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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Jeudi 2ème semaine carême - Evangile

DE L'EVANGILE DE LUC :


Lc 16:19- " Il y avait un homme riche qui se revêtait de pourpre et de lin fin et faisait chaque jour brillante chère.
Lc 16:20- Et un pauvre, nommé Lazare, gisait près de son portail, tout couvert d'ulcères.
Lc 16:21- Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche... Bien plus, les chiens eux-mêmes venaient lécher ses ulcères.
Lc 16:22- Or il advint que le pauvre mourut et fut emporté par les anges dans le sein d'Abraham. Le riche aussi mourut, et on l'ensevelit.
Lc 16:23- " Dans l'Hadès, en proie à des tortures, il lève les yeux et voit de loin Abraham, et Lazare en son sein.
Lc 16:24- Alors il s'écria : "Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l'eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je suis tourmenté dans cette flamme. "
Lc 16:25- Mais Abraham dit : "Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et Lazare pareillement ses maux ; maintenant ici il est consolé, et toi, tu es tourmenté.
Lc 16:26- Ce n'est pas tout : entre nous et vous un grand abîme a été fixé, afin que ceux qui voudraient passer d'ici chez vous ne le puissent, et qu'on ne traverse pas non plus de là-bas chez nous. "
Lc 16:27- " Il dit alors : "Je te prie donc, père, d'envoyer Lazare dans la maison de mon père,
Lc 16:28- car j'ai cinq frères ; qu'il leur porte son témoignage, de peur qu'ils ne viennent, eux aussi, dans ce lieu de la torture. "
Lc 16:29- Et Abraham de dire : "Ils ont Moïse et les Prophètes ; qu'ils les écoutent. " -
Lc 16:30- "Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu'un de chez les morts va les trouver, ils se repentiront. "
Lc 16:31- Mais il lui dit : "Du moment qu'ils n'écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu'un ressuscite d'entre les morts, ils ne seront pas convaincus. " "


POUR RUMINER LA PAROLE :

1. SITUATION.

Luc est l'auteur d'une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l'Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l'Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu'il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu'il s'adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l'Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).



Cette page fait partie des enseignements que donne Jésus lors de sa longue montée à Jérusalem, qui constitue la cinquième partie de cet Evangile de Luc.


2. MESSAGE.

Ce passage, sous la forme d'une histoire qui veut illustrer le message de Jésus, met en scène un homme riche, ses 5 frères et... nous-mêmes.

Il pose la question suivante : est-ce que les cinq frères, et les lecteurs que nous sommes, nous allons suivre l'exemple du riche ou prendre en considération le message de Jésus - et celui de l'Ancien Testament - sur le souci que nous devons avoir de ceux qui sont dans le besoin, et ainsi devenir des enfants d'Abraham, et de la Promesse de Dieu que Jésus vient accomplir ?

Ceux qui ne suivent pas cet enseignement conjoint de Jésus et de l'Ancien Testament n'auront point part au banquet messianique, autre nom du Royaume de Dieu annoncé et réalisé par Jésus en sa mission.


3. DECOUVERTES.

On a trouvé de tels récits de renversements absolus de situation entre ce monde et l'autre dans des histoires s'emblables de la culture populaire Egyptienne,à l'exception toutefois du dialogue que nous lisons ici entre le riche et Abraham, et du fait qu'ici le "pauvre Lazare", qui est accueilli "dans le sein d'Abraham", ne se moque pas du riche devenu malheureux.

A noter que le riche de cette histoire ne se voit accuser d'aucune faute morale spécifiée, pas plus que le pauvre ne s'y voit considéré comme un homme juste. On a toute raison de penser que, dans ce texte, les riches sont condamnés du seul fait qu'ils sont riches, et qu'inversement les pauvres sont bénis du seul fait qu'ils sont pauvres : relire Luc, 1, 51 - 53 et 6, 20 - 26.

Tout au plus, le riche n'a pas perçu qu'il devait renoncer à sa situation, et, en prenant en charge le pauvre, devenir pauvre à son tour, c'est-à-dire renoncer à une richesse et un confort auxquels il n'avait aucun droit, et qu'ayant reçu, il avait mission de gérer, selon le plan de Dieu, et non pas pour lui-même, en le partageant. Jésus, nous le savons, apprécie la valeur de l'obole d'une veuve qui donne tout son nécessaire, et donc bien plus que les grosses sommes de ceux qui ne partagent que leur superflu (Luc, 21, 1 - 4).

Le "sein d'Abraham" désigne une position de choix dans le banquet eschatologique dont Jésus parle par ailleurs : voir Luc, 13, 28 - 29.

A partir du verset 27 s'ouvre un second épisode de cette histoire, dans une reprise du dialogue, déjà commencé, entre le riche et Abraham. Dialogue qui montre que le fait pour le riche d'être resté insensible à la situation de Lazare ne correspondait pas à l'enseignement de Moïse et des Prophètes, donc à l'enseignement de l'Ancien Testament, ni à l'enseignement de Jésus, tel qu'il est développé tout au long de ce qui précède cette histoire dans ce chapitre 16 de l'Evangile de Luc.

Le fait que le riche donne le nom de "Père" à Abraham n'en fait pas pour autant un fils d'Abraham, et donc un membre de l'Israël nouveau que Jésus reconstitue par son ministère. Reconnaître Abraham pour Père ne signifie rien pour le riche qui n'a pas produit les fruits d'un amour plein de tendresse à l'égard du pauvre, fruits qui auraient manifesté son désir de sortir d'une vie à partir de soi, et centrée sur soi, dans un aveuglement total.


4. PROLONGEMENT.

Même si la première partie de cette histoire nous montre que les pauvres comme Lazare sont sauvés par la seule grâce de Dieu, sans aucun mérite indiqué de leur part, les chrétiens riches de la communauté de Luc, et de nos communautés écclésiales, sont invités à prendre en charge les "Lazare" de leur temps. Et Dieu sait s'ils sont encore nombreux à notre époque, ceux qui souffrent de l'esclavage sous toutes ses formes, de la faim, du manque d'emploi, des conditions de misère de certains pays où l'on n'a guère plus d'un euro par jour pour toute ressource.

Dans l'Ancien Testament comme dans le message de Jésus, et celui de nos Eglises chrétiennes, aucun homme ne jouit devant Dieu de la propriété absolue et totale de tous les biens dont il dispose ou qu'il a acquis. La prise en charge du frère ou de la soeur dans le besoin, et le partage et l'abandon de nos biens que cela suppose, est un devoir primordial dans toute notre tradition Biblique du dessein de Dieu. Qu'avons-nous, s'écrie Paul, que nous n'ayons reçu ?

Les pauvres eux-mêmes doivent accueillir la Bonne Nouvelle de l'Evangile qui leur dit que "Dieu comble de biens les affamés", s'il "renvoie les riches les mains vides" (le Cantique de Marie en Luc, 1) : ce qui s'est réalisé pleinement dans la mort et la résurrection de Jésus, événement-mystère qui nous est offert, dans la foi, comme le suprême et ultime don que Dieu nous propose. Dieu qui, dans ce mystère pascal, se révèle le plus pauvre, parce que le plus disponible à toujours tout donner en se donnant lui-même, car il est Amour et gratuité sans limites (2 Corinthiens, 8, 9 et 1 Jean, 4, 7 - 16).



Seigneur Jésus,
tu nous as non seulement laissé le témoignage du dénuement le plus complet,
que tu as vécu en ta mort sur la croix, après avoir conduit ton ministère
comme un nomade qui n'avait "pas une pierre où reposer la tête",
mais tu nous as laissé également, dans ton enseignement,
un message radical sur la richesse et la pauvreté,
nous précisant que nul ne pouvait servir à la fois deux maîtres,
Dieu et l'Argent, et nous proclamant sans nuances, dans l'Evangile de Luc :
"Bienheureux les pauvres... Malheureux, vous les riches" :
fais-moi comprendre, comme il nous est rapporté dans le cantique,
mis dans la bouche de Marie, ta Mère, que "Dieu comble de biens
les affamés et renvoie les riches les mains vides", ou encore,
comme en témoigne Paul, ton Apôtre, que "tu t'es fait pauvre
pour nous enrichir de ta pauvreté", que, par ces Paroles
vraiment révolutionnaires, tu m'invites à changer de vie
en me dépossédant réellement des biens que j'ai reçus.
Donne-moi donc d'en mesurer toute la portée et d'essayer de mieux
les mettre en pratique dans mon existence de chaque jour. AMEN.

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