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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Temps ordinaire - 16ème Dimanche C :

 
Luc 10, 38-42


Une page d'Evangile qui a toujours fait couler beaucoup d'encre, parce qu'on s'est interrogé sur les circonstances concrètes de cette rencontre de Jésus avec ces deux femmes, Marthe et Marie.

D'abord, qui sont-elles ? On les retrouve, semble-t-il très probablement dans l'Evangile de Jean comme ayant un frère, qui est Lazare. Jésus sera concerné par cette famille quand Lazare mourra et qu'il sera ressuscité par Jésus. Et de même juste avant sa propre mort, il sera accueilli dans cette famille, par Lazare, Marthe et Marie - Marie y ayant la même attitude de celle qui écoute la parole, et Marthe qui est maîtresse de maison. Mais la différence, c'est que, dans l'Evangile de Jean, ils n'habitent pas sur la route lointaine vers Jérusalem, mais pratiquement à un km de Jérusalem, à Béthanie. Ce sont des circonstances. On peut penser quand même que ce sont les mêmes personnes qui sont concernées. De même, on s'est interrogé longtemps en se disant : y a-t-il là une description de deux attitudes chrétiennes, de deux styles de vie ?


Je pense qu'une page d'Evangile se situe dans l'Evangile. Et ce qu'il nous faut d'abord chercher, c'est le message central de cette page - message qui est commun à toutes les réceptions de Jésus partout où il passe, et qui se résume dans une phrase : " Une seule chose est nécessaire. " Quelle est cette seule chose : c'est l'écoute de la Parole, et c'est la suite de Jésus, marcher derrière lui comme disciple.

Et une fois de plus, ici, Jésus effectue un décalage qui est choquant. Rappelons-nous, quand sa mère et ses frères veulent le rencontrer, que dit-il : " Ma mère et mes frères, qui sont-ils ? " - il regarde ses disciples - " Voici ma mère, voici mes frères… " Nous avons là un décalage choquant et extraordinaire. Quand Jésus, dans l'Evangile de Jean, rencontre la femme de Samarie et que ses disciples sont partis chercher de la nourriture, quand ses disciples reviennent en disant : " Seigneur, mange ! ", Jésus leur dit : " Ma nourriture, ce n'est pas celle-là. J'ai une autre nourriture qui n'est pas de ce monde. " Quand une femme s'écrie dans la foule : " Heureuse ta mère, celle qui t'a porté dans son sein ", Jésus répond : " Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent. " Quand le Christ ressuscité sera accueilli par les disciples d'Emmaüs, que fera-t-il : lui, l'accueilli, se comportera en chef de famille qui bénit la table, et disparaît.

Chaque fois, Jésus surprend, car pour lui, une seule chose est nécessaire.

L'Evangile ne raconte pas la vie privée de Jésus, ni ses relations amicales avec telle ou telle famille, ou tel ou tel homme, telle ou telle femme ; l'Evangile nous raconte la mission de Jésus qui vient dire à toute homme et à toute femme : une seule chose est nécessaire, le suivre, écouter sa Parole, marcher derrière lui. Tout le reste disparaît devant ça ou prend une place seconde.

Et c'est bien là le message que nous trouvons ici, au moment où Marthe dit à Jésus : " Ma sœur me laisse seule faire le travail, tu pourrais quand même lui dire qu'elle me donne un coup de main ! ", que répond Jésus ? " Une seule chose est nécessaire. "

On a quelquefois pensé que ça voulait dire : ne fais pas tant de cérémonie, ne mets pas cinq ou six plats, n'en mets qu'un… " Je pense que cela n'a rien à voir avec la vérité de l'Evangile. L'Evangile est concerné par le message central du Royaume de Dieu. Jésus est présenté partout comme Celui qui annonce le Règne de Dieu, transformation radicale des valeurs et de notre vie.

Donc, le message central, c'est de nous dire : est-ce que notre vie est centrée d'abord sur Jésus - d'une façon radicale et absolue - c'est lui qui compte d'abord ; lui, représentant de Dieu, lui en qui le Père est visible, lui en qui Dieu s'est manifesté. Priorité absolue, radicalité absolue. Et ça rejoint d'autres paroles de Jésus : on ne peut pas suivre Jésus si on ne quitte pas son père, sa mère, ses frères, ses sœurs, ses enfants, si on ne quitte pas tous ses biens. Parole toujours brutale, radicale et choquante. Et c'est bien ça, une constante absolue dans ce message de Jésus.

Mais cette constante est-elle le rejet du reste ? Non, elle devient une priorité totale, mais qui ne rejette pas le reste, mais qui lui donne sa véritable place et sa véritable lumière. Jésus a d'autres paroles du même genre : " Ne vous mettez pas en peine - c'est sa réponse à Marthe - de ce que vous mangerez, de ce que vous boirez, de ce dont vous vous vêtirez. Votre Père sait que vous avez besoin de toutes ces choses. " Nous sommes créés à l'image de Dieu, c'est pour vivre en ce monde avec les capacités qui nous sont données à accueillir ce monde pour en vivre en fils de Dieu et en frères les uns des autres et sœurs les uns des autres. " Cherchez d'abord - dit Jésus - le Royaume de Dieu et sa justice. Tout le reste vous sera donné. "

Donc, ce n'est pas le " tout ou rien ", mais c'est Dieu d'abord, Jésus d'abord - et le reste, ensuite, à la lumière toujours de Jésus. Regardons comment est construite la prière de Jésus, le Notre Père. Qu'est-ce qu'on demande : " Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite… " Et après : " Donne-nous le pain, le pardon, la force devant la tentation. " D'abord Dieu premier servi, Jésus premier. Et c'est bien là le message central de ce texte qui nous invite à bien nous situer. Et à remarquer que, quand on suit Jésus, sa lumière change tout, on voit les autres valeurs autrement, on voit la vie de famille autrement. Dans la mesure où, à partir de là, en Jésus, on se regarde les uns les autres : ce n'est pas seulement mon enfant, ce n'est pas seulement mon garçon, ce n'est pas seulement ma fille, ce n'est pas seulement mon père, ce n'est pas seulement ma mère, ce n'est pas seulement mon ami, ce n'est pas seulement un bon repas, ce n'est pas seulement un bel accueil… Quand on se regarde dans la foi, c'est l'image de Dieu ; mon époux, mon enfant, mes parents, sont images de Dieu. Et si on est chrétien, c'est l'image du Christ.

Et c'est ainsi qu'on s'accueille, en insistant sur la valeur fondamentale de chacun, valeur unique de chaque homme et de chaque femme, transfigurée par l'Esprit Saint, par la création qui vient de Dieu, qui donne une valeur unique qu'on ne découvre pas sans la foi d'abord, en Jésus. Cherchons d'abord Jésus, et le reste trouvera sa place à la lumière et à la transfiguration de l'Esprit Saint que nous donne Jésus. Et c'est bien ce qui se passe ici. Donc, Marie a choisi la meilleure part, dit Jésus. Pourquoi ? Parce qu'elle semble avoir compris que c'est ça l'essentiel. Faites comme elle, cherchez d'abord le Royaume de Dieu : voilà le message central de cette page.


Alors bien sûr, les aspects secondaires ont peut-être un rôle à jouer. Est-ce qu'il y a plus d'importance à passer toute sa vie à prier, à écouter la Parole plutôt qu'à travailler chez soi, à faire son ménage, à suivre sa profession ? On a écrit des livres là-dessus, allant jusqu'à comparer les ordres religieux, en disant que les sœurs contemplatives - comme les sœurs du Carmel - sont supérieures aux sœurs actives, qui font de la pastorale dans les paroisses… Je pense qu'on est revenu de cela depuis au moins cinquante ans. Nous sommes tous égaux, tous frères et sœurs, devant la même mission : suivre Jésus qui nous appelle ; et ensuite, organiser notre vie à la lumière de cette suite, et avec la force de l'Esprit.

Mais il y a un point, peut-être, qui doit nous accrocher, un point secondaire qui peut nous faire réfléchir. C'est ce que suggère la liturgie, en parlant de l'accueil, qu'on retrouve dans la 1ère Lecture : Abraham accueille Dieu qui vient chez lui - l'accueil.

Il y a, chez Marthe et Marie, un accueil de Jésus. Un accueil complet, on l'a vu : dans sa Parole chez Marie, on l'accueille comme homme chez Marthe - ce qui est très beau. Les disciples d'Emmaüs accueilleront également Jésus. Donc, l'accueil.

Mais on peut penser que Luc, qui écrit cela 50 ans au moins après la mort de Jésus et sa résurrection, traduit la situation de l'Eglise primitive. L'Eglise primitive était le lieu de l'accueil de petites communautés. Il n'y a pas eu d'églises construites, de temples construits, de cathédrales construites, de basiliques construites, avant le début du 4ème siècle. C'était en s'accueillant les uns chez les autres que l'on vivait la communauté chrétienne. Et là où on s'accueille les uns les autres, Jésus est au milieu de nous. " Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux. "

Un rappel, peut-être, à travers cette scène, de ce que c'est que la communauté chrétienne : c'est une communauté d'accueil, de convivialité, où on s'accueille - mais on s'accueille centrés d'abord sur la Parole de Dieu, on s'accueille également comme des frères et des sœurs. Et cela nous invite à nous interroger. Ce n'est pas le message central de cette page, je pense, mais c'est quand même important la manière dont nous vivons en Eglise, en communauté, en famille… Nous ne sommes pas des foules qui nous nous rassemblons nécessairement dans des basiliques et des cathédrales, où nous risquons d'être très passifs dans les célébrations, et d'être un peu comme des invités lointains qui essayons de grappiller ce que nous pouvons. Nous sommes des frères et des sœurs qui, ensemble, partageons la Parole, partageons le repas, et partageons l'Eucharistie bien sûr, et partageons la charité. C'est ainsi que l'Eglise primitive fonctionnait.

Et même si nous Eglise s'est installée par la suite, dans l'histoire, en ayant pignon sur rue comme elle l'a eu pendant près de vingt siècles - elle risque de le perdre en ce moment, mais elle l'a encore - notre Eglise actuelle ne doit pas nous empêcher de dire : c'est quand nous nous rassemblons autour de la Parole, autour de l'Eucharistie, et vraiment comme des sœurs et des frères qui partagent, que l'on vit vraiment l'accueil de Jésus aujourd'hui. Accueillir Jésus, c'est se réunir, en communauté, autour de sa Parole, et l'Eucharistie, et la charité. Autre aspect de ce texte.


Que le Seigneur nous aide à en vivre toutes les dimensions : la dimension centrale de radicalité : il faut suivre et tout le reste change - et en même temps, le rencontrer, c'est nous rencontrer les uns les autres comme des frères et des sœurs, toutes et tous son visage, son image.

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