Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
15 Mai 2010
Dans l'Evangile de Jean, à quelques heures de sa mort, Jésus a fait un long discours, son testament, dont nous avons eu des extraits les dimanches précédents. Et ce long discours se termine par une très longue prière qui prend tout le chapitre 17 de cet Evangile - un chapitre qui a près de 30 versets. Une prière en 3 temps, où Jésus se tourne vers le Père, Dieu son Père.
Il prie d'abord pour lui-même pour que, à travers son témoignage, s'accomplisse sa mission et que la gloire de Dieu rayonne en lui et à partir de lui. Puis, dans un 2ème temps, il prie pour les disciples rassemblés autour de lui, dans cette table de la dernière Cène où Jésus vient de leur laver les pieds et leur donner ses dernières volontés, son testament.
Et on a un 3ème temps, que nous avons aujourd'hui : il prie pour tous ceux qui seront les disciples des disciples - c'est-à-dire pour tous les chrétiens de tous les temps, donc pour nous aujourd'hui, qui sommes ses disciples après 2000 ans de christianisme.
Et nous avons à entrer dans cette prière de Jésus. " Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi. " Jésus, donc, prie pour nous. Et il prie le Père de nous transmettre ce que lui-même a reçu ; et qu'il nous donne, lui, Jésus, de la part du Père, dans l'Esprit Saint.
Qu'est-ce qu'il demande au Père de nous transmettre ?
D'abord l'unité.
L'unité entre nous, qui est le don de l'unité de Dieu et de Jésus. Ce n'est pas d'abord une unité morale, ce n'est pas d'abord une unité de solidarité, c'est un don de Dieu. Une unité qui fait que - à cause de Dieu - nous sommes unis les uns aux autres. Cela est très net : " Qu'ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi. " Et Jésus répète ça une deuxième fois : " Pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. "
Donc, on devine un peu quelle est cette unité remarquable, qui est une espèce d'interaction, d'inter-présence les uns aux autres. Nous devons être les uns dans les autres, comme nous sommes en Jésus, comme Jésus est dans le Père et comme le Père est en Jésus. L'évangéliste Jean a l'art d'approfondir les paroles qu'il nous dit. " Qu'ils soient un, comme Père, tu es en moi et moi en toi " : ce qui signifie que cette unité nous est donnée. Dieu est en chacun et chacune de nous, le Christ en chacun et chacune de nous. Chacun et chacune de nous est dans le Christ et dans le Père, par le Christ. Donc, un mystère d'interpénétration - pas seulement une charité en acte, mais une charité en esprit, où on est les uns dans les autres, dans l'unité de celui qui nous rassemble, le Christ Jésus.
Saint Paul dit ça à sa façon, dans sa Lettre aux Colossiens : " Il n'y a plus ni homme ni femme, ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre. Il n'y a que Christ tout en tous. " Et saint Paul présente le ciel comme " Dieu tout en tous ". Nous voyons donc que cette unité que Jésus demande au Père de nous donner, c'est l'unité absolue du Royaume de Dieu, et qui vient de Dieu, et qui est un don de Dieu. " Que cette unité soit parfaite. "
Et l'enjeu de cette unité, c'est le témoignage : " Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé. " Et à deux reprises, Jésus répète ça : " Ainsi le monde saura que tu m'as envoyé. " Unité rayonnante du mystère de Dieu. C'est-à-dire qu'en nous voyant, on doit découvrir l'unité de Dieu qui appelle tout le monde à partager sa vie. Donc, quel enjeu ! C'est une grâce, bien sûr. Mais une grâce que nous avons à manifester. Donc, Jésus demande au Père de nous transmettre ce mystère d'un unité qui vient de Dieu et qui traverse notre vie.
Deuxième chose que Jésus demande:
... c'est que nous soyons avec Jésus, que nous soyons avec lui, que son sort soit le nôtre : " Je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, et qu'ils contemplent ma gloire, celle que tu m'a donnée. " Que nous soyons avec Jésus à recevoir, contempler son rayonnement de Fils de Dieu, pour qu'il soit en nous, que nous soyons en lui. Donc, un autre aspect de cette unité, qui est de partager le destin de Jésus, la vie de Jésus, là où se trouve Jésus. Jésus avait dit : " Là où je suis, là aussi sera mon serviteur. " Bien sûr, cela engage l'imitation du Christ dans notre vie. Mais nous imitons parce que le Christ habite nos cœurs. Et saint Paul dit également la même chose : " Que le Christ habite en vos cœurs par la foi, que vous soyez enracinés dans l'amour… et vous connaitrez la hauteur, la largeur, la longueur, la profondeur de l'amour de Dieu qui surpasse tout ce qu'on peut imaginer, et vous entrerez dans la gloire de Dieu. " Jésus demande au Père de nous faire partager sa place avec le Père et sa place au cœur du monde.
Et puis, 3ème chose que Jésus demande :
... la connaissance, la connaissance de Dieu : " Le monde ne t'a pas connu, mais moi je t'ai connu. " Connaître, c'est connaître de l'intérieur, c'est faire l'expérience. Jésus demande que le Père nous transmette son expérience de Dieu, celle qu'avait Jésus : " Moi je t'ai connu, et ils ont reconnu que tu m'as envoyé. " Quand on reconnaît Jésus, on reconnaît le Père. " Je leur ai fait connaître ton tom, et je le ferai connaître encore. " La connaissance, qui est l'expérience de Dieu, qui crée en nous, qui transmet l'amour dont Dieu nous a aimés.
Donc, nous avons là une prière de Jésus qui nous parait peut-être un peu très très haute, très au-dessus de ce que nous vivons chaque jour - mais une prière qui nous montre que, finalement, comme le salut, être chrétien, c'est accueillir tout de Dieu. " C'est par grâce que nous sommes sauvés ", c'est par l'Esprit Saint qui nous est donné que nous sommes sauvés. C'est par le Christ ressuscité dans son Esprit, que nous est donnée cette unité de Dieu et de Jésus, que nous est donné ce partage de la situation de Jésus ; et que nous est donnée cette connaissance, cette expérience profonde de Dieu.
Voilà ce que Jésus demande au Père de nous transmettre. Que faire de cela ?
Eh bien d'abord, l'accueillir, comme un don.
L'accueillir comme un cadeau. Il n'est pas sûr que nous aimions toujours accueillir des cadeaux. Parce que accueillir un cadeau, c'est accueillir quelque chose qu'un autre nous donne - et de l'accueillir dans la perspective où cela nous est donné. Donc il y a, dans cet accueil du don de Dieu, du don de l'unité, il y a un peu refus de faire l'unité à partir de nous. Il est facile de dire : " Ah, je suis bien avec tout le monde. " C'est moi qui suis bien. Alors que l'unité est un don que l'on reçoit. Il est facile de vouloir la paix, pour soi, et ne pas la vouloir pour les autres. Il est facile de vouloir la charité, en disant : " c'est ce qu'il y a de mieux pour moi, parce que je suis très à l'aise là-dedans. " Ce qui nous est donné, c'est le don de Dieu, tel qu'il est, avec son exigence de partage. C'est quelque chose qui ne nous appartient pas. Et d'ailleurs, le salut ne nous appartient pas, nous recevons tout de Dieu, nous avons tout à partager. Et être chrétien, c'est refuser le " pour soi " et vivre à la façon de Jésus pour les autres et pour Dieu en même temps.
Si bien que le signe que Jésus a donné d'être disciple - et qui traverse ce texte sans le dire expressément, c'est : " A ce signe on reconnaitra que vous êtes mes disciples : si vous vous aimez comme je vous ai aimés. " Et nous savons que Jésus nous a aimés de l'amour qu'il a reçu du Père. " Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. " Il s'agit de demeurer dans quelque chose qu'on a reçu - et non pas le créer à partir de nous. Si bien que notre solidarité, notre fraternité, notre unité, c'est quelque chose qui traverse et qui rayonne, et qui n'est pas notre propriété. Il est facile de faire l'unité autour de soi, alors qu'il s'agit de faire l'unité autour des autres. Il s'agit de faire l'unité pour les autres, et pas d'abord pour soi. La paix pour les autres, et pas d'abord pour soi.
Nous voyons que ce que Dieu nous donne est une exigence forte, finalement toujours de pauvreté du cœur et de renoncement. C'est là le premier message. Nous avons à recevoir de ce texte, accueillir ce don de l'unité, accueillir ce partage de la vie de Jésus, accueillir cette expérience de Dieu comme quelque chose qui ne nous appartient pas ; et que nous avons à laisser fructifier en nous dans la ligne de ce qu'il est, dans la ligne du cadeau reçu. C'est le cadeau qui porte du fruit, ce n'est pas nous qui portons du fruit personnellement.
Et puis, 2ème appel de ce texte :
... c'est le début. " Je ne te prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi " : on doit transmettre ce que l'on a reçu. Nous avons la transmission d'un don de Dieu par Jésus, qui nous est arrivé par l'Eglise et par les disciples de Jésus dont nous sommes devenus les disciples à notre tour par eux. Nous avons à transmettre ce que nous avons reçu.
Et la question qui nous est posée est une question très exigeante : qui est davantage chrétien à cause de moi ? Qui croit davantage en Jésus à cause de moi ? Qu'est-ce que je transmets aux autres de la foi ? C'est l'exigence du témoignage, l'exigence de la mission. On est tous des missionnaires là où nous sommes. La Parole n'est pas réservée au pape, aux évêques et aux prêtres. La Parole de Dieu, qui est le souvenir de mémoire de ce que Jésus a fait et qui est le Nouveau Testament, c'est l'Evangile que nous lisons. Eh bien cette Parole, nous avons à la transmettre - pas seulement comme quelque chose d'extérieur à nous, mais quelque chose d'intérieur à nous, comme une expérience qui rayonne.
Est-ce que notre rayonnement, notre manière de vivre crée des chrétiens ? Nous mesurons à quel point notre exigence de vie est signifiée par là. Etre chrétien, c'est être contagieux - être chrétien, c'est être rayonnant. Si bien, que si Jésus prie pour nous qui sommes là aujourd'hui, il prie pour ceux qui seront chrétiens à cause de nous.
On a peut-être oublié actuellement que la foi se transmet par ce rayonnement presque invisible. Les parents transmettent la foi à leurs enfants dans les premières années de la vie, entre 0 et 5 ans, de la même manière qu'ils transmettent leur langue maternelle. Les enfants apprennent la langue de leurs parents sans se rendre compte. Est-ce qu'ils apprennent la foi de leurs parents sans s'en rendre compte ? Est-ce qu'il y a ce témoignage, ce rayonnement familial, cette prière en famille, cette charité en famille, cette unité en famille ? C'est là un des aspects de cette transmission.
Mais il n'y a pas que la famille. Là où nous sommes : est-ce que nos gestes d'unité avec tous les hommes posent question qui renvoie à Dieu ? Pas qui renvoie à nous. Ce n'est pas suffisant de dire de quelqu'un : c'est un brave, c'est une brave personne. Est-ce que on a envie d'aller plus loin, de dire : mais pourquoi est-elle brave ? Pourquoi est-il brave ? Parce qu'il rayonne ou qu'elle rayonne, cette personne, quelque chose qui vient de Dieu. Et cela passe - pas seulement par la parole vocale - mais par la parole du témoignage, par la parole du rayonnement, par la parole de la contagion des gestes, par la parole de la mentalité que l'on partage, par la parole de l'invitation qu'on fait aux autres par notre manière de vivre, de vivre comme nous, parce que nous vivons pour le Christ, et nous imitons Jésus.
Donc, cette prière de Jésus, nous souhaitons qu'elle soit vraiment efficace dans l'Esprit Saint. Elle l'est par nature. Mais si elle n'est pas tout à fait efficace, c'est parce que nous la bloquons, quelquefois. Et la bloquer, c'est faire des barrières, c'est nous replier sur nous, et finalement nous mettre à la place de Dieu.