Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
31 Octobre 2010
Matthieu 5, 1-12
Pour célébrer cette fête de tous les saints, notre Eglise a choisi - depuis toujours - cet Evangile des Béatitudes, texte dans saint Matthieu, qui nous rapporte l'enseignement de Jésus en cinq grands discours, dont le premier : la charte des chrétiens, la charte du Règne de Dieu, le but de la vie, commence par cet Evangile ; au moment où Jésus nous dit comment le suivre, où il nous dit ce qu'il est venu nous apporter, il nous sort cette introduction remarquable qui, en deux mots, veut dire ceci : il nous appelle au bonheur. " Je vous invite au bonheur ".
Mais la question qui se pose immédiatement : quel est ce bonheur que Jésus nous propose ? C'est ce qu'il annonce dans toute sa mission : " Tournez-vous vers Dieu. Le Règne de Dieu s'est approché de vous. " Le bonheur qu'annonce Jésus, c'est le Règne de Dieu dans notre vie, c'est la présence de Dieu au cœur de nos vies ; c'est la vie qu'il nous propose : " Je suis venu pour que vous ayez la vie, et la vie en abondance " ; c'est d'être enfants de Dieu, d'entrer dans l'intimité de Dieu. Voilà ce bonheur auquel nous sommes appelés. Donc, à nous de choisir le bonheur. Suivons Jésus, voilà ce qu'il propose.
Ce bonheur est une réalité du présent et une réalité de l'avenir. La deuxième Lecture l'a bien dit : " Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne parait pas encore clairement. " L'appel au bonheur est un cheminement dans une réalité reçue. Dieu fait de nous ses enfants. C'est là notre bonheur d'aujourd'hui, c'est un bonheur qui va grandir, c'est un bonheur qui s'achève en Dieu. Voilà l'objectif.
Et dans cette liste que Jésus nous propose, il y en a deux qui sont au présent, les autres étant au futur. " Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux " - maintenant - " Heureux les persécutés pour la justice, le Royaume des cieux est à eux ", maintenant. Devenir pauvre de cœur, c'est être totalement ouvert à la présence de Dieu dans notre vie. Si c'est cela, nous sommes parfaitement heureux, le plus qu'on peut l'être en ce monde.
" Heureux les pauvres de cœur ", accueillants, ouverts, transparents, laissant Dieu emplir notre cœur. " Heureux les persécutés pour la justice " : ça ne veut pas dire qu'il faut souffrir pour être heureux ! Ça veut dire qu'il faut être capable de vivre pour la vérité et la justice - qui est la sainteté - au-delà de tous les obstacles - fusse celui de la persécution. Ce qui est proclamé, c'est le but qu'on cherche, et non pas la souffrance qu'on porte ; ceux qui sont capables de vivre la sainteté jusqu'au bout, à travers tous les obstacles, fusse la contradiction, fusse la persécution, comme beaucoup de martyrs dans l'Eglise, ceux-là, dès maintenant, reçoivent le bonheur de Dieu.
Et c'est un bonheur en croissance. Toutes les autres béatitudes nous le disent, comme Jean dans la 2nde lecture : " Lorsque le Fils de Dieu paraitra, nous serons semblables à lui. Ce que nous serons ne parait pas encore maintenant. " Les autres béatitudes nous disent : le bonheur que Jésus propose, c'est une attitude qui s'accueille elle-même dans la croissance, en quelque sorte : les doux sont ouverts à l'achèvement total ; ceux qui pleurent sont ouverts à la consolation totale ; ceux qui ont faim et soif de la justice auront une abondance ; ceux qui sont miséricordieux le seront toujours plus ; ceux qui sont dans la sainteté des cœurs purs verront la sainteté de Dieu ; les pacifiques, fils de Dieu.
Aujourd'hui et demain : donc, une vie en croissance, une attitude qui s'accueille et qui grandit. Et nous savons que dans la foi chrétienne, cette attitude vient de Dieu ; et que c'est dans l'Esprit Saint que cela nous est possible. Jésus ne le dit pas encore ; mais après sa résurrection, il dira : " Recevez l'Esprit Saint ", et tout sera possible. Si bien qu'être croyant, c'est s'ouvrir à ce Jésus qui nous appelle au bonheur et qui nous promet de le réussir si nous acceptons qu'il pénètre dans nos vies, jusqu'au moment où on pourra dire : " Il n'y a plus que Christ qui vit en nous, comme le dit saint Paul : " Ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi. " Et c'est le bonheur de cette vie, et c'est le bonheur de l'éternité, c'est le bonheur de Dieu.
Car, en fait, ce que Jésus annonce, c'est lui-même, c'est devenir lui-même. " Il s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté " dit saint Paul. Il a été le plus pauvre de tous. " Je suis doux et humble de cœur - il est le plus doux de tous ; il est celui qui a pris sur lui - nous dit l'Evangile de Matthieu - toutes les souffrances de l'homme, il s'est chargé de nos péchés, il a pris nos iniquités, il a pleuré pour nous, il s'est battu pour la justice jusqu'au bout, il a risqué sa vie. " Venez à moi, vous tous qui peinez, vous serez consolés. Je suis doux et humble de cœur. " Jésus annonce la miséricorde de Dieu qu'il vit chaque jour, il est la sainteté de Dieu, il est la sainteté même. " Qui me convaincra de péché ? ", osera-t-il dire. " Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix " : il est celui qui vit la paix, et celui
qui va être persécuté pour la justice ; qui, sans vouloir perdre sa vie, à laquelle il tenait beaucoup, va tout risquer quand même pour dire : " Que ta volonté soit faite, et non la mienne. " Ce bonheur auquel nous sommes appelés, c'est que Jésus vienne dans notre vie et que nous le ressemblions - l'imitation de Jésus - chaque jour, dans nos gestes et nos paroles ; la rencontre de Jésus qui nous saisit, nous entrons dans une vie qui est la vie de Dieu.
Alors, en conclusion de tout cela ? Je pense qu'il nous faut regarder cette fête de tous les saints, non pas comme une caricature. On aime beaucoup les caricatures - et surtout à notre époque de la publicité, de la télévision, des images fortes, mais des images limitées.
Ce n'est pas la fête des malheureux Il y a les saints que l'on célèbre. Nous avons l'image de Thérèse de Lisieux, nous avons la statue de Marie, Mère de Dieu, la première des croyantes ; nous avons tous ceux que nous célébrons dans nos églises, une liste qui comporte 3 ou 4 mille hommes ou femmes, que nous célébrons. Alors, ce serait eux les saints ? Les saints reconnus. Et les autres ? Alors, on dit : aujourd'hui, c'est la fête des autres, ceux qu'on ne connaît pas, ces milliers d'hommes annoncés par la première Lecture ; première Lecture qui est une projection, qui est une vision d'un croyant qui veut dire à ses frères - il y a une immense persécution quand il écrit son livre - " Tenez bon, la victoire de Jésus est là. " Et il raconte cette immense vision d'un peuple qui chante la gloire de Dieu autour du Christ ressuscité, au centre du trône de Dieu.
Ce n'est pas la fête des malheureux. C'est la fête de tous les croyants, de tous ceux en qui Dieu vit ; la sainteté, c'est le triomphe de Dieu dans la vie des hommes ; ça n'est que cela. C'est Dieu qui se communique. Et dans la mesure où nous sommes baptisés, nous sommes enfants de Dieu, c'est notre fête, notre fête aujourd'hui. C'est la fête de tous ceux qui nous ont précédés dans la foi. D'ailleurs, les chrétiens l'ont bien senti. Il y a cinquante ans, on reprochait aux chrétiens, dans les églises, de se tromper ; et on leur disait : ce n'est pas le jour des morts, aujourd'hui ; c'est demain. Mais n'empêche, c'est aujourd'hui que tout le monde va au cimetière. On honore la mémoire, la vie, les valeurs, de ceux qui nous ont précédés - donc leur sainteté. C'est leur fête aussi.
Alors, la fête des morts, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'on les remet à Dieu : " Seigneur, ils t'appartiennent. " Donc, on prie avec eux, on prie pour eux. C'est le secret de Dieu, c'est son mystère.
Donc, c'est notre fête, des vivants, croyants. Et également de tous les hommes de bonne volonté qui cherchent Dieu sans le connaître. C'est la fête de tous ceux qui nous ont précédés, nos proches. Nous avons à nous réjouir de leurs valeurs, célébrer leur sourire, leur réussite, leur travail, leur conversion… au-delà de leurs limites. Nous sommes tous pécheurs, nous avons tous à nous laisser saisir par Dieu qui nous transforme.
Et bien sûr, c'est la fête de tous ceux que l'Eglise proclame. Pourquoi l'Eglise les proclame-t-elle ? Parce qu'ils sont plus saints que les autres ? Non, pas du tout. Dieu seul connaît les saints, Dieu seul fait la sainteté. L'Eglise proclame des manières de vies chrétiennes qui méritent de nous interpeller. On ne sait pas très bien comment vivre en chrétiens dans la vie de chaque jour, dans la prière, dans les affaires, dans la vie de famille… Mais l'Eglise nous dit : regardez Mère Teresa, regardez Thérèse de Lisieux… La façon qu'elles ont vécu, c'est actualiser l'Evangile au 20ème siècle, ou à leur époque - saint Vincent de Paul, au 17ème siècle, les martyrs aux 4ème et 5ème siècles… Regardons comment ces hommes ont vécu. Ils nous montrent qu'à chaque époque, on peut vivre à la façon de Jésus Christ - non seulement dans son cœur, mais de façon vivante, qui interpelle nos frères.
Alors, nous rendons grâces, non seulement pour ce ce que nous sommes, mais pour l'appel qui nous est donné. Si Dieu triomphe en nous, cela doit se voir ; donc nous sommes prophètes, donc nous sommes appelants.
Et si nous célébrons nos parents, nos amis qui sont partis, c'est parce qu'ils sont appelants. Et nous célébrons dans la gloire de Dieu tous ceux dont l'Eglise nous dit : regardez, ils sont particulièrement appelants, car ils ont marqué leur époque.
Et nous sommes appelés à ce triomphe - non pas à monter sur un piédestal, non pas à être officiellement canonisés - mais à laisser Dieu triompher en nous. Et dire, comme la petite Thérèse : chacun est saint quand il se laisse entièrement saisir par Dieu - que j'ai la grandeur d'un dé à coudre ou que j'ai la grandeur d'une grande marmite - dans la mesure où c'est Dieu qui me remplit, sa sainteté l'emporte. Voilà notre vie, voilà notre fête.