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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Jeudi 16ème semaine ordinaire - Evangile

DE L'EVANGILE DE MATTHIEU :


Mt 13:10- Les disciples s'approchant lui dirent : " Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? " -
Mt 13:11- " C'est que, répondit-il, à vous il a été donné de connaître les mystères du Royaume des Cieux, tandis qu'à ces gens-là cela n'a pas été donné.
Mt 13:12- Car celui qui a, on lui donnera et il aura du surplus, mais celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera enlevé.
Mt 13:13- C'est pour cela que je leur parle en paraboles : parce qu'ils voient sans voir et entendent sans entendre ni comprendre.
Mt 13:14- Ainsi s'accomplit pour eux la prophétie d'Isaïe qui disait : Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas ; vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
Mt 13:15- C'est que l'esprit de ce peuple s'est épaissi : ils se sont bouché les oreilles, ils ont fermé les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n'entendent, que leur esprit ne comprenne, qu'ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse.
Mt 13:16- " Quant à vous, heureux vos yeux parce qu'ils voient ; heureuses vos oreilles parce qu'elles entendent.
Mt 13:17- En vérité je vous le dis, beaucoup de prophètes et de justes ont souhaité voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu !<


POUR RUMINER LA PAROLE :

1. SITUATION.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l'Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu'il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s'il a été composé pour des chrétiens d'origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d'origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s'il a été d'abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : "allez, de toutes les nations, faites des disciples" (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l'avant-dernière, etc...), concentrées autour de la 6ème partie, le "Discours en paraboles", qui sert en quelque sorte de "pivot". Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l'autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par "cette génération" (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l'auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l'Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le "Nouveau Moïse".


Matthieu nous a maintenant fait entrer dans le 3ème grand discours qu'il fait prononcer à Jésus, et qui ne comporte qu'une suite structurée de paraboles (13, 1 - 52).

A regarder de près la construction symétrique de tout cet Evangile de Matthieu, l'on s'aperçoit que ce discours en constitue en quelque sorte le pivot central, autour duquel toutes les autres parties de l'Evangile se répondent en ordre inversé (c'est-à-dire : la première partie correspond à la dernière, la deuxième à l'avant-dernière, etc.).

Ce discours parabolique ne comprend donc que des paraboles, et qui nous sont présentées selon 2 types de déroulement :
- la parabole du semeur et celle de l'ivraie et du bon grain, d'abord racontées et ensuite réinterprétées de façon allégorique (attribuant une signification à chaque détail), mais après une réflexion de Jésus sur la raison pour laquelle il se sert de ce langage,
- des petites paraboles non suivies d'explication : celles du grain de sénevé, du levain dans la pâte, du trésor caché, de la perle précieuse et du filet.

De façon plus précise, à propos des 2 paraboles sur le semeur et l'ivraie et le bon grain, on a noté également qu'elles se déroulaient selon un schéma en 3 temps : - histoire - demande des disciples - explication.

Notre page de ce jour suit le récit proprement dit qu'a fait Jésus de l'activité du semeur. Il est à remarquer que cette première parabole est abordée par Jésus de façon "absolue", sans qu'il ait précisé au départ que "le Royaume des cieux est semblable à..." N'oublions pas toutefois que l'image de la semence pour traiter de la Parole de Dieu remonte à l' Ancien Testament (Zacharie, 6, 12 - 13). Paul l'utilise également pour rendre compte de son activité ministérielle et apostolique (1 Corinthiens, 3, 6 - 9).


2. MESSAGE.

Notre page constitue ainsi le 2ème temps de l'ensemble de la parabole du semeur, et Jésus y répond à une question de ses disciples sur le "pourquoi" d'un tel langage.

Matthieu suit ici de très près le texte plus ancien de Marc, 4, 10 - 12, mais en adoucissant les angles, et sans préciser que Jésus est seul avec ses disciples quand ceux-ci l'interrogent. Ce qui laisse à entendre que les gens de la foule ont pu, eux aussi, écouter les remarques de Jésus.

La réponse de Jésus, à première vue dure et choquante, indique bien que ceux-là seuls qui suivent Jésus dans la foi pourront recevoir et comprendre le sens total des paraboles. En effet, l'ouverture du coeur, nécessaire pour être un disciple authentique, conduit à la réception du message de salut en sa plénitude, tandis que l'attitude inverse de fermeture, en repliant l'homme sur lui-même, va jusqu'à lui faire oublier les propositions qui lui ont été offertes. En d'autres termes, dès que l'on se met en route pour suivre Jésus sérieusement, on se risque derrière lui et l'on comprend son message, car on s'est rendu disponible pour l'entendre.

C'est donc une grâce reçue et accueillie, et une béatitude, que de s'ouvrir à Jésus, à sa Parole, à sa proclamation et à son inauguration du Règne de Dieu. Celui qui cherche la vérité du sens de sa vie et du monde, avec un coeur de pauvre, est en mesure de recevoir et de comprendre les mystères du Royaume.


3. DECOUVERTES.

Là où Marc parlait du "mystère" du Royaume, au singulier, Matthieu parle des "mystères" au pluriel, en reprenant le sens biblique de ce mot, utilisé en particulier dans le Livre, de genre apoca:lyptique, de Daniel: il s'agit des plans secrets de Dieu dans l'histoire des hommes, et particulièrement pour la fin des temps, où est envisagé l'établissement du Règne de la justice de Dieu, accompagné de la destruction des forces du mal.

La TOB (Matthieu, 13, 11, note "v") donne aux "mystères" ici évoqués un triple sens possible: soit le Royaume en lui-même, soit le secret de Jésus comme inaugurateur du Royaume, soit le caractère secret et caché du Royaume.

La citation d'Isaïe, 6, 9 - 10 indique bien que celui qui ne discerne pas le secret du Royaume devient de plus en plus aveugle face à ce Royaume de Dieu. Car l'accès, et l'exclusion, du Royaume dépendent d'abord de l'accueil ou du refus que chacune ou chacun lui accorde. Il faut donc s'engager en vérité face au Royaume, car nous ne pouvons rester neutres. Cependant, la dernière phrase de la citation d'Isaïe rappelle l'intention du Seigneur, qui, peut-être, risque de ne pas aboutir à cause de notre refus de croire en lui. Cette intention est bien toujours de "guérir", c'est-à-dire de "sauver".

La "béatitude" du verset 16 souligne bien le rôle unique et privilégié des premiers disciples de Jésus, qui est d'abord d'être des "témoins oculaires" de sa personne, de sa mission, de son engagement suprême d'obéissance dans l'événement de sa mort - résurrection (voir, par exemple, 1 Jean, 1, 1- 5).


4. PROLONGEMENT.

Le Règne de Dieu est une réalité qui demeure toujours au-delà de toutes nos approches : on ne le possède pas, on ne le domine pas, on ne le conquiert pas, on le reçoit, tel que Jésus nous le présente, et avec une attitude de foi qui attend, de façon toujours renouvelée, la redécouverte de ce que Dieu nous offre.

D'où l'importance du langage des paraboles, qui nous accule à nous interroger en profondeur en nous "ouvrant", et en nous "sortant de nous-mêmes" devant le message de Jésus, qui est d'une richesse qui nous dépasse, et qui suppose, pour que nous le comprenions davantage, que nous nous dépouillions davantage de nous-mêmes, en nous remettant entièrement à lui.



Seigneur Jésus,
en nous invitant à découvrir les enjeux du Règne de Dieu en nos vies,
à partir de situations humaines concrètes sur lesquelles tu nous demandes
de réfléchir en faisant appel à notre expérience,
tu nous invites à une démarche de sérieux, de méditation, d'accueil ,
et d'ouverture, avec un coeur et un regard en attente, à une réalité qui nous dépasse,
tout en étant inscrite au centre de notre existence :
donne-moi, par ton Esprit Saint et ta présence qui demeure en moi, d'avoir part à ta Sagesse,
qui est celle du Père et qui rayonne de ta Parole et de toutes tes attitudes
de miséricorde et de prise en charge de ceux qui viennent à toi,
et rends-moi ainsi capable de discerner les signes des valeurs et des exigences du Royaume de Dieu
dans les circonstances concrètes de notre histoire d'aujourd'hui. AMEN
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