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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Temps ordinaire - 14ème Dimanche C :


Luc 10, 1…20


Il y a des pages de l'Evangile qui n'ont pas besoin d'être actualisées, car elles sont toujours, d'elles-mêmes, dans leur propre texte, d'une actualité qui traverse les siècles et même les millénaires. Et c'est bien le cas de cette page unique de l'Evangile de Luc, un texte que nous ne trouvons que là, dans tout le Nouveau Testament, que ne nous rapportent pas les autres Evangiles, de cette mission des soixante-douze disciples qu'envoie Jésus.

Luc, qui écrit son Evangile pour des chrétiens d'origine païenne, est sensible à cette insistance de Jésus sur la mission universelle des soixante-douze - chiffre symbolique qui indique que la mission concerne tous les hommes - une mission universelle. Et une mission où tous sont missionnaires. L'universalité du salut, l'universalité de l'appel, universalité de l'envoi. Et une mission qui est exactement la même que celle que Jésus confie aux douze apôtres, dans un autre texte qui lui, se retrouve dans les trois Evangiles de Matthieu, de Marc et de Luc - mission exactement selon les mêmes directives et dans les mêmes perspectives.

Si bien que nous avons là, dans ce texte, l'affirmation - peut-être trop souvent oubliée à travers les siècles - que ce ne sont pas seulement les responsables d'églises, successeurs des apôtres, qui sont missionnaires - mais tous les chrétiens de base le sont au même titre, au nom de leur foi qui agit par la charité. Et d'ailleurs, si on connaît un petit peu l'Evangile de Luc, et son autre texte, les Actes des Apôtres, on s'aperçoit que le grand tournant de l'Eglise primitive, c'est-à-dire la prédication à des païens qui ne connaissaient absolument pas le judaïsme, la première prédication à des païens a été faite par des chrétiens de base, et sans demander l'autorisation à qui que ce soit, se sont mis à convertir des païens et à les baptiser. Si bien que les responsables de l'Eglise de l'époque, Pierre et les apôtres, et les autres, ont envoyé un député, un ambassadeur, Barnabé, pour vérifier ce qui se passait : comment se faisait-il que des laïcs osent prendre des responsabilités dans l'Eglise ? Et Barnabé a remarqué que ce qu'avaient fait ces gens était merveilleux, et il les a encouragés à continuer.

Nous sommes peut-être tentés de croire que la responsabilité de la mission ne concerne que les responsables. Elle nous concerne tous au même titre, parce que nous sommes disciples de Jésus.

Donc, un texte qui reste d'une brûlante actualité aujourd'hui.

Et cette mission, Jésus la décrit, de la même façon pour tous. Il la décrit, bien sûr, comme un envoi, et un envoi ensemble. On ne se proclame pas missionnaire de sa propre autorité. Et c'est toujours avec d'autres, c'est toujours une équipe : il les envoie deux par deux. C'est toujours une communauté. Dès qu'on est avec quelqu'un, une communauté se met en place. On s'en va ensemble, on est solidaires. Car si on n'est pas solidaires les uns des autres dans la mission, on ne sera pas solidaires de Jésus, on risquera d'en faire son affaire et ne pas respecter celui qui nous envoie.

Et qu'est-ce qu'il nous envoie faire ? C'est là la partie la plus centrale de ce texte : il nous envoie, conscient qu'on a besoin de la prière ; la prière pour qu'on ne soit pas les seuls. Il est surprenant que dans ce texte, Jésus dit de prier pour qu'il y ait des ouvriers pour la mission. Il dit à ceux qu'il envoie, à eux de prier ; ceux qu'il envoie doivent prier pour n'être pas les seuls ouvriers ; ils doivent prier pour que leur mission soit contagieuse, et que là où ils sont, d'autres soient ouvriers, à cause d'eux. Quelquefois, nous prions pour les vocations, comme si on était extérieurs, en disant : " Seigneur, envoie des missionnaires à ton Eglise " - alors que dans ce texte, Jésus parle à ses soixante-douze disciples et leur dit : " priez, vous que j'envoie ", c'est-à-dire " agissez, en présence de Dieu, pour que votre mission soit contagieuse ; donc, ça veut dire que c'est par notre qualité de missionnaires que nous appelons les autres à faire comme nous.

Et la caractéristique de cette mission, elle est fondée sur la qualité humaine des missionnaires. Des hommes libres, capables de prendre des risques : " Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. " On prend des risques, on se donne ; on n'est pas là pour se protéger, on est là pour se donner. Ce n'est pas une affaire de technique : l'argent, le sac, les sandales, les salutations sur la route… C'est notre vie de qualité, notre vie en vérité, qui est missionnaire. Et cette mission, c'est toujours une rencontre : une rencontre des personnes ; ce n'est pas une stratégie humaine, c'est la rencontre des gens : ceux que l'on voit, et à qui, avec qui, on va entrer en convivialité, car ce sont des images de Dieu. Tout homme est fait à l'image de Dieu, ils doivent devenir des images du Christ comme nous.

Donc, on apporte sa paix, on accueille, on se laisse accueillir, on fait une certaine unité avec ces gens que l'on rencontre. Et puis, on annonce que notre qualité de vie, notre envoi, c'est le Règne de Dieu qui arrive, qui est proche, qu'on est appelés tous ensemble à grandir dans une meilleure humanité, de meilleures communautés, dans une paix. Nous savons à quel point, même après 2000 ans de christianisme, cela est difficile. Nous voyons comment le monde se déchire aujourd'hui. Qualité de vie, qualité de vérité, qualité de la rencontre… Et cela est à faire tous les jours, là où nous sommes envoyés.

Se laisser accueillir… Et en même temps, respecter la liberté. " Vous n'en voulez pas, eh bien c'est bien. Mais sans compromission. On n'est pas d'accord avec votre position, on vous respecte, mais on n'est pas d'accord… " C'est ce que Jésus appelle " secouez la poussière de vos pieds." Respecter la liberté, respecter tout le monde, respecter toute autre croyance, toute autre secte - pourquoi pas ? - sans compromission. On ne peut pas vraiment être vrais, être missionnaires, aimer, si on n'est pas vrais avec les autres, dans le respect de ce qu'ils sont différents - et avec soi-même, dans le respect de son identité.

Le salut suppose cette qualité - et non pas la fraude, et non pas la magouille, et non pas les moyens détournés, et non pas les pressions - le partage d'hommes et de femmes adultes, qui sont envoyés par Quelqu'un.

Donc, une mission, vraiment, de qualité. Et cela nous interpelle tous les jours. Notre manière de vivre est appelante, elle doit être contagieuse - à condition que, quand on nous interroge, nous rendons compte de l'espérance qui est en nous. Notre comportement doit poser question, parce que c'est un comportement à la façon de Jésus. Et la réponse à cette question, c'est : Quelqu'un nous envoie, Quelqu'un nous fait vivre, Quelqu'un nous habite ; Quelqu'un qui nous invite à vivre avec vous, dans la communauté des chrétiens rassemblés. Et puis, cette mission, c'est uniquement la mission de Jésus. L'efficacité, c'est la sienne, ce n'est pas la nôtre.

L'apôtre Paul, qui est un des grands premiers missionnaires de l'Eglise - peut-être le plus grand - dit : " Moi je sème, je plante, un autre arrose, mais c'est Dieu qui fait la croissance. " La mission n'est pas le succès des missionnaires, c'est le succès du Christ, c'est la victoire du Christ, c'est cette parole : " Je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair. " Ce n'est pas par la faute des disciples qu'ils sont victorieux contre les puissances du mal. Ils sont témoins de la victoire de Dieu, par Jésus, sur les puissances du mal dans ce monde, ils en sont témoins. Cette victoire passe par eux, puisqu'elle est connue et répandue par eux - mais c'est la victoire du Christ. Ce n'est pas la nôtre. L'efficacité, c'est celle de Dieu. C'est pour ça que Jésus dit : attention, ne vous prenez pas au sérieux comme si c'était vous qui faisiez les choses. Vous êtes des annonceurs d'une action et d'une parole qui sont celles d'un Autre. " Ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais parce que vous avez été choisis par Dieu, gratuitement. La mission est pauvreté, humilité, vérité.

Vous voyez l'enjeu que ça représente comme qualité de vie que Jésus propose à tous ceux qui le suivent.

Et au début de ce texte, Jésus les désigne, les envoie devant lui, dans toutes les villes. Etre disciples de Jésus, c'est le suivre. Et le suivre, c'est être envoyé devant lui. On annonce quelqu'un qui va venir après nous, et qui va faire le travail vraiment sérieux, de convertir, de changer les cœurs. Car on ne peut pas changer le cœur des autres, on ne peut pas changer les autres. Mais on peut leur annoncer que Quelqu'un va les aider à vivre et à les mettre debout.

Et cette mission - dernière caractéristique - ce n'est pas seulement une parole, c'est une action. Et une action qui est une action de guérison, c'est-à-dire de miséricorde, c'est-à-dire d'entraide, c'est-à-dire de solidarité, c'est-à-dire de mettre debout.

Et de ce point de vue, on peut dire que, dans l'histoire de nos églises, depuis deux millénaires, cela a toujours été vrai, même si les intentions n'ont pas toujours été parfaites, peut-être. Mais là où les missionnaires arrivent, qu'est-ce qu'ils font : ils créent des hôpitaux, ils créent des écoles, ils essaient d'aider les gens à être davantage hommes et femmes de leurs cultures - magnifique travail qui est lié à la propagation de l'Evangile.

Vivre à la façon de Jésus, c'est faire du bien à tous ceux que l'on rencontre, en son nom. Magnifique programme. On n'a pas besoin de l'actualiser. Je pense que nous pouvons le vivre au premier niveau, comme ceux qui l'ont entendu de la bouche de Jésus.

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