Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
31 Juillet 2010
Luc 12, 13-21
Nous retrouvons Jésus toujours en train de monter vers Jérusalem et qui, une fois de plus, se trouve affronté à une nouveauté, une question qui lui vient de la foule - et qui est l'occasion pour lui, une fois de plus, d'avancer dans sa prédication, qui est de situer tout événement face à sa mission qui est d'avancer le Règne de Dieu, Règne de Dieu en ce monde et Règne de Dieu qui ne finit pas. Et dans cet épisode, nous voyons donc quelqu'un qui demande à Jésus de venir être juge dans un héritage, une affaire de famille.
Ce qui nous frappe tout d'abord, c'est la réponse de Jésus :
..." Qui m'a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages ? ". En d'autres termes : " ça n'est pas mon affaire, ce n'est pas à moi de faire ça. " Réponse extrêmement importante ! Jésus se manifeste ici comme le prophète de Dieu, on le prend pour un prophète, on lui demande d'être arbitre. Mais il se sait également prophète des derniers temps, prophète de la fin des temps, prophète ultime du Règne de Dieu - et dont nous savons, après sa résurrection, qu'il est Dieu lui-même, manifesté dans son humanité. Jésus nous dit : ce n'est pas à Dieu de régler nos problèmes. Ce n'est pas à Jésus de régler nos problèmes. C'est parfois une tentation pour les croyants, pour les chrétiens, de s'en remettre à Dieu pour nos problèmes de la terre, nos problèmes d'hommes, nos problèmes de femmes, nos problèmes de gestion, nos problèmes de partage, nos problèmes de vie ordinaire, de vie commune.
Et à travers cette réponse de Jésus, on sent très bien qu'il dit à ces gens : à vous de prendre vos responsabilités. Pourquoi fuir vos responsabilités ? C'est aussi une tentation de fuir ses responsabilités. Se mettre d'accord avec d'autres suppose qu'on accepte de dialoguer, qu'on accepte d'avoir des points de vue différents, qu'on accepte d'arriver à un accord ; et qu'on accepte de le faire en toute liberté et dans le respect de l'autre. Pas nécessairement de faire appel à un juge. Si les groupes humains, les sociétés humaines ont mis en place une justice - qui est une excellente institution - ça n'est qu'un recours.
Et quand on appartient à la même communauté chrétienne - que ce soit une communauté religieuse, une paroisse, ou même l'Eglise - on devrait être capables de se passer d'arbitres. Il y a, dans la 1ère Lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe, un reproche qu'il fait aux Corinthiens : " J'ai appris que certains d'entre vous qui n'étaient pas d'accords, allaient au tribunal païen pour régler leurs problèmes ! Si vous êtes vraiment les disciples de Jésus Christ, prenez vos responsabilités d'après l'Evangile et réglez ensemble vos problèmes ! " C'est trop facile de faire appel à un tiers, pour démissionner. Et encore plus facile de faire appel à Dieu, qui ne va pas intervenir dans ce genre de domaine.
Ça n'est pas l'objet de notre prière. Le Règne de Dieu, c'est de vivre selon l'Evangile - mais comme des hommes libres et des femmes libres, créés à l'image de Dieu - donc capables de résoudre nos problèmes. Bien sûr, la prière peut nous aider à nous situer face à Dieu pour résoudre nos problèmes. Et non pas pour démissionner.
Et il y a, dans cette attitude de l'homme qui demande à Jésus d'intervenir
...comme prophète dans cette affaire d'héritage, quelque chose d'extrêmement dangereux : de mettre Dieu à notre service. Dieu n'est pas celui qui est à notre service, comme le serait un serviteur ou un esclave. Quand ça ne va pas, on dit : " Seigneur, tu vas résoudre mes problèmes. " Qui est le Maître, est-ce que c'est lui ou est-ce nous ? Est-ce que c'est nous qui décidons ce que Dieu doit faire pour nous ? Ou bien est-ce que c'est nous qui devons suivre la volonté de Dieu ? Tout le problème de la foi est là. La foi, c'est se remettre à quelqu'un à qui l'on se soumet, à qui l'on se remet comme un pauvre. " Bienheureux les pauvres de cœur. " Voilà certainement le premier message de cet épisode.
Mais Jésus profite de l'occasion pour dire à tous ceux qui sont là :
... attention ! Il y a un esprit à conserver. Prendre ses responsabilités, ce n'est pas faire n'importe quoi ! C'est quand même se situer face à des principes, face à un appel, face à un message. " Gardez-vous de toute âpreté aux gains ; car la vie d'un homme ne dépend pas de ses richesses. "
Et Jésus de nous raconter cette parabole de l'homme qui bâtit des greniers pour y mettre toute sa récolte ; et ensuite, qui veut se donner une retraite en or, sans problèmes ; et qui ne se rend pas compte que, finalement, il peut y avoir des imprévus dans sa vie, y compris sa propre mort subite.
Il est facile d'interpréter cette parabole comme un acte de sagesse. Toutes les sagesses du monde - qu'elles soient païennes, qu'elles soient chrétiennes - toutes les religions disent : attention, la mort peut arriver. Donc, il y a quelque chose qui ne va pas dans cette vantardise, dans cette prétention à faire des greniers et penser que tout va bien aller. Nous savons très bien à quel point cela se vérifie chaque jour, dans la vie de toutes les familles, de toutes les sociétés : ces accidents, ces inondations… Quand on pense qu'il y a plus de 30 millions d'indiens et de chinois qui sont absolument démunis ces jours-ci par les inondations…...
La sagesse humaine, c'est beau. Mais Jésus va plus loin que ça. " Cette nuit, on te redemande ta vie. " Il y a dans l'attitude de cet homme qui bâtit ses greniers - non seulement un manque de sagesse - mais aussi un manque de foi. Car le croyant est celui qui se sait dépendant, et qui s'accepte dépendant, et qui se reconnaît dépendant de quelqu'un d'autre qu'il appelle Dieu, et à qui il se remet.
Comment peut-on prétendre être maitre de ses biens comme si on était un propriétaire absolu, alors qu'on n'est pas maitre de sa vie, on n'est pas maitre de soi-même ! La première réflexion de toute sagesse et de toute philosophie, c'est de dire : je suis gratuit, je n'ai pas demandé à naître, je ne suis pas maitre de mon existence. Qui suis-je pour avoir une telle prétention ? Et la foi suppose cette acceptation de soi-même comme un don - et un don dont on est redevable à quelqu'un ; et pour le croyant, ce quelqu'un, c'est Dieu ; et pour le chrétien, c'est Dieu qui s'est manifesté dans l'histoire d'Israël, depuis Abraham jusqu'à Jésus, qui s'est révélé pleinement en Jésus le Christ.
Donc, non seulement c'est une sagesse, comme dit également saint Jacques dans sa Lettre : " On dit : demain, je vais faire telle chose, et après demain je vais faire telle chose… " J'ai des projets formidables ; je pars en retraite, j'ai prévu tel voyage, tel engagement, etc… Et puis, quelque chose ne va plus, on découvre un cancer ou autre chose… Soyons humbles. Mais en même temps, soyons reconnaissants, et soyons plein d'action de grâces : notre vie est un cadeau de Dieu.
Alors, est-ce que nous la vivons comme il faut ? Comment vivre en dépendance ?
Et c'est tout ce message qui est sous-entendu par Jésus
Quand Jésus dit : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu et ton prochain comme toi-même ", il donne les clés de notre attitude d'hommes majeurs dans nos relations avec Dieu, avec les autres, et avec nous-mêmes. Nous vivons comme des lieutenants. Dans l'armée, un lieutenant, c'est quelqu'un qui est délégué, pas un général en chef. Nous ne sommes pas le général en chef de notre vie, nous sommes des lieutenants : nous tenons lieu d'un Autre, nous tenons lieu de Dieu qui est notre propriétaire ; le propriétaire de notre vie, de notre personne ; mais également en qui nous reconnaissons notre créateur.
Comment gérons-nous l'œuvre que Dieu nous a confiée ? Et cette œuvre, c'est nous-mêmes, notre personne, notre croissance humaine ; bien sûr, notre croissance dans l'Esprit Saint, puisque Dieu nous donne une création nouvelle. Nous sommes gérants également de nos biens, gérants de nos relations, gérants de la planète… Et nous mesurons à quel point ce texte et ces paroles de Jésus vont très loin. Amasser pour soi, se considérer le maître, alors qu'on est qu'un délégué ; amasser pour soi ! Nous voyons à quel point notre civilisation occidentale actuelle du nord de l'Atlantique est marquée par cette domination, qui fait que plus on est riches, plus les autres sont pauvres.
On sent très bien qu'il ne s'agit pas seulement de dire : un petit partage d'héritage entre mon frère et moi ; et qu'à travers ces paroles de Jésus, il y a la justice. Qu'est-ce que c'est que la justice ? Est-il normal que nous bradions l'eau et beaucoup de ces valeurs extraordinaires de notre planète, alors qu'il y a plus d'un milliard d'hommes qui doivent faire tous les jours 2 km pour aller chercher un peu d'eau potable ? Dans la mesure où nous acceptons d'être dépendants, et de nous en remettre à quelqu'un, et de nous poser comme des gérants responsables, Jésus nous renvoie à nous-mêmes et à l'Evangile.
Alors, être chrétiens, c'est pratiquer, suivre l'Evangile, découvrir ce que Dieu nous demande, ce qu'il ferait à notre place. Et ensuite d'aimer Dieu de tout son cœur et nos frères comme nous-mêmes. C'est extrêmement simple en théorie, mais nous savons à quel point c'est dur en pratique. Nous sommes toujours tentés : tentés par le pouvoir, tentés par la richesse, tentés par toujours plus ; et de nous en remettre à Dieu quand ça ne va plus. Alors que nous sommes invités, dans l'Esprit Saint, à être responsables et debout dans la foi.
Nous savons que c'est difficile. Mais la clé de l'Evangile, c'est la pauvreté du cœur. Et la pauvreté du cœur n'est pas possible s'il n'y a pas cette pauvreté de nous-mêmes pour vivre la richesse de Dieu. Acceptons-nous notre vérité d'hommes et de femmes, avec des capacités extraordinaires de faire le bien. Et rendons grâces pour tous ceux qui le font, tous ces gens qui ont été capables de donner leur vie pour les autres, de se dépouiller pour qu'il y ait un partage, pour qu'il y ait plus de justice. Nous sommes appelés, à notre tour, là où nous sommes : notre famille, notre société, notre communauté, notre Eglise. Demandons dans notre prière la force d'être des pauvres de cœur, pauvres de nous, et riches de Dieu.