Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

Publicité

Temps ordinaire - 17ème Dimanche C :


Luc 11, 1-13


Jésus continue de monter vers Jérusalem avec ses disciples, il instruit ses disciples, il répond à toute situation, toute question qu'on lui pose ; également, il prie et il vit sa prière.


Et la question que nous pouvons nous poser à partir de cette page d'Evangile : pourquoi les disciples lui demandent-ils de leur apprendre à prier ? C'est parce qu'ils l'ont vu prier. Et que demandent-ils à Jésus ? Une formule, une recette ? Ils lui demandent de leur partager son expérience de prière, de leur partager sa propre prière, de leur communiquer sa prière. Non pas une formule à apprendre par cœur et à répéter, pas une recette toute cuite, mais une expérience. Et c'est bien une expérience que traduisent les mots que Jésus leur donne pour prier.


Nous avons deux versions de ces mots. Nous avons la version courte de l'Evangile de Luc, la version longue de l'Evangile de Matthieu qui est passée dans la prière de l'Eglise et notre prière personnelle. La prière que nous récitons, c'est la formule plus longue de l'Evangile de Matthieu, tirée de son discours sur la charte du Royaume, son discours sur la montagne ; mais c'est le même sens, c'est la même prière. Ce sont des mots qui traduisent une attitude.

D'abord une situation : " Père " : on doit se situer devant Dieu, le reconnaître comme Père - donc se reconnaître comme fils. Donc, c'est une démarche de conversion et de vérité. Est-ce que nous sommes des fils qui parlons à un Père ? Est-ce que nous nous considérons comme tels ? Baptisés dans la mort et la résurrection de Jésus, fils comme Jésus, au même titre que Jésus, sur le même plan que Jésus. Jésus a pu dire : " Mon Père et votre Père ". Père - une situation.

Et un Père devant lequel on fait la vérité, un Père devant lequel on se décentre, on sort de soi-même. Un Père qui n'est pas quelqu'un dont nous avons à apprendre seulement à vivre, et qui va vivre pour nous pour que nous prenions la suite dans la succession de la famille, des générations. Mais un Père à rejoindre, qui est toujours devant nous. Un Père dont la meilleure façon de le rencontrer, c'est de souhaiter que ce Père soit content, que ce Père réalise son projet, réalise ce qu'il veut, avec nous, comme il le veut, comme il l'entend. Donc, comme fils, nous disons : " Que ton nom soit sanctifié, que ton Règne vienne, toi d'abord. " Se décentrer pour dire : " c'est toi, Seigneur, c'est toi que je cherche dans ma prière, ce n'est pas moi. C'est toi que je veux rencontrer tel que tu es. C'est toi dont je veux rentrer dans le Royaume que tu proposes… " Sortir de soi pour rencontrer Quelqu'un, qu'on reconnaît comme Père, dont on est le fils et vers lequel on se tourne en se détournant de soi.

Et puis, quand on a fait cet effort, on est devenu pauvres ; donc, on devient dépendants : " j'ai besoin de toi, je compte sur toi. Alors, donne-moi le pain, le pain de la création, le pain du salut, le pain du Royaume, le pain de l'Esprit, le pain de tout ce que tu peux me donner. C'est de toi que vient la vie, ce n'est pas moi qui poses mes exigences ; je ne viens pas avec une liste de choses comme dans un supermarché, il faut ceci, ceci, ceci… C'est toi qui vas décider ce dont j'ai besoin. Je me mets devant toi comme un pauvre. Et parmi ces besoins, il y a de quoi vivre, en vérité, en qualité pour toi : la création nouvelle, le salut, le Royaume, ainsi que la vie de chaque jour… Et puis, le pardon : changer mon cœur, toi seul peut le faire. J'accepte d'entrer dans cette logique, j'accepte d'essayer de pardonner à mes frères, je fais un effort - je n'y arrive peut-être pas - mais j'ai besoin de toi. Change mon cœur… Et puis, je ne pourrai rien faire sans toi : donne-moi la force dans la difficulté, dans la tentation. "

Cette prière n'est pas une recette, cette prière n'est pas une formule. Cette prière, c'est une manière de se situer devant Dieu. Les mots, donc, doivent correspondre à un esprit. Sommes-nous des fils ? Est-il vraiment notre Père ? Est-ce d'abord lui qui compte ? Est-ce que c'est notre projet d'abord qu'il doit exaucer ? Ou bien c'est son projet ; et ce que nous attendons de lui, c'est ce qu'il propose.

Nous voyons à quel point cette prière est une attitude et une expérience à recevoir - et pas une formule. Et donc, quand nous recevons cette prière à notre tour, il ne s'agit pas de réciter 50 Pater et 50 Je vous salue Marie, qu'est-ce que ça veut dire ? On n'est pas des répétiteurs ou des machines à prier, ou des moulins à prière ! On se tient en vérité devant Quelqu'un, et on essaye de l'accueillir, tel qu'il est et tel qu'il le veut.

Voilà comment, avec des mots, Jésus partage son expérience. Alors, en faisons-nous une expérience ? Une attitude, une démarche ? Une attitude du cœur ? Et si nous prononçons ces mots dans ces formules ici, ou dans les formules de Matthieu qui est devenue la nôtre, que ces mots ne soient pas une routine, mais que ces mots soient la traduction de quelque chose de profond.


Et puis, Jésus continue par cette parabole sur l'ami importun. On ne peut prier que dans la confiance - c'est ça le sens de cette parabole - sans douter de Dieu. Entre hommes, on est bien capables de se déranger, et d'insister pour obtenir ce que l'on veut. On sait bien que celui qui insiste obtient toujours ce qu'il veut, nous le savons. Nous savons très bien que ceux qui réussissent avec les difficultés de l'administration, les difficultés de la finance, les difficultés de la justice, s'ils insistent, s'ils se battent, ils auront un résultat.

Voilà notre vie d'hommes. Or Jésus dit : vous êtes capables de faire ça entre vous, entre amis, entre frères. Alors que vous êtes des hommes limités, pécheurs, pas toujours très bons, pas toujours très propres, magouilleux parfois, vous ne donnerez jamais à votre fils quelque chose de mauvais. Alors, Dieu qui est bon, ne doutez pas de lui. On ne peut pas prier à la façon de Jésus si on n'a pas une confiance totale que Dieu nous écoute, plus que tout homme ou toute femme pourrait nous écouter en ce monde - et d'une manière toujours à découvrir. On ne doute pas, confiance !

Mais également une confiance qui va au-delà de ce que nous aurions entre nous. " Votre Père ne refusera pas l'Esprit Saint ", on a confiance que Dieu nous donnera ce qu'il décide de nous donner, l'Esprit - c'est-à-dire le salut, c'est-à-dire d'entrer dans son Royaume, d'abord. Attendons de lui ce qu'il veut nous donner - et pas d'abord ce que nous voulons qu'il nous donne. Nous avons là cette conversion à faire sans arrêt. La prière n'est pas un moyen d'obtenir ce que nous avons décidé d'obtenir, mais d'un moyen, en présence de Dieu, d'accueillir ce qu'il nous offre et ce qu'il nous propose. Et à ce niveau-là, la prière est toujours exaucée - pas dans le sens où nous l'aurions voulu d'abord, mais dans le sens d'une qualité de vie que Dieu seul peut nous donner, même dans la maladie, même dans la souffrance, même dans les situations impossibles ; une qualité de vie face à Dieu, face aux autres, face à nous-mêmes. Et nous le savons bien, quand on accompagne quelquefois des malades, quand des gens vont à Lourdes et qui voient ces souffrants qui reviennent en disant qu'ils sont guéris - alors qu'ils ne sont pas guéris - mais dont le cœur a changé et dont la vie prend un autre sens. Dieu les a écoutés, bien sûr. Mais il les a exaucés à sa façon, dans la qualité de vie.

Voilà ce que Jésus nous propose comme prière. Donc un enseignement que nous avons toujours à recevoir.


Mais une dernière question se pose : pourquoi la prière de Jésus rayonnait-elle ainsi ? Pourquoi, quand il était en prière, ses disciples avaient envie d'apprendre sa prière ? Qu'est-ce qui sortait de lui ? La prière de Jésus rayonnait. Et la nôtre devrait rayonner aussi de la même façon, parce que nous avons reçu l'Esprit Saint, nous sommes des baptisés dans la mort de Jésus, nous savons prier, nous avons de quoi prier. Saint Paul écrit : " L'Esprit Saint vient au secours de notre prière. Dieu nous apprend à prier par la mort et la résurrection de Jésus et l'Esprit Saint, et l'Eucharistie que nous partageons.

Est-ce que notre prière rayonne ? Et comment peut-elle rayonner ? Si elle rejoint la prière de Jésus totalement, car Jésus prie ce qu'il vit. Son attitude devant le Père, ce ne sont pas seulement des mots, c'est toute sa vie. " Je ne suis venu que pour faire la volonté de mon Père et accomplir son œuvre. " Jusqu'au moment de sa mort : " Non pas ce que je veux mais ce que tu veux ", sa prière à l'agonie. Jésus qui peut dire au Père : "Je ne fais rien de moi-même, je reçois tout de toi. " Jésus qui s'est montré comme celui qui accueille tout du Père et qui donne tout.

On ne peut pas prier si on ne vit pas. Prier comme Jésus, c'est vivre comme Jésus. Et plus notre prière rejoint notre vie dans un témoignage d'unité, plus elle rayonne. Elle rayonne par notre action, elle rayonne par notre engagement, elle rayonne par notre manière d'aimer, notre manière d'être vrais, de gérer nos affaires, de vivre en famille…

Et la raison pour laquelle nous vivons, c'est que nous vivons avec Jésus, et que nous prions comme Jésus. Voilà la clé du rayonnement. Et nous sommes interrogés : est-ce que nous rayonnons notre prière ? Est-ce que nous rayonnons notre engagement ? Est-ce que nous rayonnons notre foi qui agit par l'amour ? Est-ce que nous sommes images du Christ ? Alors, on peut prier comme lui.

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article