Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
26 Juin 2010
Luc 9, 51-62
Temps ordinaire C - 13ème Dimanche :
Dans ce récit de la mission de Jésus, nous arrivons aujourd'hui à un tournant, une 2ème grande partie de cet Evangile s'ouvre, qui est la montée de Jésus vers Jérusalem, où se déroulera la 3ème partie de cet Evangile - c'est-à-dire la prédication de Jésus à Jérusalem, sa passion, sa mort, sa résurrection.
Cette seconde partie est très longue dans l'Evangile de Luc, elle dure 10 chapitres, montée lente de Jésus vers Jérusalem.
Depuis la Galilée où il a fonctionné comme prophète, dans une mission facile, triomphante même, il va se rendre vers Jérusalem où les choses vont être beaucoup plus délicates car c'est la ville des grands prêtres, c'est la ville du procurateur, c'est la ville où on risque sa vie quand on est prophète.
C'est pourquoi dans cet Evangile, nous avons un premier enseignement fondamental - qui va être suivi de deux autres - qui est celui de Jésus, de son attitude, qui part avec courage vers Jérusalem. La traduction est un peu ramollie ; quand on lit ce texte dans sa langue grecque : " Il durcit son visage pour aller vers Jérusalem ", ce qui suppose un effort. Jésus doit faire un effort car il va prendre des risques, vivre la mission qui est la sienne, en tant qu'homme libre comme nous, même s'il a sur lui l'Esprit de Dieu, sa liberté n'est pas atteinte ; il doit prendre avec courage le risque d'aller jusqu'au bout - ce qu'il fera, jusqu'à la mort sur la croix. Il prend le risque d'affronter ses adversaires, d'affronter ceux qui refusent son enseignement, ceux qui refusent sa parole.
Donc, un premier enseignement pour nous. Etre chrétien, c'est accepter le risque de la foi ; et le risque de la foi suppose courage, suppose force. Bien sûr, cette force nous l'avons reçue de Dieu, c'est la force de l'Esprit Saint. Mais encore faut-il que nous la laissions traverser notre vie pour que nous puissions prendre les décisions qu'il faut. Et prendre des décisions, c'est toujours un choix et un effort. Premier enseignement fondamental de cet Evangile.
Le deuxième, c'est la réaction des deux disciples, Jacques et Jean. Dès qu'ils trouvent une difficulté, un refus, ils veulent faire descendre sur les gens le feu du ciel et les détruire - ce que Jésus refuse absolument. Ils les interpellent vivement. Et là aussi, nous avons un 2ème enseignement fondamental : c'est qu'on ne met pas Dieu à son service, comme essaient de faire ces deux disciples. Mais en même temps, on ne ramène pas Dieu à notre niveau. Nous avons toujours la tentation de ramener Dieu à notre niveau et de le traiter comme une force magique qu'on pourrait soit utiliser, soit invoquer, pour qu'il vienne dans ce monde, régler nos problèmes. Dieu n'est pas à notre niveau, il est d'un autre ordre. Et s'il y a continuité entre Dieu et nous - puisque nous croyons que Dieu est la source, invisible, mystérieuse, de toute chose, qu'on appelle le Créateur - nous ne rencontrons pas Dieu sans une rupture.
Et l'Ancien Testament, toute la Bible juive qui raconte l'histoire du peuple de Dieu depuis Abraham jusqu'à Jésus, est marquée par cette tension fondamentale : on essaie d'utiliser Dieu qui règle les batailles, qui est vainqueur des ennemis, etc… Mais en même temps, on dit qu'on ne peut pas voir Dieu sans mourir. Il y a cette tension à accepter ; et que Jacques et Jean n'ont pas encore acceptée ; mais que Jésus va accepter, lui. Quand il sera sur sa croix et que ses adversaires lui diront : " Si tu es le Fils de Dieu, descend de la croix ! ", il ne se passera rien. Dieu n'est pas celui qui, dans notre monde, est une force qu'on manie et qui est de notre ordre, qui résout les problèmes avec les moyens de ce monde. Il se peut, ça arrive qu'il y ait des miracles - il y en a eu quelques uns, c'est très rare - mais les miracles sont toujours des signes, et non pas la réalité de Dieu qui intervient dans notre monde à notre niveau. Dieu reste à son niveau, respectons sa grandeur. C'est ce que Jésus fait.
Alors, nous sommes interrogés par cette attitude de Jacques et de Jean. Il est toujours facile de prier Dieu comme si c'était un magicien suprême qui va, avec les moyens de ce monde, avec les puissances de ce monde, avec la nature de ce monde - avec les tempêtes, et les vents, et les tremblements de terre, les tsunamis, etc… - qui va venir, soit nous déranger, soit nous aider. Dieu n'est pas de cet ordre. Sa réalité fondamentale nous invite à le suivre dans une transformation ; Dieu nous appelle à la résurrection. Jésus ne descendra pas de la croix par la puissance de sa prière pour épater ses ennemis ; c'était la tentation qu'il avait connue au début de son ministère : " Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi du haut du Temple ! " Jésus ne rentre pas dans cette catégorie-là.
Mais le Seigneur est ressuscité d'entre les morts, et il va entrer avec son humanité dans le monde de Dieu, qui est un monde autre, et qui est le monde qui suppose une rupture, pour entrer dans la plénitude. Et cette rupture, c'est celle de la mort. Les disciples Jacques et Jean n'avaient pas compris. Mais nous sommes parfois tentés d'être comme eux, et de vouloir imaginer le bonheur, le bonheur de Dieu comme cette vie sans problème, avec Dieu qui résout toutes nos difficultés ; il n'y a plus de maladies, il n'y a plus d'obstacles, il n'y a plus de mort, il n'y a plus rien… Je pense que ce n'est pas de cet ordre-là, ce qu'on appelle le ciel, ou le paradis. C'est entrer, et se laisser transformer dans l'ordre de Dieu - ce qui suppose une rupture, dans une continuité qui nous dépasse. Respectons le mystère de Dieu.
Et puis, nous avons, dans ces trois petites scènes - troisième enseignement fondamental - quelqu'un qui veut suivre Jésus de lui-même. Jésus en appelle un autre, et puis encore un autre. Et on a l'impression que ça se passe mal. Pourquoi ? Eh bien parce que les réactions de ces gens montrent qu'ils n'ont pas compris.
Etre disciple de Jésus, ce n'est pas de faire un choix parmi d'autres. On ne choisit pas d'être disciple aujourd'hui et de faire autre chose demain. On ne choisit pas d'être disciple de Jésus comme une partie de sa vie : j'ai ma profession, j'ai ma famille, j'ai mes loisirs, et je suis disciple. Etre disciple de Jésus, c'est le choix, priorité absolue, le choix fondamental à partir duquel tout se remet en place.
Il ne faut pas interpréter ces textes, qui nous choquent peut-être - " Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière, n'est pas fait pour le Royaume de Dieu " - si on interprète ça sans comprendre la pensée de Jésus, on en fait un choix, en disant : c'est ou Jésus, ou c'est rien. Non ! C'est " et " Jésus, et le reste illuminé, transformé par la présence de Jésus. Qui de nous peut dire qu'il n'a jamais regardé en arrière, en suivant Jésus ? Nous sommes pécheurs - autrement, ça serait un salut qui ne serait pas de ce monde, qui ne nous concerne pas, impossible à suivre. S'il faut suivre Jésus sans jamais regarder en arrière, si vraiment on est incapable de la moindre faiblesse ou de la moindre erreur… Ce n'est pas ou Jésus ou rien - ce qui nous fait sauter et nous faire dire : " Mais, ce n'est pas possible ! Je n'ai même pas le droit d'aller enterrer mon père ! "
Le choix de Jésus est le choix de base à partir duquel tout se situe. Et c'est ce que ces gens doivent comprendre. " Je te suivrai partout où tu iras " - Attention, dit Jésus, ce n'est pas un choix parmi d'autres, c'est LE choix. Le reste suivra. Quand tu m'auras suivi, tu comprendras. Bien sûr, tu dois enterrer ton père ; mais ce n'est pas entre enterrer ton père ou me suivre. C'est me suivre, et ensuite mettre les choses à leur place.
Je pense que là aussi, il y a un enseignement très important pour nous également.
Il faut interpréter bien sûr, ces textes, à la lumière de tout l'enseignement de Jésus. Jésus a dit : " Le commandement unique que je vous donne, c'est de vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. " Et c'est aussi ce que disait la deuxième lecture de saint Paul aux Galates. Si on doit s'aimer les uns les autres comme Jésus nous a aimés, bien sûr qu'on doit saluer ses parents, qu'on doit les embrasser avant de partir, qu'on doit enterrer son père et sa mère quand ils sont morts. Il faut mettre ces textes en perspective pour voir que Jésus nous demande : tu me suis, tout le reste ensuite trouvera sa place, à son niveau.
Jésus a insisté fortement que dans ses paroles les plus fortes, les plus rigoureuses, et apparemment les plus dures, il dit : attention, c'est un choix de vie, un choix de vie ou de mort pour toi. Si tu me suis, tu auras la vie ; et dans cette vie-là, tu resitueras toutes les valeurs de ce monde à leur place, en les respectant, et toutes les relations de ce monde à leur place, en les respectant.
Et quand on connaît l'enseignement de Jésus, qu'on essaie de le connaître jusqu'au bout, on s'aperçoit que Jésus nous apprend à aimer à la façon de Dieu. Ce n'est pas aimer à partir de nous, c'est aimer à partir de Dieu, en recevant un amour gratuit. Du moment qu'on se tourne vers Dieu, on comprend comment aimer son père et sa mère, comment enterrer son père et sa mère, comment suivre Jésus, en quittant tout. Car ces paroles-là ne sont pas réservées à une élite qui existerait dans l'Eglise. Il n'y a pas d'élite dans l'Eglise, il n'y a que des chrétiens de base qui sont tous appelés à être fils et filles de Dieu, frères et sœurs les uns des autres. " Il n'y a plus ni homme ni femme, ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre. "
Et si nous avons des vocations différentes, c'est pour nous interpeller les uns les autres à vivre cette qualité de Dieu, suivi en priorité, et nous invitant à transformer toute notre vie, tous nos regards, tous nos choix, à partir de lui. Et c'est là que nous sommes fortement interpellés. Jésus n'est pas un parmi d'autres, il est le seul. Et dès que nous le suivons, eh bien nous sommes comme lui, nous apprenons à aimer comme lui, nous vivons comme lui.