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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Temps ordinaire - 4ème Dimanche, année A

 
Matthieu 5, 1-12



Les Evangiles ont été écrits par des hommes de foi, des croyants, qui ont voulu présenter la Bonne Nouvelle de Jésus aux communautés chrétiennes de leur temps - quelques 50 ou 60 ans après la disparition de Jésus - mais en reprenant le témoignage de ceux qui avaient connu Jésus, qui l'avaient vu vivant, qui l'avaient accompagné dans son ministère, dans sa mission, avaient écouté sa parole, avaient été témoins de sa mort et de sa résurrection.

Et chacun de ces évangélistes a essayé de dire au mieux cette Bonne Nouvelle de Jésus et de la faire comprendre. Et parmi eux : Matthieu - celui qui écrit sous le nom de Matthieu - a choisi de regrouper les paroles les plus importantes de Jésus en cinq discours. C'est le seul Evangile où nous avons des discours vraiment élaborés de Jésus ; cinq discours où il résume les paroles de Jésus par thèmes. Nous avons le commencement, ici, du premier discours, qu'on appelle " le sermon sur la montagne. Le mot " sermon " ne convient pas du tout. Il s'agit de la charte des disciples, la charte du Royaume. Il y aura ensuite un autre discours qui sera : comment être missionnaire aujourd'hui. Le troisième discours sera : comment, à partir des évènements du monde, suivre Jésus, ce discours est fait de paraboles. Le quatrième discours : comment vivre en Eglise, en mission, en communauté ; comment vivre entre nous comme chrétiens, disciples de Jésus. Et le cinquième discours : comment être ouverts à l'avenir de Dieu, dans notre vie, discours que l'on appelle sur la fin des temps. Et chacun des ces discours, dans l'Evangile, est bien situé par une introduction et une conclusion qui montrent que Jésus s'arrête ; et que là, il s'installe, en quelque sorte, pour faire un discours.

Et parmi ces discours, le plus important, le plus long, c'est bien le premier - dont nous avons aujourd'hui l'introduction - qui couvre trois chapitres de l'Evangile de Matthieu, les chapitres 5, 6 et 7. Et dont la solennité est introduite par le début : Jésus monte sur une montagne - nous dit Matthieu - il s'assied, ses disciples s'approchent, il ouvre la bouche, il se met à les instruire. L'auteur signale ainsi que ce qui va suivre est extrêmement important. Mais le fait que nous avons affaire à un discours, la parole que nous avons aujourd'hui s'inscrit dans l'ensemble de ce discours. Or, nous avons ici, en quelque sorte, l'introduction. Ce discours sur la charte du Royaume nous indique ici le but, l'essentiel, ce vers quoi nous marchons, ce que nous devons essayer de vivre, ces Béatitudes. Et puis, il y aura la conséquence que Jésus tire : " si c'est ça que vous cherchez à vivre, rendez-vous compte ! Vous êtes la lumière du monde, vous êtes le sel de la terre. " Et ensuite, Jésus va développer son discours, en indiquant à quel point le suivre, c'est une exigence de vérité et de dépassement, en dépassant la Loi qu'on accomplit autrement, en revisitant les rites de l'aumône, de la prière, du jeûne, qu'on doit vivre autrement ; et en dévoilant tous les aspects de cette nouveauté qu'il apporte.

Donc, nous avons ici, dans ces quelques lignes qu'on appelle " le Béatitudes ", ce vers quoi nous devons tendre. Et Jésus nous pose les conditions, deux conditions du Royaume de Dieu, c'est-à-dire du Règne de Dieu dans notre vie, du Royaume des cieux - les cieux, ça veut dire Dieu - Dieu avec nous et au-delà de nous, Dieu présent aujourd'hui et Dieu qui nous attend demain, Dieu qui est Celui qui nous fait vivre par Jésus, et qui nous conduit à lui, au-delà de ce monde, au-delà de cette vie, au-delà de l'histoire. Le Royaume de Dieu, ça revient à toutes les lignes de ce texte.

Quelles sont les deux conditions ? Eh bien, c'est la première et la huitième parabole.

Première condition : " Heureux les pauvres de cœur " - deuxième condition : " Heureux les persécutés pour la justice ". Conditions nécessaires, du reste, car immédiatement elles sont suivies du présent : " Le Règne de Dieu est dans votre vie si vous êtes pauvres de cœur : " Le Royaume de Dieu est à eux " - " Ceux qui sont persécutés pour la justice : " Le Règne de Dieu est dans votre vie. "

Et à partir de là, il y aura une manifestation de ces deux conditions, qui sont dans ces différentes facettes d'être pauvres de cœur : être doux, être capables de pleurer avec ceux qui pleurent, avoir faim et soif de la justice, être miséricordieux, avoir un cœur pur, être artisans de paix, de solidarité - toutes manifestations, tous reflets de cette condition fondamentale : " Heureux les pauvres de cœur, le Règne de Dieu est à eux ". Et ces flashs qui nous sont donnés par la suite nous ouvrent à un avenir : on doit toujours être plus doux, on doit toujours être plus proches des autres à consoler, avoir toujours plus faim et soif de la justice, plus de miséricorde, plus de droiture dans le cœur, et plus de solidarité et de paix vis-à-vis de nos frères.

Ces paroles de Jésus sont une ouverture vers une marche. Si Dieu est avec nous maintenant, notre attitude doit nous rendre davantage pauvres dans notre vie ; car si on est pauvres de cœur, c'est peut-être qu'un autre va venir dans notre vie pour la remplir et prendre notre place et nous conduire à lui. Et cela va se manifester par autant d'ouvertures qui sont des croissances, des appels à grandir. On n'a jamais fini de vivre les Béatitudes. On doit commencer à les vivre davantage chaque jour. Et il en est de même pour ceux qui sont persécutés pour la justice ; ils s'apercevront que cette persécution pour la justice, c'est l'accueil du Christ, que l'on doit mettre à la première place de sa vie. " Si on dit toutes sortes de mal contre vous à cause de moi ", c'est ainsi que vous grandirez toujours dans le Royaume de Dieu.

Alors, regardons de près ces deux conditions de base : " Heureux les pauvres de cœur ".

On peut parler des heures sur cette pauvreté du cœur, cette ouverture. Accepter, fondamentalement, d'être en manque, de ne pas être satisfait, de ne pas s'accomplir. Jésus nous invite à une qualité de vie qui va venir d'ailleurs, à la condition qu'on s'ouvre à cette qualité de vie - qualité de vie selon Dieu. On n'est pas là pour se faire, même si on doit mettre toutes ses capacités au service de la qualité de vie qui nous est donnée. Nous avons une capacité à faire fructifier, mais pas pour nous ; pour une ouverture, pour un accomplissement, pour une qualité de vie qui vient d'ailleurs.

Nous sommes dans un monde où on cherche la consommation, la satisfaction, le pouvoir ; toujours plus de pouvoir, toujours plus de richesse… Jésus nous dit exactement le contraire. Et nous savons à quel point ça peut être un effort de conversion que d'accepter d'être en manque, d'attendre autre chose ; de se dire : ce n'est pas ma réussite qui est première, ce n'est pas le fait que je sois satisfait aujourd'hui, car demain, je ne serai peut-être plus. Ce n'est pas le fait de tout savoir, de tout comprendre ; j'accepte de ne pas tout savoir, de ne pas tout comprendre, de grandir, de toujours être conduit à un dépassement.

Cette ouverture fondamentale, c'est si contraire à tout ce que nous entendons partout, nous comprenons à quel point Dieu seul peut nous la donner, car si on est pauvres ainsi, on est riches de Dieu. " Il s'est pauvre - dira-t-on de Jésus - pour nous enrichir de sa manière d'être pauvre ", qui est la richesse de Dieu. Alors, à ce moment-là, Dieu règne. Dieu vient régner dans notre vie, Dieu vient nous conduire, Dieu vient nous habiter, Dieu vient habiter en nous, guider notre vie. Quelqu'un nous mène, nous le suivons. Et ce Quelqu'un, c'est Dieu, manifesté par Jésus, qui nous rejoint.

Alors, à partir de là, tout un programme que l'on comprend. Comment peut-on être doux si on n'est pas pauvre de cœur, si on est sûr de soi, si on est absolu, si on est son maître, si on impose sa volonté aux autres ? Si l'important, c'est d'être le plus grand, le meilleur ? Comment peut-on être compatissant si on regarde les pauvres, les autres dans la misère, sur le chemin, en pensant d'abord à soi ? Comment peut-on avoir faim et soif de la justice si on croit qu'on a tout ? Alors, on donne un peu de son superflu. C'est un peu ce que fait le monde des riches - dans lequel nous sommes - par rapport au tiers-monde qui nous attend de loin ; on donne de son superflu… Il faut toujours qu'on grandisse. On veut bien donner, on veut bien partager, on veut bien réguler le climat pour éviter que la planète n'explose, bien sûr… mais à condition qu'on y perde rien. La miséricorde : dire que l'autre qui vit sur la route, qui n'a rien, nous devons le considérer comme au moins égal - mais à cause de Dieu, plus important que nous. On ne peut pas vivre ça sans être pauvre de cœur, sans accueillir, sans toujours grandir, le cœur droit. On ne se laisse pas posséder par la tentation de toujours plus. " La paix " : la paix se fait dans le partage, la paix se fait dans la fraternité. Tout homme est un frère.

Voilà ce que Jésus nous propose, un programme absolument impossible. Mais nous savons que c'est possible dans la grâce de Dieu et dans l'Esprit. Il ne s'agit pas d'une performance à réaliser, il s'agit d'un accueil à faire en s'ouvrant à une plénitude qui vient d'ailleurs. C'est ce que la foi nous dit.

Et alors, la deuxième condition : " Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice. "

Ca ne veut pas dire que le bonheur est dans la persécution ; mais ça veut dire que la conviction, c'est de se dire : je suis prêt à tout perdre pour la vérité et la justice, et la droiture, et le bien, et les valeurs. Je suis prêt à tout perdre ; et je suis heureux par cette décision de tout perdre, quoi qu'il arrive, quoi qu'il en coûte. Et à ce moment-là, je peux comprendre que ce que je cherche dans la vérité et la justice, c'est Jésus lui-même. C'est pour ça qu'il est écrit " si on vous persécute à cause de moi ", parce que vivre la droiture jusqu'au bout, la vérité jusqu'au bout, c'est vivre comme Jésus. " Je suis la Vérité, la Vie. Qui me convaincra de péché ? "

Voilà ce chemin que l'Eglise nous donne aujourd'hui, au début de ce discours que Matthieu a reconstitué à partir des paroles de Jésus, qu'on retrouve ailleurs, dans les autres Evangiles, mais pas de la même façon, présenté ainsi. Mais qui, avec leur force de synthèse qui nous est proposée, nous invitent à nous pénétrer davantage. Voilà ce vers quoi nous sommes appelés à vivre davantage chaque jour. On n'a jamais fini de méditer ces textes, de les comprendre, de les accueillir, on peut toujours recommencer chaque matin à relire ces paroles.

Est-ce que c'est vers cela que nous marchons, avec la force de Jésus ressuscité ? Alors, après, eh bien, le rayonnement viendra : la lumière du monde, le sel de la terre. Mais une vie où c'est l'exigence d'une ouverture, qui est une exigence de dépassement, qui dépasse toute Loi - mais en même temps, qui configure à Jésus, dans un refus d'être simplement ceux qui se croient riches, alors qu'en fait, ils sont pauvres - ou ceux qui se croient voyants ou plus intelligents que les autres, alors que Jésus peut nous dire dans ces cas là : " Il vaut mieux que vous soyez aveugles, plutôt que de prétendre voir.

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