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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Samedi 15ème semaine ordinaire - Evangile

DE L'EVANGILE DE MATTHIEU :


Mt 12:14- Étant sortis, les Pharisiens tinrent conseil contre lui, en vue de le perdre.
Mt 12:15- L'ayant su, Jésus se retira de là. Beaucoup le suivirent et il les guérit tous
Mt 12:16- et il leur enjoignit de ne pas le faire connaître,
Mt 12:17- pour que s'accomplît l'oracle d'Isaïe le prophète :
Mt 12:18- Voici mon Serviteur que j'ai choisi, mon Bien-aimé qui a toute ma faveur. Je placerai sur lui mon Esprit et il annoncera le Droit aux nations.
Mt 12:19- Il ne fera point de querelles ni de cris et nul n'entendra sa voix sur les grands chemins.
Mt 12:20- Le roseau froissé, il ne le brisera pas, et la mèche fumante, il ne l'éteindra pas, jusqu'à ce qu'il ait mené le Droit au triomphe :
Mt 12:21- en son nom les nations mettront leur espérance.


POUR RUMINER LA PAROLE :

1. SITUATION.

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l'apôtre Matthieu, par un Père de l'Eglise, Papias d'Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l'Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu'il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s'il a été composé pour des chrétiens d'origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d'origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu'il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s'est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu'à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s'il a été d'abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : "allez, de toutes les nations, faites des disciples" (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l'avant-dernière, etc...), concentrées autour de la 6ème partie, le "Discours en paraboles", qui sert en quelque sorte de "pivot". Nous obtenons ainsi le découpage suivant :


- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l'autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par "cette génération" (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l'auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l'Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le "Nouveau Moïse".



. Entre les 2ème et 3ème grands discours de Jésus (discours missionnaire et discours parabolique), nous assistons au rejet progressif de Jésus par les gens de sa génération (11, 1 - 12, 50). Jésus a dû, pour commencer, répondre à une question de Jean Baptiste semblant mettre en doute sa mission, puis il a constaté, en se lamentant, que les villes du Lac de Galilée ne s'étaient pas ralliées à lui en se convertissant, en dépit des nombreux miracles qu'il avait accomplis chez elles.

Voici qu'il vient d'être fortement critiqué par des Pharisiens pour avoir laissé ses disciples arracher quelques épis de blé un jour de sabbat, et pour avoir abordé de front, avec eux, à la synagogue, la question de la possibilité, selon la Loi, de guérir un homme à la main désséchée un jour de sabbat (12, 1 -14). En ces deux occasions, il a défendu son action avec une très forte argumentation, allant jusqu'à se déclarant "Maître du sabbat" en tant que "Fils de l'homme". Attitude qui suffit largement pour que ses adversaires se mettent à comploter sa mort.


2. MESSAGE.

En guérissant l'homme à la main désséchée, après avoir répondu à ceux qui l'interrogeaient sur la possibilité d'effectuer pareille guérison le jour du sabbat (12, 9 - 14), Jésus démontre que son interprétation "humanitaire" du sabbat (le bien à faire à une personne passe avant l'obligation légale de ne rien faire le jour du sabbat) est garantie par Dieu, qui lui donne la capacité et la puissance de réaliser de telles guérisons.

Jésus, en ce cas, ne s'est pas opposé à la Loi, mais il l'a interprétée, de façon qui semble révolutionnaire à ses adversaires, en proclamant qu'il est toujours permis de "faire le bien" le jour du sabbat, soulignant ainsi la priorité du service de l'homme sur la Loi (12, 12).

Cela rapporté, Matthieu résume les activités de guérisons miséricordieuses de Jésus sous l'image du "Serviteur de Dieu". Face à ses adversaires, qui déjà l'accusent et le menacent de mort, Jésus, d'une certaine façon, bat en retraire, et s'il continue de guérir et d'agir en vérité, c'est dans la discrétion, car il ne cherche pas à rendre publique son identité.

Selon une pratique manifestée tout au long de son Evangile, Matthieu nous indique ici qu'un grand texte de l' Ancien Testament est accompli dans cette attitude de Jésus qui cherche à demeurer discret. Il s'agit ici du 1er poème du Serviteur que l'on trouve dans ce qu'on appelle le 2ème Livre du Prophète Isaïe (42, 1 - 4).

Ce poème nous montre à quel point *Dieu aime son Serviteur", qui est rempli de l'Esprit, et qui se penche avec douceur sur tous ceux qui sont faibles, découragés, blessés. Sa mission est marquée du sceau de l'espérance et de la victoire, et se situe dans la perspective d'une ouverture à toutes les nations.


3. DECOUVERTES.

Les 4 chants du Serviteur dans le 2ème Livre du Prophète Isaïe, visent Celui qu'on a appelé souvent le "Serviteur Souffrant". Cependant, les 2 premiers poèmes ou chants (42, 1 - 4, et 49, 1 - 6) insistent sur l'obéissance, la docilité et l'humilité du Serviteur, qui devient le modèle du témoin, puis du martyre jusqu'à la mort, dans les 3ème et 4ème chants (50, 4 - 9; 52, 13 - 53, 12).

Matthieu cite ici le premier de ces 4 poèmes, à partir d'un texte qui n'est repris ni de la version courante de l'Hébreu, ni de la traduction grecque des Septante, alors en vigueur.

Parmi les autres citations de l' Ancien Testament déclarées, dans l'Evangile de Matthieu , comme accomplies par Jésus en telle ou telle circonstance ou tel ou tel comportement, citons celle de l'Emmanuel, véritable Nom de "Dieu avec nous" attribué pleinement à Jésus (Matthieu, 1, 22 et Isaïe, 7, 14), celle interprétant le début de la mission publique de Jésus en Galilée comme la grande lumière qui jaillit au milieu du peuple, accomplissant ainsi la belle prophétie messianique d'Isaïe 8, 23 - 9, 1 (Matthieu, 4, 13 - 16), ou encore celle expliquant les guérisons effectuées par Jésus par l'image du Serviteur Souffrant", prenant sur lui toutes nos misères (Matthieu, 8, 16 - 17 et Isaïe, 53, 4).


4. PROLONGEMENT.

Si Jésus a été véritablement le Messie-Roi attendu par Israël, selon la grande tradition du messianisme royal et des psaumes qui l'explicitent (Psaumes 2 et 110, entre autres), c'est seulement lors de son procès, lorsqu'il est le prisonnier interrogé par Pilate, qu'il se déclare "Roi", mais d'un Royaume qui n'est pas de ce monde (Jean, 18, 33 - 37).

Il expliquera son destin de Messie, une fois ressuscité, en faisant appel à la tradition du Serviteur Souffrant d'Isaïe, en Luc, 24, 26 - 27 et 46 - 48, message que reprendront à leur tour les premiers prédicateurs de l'Eglise primitive, née de la Pentecôte (Actes, 8, 30 - 31).

Relisons le grand et beau poème sur l'obéissance totale et absolue de Jésus en Philippiens, 2, 6 - 11, ainsi que les déclarations de Jésus, assurant qu'il ne cherche en ce monde qu'à réaliser la volonté du Père qui l'a envoyé, comme un authentique service (Jean 5, 30, entre autres citations possibles).

Cette attitude de Jésus doit désormais être la nôtre, à nous, qui sommes appelés à reproduire son image (Romans, 8, 28 - 30), ainsi qu'à reprendre son comportement (Philippiens, 2, 1 - 11, et surtout ici, précisément, 2, 1 - 5).



Seigneur Jésus,
tu nous as révélé ta capacité unique de te comporter à la fois en toute vérité
ainsi que dans la discrétion et l'humilité de celui qui nous laisse toute la liberté de le suivre ou non,
et bien que tu aies refusé toute ambiguïté concernant ta mission,
tu as agi constamment dans le respect de tous :
maintiens en mon coeur ce sens de la vérité à toujours faire davantage dans la lumière,
sans jamais renoncer à être "miséricordieux comme notre Père est miséricordieux",
selon ce que tu nous as fait connaître,
et ce que tu as vécu humainement, du mystère de Dieu qui t'habitait sur notre terre. AMEN.
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