Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
20 Mars 2010
Nous sommes au chapitre 8 de l'Evangile de Jean, un moment où la tension devient de plus en plus grande entre les adversaires de Jésus - les scribes et les pharisiens - et Jésus. La fête des tabernacles est en plein déroulement. Jésus est sans cesse harcelé par ceux qui veulent trouver un moyen de l'accuser et de le condamner. On lui pose des questions, on lui reproche ce qu'il dit, la tension monte de plus en plus.
Et au cours de ces jours, voilà qu'on amène à Jésus une femme, prise en flagrant délit d'adultère. Et ce que nous retenons peut-être d'abord de ce récit, c'est de voir comment Jésus se tire une fois de plus d'un piège. En effet, si Jésus dit qu'il faut condamner cette femme, il se situe contrairement à tout son enseignement de miséricorde et de pardon ; d'autre part, s'il déclare qu'l ne faut pas la condamner, on pourra l'accuser de rejeter la Loi de Moïse, une fois de plus.
Car on l'a maintes fois accusé de ne pas respecter le sabbat, de mettre l'homme avant le sabbat, d'inviter à la miséricorde avant l'application de la Loi. Et nous voyons à quel point Jésus est capable de se tirer de ce piège, une fois de plus. On ne prendra pas Jésus en défaut. Et quand on le condamnera, on le condamnera pour avoir manifesté contre les marchands du Temple et avoir fait des vagues dans la ville de Jérusalem. Il sera donc livré à Pilate qui n'admettait pas beaucoup ces troubles, et il sera facilement condamné.
Mais à travers cette scène, à travers ce piège qu'on tend à Jésus, nous avons tout un enseignement à découvrir.
D'abord, la relation de Jésus avec ces scribes et ces pharisiens.
Voilà des hommes qui lui amènent une femme prise en flagrant délit d'adultère. La Loi précisait - comme cela se fait encore en certaines terres d'islam aujourd'hui - qu'on doit lapider ces femmes-là. Mais ce qui est surprenant, c'est que ces gens qui amènent cette femme, ils ne lui amènent pas une femme, ils lui amènent " un cas ", un cas à traiter - d'où la reprise : " Notre Loi dit qu'on doit la lapider. Toi, qu'est-ce que tu penses ? Qu'est-ce que tu vas nous sortir comme réponse ? " Un cas. On traite cette femme comme un cas.
Et nous pouvons remarquer à quel point c'est une tentation permanente dans notre vie de traiter les autres comme un cas - un cas qu'on met dans un dossier, un cas qu'on met dans un tiroir… et toute l'attitude de Jésus va être de les faire passer de cette étude de cas - à partir duquel on pourrait le condamner - à la rencontre d'une personne.
Jésus prend de la distance en faisant des gestes sur le sol, pour montrer à quel point il se situe ailleurs par rapport à leurs questions. Ils ont beau continuer à l'interroger - nous n'avons pas le détail de ces questions - mais Jésus ne répond rien, il écrit sur le sol. Il va leur envoyer cette phrase extraordinaire : " Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre " - phrase qui veut dire deux choses : Premièrement : Vous avez devant vous une femme, une personne, et non pas un cas d'école, ou un cas de tribunal, ou un cas de dossier ; vous avez devant vous quelqu'un, avec ses problèmes, avec ses difficultés : qu'allez-vous en faire ? Et 2ème remarque de Jésus : face à cette personne, vous êtes aussi des personnes : qui êtes-vous pour la juger ? " Que celui qui est sans péché soit le premier à lui jeter la pierre. "
Dès qu'on rencontre une personne, c'est quelqu'un dont la Bible dit dans son 1er chapitre, qui a été créé à l'image de Dieu. Cette femme - bien qu'adultère - est à l'image de Dieu. C'est une sœur pour vous : qu'est-ce que vous allez en faire ? Et vous-mêmes, vous êtes à l'image de Dieu. Au nom de quoi avez-vous une supériorité ? Traiter les gens comme un cas, c'est prendre le pouvoir extraordinaire, c'est les ramener à l'état de choses. Jésus refuse cela, et ramène ces pharisiens à une dimension humaine. Et il réussit, parce qu'ils s'en vont tous les uns après les autres ; ils ne peuvent pas répondre à ça.
Sans compter que, dans tout son enseignement, Jésus refuse que l'on juge ses frères. " Ne jugez pas, vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. " Parce que Jésus estime que le jugement sur la conscience, le jugement sur la qualité d'une personne, ne revient qu'à Dieu. Et cela est quelque chose qui nous est toujours demandé. Nous avons le droit de constater objectivement des faits qui sont regrettables, nous avons le droit d'obtenir qu'il y ait des compensations objectives pour des malheurs ou des faits qui ont été commis, mais nous devons toujours le faire dans le respect de la personne dont le secret du cœur n'appartient qu'à Dieu et dont Dieu nous dit : " C'est un frère - c'est une sœur - pour lequel Christ est mort " comme l'écrira saint Paul.
Donc, ce premier enseignement, c'est de nous dire : ce que Jésus dit aux pharisiens, il nous le dit à nous, aujourd'hui : ne traitons pas les autres comme des cas, mais comme des frères et des sœurs - qui peuvent avoir des limites, des imperfections, commettre des bêtises - mais ne confondez pas la bêtise et l'homme, le cœur et la personne.
Et quand nous voyons les grands prophètes de notre temps, je pense encore à l'abbé Pierre : le point de départ de ces gens-là, de ces prophètes, c'est de traiter les autres comme des personnes qui ont les mêmes droits, la même dignité, la même valeur. " Lève-toi, on va aider un plus pauvre que toi - tu n'es pas un cas, tu es quelqu'un. " La charité commence par cette reconnaissance que les autres sont quelqu'un. Et nous savons que chaque personne est irremplaçable devant Dieu.
Et puis, nous avons la relation de Jésus et de cette femme.
Quand Jésus se retrouve seul devant cette femme - on a très souvent dit : regardez le jugement de Jésus - mais non, Jésus ne la juge pas. Jésus est devant elle comme un frère, et le serviteur ; non pas comme quelqu'un qui a le pouvoir. Pas le pouvoir de traiter un cas, et même le pouvoir de la juger.
Jésus a refusé de prendre position entre les personnes, dans une attitude de juge, tout au long de sa mission.
Un jour, une personne est venue le trouver pour lui dire : " Ecoute, je ne m'entends pas avec mon frère sur un héritage, viens faire l'arbitre. " Jésus lui dit : " Qui suis-je, qui m'a envoyé pour régler vos partages ? Je ne suis pas venu pour ça. " Donc Jésus, à son tour, se trouve devant quelqu'un. Que fait-il, comme serviteur de cette personne ? Il lui rend sa dignité : " Va, lève-toi, mets-toi debout. Va ! " : la miséricorde, le respect, quoi qu'elle ait fait. " Et ne pèche plus " : la vérité. Il ne lui dit pas : " Tu n'as rien fait. " - " Va, et désormais ne pèche plus " : il la met debout. Et cette femme a commencé par le reconnaître comme Seigneur. " Personne ne t'a condamné ? " Elle répondit : " Personne, Seigneur. ". Elle a senti que cet homme devant lui était quelqu'un qui donnait une valeur. Et à partir de là, tout est possible.
Et remarquons : nous sommes devant le mystère de Dieu. Dieu est Celui en qui - dit le Psaume - " amour et vérité se rencontrent, justice et droit le précèdent. " C'est bien ce que Jésus révèle ici dans une attitude concrète. Et remarquons l'ordre des choses. Jésus ne commence pas par dire à cette femme : " Tu ne te rends pas compte ce que tu as fait ? Tu vois où ça t'a amenée ? Mais moi, je suis bon, je vais te pardonner ! " Jésus ne raisonne pas du tout comme cela. " Lève-toi, et ne pèche plus. "
Et c'est là que nous sommes fortement interpellés. Comment vivons-nous la vérité les uns face aux autres ? Dire à quelqu'un ses quatre vérités, c'est prendre un pouvoir sur lui ou elle, ce n'est pas être serviteur, c'est être maître. On ne peut dire la vérité à quelqu'un que dans la mesure où il a perçu la miséricorde en nous. A ce moment-là, on pourra peut-être dire tel ou tel aspect, sans tuer, sans blesser, sans réduire, sans rendre esclave. C'est ainsi que Jésus se comporte. En effet, il y a un proverbe qui dit : " Toute vérité n'est pas bonne à dire " On doit présenter la vérité comme un service : si l'on veut que ce service fonctionne, il faut que la vérité soit reçue par l'autre. Et elle ne sera reçue que si l'autre a perçu, d'abord, la miséricorde, l'ouverture, le respect, le pardon. Autrement, c'est une manière de prendre un pouvoir extraordinaire. Et même si l'on dit après : " Je t'aime bien ", qu'est-ce que ça veut dire ? C'est de l'hypocrisie.
Les autres ne sont pas des cas, ce sont des frères, à traiter d'abord gratuitement, dans l'amour. La miséricorde est gratuite ; et la vérité peut se partager comme un service - et non pas comme un pouvoir.