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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Jeudi 11ème semaine ordinaire - Evangile

DE L'EVANGILE DE MATTHIEU :


Mt 6:7- " Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens : ils s'imaginent qu'en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter.
Mt 6:8- N'allez pas faire comme eux ; car votre Père sait bien ce qu'il vous faut, avant que vous le lui demandiez.
Mt 6:9- " Vous donc, priez ainsi : Notre Père qui es dans les cieux, que ton Nom soit sanctifié,
Mt 6:10- que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Mt 6:11- Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien.
Mt 6:12- Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs.
Mt 6:13- Et ne nous soumets pas à la tentation ; mais délivre-nous du Mauvais.
Mt 6:14- " Oui, si vous remettez aux hommes leurs manquements votre Père céleste vous remettra aussi ;
Mt 6:15- mais si vous ne remettez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous remettra pas vos manquements.


POUR RUMINER LA PAROLE :

1. SITUATION.

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l'apôtre Matthieu, par un Père de l'Eglise, Papias d'Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l'Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu'il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s'il a été composé pour des chrétiens d'origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d'origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu'il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s'est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu'à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s'il a été d'abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : "allez, de toutes les nations, faites des disciples" (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l'avant-dernière, etc...), concentrées autour de la 6ème partie, le "Discours en paraboles", qui sert en quelque sorte de "pivot". Nous obtenons ainsi le découpage suivant :


- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l'autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par "cette génération" (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l'auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l'Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le "Nouveau Moïse".



Avec notre page continue le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu'on appelle habituellement le "Sermon sur la Montagne". Mieux vaut cependant l'intituler "La Charte du Royaume de Dieu", pour en mieux mesurer l'importance.

En effet, Jésus nous y livre les "secrets" du Règne de Dieu : d'abord, ce qu'il nous faut chercher et recevoir du véritable "bonheur" selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12), ensuite, ce qu'une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d'attitude dans la prière, l'aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère "unique" de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu'il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).


2. MESSAGE.

Après nous avoir indiqué comment l'exigence nouvelle du Royaume dépasse toutes les injonctions de la Loi en les accomplissant, et en les ouvrant aux dimensions infinies de l'amour et de la vérité (5, 17 - 48), Jésus re-situe maintenant trois pratiques religieuses importantes du Judaïsme, l'aumône, la prière et le jeûne, pour les mettre en harmonie avec le but qu'il nous propose dans ce discours sur la Charte du Royaume de Dieu.

Dans un nouveau chapitre de ce grand discours sur la montagne (4, 23 - 7, 4), il n'hésite pas à instaurer sa nouveauté dans la pratique qu'il propose des 3 oeuvres de piété traditionnelles en Israël, que sont l'aumône, la prière et le jeûne (6, 1 - 18).

Ces oeuvres de piété concernent nos relations avec Dieu, et Jésus, sur ce point, révolutionne les habitudes. Après nous avoir demandé de ne pas pratiquer notre "religion" devant les hommes pour attirer sur nous leurs regards (6, 1), il développe 3 unités de structure semblable (6, 2 - 4; 6, 5 - 6; 6, 16 - 18), où, chaque fois, il demande une très grande discrétion dans la pratique de l'aumône, de la prière et du jeûne, qui doivent être vécus dans le secret du coeur et le retrait de la scène publique, car il s'agit bien d'y exprimer une relation vivante et personnelle avec Dieu dans la foi.

Ces 3 unités de structure semblable sont interrompues par l'insertion de notre page, qui paraît être, selon beaucoup, d'origine plus ancienne dans la rédaction (6,7 - 15).

Notre prière, dans le secret de notre relation à Dieu (comme d'ailleurs l'aumône et le jeûne), se doit d'abord d'être brève, car nous prions pour notre bien, et, d'autre part, Deu sait d'avance quels sont nos besoins. La prière nourrit notre foi. Cet enseignement de Jésus n'est en rien un rejet quelconque de la prière liturgique à laquelle nous savons que Jésus participait à la synagogue (Marc, 1, 21), ce qui ne l'empêchait pas de prier en privé (Marc, 1, 35).

Cela dit, Jésus nous donne, dans les versets 9 à 13, l'exemple d'une courte prière qui s'inspire des 18 bénédictions de la liturgie de la synagogue, auxquelles il a ajouté le nom de "Père" qu'il attribue à Dieu, et la remarque finale sur le pardon (6, 14 - 15).

On compare volontiers cette prière du "Notre Père" dans l'Evangile de Matthieu avec la version qu'en donne Luc en 11, 2 -4, considérée comme plus primitive et plus proche de leur tradition commune, et à laquelle Matthieu a ajouté à la formule "Père" toute simple de Luc, les mots "Notre"... "qui es aux cieux". Matthieu nous précise aussi que le règne de Dieu consiste en l'application de sa volonté sur la terre, et, de même il ajoute à la dernière demande sur la tentation une requête instante pour notre salut : "délivre-nous du mal".


3. DECOUVERTES.

Le Règne de Dieu (et sa volonté !), écrit Paul aux Romains, est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint (Romains, 14, 17). D'autre part, cette demande "que ton Règne vienne" signifie que le Royaume n'est pas encore dans sa plénitude.

Le "pain de ce jour", ou "dont nous avons besoin" (TOB), pourrait bien encore être traduit par le "pain de demain" ou le "pain du futur". Ces 4 traductions conviennent toutes au sens de l'adjectif grec utilisé par Matthieu. Elles peuvent d'ailleurs se combiner, si bien que le pain peut être encore: le pain de la terre, ou le pain des pauvres, ou alors le pain de élus et des bénis de Dieu.

De plus, la réalité "pain " en elle-même peut se référer au banquet messianique, ou à l' eucharistie qui en est le véritable avant-goût.

"Pardonne-nous comme nous pardonnons" : Il existe un rapport entre la façon dont nous nous traitons les uns les autres, et la façon dont Dieu nous traite, mais cela ne peut se comparer selon la même proportion. Car Dieu est beaucoup plus généreux et miséricordieux que nous tous (Matthieu, 18, 21 - 25; 20, 1 - 16). Nous prenons donc, en priant ainsi, la responsabilité d'imiter Dieu dans son pardon.

"Délivre-nous du Tentateur" ou "Ne nous laisse pas succomber à la tentation" sont des traductions excellentes.Tel n'est pas le cas de notre version officielle liturgique pour les pays de langue française, théologiquement fausse si nous la suivons à la lettre.


4. PROLONGEMENT.

Une fois de plus, Jésus nous invite à imiter son exemple. Il nous partage donc son expérience sur la prière. Et ce qu'il nous suggère, c'est d'abord :

- d'appeler Dieu "Père", ce qui nous situe comme ses "Fils" dans la relation de proximité entre Dieu et nous que Jésus est venue inaugurer dans son ministère;
- ensuite, de lui dire simplement: "c'est toi qui comptes, je veux entrer dans ton projet, te rejoindre dans ton plan de salut";
- finalement, de lui exprimer notre confiance de pauvres et indigents, comptant sur sa miséricorde et sa bonté.



Seigneur Jésus,
c'est toi qui nous apprends à prier en toute vérité,
en nous rappelant d'abord que nous prions quelqu'un qui nous précède toujours
dans la connaissance intime qu'il a de nous-mêmes ainsi que du fond de notre coeur,
en nous définissant ensuite Dieu comme notre véritable et premier "Père",
en nous associant enfin à ta propre prière de Fils que tu nous partages,
si bien qu'il n'est pas de meilleure attitude possible dans notre dialogue avec Dieu
que cette expression, à la fois la plus simple et la plus complète
de ta rencontre du Père dans le "secret" de ta relation profonde avec lui :
donne-moi de prier avec d'autant plus de conviction que j'accueille mieux, dans ma foi confiante,
ta manière de parler à Dieu, notre Père,
dans l'Esprit Saint qui demeure en moi comme ta présence vivante. AMEN.
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