Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
5 Juin 2010
Luc 9, 11-17
L'Eglise nous fait célébrer aujourd'hui la 2ème de trois fêtes de réflexion chrétienne sur ce que nous avons vécu pendant le temps de Pâques. Dimanche dernier, c'était le mystère de Dieu Père, Fils et Esprit Saint. Aujourd'hui, réflexion sur ce que signifie l'Eucharistie que nous célébrons chaque dimanche, et chaque jour dans cette communauté.
Et alors, on peut se demander pourquoi avoir été chercher cet Evangile de Luc sur la multiplication des pains. Question d'autant plus surprenante que - si nous regardons ce texte de près - il nous parait tout à fait irréel. Tout d'un coup, Jésus prend l'initiative de servir un repas, alors que le soir tombe, à une foule de cinq mille personnes ; et puis, il demande à ses disciples de les faire asseoir par groupe de cinquante ; et il multiplie le pain et il demande à ses disciples de les distribuer à tout le monde ; et puis, on remplit 12 paniers. On a l'impression qu'il y a une infrastructure qui est là, et qui n'est pas possible dans la trame du récit.
Ce qui veut dire que ce qui nous est rapporté, c'est la réinterprétation de quelque chose qui s'est passé. Il s'est passé certainement quelque chose de très important dans ces multiplications des pains ; car dans les quatre Evangiles, il y a 6 récits de multiplication des pains. Donc, on ne peut pas dire que rien ne s'est passé. Il s'est passé quelque chose d'important ; mais la manière dont ça nous est raconté veut dire qu'il y a un sens à ce geste qu'a fait Jésus - un geste d'abord gratuit, ça n'était pas nécessaire. Les disciples lui disent : " Le soir tombe, renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs pour y loger et trouver de quoi manger. " Et puis, quand il leur dit : " Donnez leur vous-mêmes à manger ", ils répondent : " Nous n'avons pas plus de cinq pains et deux poissons… à moins d'aller nous-mêmes en acheter. " On n'était pas dans le désert, on n'était pas dans la disette. Donc, il s'agit d'un geste gratuit. Et c'est bien ainsi que ce texte nous est présenté dans la plupart de ces 6 récits qui traversent les quatre Evangiles sur la multiplication des pains.
Alors, ce qu'il faut chercher dans ce texte, c'est le sens. Et le sens, dans ce texte de Luc, et par rapport à l'Eucharistie que nous célébrons, puisque l'Eglise a choisi ce texte pour nous rappeler le sens global de la 2ème lecture où nous était redit, par saint Paul, le premier récit de l'institution de l'Eucharistie, ce que nous célébrons lors de chaque messe, de chaque Eucharistie.
Dans ce texte, il y a un accomplissement. Ce n'est pas la 1ère fois que les pains sont multipliés dans la Bible. Il y a eu Moïse dans le désert : Dieu qui donnait la manne à son peuple, et qui donnait de la viande à son peuple, la manne et les cailles. Il y avait une révolte des juifs, ils n'avaient rien à manger ; et Dieu dit à Moïse : je vais te donner le moyen de nourrir ce peuple, par du pain et de la viande.
Il y a eu des gestes de deux prophètes : le prophète Elie, qui a multiplié l'huile qui permettait de fabriquer des galettes, alors que c'était la famine en Israël. Il y a également le récit d'un autre prophète, le prophète Elisée, toujours au 9ème siècle, qui lui, a multiplié les pains pour quelques dizaines de personnes autour de lui.
Donc, Jésus accomplit ces gestes et montre que ce que Dieu avait réalisé dans le passé, avec lui cela trouve son accomplissement final. Et pourquoi final ? Parce que ce qui frappe dans ce texte, c'est l'abondance, une foule énorme, pratiquement illimitée - et une nourriture énorme, il y a de l'abondance et il en reste. Jésus accomplit pleinement ce que Dieu a commencé dans l'histoire des hommes. Dieu est celui qui apporte la nourriture à son peuple. Quelle nourriture ? Jésus nous donne la nourriture de sa Parole et la nourriture de la Vie, il apporte la Parole et la Vie, de façon illimitée, à un peuple immense - et qui suppose toute l'humanité. Donc, l'accomplissement de ces textes précis de l'Ancien Testament - mais avec un dépassement presque inouï, inattendu, puisque les textes du Nouveau Testament, les textes qui rapportent le message de Jésus, vont envisager la suite, la fin des temps, le Royaume de Dieu. L'Apocalypse nous parle d'une foule énorme : le peuple de toutes races, de toutes langues, de toutes nations, qu'on ne peut dénombrer. Et le message chrétien, c'est que tous les hommes sont appelés au salut. " Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. " Jésus est présenté ici comme le rassembleur définitif d'une humanité totale que Dieu nourrit de sa Parole et de sa Vie, dans son Royaume.
Accomplissement également d'autres images qu'on avait dans la Bible : les images de Dieu qui appelle son peuple à un banquet. La Sagesse de Dieu rassemble tous ceux qui cherchent Dieu pour un banquet. L'image du banquet comme l'image du partage, l'image de la rencontre de fête, l'image de la communion, être les uns avec les autres. Et nous savons très bien que dans l'histoire de l'humanité et dans nos pratiques actuelles, il n'y a pas de fête sans banquet. Et le banquet est le sommet de la fête où on partage la joie, où on partage l'ambiance, où on partage le dynamisme, où on partage le pain et le vin, on partage la nourriture et la boisson, on partage les initiatives des uns et des autres. Un repas de fête n'est pas seulement un acte biologique où on se nourrit ; c'est un acte communautaire qu'on célèbre.
Et Jésus, ici, invite à sa table. C'est bien ce qui se passe. Car dans la tradition biblique, les fêtes étaient célébrées comme des repas. Et tous les grands actes du salut qu'avait vécus Israël lors de la sortie d'Egypte et ensuite étaient célébrés dans des repas de famille, ou des repas communautaires où le chef de famille jouait un rôle important. Et dans toutes les fêtes juives, celui qui invitait à sa table présidait la table.
Et Jésus ici, préside la table, parce que c'est bien lui qui organise le repas, c'est bien lui qui demande de rassembler cette foule en groupes de cinquante, c'est bien lui qui donne à ses disciples un rôle à jouer ; et c'est bien lui surtout qui fait la grande bénédiction du président de table, qui est de lever les yeux au ciel, de prendre le pain et le poisson, de bénir, de rompre et de partager, de distribuer : gestes qui se passaient dans la liturgie de la Pâque juive et de toutes les fêtes juives. Le chef de famille, au début du repas, prenait du pain, le rompait, en donnait un morceau à chacun, et priait le Seigneur en disant : " Nous te rendons grâce, Seigneur, parce que nous célébrons ta libération, nous célébrons ton salut. " Et à la fin du repas, on prenait la coupe, on se levait tous ensemble pour un toast à Dieu, pour dire : " Seigneur, nous célébrons ta bénédiction, nous célébrons la gloire que tu nous as donnée, le fait que nous soyons là. Nous célébrons notre foi et notre vie commune. " Et chacun buvait à la coupe en l'honneur de Dieu.
Ici, il n'y a pas de coupe, nous sommes dans la nature, nous sommes dans un endroit désert. Mais il y a des gestes de Jésus qui invite à sa table - et un geste que Jésus va répéter pratiquement tout au long de sa vie, et même après sa résurrection. Que se passe-t-il avec les deux disciples d'Emmaüs, le soir de Pâques : les disciples invitent Jésus qui les avait rejoints sur leur chemin, à passer la nuit chez eux. Et qu'est-ce que fait Jésus : il s'installe et il préside la table, alors qu'il était l'invité. C'est pour ça qu'ils le reconnaissent ; et il disparaît.
Et qu'est-ce qui se passe lors du dernier repas de Jésus, que Paul nous a raconté dans la 2ème Lecture : Jésus fait les gestes de tous les présidents de table juifs qui célèbrent la grande fête des juifs, mais il change le sens des paroles. " Prenez et mangez, prenez et buvez ; ceci est mon corps livré, la coupe de mon sang..., - ça annonce ce que je vais vivre, ma mort et ma résurrection. " C'est pour ça que saint Paul nous dit : " Chaque fois que vous mangez ce pain, que vous partagez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur dans l'espérance de sa venue.
Donc, Jésus invite à sa table. Et il invite, je dirais, au banquet de Dieu.
Et puis - 3ème chose que Jésus accomplit - il réunit dans une seule scène la parole et le partage. " Jésus parlait du Règne de Dieu à la foule, et il guérissait ceux qui en avaient besoin. " Et c'est après qu'il dit : " Donnez-leur vous-mêmes à manger ".
Et chaque fois qu'on voit Jésus participer à un repas, dans l'histoire de sa mission - même quand il est invité - il prêche. Et quelquefois, il prêche à contretemps de ceux qui l'invitent, pour leur remonter les bretelles quand ils ne vivent pas comme ils doivent. Certains pharisiens, il les critique. Il leur dit : " Vous cherchez une première place… ", nous connaissons ces textes. Même quand il rencontre des amis, comme Marthe et Marie ; il dit à celle qui le reçoit : écoute, l'importance, ce n'est pas l'ampleur de ce que tu prépares comme nourriture, mais c'est d'écoute la Parole. Et quand Jésus rencontre les disciples d'Emmaüs après sa résurrection, il leur a fait un long discours sur l'explication sur ce que voulaient dire sa mort et sa résurrection.
Donc, le lien entre la Parole et la table.
Et c'est pour ça que l'Eglise a choisi ce texte pour nous faire réfléchir à l'Eucharistie que nous célébrons. C'est un geste communautaire qui est ouvert à toute l'humanité - ce n'est pas notre petite communauté, notre petit cercle de rien du tout, de quelques personnes ou même d'une église remplie avec mille personnes - c'est un rassemblement qui est ouvert. Il n'y a pas de salut personnel sans salut communautaire. Dieu appelle les hommes à partager sa gloire. On ne peut pas imaginer ce que c'est que le ciel. Là encore, il ne faut pas être des naïfs. Le ciel, c'est Dieu qui nous saisit tous en lui. A sa façon, comme dit saint Paul, " Dieu sera tout en tous ". Il ne faut pas imaginer le ciel comme une planète égarée sur laquelle il y aura des milliards d'hommes ; et comment peut-on connaître des milliards d'hommes dans la transparence ? L'Eglise nous dit toujours que la Bible, ce sont des textes qui nous invitent à chercher le " pourquoi ", la richesse que Dieu nous propose.
Mais chaque fois que nous nous rassemblons en Eglise, nous sommes une assemblée ouverte, ouverte à tous. Nous ne sommes pas des isolés, nous ne sommes pas une secte. Nous sommes des témoins qui devons être contagieux et rayonnants.
Et nous sommes des témoins envoyés. Car on ne se rassemble pas seulement, assis en rond autour de la Parole, pour célébrer l'Eucharistie. On se rassemble chaque fois qu'on fait quelque chose avec les autres, quand on agit en commun, quand on est solidaire, quand on veut chercher le bien de l'humanité ; quand on veut, dans notre famille, dans le métier, dans la vie civile, la vie syndicale, la vie politique, la vie sous tous ses aspects…, on essaie de travailler ensemble dans une solidarité. Nous sommes des rassembleurs, car membres d'un peuple qui rassemble, et d'un Dieu fidèle, un Dieu qui rassemble. Et chaque Eucharistie, c'est le cœur, et c'est la force qui nous envoie de ce rassemblement.
On se rassemble pour écouter la Parole. Quelqu'un nous appelle à transformer notre vie à partir d'un message. Et c'est bien ce qui se passe dans nos Eucharisties. Nous avons là une lecture - mais une lecture, encore une fois, qui n'est pas limitée ici. La Bible, c'est un livre de chevet pour les chrétiens, il faut essayer que ce soit le cas. Cette Parole, dont nous avons des extraits à chaque célébration, fait partie d'un gros livre de 1500 pages avec toute l'histoire du salut de Dieu qui anime la vie d'Israël et la vie de tous les chrétiens depuis 2000 ans.
Là encore, nous nous rassemblons autour du Christ qui est la Parole ; et nous nous rassemblons, bien sûr, à l'invitation de Jésus qui nous invite à faire mémoire de lui ; de dire que ce qui compte dans notre vie, c'est que Dieu nous sauve, et que Jésus est venu nous sauver ; Jésus est venu vivre un " oui " total à Dieu, un " oui " total aux hommes, dans la fraternité universelle, dans celui qui, dévoué jusqu'au bout, serviteur de tous, qui accueille tout le monde, qui ne juge personne, qui invite tous les hommes à l'unité.
Et ces gestes du salut de Dieu, du partage du pain et de la coupe, qui sont les gestes de l'unité et de la fête familiale et communautaire, deviennent l'endroit - dans ces gestes tout simples que nous allons refaire dans quelques instants - l'endroit du partage, de l'accueil et de la richesse de Dieu qui s'empare de nous ; puisque, comme dit saint Paul, " chaque fois que nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous annonçons dans notre vie la mort de Jésus ", nous recevons le " oui " de Jésus dans notre vie, pour vivre comme lui, ouverts à tous, chaque jour, un peuple de témoins, de prophètes.