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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Dimanche Pâques 3 année C


Jean 21, 1-19




L'Eglise nous fait lire aujourd'hui un épilogue rajouté à l'Evangile de Jean, qui nous rapporte cette 3ème et dernière apparition de Jésus ressuscité après sa mort sur la croix. J'aurais pu ne lire qu'une partie de l'Evangile. Je pense qu'il faut prendre tout le chapitre ; d'ailleurs, il n'est pas complet dans cette lecture liturgique - et c'est dommage car nous avons là un texte qui se tient tout d'une pièce, et qu'on ne peut pas se permettre de saucissonner si on veut le comprendre vraiment jusqu'au bout.

Nous avons donc d'abord une apparition de Jésus ressuscité. Une apparition qui, comme toutes les apparitions de Jésus ressuscité telles qu'elles sont racontées dans tous les textes bibliques (il y en a 5 ou 6 au maximum dans les Evangiles) se déroulent toutes pratiquement de la même façon : Jésus se rend tout à coup présent, comme un inconnu, sans être attendu, et on ne le reconnaît pas ; il faut donc qu'il se fasse reconnaître par un signe - et le signe ici est magnifique, c'est une pêche énorme, pour ses disciples qui avaient passé la nuit sans rien prendre - et puis, habituellement, il leur donne un message après s'être fait reconnaître, pour les envoyer en mission, et pour leur rappeler que sa mission, à lui, est terminée ; et c'est à eux - et donc à nous - de prendre le relais et d'être aujourd'hui témoins de Dieu qui sauve le monde dans l'histoire.

Il n'y a pas de message ici, et cela pose question. Mais indépendamment de ce manque de message - que nous allons revoir dans quelques instants - il y a des détails dans cette apparition de Jésus : d'une part, il invite ses disciples à sa table, en faisant toujours les gestes du père de famille qui, au début d'un repas, chez les juifs, prenait le pain, le leur donnait et le distribuait, comme un repas de convivialité, signe du banquet de Dieu qui partage sa gloire et sa vie à tous ceux qui croient en lui ; donc, un 2ème signe, en quelque sorte, qui rappelle la vie de Jésus.

Les apparitions de Jésus ressuscité sont toujours floues, d'une certaine manière : Jésus est le même et il n'est plus le même, car on ne le reconnaît pas, et il se fait reconnaître. Et il y a une phrase qui est assez significative dans cet Evangile : " Personne n'osait lui demander : " Qui es-tu ? " Ils savaient que c'était le Seigneur. " S'il avait été évident, dans l'apparition de Jésus, qu'il était là, dans une attitude humaine comme nous sommes là, les uns les autres aujourd'hui, dans une réalité biologique et physique, ils n'auraient pas posé cette question. Mais il n'y a pas de message. Et cela pose une question. Parce que le message c'est, en fait, ce qui se passe avec Pierre. Et une apparition à plusieurs disciples, où finalement ça se concentre sur Pierre, a posé des questions. Et on s'est demandé si, dans ce texte, nous n'avions pas une reconstitution de quelque chose dont on nous parle dans l'Ecriture ; Paul en parle le premier, Luc en parle dans son Evangile, en disant que Jésus est apparu le premier à Pierre, mais nous n'avons aucune trace de cette apparition, sauf peut-être ce récit qui en serait une certaine reconstitution.

Et pour comprendre ce récit, il faudrait faire un cours de Bible. Pour comprendre ce récit -mais nous connaissons assez quand même l'Ecriture pour nous situer - il faut faire allusion à d'autres textes. Il y a une autre pêche miraculeuse dans les Evangiles. Et elle est racontée non pas après la résurrection de Jésus, mais à l'appel des disciples, dans saint Luc : quand Jésus appelle ses disciples, au début de son ministère, il fait une pêche miraculeuse. Et dans la pêche miraculeuse, nous voyons Pierre se comporter un peu de la même façon qu'ici. C'était une pêche aussi volumineuse que celle-ci, les filets ne se rompaient pas ; et Pierre se jette aux pieds de Jésus en disant : " Seigneur, pardonne-moi, car je suis un pécheur. "

Et puis, il y a une autre scène de l'Evangile qu'il faudrait lire en même temps que celle-ci pour comprendre un peu ce qui se passe : c'est la fameuse marche de Jésus sur les eaux, dans l'Evangile de Matthieu. Après avoir multiplié les pains, Jésus rejoint ses disciples qui peinent dans la tempête, ils le voient avancer sur les eaux. Pierre lui dit : " Si c'est toi, permets que j'aille à ta rencontre. " Jésus lui dit : " Viens ". Et Pierre se met à marcher sur les eaux ; mais comme il a peur et qu'il doute, il fonce, il sombre dans le lac. Et Jésus lui dit : " Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? "

Pierre se reconnaît pécheur dans la pêche miraculeuse racontée par Luc. Jésus dit : " Pourquoi as-tu douté ? " parce que Pierre, toujours impétueux, prêt à tout, et finalement il ne tient pas parole - et ici, nous avons Jésus qui, par trois fois, lui dit : " Pierre, est-ce que tu m'aimes ? Est-ce que tu m'aimes vraiment ? D'ailleurs, dans les récits que nous avons ici de la pêche miraculeuse, dès que l'autre disciple - qui est l'auteur de l'Evangile, et qui est celui que Jésus aimait - a reconnu le Seigneur, Pierre s'est jeté à l'eau pour rejoindre Jésus. Il est celui qui fonce, il est celui qui n'a peur de rien apparemment, mais qui finalement, toujours, hésite et doute. Et Jésus ici, le prend en quelque sorte par la main et lui demande : " Est-ce que tu m'aimes vraiment ? Est-ce que tu m'aimes plus que ceux-ci ? Est-ce que tu es sérieux dans ta foi ? "

On a dit que c'était une espèce de reconstitution à l'envers du triple reniement de Pierre durant la Passion ; et que Jésus lui fait dire trois fois qu'il l'aime. Pierre avait dit : " Si tous te quittent, moi je ne te quitterai jamais. Si tous te renient, moi je ne te renierai jamais. " Nous connaissons cette phrase. Et nous retrouvons ici le même personnage de Pierre à qui Jésus vient dire : " Es-tu sérieux ? " Il ne s'agit pas de dire : je suis le Seigneur, je suis prêt à tout ; il ne suffit pas de dire : vous allez voir ce que vous allez voir ! Il ne s'agit pas de dire : moi, j'irai partout avec toi, je n'ai peur de rien… Il s'agit de le suivre. " Suis-moi ", dit Jésus ici. La page d'Evangile que nous lisons se termine par " Suis-moi ". Jésus lui dit : tu vas me suivre ; mais rendre témoignage, ça peut te coûter la vie comme à moi. Et c'est bien ce qu'il lui dit, il signifie à Pierre la mort qui devrait rendre gloire à Dieu en mourant martyr comme Jésus était mort martyr pour la gloire de Dieu et pour sa mission.

Donc, si nous devons nous interroger à partir de ce texte, nous, c'est bien de nous demander quelle est notre foi au Christ ressuscité, qui, au cœur de notre vie, au milieu de nous invisible, nous demande de le reconnaître - et de le reconnaître en le suivant - non pas par des déclarations intempestives. Il vient nous chercher ; et comme Pierre, nous sommes des gens qui ont failli, qui sommes pécheurs, qui n'arrivons pas.

Le chrétien n'est pas celui qui fait de la bravoure devant tout le monde. Il est celui qui suit dans la vérité, le oui, l'obéissance comme Jésus avait vécu. Jésus avait été tenté par le diable - nous dit l'Ecriture - de montrer qu'il était le Messie en se jetant du haut du Temple, en faisant des miracles pour montrer sa gloire. Jésus a toujours refusé cela. Il a suivi le Père jour après jour, faisant la volonté de Dieu, en étant toujours vrai, toujours aimant. C'est un peu de cela qu'il s'agit : suivre Jésus.

Reconnaître Jésus " Seigneur ", c'est bien, mais il faut le suivre. D'ailleurs, l'enseignement du Christ lors de sa mission était de dire : " Ce n'est pas celui qui dit " Seigneur, Seigneur " qui entrera dans le Royaume des cieux "… Ce n'est pas forcément celui qui passe des heures à prier, ou à chanter la gloire de Dieu, ou à faire de belles liturgies… " C'est celui qui fait la volonté de mon Père, c'est celui-là qui porte du fruit. " Et Jésus avait dit : " On reconnaît l'arbre à ses fruits. "

Donc, cette interpellation de Pierre. On voit à quel point Jésus ne laisse pas tomber les siens, puisqu'il récupère Pierre qui l'avait trompé, qui l'avait trahi. Il vient à son secours, mais pour lui dire : tu me suis comme un disciple.

Il manque malheureusement, à la fin de cet Evangile, la relation avec l'autre disciple. Car nous avons remarqué dans ce texte : celui qui reconnaît le Seigneur, c'est le disciple que Jésus aimait, ce n'est pas Pierre, quand la pêche miraculeuse est là. Pierre entend l'autre qui dit : " C'est le Seigneur ! ", et il se précipite. Nous avons eu le Jour de Pâques la même scène de Pierre et de Jean quand ils allaient au tombeau ensemble ; c'est le second, l'autre, qui - voyant le tombeau vide et les linges du corps de Jésus qui avait été embaumé par 100 livres d'aromates - a cru. Pierre n'avait pas cru, lui.

Et puis, si l'Evangile avait été jusqu'au bout : immédiatement après, Pierre, qui voit que l'autre disciple est là, Pierre à qui Jésus vient de dire " tu devras donner ta vie pour moi ", dit à Jésus : " Et lui, qu'est-ce qu'il va devenir ? " Jésus lui répond : " S'il me plait qu'il reste jusqu'à mon retour, qu'est-ce que ça peut te faire ? Toi, suis-moi. " Alors, nous avons ici une certaine rivalité qui se manifeste entre ces deux disciples. Nous avons un disciple qui reconnaît toujours Jésus - et l'autre, Pierre, qui est impétueux. Et Pierre s'intéresse à cet autre disciple. Jésus lui dit : " Ce n'est pas ton affaire. "

Et nous retrouvons ici un problème d'Eglise. Ceux qui ont beaucoup travaillé ces textes nous disent qu'à travers cet épilogue rajouté à l'Evangile, il y a une crise d'Eglise qui s'est manifestée quand l'Evangile a été écrit 60 ou 70 ans après la mort de Jésus. Il y avait une communauté du disciple que Jésus aimait - ce disciple qu'on pense être Jean, on n'est pas sûrs, Jean qui a écrit l'Evangile selon saint Jean. Ce disciple avait fondé une communauté. Et on pensait que ce disciple qui est mort très vieux, qui n'est pas mort martyr, on pensait qu'il ne mourrait pas. Jésus ressuscité viendrait à la fin des temps, faire la fin du monde avant que ce disciple ne meurt. Et puis, malheureusement, il était mort, comme dit le texte - qui dit ensuite : " Jésus ne disait pas qu'il ne mourrait pas. Il a dit : si je veux qu'il reste, que t'importe ! " Jésus parlait à Pierre. Et on pense qu'il y avait plusieurs communautés un peu rivales dans l'Eglise - des communautés mystiques comme celles de ce disciple qui a écrit ce magnifique Evangile ; et comme celles plutôt d'apôtres qui couraient les rues de tous les côtés, comme Pierre et les autres. Nous avons là une espèce de réconciliation après la mort de ce disciple.

Donc, une leçon pour nous à travers ces explications un peu compliquées, peut-être. Mais je pense qu'il est nécessaire de lire l'Evangile en essayant de comprendre ce que veulent dire ces textes qui datent de 2000 ans ou presque.

Qu'est-ce que cela veut dire pour nous : c'est que, suivre Jésus, ça suppose qu'on respecte le cheminement des autres. Nous suivons Jésus de tout notre cœur, les autres suivent Jésus à leur façon. Et si tel autre parait plus pieux que nous, plus généreux que nous, Dieu seul est juge. Reconnaître un autre comme son frère ou comme sa sœur, c'est accepter qu'il soit ce qu'il est, tel qu'il est, et qu'il suive Dieu à sa façon, avec sa conscience telle qu'elle est, sans qu'on ait à se mêler de cette relation.

Et nous retrouvons ici tout ce qui traverse tout l'Evangile et toute la Bible : être croyant, c'est vivre, dans l'unité, une triple relation : une relation avec soi-même où l'on s'accepte comme don de Dieu, comme cadeau de Dieu, créé à l'image de Dieu ; c'est ce que dit la 1ère phrase de la Bible - où l'on s'accepte comme disciple de Jésus en suivant Dieu par Jésus, en allant vers Dieu, notre relation à Dieu ; nous le suivons ; c'est lui qui est le Maître et qui guide notre vie, c'est lui qui nous inspire, c'est lui qui est la clé de tout ce que nous essayons de faire en qualité. Tout ce qui est de qualité dans notre vie vient de cette vérité profonde que nous marchons vers Quelqu'un - qui n'est pas nous-mêmes - et qui est au-delà de nous et qui nous appelle - Et puis, également, la troisième relation avec nos frères : accueillir les autres comme des frères et des sœurs, ça n'est pas les dominer, ça n'est pas avoir pouvoir sur eux, ça n'est pas les posséder, ça n'est pas les exploiter, encore mieux les torturer et les faire souffrir ; mais leur donner toute leur valeur, car leur valeur, c'est la même que la nôtre ; ils sont à l'image de Dieu, ils sont images du Christ, ils sont nos frères.

Nous sommes toujours tentés de regarder davantage les autres, et leur sort - plutôt que de nous mettre en cause nous-mêmes et de dire : " Seigneur, qu'est-ce que tu attends de moi ? " Et Jésus répond toujours : " Ce n'est pas ton problème, viens, suis-moi, et aime ton frère comme je t'ai aimé. "

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