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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Samedi 2ème semaine de Pâques - Evangiles

DE L'EVANGILE DE JEAN :


Jn 6:16- Quand le soir fut venu, ses disciples descendirent à la mer,
Jn 6:17- et, montant en bateau, ils se rendaient de l'autre côté de la mer, à Capharnaüm. Il faisait déjà nuit ; Jésus n'était pas encore venu les rejoindre ;
Jn 6:18- et la mer, comme soufflait un grand vent, se soulevait.
Jn 6:19- Ils avaient ramé environ vingt-cinq ou trente stades, quand ils voient Jésus marcher sur la mer et s'approcher du bateau. Ils eurent peur.
Jn 6:20- Mais il leur dit : " C'est moi. N'ayez pas peur. "
Jn 6:21- Ils étaient disposés à le prendre dans le bateau, mais aussitôt le bateau toucha terre là où ils se rendaient.


POUR RUMINER LA PAROLE :

1. SITUATION.

L'Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l'Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d'une hymne primitive bien adaptée pour servir d'ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d'apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l'Evangile, se divise en deux grandes parties :

- LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu'il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

- LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l'accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son "Heure", passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d'abord ainsi nommé parce qu'il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :


- le changement de l'eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
- la guérison du fils d'un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
- la guérison d'un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
- la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
- la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
- la guérison d'un aveugle-né à Jérusalem (9),
- la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).

Cependant, dans la mesure où ces SEPT "signes" sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :

- 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l'eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
- 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d'un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
- 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
- 4°) Jésus vit l'approche de son "Heure", Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
- 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).



Dans la 3ème partie du Livre des Signes, nous entrons dans l'épisode où nous rencontrons Jésus au temps de la Fête de la Pâque Juive, avec le "signe" de la multiplication des pains (6, 1 - 15), le "signe" de sa marche sur les eaux (6, 16 -21), la foule qui le rejoint une 2ème fois (6, 22 - 24), sa préface au discours qu'il va donner sur le thème du "pain de vie" (6, 25 - 34), son discours sur le "pain de vie" (6, 35 - 50), une suite de ce discours, avec une approche différente du même thème (6, 51 - 59), suivie, pour conclure et jusqu'à la fin du chapitre, des réactions de la foule et des disciples.



2. MESSAGE.

Après la multiplication des pains, Jésus, craignant qu 'on vienne se saisir de lui pour le proclamer roi, s'est retiré seul dans la montagne. et c'est là qu'il se trouve toujours lorsque, le soir venu, ses disciples entreprennent de traverser le Lac de Tibériade, appelé encore la "Mer de Galilée".

L'obscurité venue, Jésus , en marchant sur les eaux, rejoint ses disciples qui se trouvent presque au milieu de la mer houleuse et bien agitée, sur laquelle ils avancent, semble-t-il, avec peine, en ramant.

Les voyant pris de peur à son apparition inattendue, Jésus se fait reconnaître, et, au même moment, les voici tous parvenus à leur destination, de l'autre côté de la mer.

C'est ainsi que deux nouveaux "signes" effectués par Jésus nous sont racontés, situés entre le "signe", qui les a précédés, de la mutiplication des pains et le grand discours de Jésus, qui va suivre, sur le sens de cette multiplication des pains. C'est dans la conjonction de ces trois "signes" que Jésus se révèle comme celui que le Père a envoyé pour accomplir définitivement les grands événements miraculeux de la libération du peuple Juif de l'esclavage Egyptien, réalisés successivement au temps de Moïse, lors de la traversée de la Mer des Roseaux, et du désert du Sinaï, ce dernier endroit étant le lieu où Dieu donna la "manne" à son peuple.


3. DECOUVERTES.

Dans le texte parallèle de Marc, 6, 48, c'est le matin que Jésus rejoint ainsi ses disciples. D'autre part, ce texte de Marc, 6, 45 - 52, peut, sur certains points, se comparer volontiers au récit de Marc, 4, 35 - 41 (et les textes parallèles). En effet, dans les deux cas, c'est un vent fort que Jésus apaise, avec la différence toutefois, que dans le cas de notre texte, Jésus absent rejoint ses disciples, alors que dans le récit de la tempête apaisée, il est avec eux, endormi, dans leur barque. On s'est demandé si ces deux récits de la marche sur les eaux et de la tempête apaisée ne nous rapportaient pas un seul et même événement.

A noter également qu'en Marc, 6, 45 - 52, lorsque Jésus rejoint ses disciples sur la mer, ces derniers n'interprètent pas son arrivée surprenante comme une "épiphanie du Christ qui les sauve, au sens fort du terme", à la différence de ce que nous rapporte Matthieu, dans sa version du même événement, en 14, 22 - 33, scène qui se termine par la confession de foi des disciples s'adressant à Jésus en lui disant : "Vraiment, tu es le Fils de Dieu".

Dans notre passage, Jésus se fait reconnaître par ces mots "c'est moi", littéralement : "Je suis". Dans trois autres textes de l'Evangile de Jean, en 8, 24; 8, 28 et 13, 19, l'utilisation par Jésus de cette formule "JE SUIS", sans attribut et de façon absolue, renvoie clairement à l'expression hébraïque qui désigne le Nom de "Yahvé" dans l'Ancien Testament, partculièrement en Deutéronome, 32, 39, Isaïe, 43, 10 et 52, 6.

Dans notre passage, comme d'ailleurs en Jean, 18, 5. 6. 8, cette expression "Je suis" (c'est moi) se présente comme une parole pour se faire reconnaître de quelques personnes qui se demandent devant qui elles se trouvent, mais rien ne nous interdit de l'interpréter également, comme le font beaucoup d'éxégètes, au sens fort du Nom divin que Jésus se donne "JE SUIS".

L'arrivée immédiate à sa destination de la barque des disciples que Jésus a rejoints au milieu de la mer constitue donc ici un deuxième événement miraculeux, qu'on ne trouve que dans ce récit de Jean, et qui nous rappelle ce qu'il est écrit de l'action de Yahvé-Dieu, dans le psaume 107, 23 - 30.

Associée à la multiplication des pains, que Jésus, dans son discours sur le pain de vie, va réinterpréter comme rappelant et dépassant l'action de Dieu qui nourrissait son peuple de la "manne" au désert du Sinaï, cette marche de Jésus sur les eaux, suivie de la fin immédiate de la traversée de la mer pour tous, semble bien être un rappel de la traversée libératrice de la Mer des Roseaux par le peuple Juif conduit par Moïse, lors de la sortie d'Egypte, racontée au livre de l'Exode. Remarquons cependant que les deux événements successifs de la sortie d'Egypte (traversée de la mer et don par Dieu de sa nourriture) sont inversés dans cet ensemble de textes de l'Evangile de Jean que nous lisons.


4. PROLONGEMENT.

Dans la mesure où, dans le discours sur le pain de vie qui va suivre cette scène, Jésus interprète son "signe" de la multiplication des pains comme l'annonce du "pain de vie" de sa Parole et de son mémorial eucharistique, il n'est pas interdit de lire dans le "signe" de sa marche sur les eaux l'annonce de l'accomplissement de la libération de la servitude d'Egypte qu'il effectuera comme libération de tous les hommes en son "passage" pascal.

Cette libération nous est transmise comme don de l'Esprit qui fait de nous des "fils adoptifs" du Père, don de l'Esprit qui a été, pour chacune et chacun de nous, associé à notre plongée dans l'eau du baptême, "signe" de notre enfouissement dans la mort de Jésus, et de notre relèvement d'entre les morts pour une vie nouvelle selon Dieu, en sa résurrection.



Seigneur Jésus,
tu nous fais maintenant traverser la mer de nos adversités
et de nos résistances au salut que Dieu nous offre, en nous rejoignant sur notre route
par ton Esprit Saint qui nous habite et nous conduit, et par lequel tu nous replonges
dans le sens profond de ta Parole et de ton "passage" au Père
dans "l'Heure" unique, et vécue une fois pour toutes, de ta Pâque :
apprends-moi à toujours d'abord vivre de ta vie, de ta présence, de ta Parole,
de ta charité, de ta Vérité sans cesse obéissante au Père, et de ta Lumière,
en laissant reproduire en nous ton image de "Fils". AMEN.
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