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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Dimanche de la "Trinité" année C


Jean 16, 12-15



Comme chaque année, dès la fin du Temps pascal - qui s'est terminé dimanche dernier par la fête de la Pentecôte, dernière célébration de Pâques - l'Eglise, au début de ce temps ordinaire qui reprend nous fait célébrer trois fêtes " théologiques " : la fête de la Trinité, aujourd'hui - la fête du Saint Sacrement, dimanche prochain - et la fête du Sacré Cœur de Jésus, le vendredi suivant. Trois fêtes théologiques, c'est-à-dire que nous célébrons ce que nous croyons. Mais attention : il ne suffit pas de célébrer ce que nous croyons, il faut célébrer ce que nous vivons.

Dieu qui vient à nous, c'est pour nous faire vivre. Jésus a dit : " Je suis venu pour que vous ayez la vie, et la vie en abondance. " Et le texte de l'Evangile que nous venons de lire nous montre bien qu'on ne peut pas parler de Dieu, on ne peut pas parler de la Trinité de Dieu Père, Fils et Saint Esprit, on est là pour en vivre, à la façon de Jésus.

Nous sommes lors de la dernière Cène, le dernier repas de Jésus, quelques heures avant son arrestation au mont des Oliviers, tel que nous le rapporte l'Evangile de Jean. Nous sommes dans un long discours qui prend cinq chapitres, et qui se termine par une prière très belle dite " la prière de Jésus ", juste avant sa mort, où il prie pour lui-même, pour ses disciples et pour nous - les successeurs de ses disciples. Jésus livre son testament. Et à la fin de ce testament, il dit qu'il a encore beaucoup de choses à dire, qu'on ne peut les porter et les recevoir que dans l'Esprit qu'il va donner qui guidera vers la vérité tout entière - l'Esprit qui va succéder à Jésus, celui qu'il appelle le Paraclet, celui que Jésus donnera à ses disciples le soir de Pâques, quand il leur apparaitra ressuscité, en leur disant : " Recevez l'Esprit Saint. Le monde nouveau est arrivé, les péchés sont pardonnés. "

L'Esprit qui guide vers la vérité tout entière et qui fait comprendre de l'intérieur, d'une façon unique, ce que Jésus a dit extérieurement par sa parole, et qu'il a manifesté par ses gestes, que ses disciples avaient mal compris avant sa mort et sa résurrection.

L'Esprit Saint, successeur de Jésus, pour toute l'histoire de l'humanité jusqu'à la fin ultime des temps, qui rend présent, en chacun des croyants, Jésus lui-même avec ses gestes, ses paroles, son message, et le mystère de Dieu qu'il nous révèle. " Il ne dira rien de lui-même, cet Esprit Saint - dit Jésus - il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître, il redira tout ce qu'il aura entendu. " Jésus est le dernier mot de Dieu en termes humains, dans notre langue et dans notre histoire. L'Esprit qu'il nous laisse, sa mentalité, sa présence, sa force de ressuscité, qui est en même temps l'Esprit de Dieu au cœur de nos vies, nous fait tout comprendre.

Voilà comment Jésus se situe, et nous situe, par rapport à Dieu. Nous sommes saisis, habités par l'Esprit de Jésus, qui est inséparable de sa résurrection au cœur de nos vies. Et c'est ainsi que nous pouvons prier Dieu, à la façon de Jésus, et le reconnaître comme notre Père.

Et à la fin de ce rappel - c'est la 5ème fois que Jésus annonce qu'il s'en va, et qu'il est bon qu'il s'en aille, que s'il ne s'en va pas, l'Esprit ne sera pas donné - c'est la dernière fois que Jésus redit qu'il s'en va et qu'il revient, autrement, par l'Esprit qu'il nous donne. Et il termine en disant : " Tout ce qui appartient au Père est à moi, c'est pourquoi je vous dis que l'Esprit reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. " Voilà la plus belle phrase possible pour nous révéler ce qu'on appelle le mystère de Dieu Père, Fils et Esprit Saint. C'est à travers Jésus qu'on découvre la totalité de Dieu puisque tout ce qui appartient au Père est à lui ; et c'est dans l'Esprit que nous découvrons Jésus, homme parmi nous ; et que nous sommes capables de relire les mémoires de ce qu'il a fait et de ce qu'il a dit, dans la Bible, le Nouveau Testament.

Or, l'Eglise nous fait aujourd'hui célébrer ce mystère de Dieu comme Père, Fils et Esprit Saint. Donc, il faut élargir un petit peu ce texte pour comprendre ce que nous avons à vivre, à vivre comme une découverte vitale de chaque jour, dans notre existence.

Nous avons d'abord à refuser de vivre une formule. On ne dit pas une formule dogmatique, on vit une rencontre. Et cette rencontre est toujours mystérieuse. Quand, dans notre catéchisme, nous avons appris qu'il y avait le mystère de la Sainte Trinité, immédiatement, on a pensé " mystère " à la française : le mystère est une vérité qui nous dépasse. Le mystère, dans la Bible, ce n'est pas une vérité qui nous dépasse, c'est une réalité qui nous dépasse. Pas seulement une idée dont on n'arrive pas à faire le tour, mais une réalité qui nous dépasse. Comme la réalité de Dieu : Dieu qui s'est manifesté dans l'histoire des hommes, avec l'envoi de Jésus, la mort et la résurrection de Jésus et le don de l'Esprit qui nous le rend présent, chaque jour, et qui nous permet de vivre comme lui.

Donc, il ne faut pas vivre à partir de formules ; et nous méfier des formules, car tous les mots que nous employons pour parler de Dieu sont des mots insuffisants. C'est beau de dire que Dieu est notre Père. Mais qu'est-ce que ça veut dire " Père " ? Qu'est-ce que Jésus veut dire quand il parle du Père ? Qu'est-ce que le Nouveau Testament nous dit quand on parle de Dieu Père ? Ce n'est pas un père à la façon des hommes. Car si on regarde l'humanité de Jésus, si on pousse les choses jusqu'au bout : Jésus a été conçu de l'Esprit Saint ; donc c'est l'Esprit Saint qui pourrait être son Père, si on raisonnait en termes humains. D'autre part, quand saint Paul parle du Père, du Fils et de l'Esprit, il ne dit pas " le Père, le Fils et l'Esprit Saint ", il parle de " Dieu, du Christ et de l'Esprit. " La formule du début de cette Eucharistie, et de toutes les Eucharisties, c'est la dernière phrase de la seconde Lettre aux Corinthiens, dans saint Paul. Il termine cette magnifique lettre en disant : " La grâce de Jésus notre Seigneur, l'amour de Dieu, la communion de l'Esprit Saint, soient toujours avec vous. " Il ne dit pas " l'amour de Dieu le Père ", comme on le rajoute quelquefois dans la liturgie - à juste titre, d'ailleurs.

Donc, on ne peut pas présenter le mystère de Dieu que Jésus nous révèle, dans des choses qu'on peut saisir, qu'on peut dominer, sur lesquelles on peut raisonner - on entre dans une réalité de vie. Si bien que les meilleurs mots employés, Père, Fils, Esprit - Même l'Esprit : on dit que Dieu est Esprit ; ce n'est pas nécessairement le Paraclet dans ces cas-là ; " Dieu est Esprit. C'est en réalité d'Esprit que nous comprenons que Dieu est Esprit ", dit saint Paul, dans la lecture de l'office des Lectures d'aujourd'hui.

Nous sommes donc devant des mots qui sont des approches d'une réalité qui nous dépasse, et qu'il ne faudrait pas essayer de posséder et de définir, et sur lesquelles il ne faudrait pas raisonner en bâtissant des illusions sur le monde de Dieu. On ne possède pas Dieu, on l'accueille comme Celui qui nous conduit vers lui, à sa façon, dans un mystère toujours à découvrir, d'une réalité toujours à découvrir.

Si on relit l'Evangile de Jean, qui est celui qui parle le plus de Dieu comme Père, Fils et Esprit, Jésus n'hésite pas à dire : " Qui me voit voit le Père… Le Père et moi, nous sommes un… Mes paroles sont celles du Père… " Nous ne pouvons absolument pas séparer Jésus du Père, et l'Esprit, de Jésus.

C'est pour ça que la tradition de l'Eglise nous a parlé de ce mystère d'une réalité de Dieu qui se manifeste sous 3 réalités autonomes et inséparables : le Père, le Fils, l'Esprit. Et on a écrit des livres pour imaginer qu'elles étaient les relations entre le Père, le Fils et l'Esprit Saint. Je pense que ce sont de belles illusions, qui peuvent aider à prier, mais qui ne font pas pénétrer ce mystère. Quand nous découvrons la Bible, nous nous apercevons que Jésus parle du Père comme la source de tout ce qu'il est, l'origine de tout ce qu'il est - Jésus nous est présenté comme celui qui dit tout, la Parole de Dieu, celui qui communique tout ce qu'est Dieu, à notre niveau, en termes humains - et l'Esprit nous est présenté comme la présence de Dieu, comme sa force et son souffle au cœur de notre vie.

Source, communication, présence : trois réalités autonomes de Dieu, mais inséparables, jamais l'une sans l'autre. Comme dit cette page : " Tout ce qui appartient au Père est à moi, tout ce qui vient de moi je vous l'ai fait connaître, l'Esprit va le reprendre. Voilà ce mystère.

Les évangélistes, chacun à leur façon, ont essayé de nous le faire connaître. L'évangéliste Jean n'hésite pas à dire que Jésus est la Parole de Dieu faite chair : " le Verbe de Dieu s'est fait chair - c'est ce que nous célébrons à Noël - il a demeuré parmi nous, et nous avons vu sa gloire. "

Alors, en quoi cela peut-il nous aider à prier ? Seulement dans la mesure où nous en vivons.

On ne prie pas la Trinité, on en vit. Comment vivons-nous avec Jésus, dans l'Esprit ? Comment prions-nous comme Jésus, dans l'Esprit ? Comment nous aimons-nous les uns les autres, comme Jésus, avec son Esprit ? Et dès que nous entrons dans cette vie avec Jésus, dans sa vie en nous de Ressuscité, par l'Esprit Saint, nous sommes en communication avec Dieu - mais qui nous dépasse toujours.

Donc, vivons-en. On reconnaitra que nous sommes les disciples de Jésus si l'amour de Dieu, manifesté en Jésus - " Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés - dit Jésus - Aimez-vous les uns les autres. " - cet amour qui, comme l'indiquait la seconde lecture, " a été mis dans nos cœur par l'Esprit Saint qui nous est donné " - si nous vivons à la façon de Jésus, nous sommes images de Jésus, en nous rappelant que chaque homme est l'image de Dieu. Alors, si nous voulons prier Dieu, si nous devons rencontrer Dieu dans son mystère infini qui nous dépasse, regardons-nous les uns les autres, reconnaissons-nous comme images de Dieu, mesurons notre responsabilité à témoigner de cette image de Dieu ; et - comme nous sommes chrétiens - de cette image du Christ que nous sommes devenus par la puissance de l'Esprit.

Est-ce qu'on reconnaît Jésus à travers nos gestes et nos paroles ? Mais est-ce que nous reconnaissons la valeur de Dieu dans tous les hommes que nous rencontrons ? Voilà comment nous pouvons oser vivre de Dieu, et parler de lui, parce que nous en vivons. Et non pas comme une belle théorie où nous imaginons, dans les cieux, l'amour du Père pour le Fils et l'amour du Fils dans l'Esprit, comme un mystère qu'on posséderait. Alors qu'en fait, plus on en parle, et moins on le connaît.

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