèle à ta vocation, tu es tenu de veiller à l’usage que tu fais de ton intellect : être ouvert à tout ce qui participe à l’épanouissement de ta vocation et réservé, pudique vis-à-vis des pensées ou systèmes de pensée empoisonnant ta bonne volonté. N’adopte donc aucune doctrine, aucune philosophie compromettant la vérité qui guide ton engagement tel le marxisme qui, niant la place capitale que Dieu occupe dans la création accorde une trop grande importance au matériel. Ceci nous conduit à voir en quoi consiste le renoncement à la richesse matérielle.

 

Renoncement à l’abondance de biens matériels.

Il est difficile de résister à l’attraction, la séduction des biens matériels. C’est pour cela qu’il est facile, si on a les moyens, de les amasser. Mais le désir d’en amasser met l’homme dans une situation d’infidélité, car en voulant satisfaire ce désir on oublie facilement les normes de son état. On se laisse gagner par le prétexte de la nécessité pour s’installer dans la richesse, la fortune. Sans s’en rendre peut-être compte on dépasse largement le minimum nécessaire et on se met sous le joug des biens matériels qui gouvernent tout l’agir humain. Tu vois donc clairement que sous un tel joug il te serait difficile de te laisser guider par les lois de ton engagement. Tous tes efforts seront vains parce que ces biens t’arrachent ta liberté. Ils t’asservissent et t’empêchent de comprendre la réalité. C’est dans cette perspective que Jésus te dit : «nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent » (Mt 6,24). Voilà qui te suggère que si tu veux être et demeurer un digne fils de Dieu, fidèle, tu dois renoncer à la richesse c’est-à-dire la haïr et la mépriser. Car l’argent constitue une base indéniable pour l’acquisition de la richesse matérielle. Il exerce sur tout homme une force, un attrait puissant qu’il faut, pour ne pas succomber à sa séduction, s’appuyer et compter sur une force surnaturelle que Dieu offre à tous. Encore faut-il recevoir et accepter cette force et l’entretenir. Et cette force réside et se manifeste par une réelle volonté de détachement, de renoncement. Qui ne veut pas se mettre sous la servitude de l’argent, a ce grand atout de ne pas céder aussi facilement à cette séduction. Le renoncement à la richesse consiste donc avant tout en une volonté de détachement, dans la haine et le mépris des biens matériels.

Il consiste également dans le dépouillement et l’abandon des biens matériels. Et dans sa doctrine, Jésus a mis un accent particulier sur cela par sa vie, par son enseignement. Si les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids, le fils de l’homme, Jésus n’a pas où poser la tête (cf. Lc 9, 57). Voilà qui caractérise l’extrême dépouillement de Jésus qui de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour ton salut. Il a expérimenté et mesuré le danger que peut constituer la richesse pour une authentique vie de fidélité à la vocation. C’est pour cela qu’il n’hésite pas à inviter ses disciples à un abandon total des biens matériels. Au jeune homme riche qui lui demandait ce qu’il allait faire pour avoir la vie éternelle en partage, Jésus dit après avoir observé qu’il est au point avec l’observance des commandements : «une seule chose te manque encore : tout ce que tu as, vends-le, distribue-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens et suis-moi ». Remarque que Jésus n’a pas parlé de son superflu, mais de la totalité de ses biens. «Tout ce que tu as ».

C’est dire que tu peux prétendre observer tous les commandements ; mais tant que ce renoncement total ne sera pas opéré, tes efforts de fidélité seraient vains et inutiles. Note que pour toi aujourd’hui, il ne s’agit pas de vendre ton minimum nécessaire dont le manque constituerait un réel handicap à l’épanouissement de tes efforts. Car comme le remarque quelqu’un, il faut un minimum de bien-être pour pratiquer la vertu. Le problème se situe alors au niveau du minimum nécessaire, ta fortune, ta richesse. C’est pour cela qu’il te faut laisser impitoyablement tout bien matériel susceptible de t’encombrer dans l’exercice de ton devoir. À cet effet Jésus dit à ses apôtres qu’il envoie en mission : «ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent ; n’ayez pas chacun deux tuniques » (Lc 9,2-3). Car avoir sur eux ces effets constituerait un handicap pour la mission qu’ils ont à rendre. Toi aussi, enfant de Dieu, qui veux être fidèle, tu dois opérer ce dépouillement nécessaire. Et pour y parvenir, il te faut une grande confiance, une confiance totale en la providence divine.

Découvres-tu maintenant que le renoncement effectif n’est rien de déshumanisant et d’aliénant ? S’il est bien compris et bien vécu, il est source de liberté, de libération, de paix. En te gardant d’être esclave de tes possessions, il te permet d’en user comme n’en usant pas. Aussi te libère-t-il de toute inquiétude quand elles sont en péril, dans l’insécurité. Renoncer donc à la richesse, loin d’être une privation servile et anarchique, est un acte de détachement, de dépouillement, libre et volontaire, consentie afin de pouvoir répondre efficacement et fidèlement à ta vocation. Ainsi, il t’apporte l’épanouissement et le bien-être nécessaire pour ton existence terrestre et te génère une profonde joie plus que naturelle. Et à la suite du Dieu vivant, on ne regrette jamais d’avoir renoncé à quoi que ce soit. Car il procure toujours le centuple, c’est-à-dire qu’il donne toujours ce qui compenserait le vide laissé par ce à quoi on renonce.


 

           

N’oublie pas, enfant de Dieu, que la vie est faite d’engagements volontaires ou non et que tu es appelé à les tenir tous. Considérant tout ce qui se vit autour de toi, ne dis pas : «qui peut tenir tous ces engagements », telle personne qui paraît plus forte que moi, n’a pas pu demeurer fidèle à sa vocation, est-ce moi qui le peux ? C’est une tentation qui guette tout le monde et nombreux sont ceux qui prennent prétexte de tels arguments et manquent à leur devoir de fidélité. Prends garde et ne tombe pas toi aussi dans ce piège ; le chemin de fidélité est ouvert à tous, pour le prendre et pouvoir y marcher allègrement, il faut avoir rempli une condition capitale : le renoncement. Le renoncement est la clé de la fidélité qui rend aisé et rapide l’accès au champ de la fidélité, qui produit et offre au propriétaire, à l’acteur d’abondants fruits agréables. Jésus n’a-t-il pas dit à Pierre qui voulait savoir le sort qui est réservé à eux après qu’ils aient laissé leurs biens propres pour le suivre : «En vérité, je vous le déclare, personne n’aura laissé maison, femme, frères, parents ou enfants à cause du royaume de Dieu, qui ne reçoive beaucoup plus en ce temps-ci et, dans le monde à venir, la vie éternelle » (Lc 18,28)

Voilà qui te suggère que le renoncement n’est pas une réalité conduisant à la pénurie, à la carence des biens essentiels pour l’existence. Étant détachement, dépouillement de tout ce qui est incompatible et peut constituer un obstacle à la réalisation fidèle de ta vocation, il est source d’enrichissement. En effet le centuple est destiné à tous ceux qui le réalisent, l’opèrent humblement, dans la confiance et par amour pour Dieu. C’est pourquoi il se repose sur les vertus théologales, l’humilité et les conseils évangéliques qui en constituent la fondation, les fondements nécessaires. Et l’importance de ces fondements est si capitale que si l’un quelconque d’entre eux souffre d’une carence ou d’un défaut, tout acte de renoncement indispensable paraît difficile voire impossible. Mais ces fondements ne peuvent exister et jouer pleinement leur fonction si les conditions nécessaires ne sont remplies : la vigilance, la prière et la patience. Ces conditions si nécessaires pour toute vie chrétienne sont incontournables quand on veut vraiment opérer le renoncement ; elles constituent la force conjointe de la grâce et de la volonté de l’homme. Car s’il se vérifie que sans la grâce, l’homme ne peut faire convenablement le bien comme Dieu le veut, il est aussi vrai que Dieu ne peut aider l’homme sans lui.

Le renoncement, comme clef de la fidélité, vaut pour toutes les catégories de fidélité. C’est pourquoi dans notre développement nous n’avons pas spécifié un type de fidélité humaine donnée. Ce que nous avons dit vaut autant pour la fidélité conjugale que celle de la vie religieuse et sacerdotale. Elle est aussi utile pour les engagements personnels et privés que nous prenons dans nos relations interpersonnelles. Pour vivre aisément et facilement un règlement donné, nous avons aussi besoin de cet esprit de renoncement. Le renoncement n’est donc pas seulement nécessaire pour la fidélité de l’homme envers Dieu tel que Jésus nous le dit expressément dans l’Ecriture Sainte : « si tu veux être mon disciple… ». C’est une disposition à adopter partout où nous sommes invités à correspondre aux exigences d’un engagement, d’un contrat donné. Que le Seigneur lui-même nous aide par la grâce de son Esprit afin que toujours et partout notre désir et détermination de demeurer fidèles soient effectifs et soutenus avec cet effort de renoncement.

CEC 2341

C.E.C. 2345

C.E.C. 2337

C.E.C. 2447

VTB

VTB

Idem

Charles de Foucauld, Contemplation, p.70

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