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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Lundi 18ème semaine ordinaire - Evangile

DE L'EVANGILE DE MATTHIEU :


Mt 14:13- L'ayant appris, Jésus se retira en barque dans un lieu désert, à l'écart ; ce qu'apprenant, les foules partirent à sa suite, venant à pied des villes.
Mt 14:14- En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié ; et il guérit leurs infirmes.
Mt 14:15- Le soir venu, les disciples s'approchèrent et lui dirent : " L'endroit est désert et l'heure est déjà passée ; renvoie donc les foules afin qu'elles aillent dans les villages s'acheter de la nourriture. "
Mt 14:16- Mais Jésus leur dit : " Il n'est pas besoin qu'elles y aillent ; donnez-leur vous-mêmes à manger. " -
Mt 14:17- " Mais, lui disent-ils, nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons. " Il dit :
Mt 14:18- " Apportez-les-moi ici. "
Mt 14:19- Et, ayant donné l'ordre de faire étendre les foules sur l'herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux au ciel, bénit, puis, rompant les pains, il les donna aux disciples, qui les donnèrent aux foules.
Mt 14:20- Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta le reste des morceaux : douze pleins couffins !
Mt 14:21- Or ceux qui mangèrent étaient environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants.


POUR RUMINER LA PAROLE :

1. SITUATION.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l'Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu'il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s'il a été composé pour des chrétiens d'origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d'origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s'il a été d'abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : "allez, de toutes les nations, faites des disciples" (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l'avant-dernière, etc...), concentrées autour de la 6ème partie, le "Discours en paraboles", qui sert en quelque sorte de "pivot". Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l'autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par "cette génération" (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l'auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l'Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le "Nouveau Moïse".


Avec notre page, qui se situe dans la 7ème division de l'Evangile de Matthieu (selon le schéma indiqué plus haut), nous avançons dans la partie du ministère de Jésus, au cours de laquelle il commence de se rapprocher de Jérusalem, tout en faisant découvrir à ses disciples le sens authentique, et inattendu pour eux, de sa mission, et en les préparant progressivement à son "heure" de passage au Père en sa passion-mort-résurrection. Et cela se situe dans un environnement où l'incroyance, voire les menaces directes de persécution, se manifestent ouvertement.


2. MESSAGE.

Il existe 6 récits de la multiplication des pains par Jésus dans nos 4 Evangiles, dont 2 se trouvent dans cet Evangile de Matthieu.

Les circonstances précises de ce signe de Jésus varient cependant dans ces différents récits, et vont de la quasi nécessité absolue (en Matthieu, 15, 32 - 33, les gens sont avec Jésus depuis trois jours dans un endroit désert), à la gratuité la plus frappante (en Jean 6, 1 - 15, Jésus se préoccupe de donner à manger à la foule dès qu'il la voit le rejoindre). Dans le cas présent, Jésus pouvait encore se permettre de renvoyer la foule pour que ces gens aillent se procurer de la nourriture dans les villages voisins.

Jésus choisit cependant d'inviter 5000 hommes, auxquels il faut ajouter les femmes et les enfants, à un repas partagé entre tous, qu'il leur propose, à partir de la mutiplication de 5 pains et de 2 poissons.

Jésus se comporte ici en chef de communauté, selon les traditions des repas célébrés en Israël les jours de fêtes religieuses, repas où l'on pratiquait des gestes de bénédiction sur le pain et la coupe de vin, au début et à la fin du repas.

Ces gestes, que reprend ici Jésus (prendre, lever les yeux au ciel ou rendre grâces, bénir, rompre les pains et les distribuer - Matthieu ne parle que de bénédiction pour les poissons - ) concernent ici toute la substance du repas, dans lequel tous mangent à leur faim.

Jésus associe ses disciples à ses gestes : il leur revient ainsi d'organiser la foule en faisant asseoir les gens, et de distribuer le repas du miracle.

Rien ne doit se perdre de ce repas, qui est un don de Dieu, dont on ramasse les morceaux qui restent.


3. DECOUVERTES.

Dans ce passage, ce miracle est situé dans le contexte d'une attitude d'immense compassion de Jésus, qui a pitié de cette foule, dont il guérit les malades (et à laquelle il ne prêche pas), attitude de réelle prise en charge que nous retrouvons tout au long des Evangiles.

Ici, comme dans les récits semblables de 1 Rois, 17, 8 - 16, de 2 Rois, 4, 42 - 44, et de Jean, 21, 4 - 8, le miracle n'est pas la conséquence d'une demande qui aurait été faite à Jésus : c'est la traduction, en une action précise, de la bonté suréminente et spontanée de Jésus.

En dépit de ce qu'affirment beaucoup d'opinions exprimées à ce sujet, il n'est pas certain que les chiffres mentionnés dans ce texte (5 pains, 2 poissons, 12 paniers, 5000 hommes) aient une signification symbolique.

A comparer ce passage avec celui de Matthieu, 26, 20 - 24, nous y lisons l'anticipation des gestes eucharistiques accomplis par Jésus lors de son dernier repas, et donc une anticipation du banquet messianique de la fin des temps, image du Royaume de Dieu achevé, après son inauguration en la mort-résurrection de Jésus et le don de l'Esprit Saint.

A le comparer avec le récit de ce qui s'est passé dans le miracle du prophète Elisée en 2 Rois, 4, 42 - 44, où beaucoup d'aspects ressemblent au déroulement de notre texte, il apparaît que Jésus achève l'image d'Elisée comme prophète de la fin des temps.

De plus, l'allusion à l'endroit désert où Jésus pensait se retirer en traversant la mer, après la mort de Jean Baptiste, nous rappelle le désert du Sinaï, où, après avoir traversé la Mer des Roseaux, le peuple d'Israël reçut le don de la manne (dont nous parle la première lecture de ce jour) au temps de Moïse.

Autant dire que ce signe de Jésus conduit à leur achèvement des gestes et situations semblables de l'Ancien Testament, tout en anticipant les gestes eucharistiques de son dernier repas, ainsi que le banquet messianique de la fin ultime des temps.


4. PROLONGEMENT.

Notons que ce signe de Jésus est effectué à un moment critique, pour ne pas dire de crise. De même qu'il s'était "retiré" après l'annonce de l'arrestation de Jean Baptiste (4, 12), Jésus se "retire" cette fois, en apprenant la mort de ce prophète, qui annonce déjà la sienne à venir.

Mais "l'Heure" de Jésus n'est pas encore venue, et, en d'autres occasions, comme après des discussions houleuses avec ses adversaires, Jésus se "retirera" encore de l'avant-scène (voir Matthieu, 15, 1 - 21 et 16, 1 - 5). Lors de son séjour à Jérusalem, quelques jours avant son arrestation, il ira, selon tous les Evangiles, tous les soirs se "mettre à l'abri", si bien que les autorités auront besoin d'un indicateur (Judas Iscariote) pour le trouver et s'emparer de lui.

C'est lorsque son "Heure" sera venue, que Jésus, la veille de sa mort, refera les mêmes gestes sur le pain, puis sur la coupe de vin, lors de son dernier repas. L'eucharistie que nous célébrons en Eglise, depuis la résurrection de Jésus et le don de l'Esprit Saint, nous renvoie toujours à l'"Heure" la plus critique de la plus grande crise de l'histoire du salut du monde :

1Co 11:26- Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.



Seigneur Jésus,
en nous disant : "venez à moi vous tous qui peinez, et je vous soulagerai",
tu as manifesté en paroles ce que tu accomplissais tous les jours
tout au long de ton ministère au coeur de notre monde,
et tu as ainsi révélé à quel point Dieu était riche en miséricorde,
miséricorde et pardon dont tu as témoigné en notre faveur,
en vivant jusqu'à l'extrême de ta mort sur la croix ton engagement prophétique
pour la Vérité de ton message et l'authenticité de tes gestes de grâce et de gratuité :
donne-moi, dans la lecture de ta Parole en Eglise,
comme dans la célébration des gestes eucharistiques de ton dernier repas,
gestes que tu nous as demandé de répéter "en mémoire de toi",
de vivre toute mon existence dans une unité profonde avec toi, et par toi, dans l'Esprit Saint,
avec le Père qui fait de moi son fils,
et me rend capable de reproduire chaque jour ton image. AMEN.
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