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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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Vendredi 2ère semaine de Pâques - 1e lecture

DES ACTES DES APÔTRES :


Ac 5:34- Alors un Pharisien nommé Gamaliel se leva au milieu du Sanhédrin ; c'était un docteur de la Loi respecté de tout le peuple. Il donna l'ordre de faire sortir ces hommes un instant.
Ac 5:35- Puis il dit aux sanhédrites : " Hommes d'Israël, prenez bien garde à ce que vous allez faire à l'égard de ces gens-là.
Ac 5:36- Il y a quelque temps déjà se leva Theudas, qui se disait quelqu'un et qui rallia environ quatre cents hommes. Il fut tué, et tous ceux qui l'avaient suivi se débandèrent, et il n'en resta rien.
Ac 5:37- Après lui, à l'époque du recensement, se leva Judas le Galiléen, qui entraîna du monde à sa suite ; il périt, lui aussi, et ceux qui l'avaient suivi furent dispersés.
Ac 5:38- A présent donc, je vous le dis, ne vous occupez pas de ces gens-là, laissez-les. Car si leur propos ou leur œuvre vient des hommes, il se détruira de lui-même ;
Ac 5:39- mais si vraiment il vient de Dieu, vous n'arriverez pas à les détruire. Ne risquez pas de vous trouver en guerre contre Dieu. " On adopta son avis.
Ac 5:40- Ils rappelèrent alors les apôtres. Après les avoir fait battre de verges, ils leur interdirent de parler au nom de Jésus, puis les relâchèrent.
Ac 5:41- Pour eux, ils s'en allèrent du Sanhédrin, tout joyeux d'avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le Nom.
Ac 5:42- Et chaque jour, au Temple et dans les maisons, ils ne cessaient d'enseigner et d'annoncer la Bonne Nouvelle du Christ Jésus.


POUR RUMINER LA PAROLE :

1. SITUATION.

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l'Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l'Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même "Théophile".

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l'attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l'auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d'un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel "Nous" (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l'on déduit d'une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l'on se demande comment Luc, s'il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l'apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l'attribution à Luc de ce Livre, et de l'Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d'une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l'apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l'entrée de païens en grand nombre dans l'Eglise, dont a dû traiter l'Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 33), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).

Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, "l'affaire Jésus continue". Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l'Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d'extension à toute l'humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre, selon l'ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le "lieu" de la présence et de l'action de Jésus.



Une autre manière d'analyser le contenu des Actes des apôtres est d'en suivre le déroulement à la façon d'un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L'Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L'Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - Actes 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 35).

Selon cette présentation, nous en sommes toujours à l'ACTE 1, qui se déploie en 4 scènes : l'effusion de l'Esprit le jour de Pentecôte (2, 1 - 47), la guérison du boiteux au Temple (3, 1 - 4, 22), après un interlude sur l'action de l'Esprit, les Apôtres en jugement (5, 17 - 42), le premier martyre (6, 1 - 7, 60).

Avec notre page nous assistons à la fin d'une seconde mise en jugement des Apôtres (scène 3 de cet ACTE 1), qui a commencé au verset 17, avec l'arrestation des apôtres (les Douze, semble-t-il, cette fois-ci). En effet, les disciples n'ont pas prêté attention à l'interdiction d'annoncer le Nom de Jésus Resssucité, qui leur avait été faite par le Sanhédrin, suite à la guérison que Pierre et Jean avaient effectuée au Temple en faisant justement appel au Nom de Jésus. Décidés, comme ils l'avaient dit, à obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes, ils n'en ont pas moins continué de proclamer hardiment au peuple l'accomplissement de tout le plan de Dieu sur Israël, achevé en la mort et la résurrection de Jésus. Après avoir été, mystérieusement et miraculeusement, libérés de leur prison, et être retournés au Temple, les voici de nouveau conduits devant les chefs d'Israël, qui sont remplis de jalousie à cause de leur succès auprès du peuple.


2. MESSAGE.

Tous les soubresauts de cette première mission à Jérusalem, par ceux qui sont disciples de Jésus, et l'annoncent avec force et puissance, sont autant d'avancées de la cause du Seigneur Ressuscité.

Cette page est moins porteuse d'un message direct que d'une constatation. Elle nous informe de l'attitude d'un des grands docteurs de la Loi, - celui dont Paul nous dira qu'il a été son maître (selon Luc, en Actes, 22, 3) - qui réagit en homme qui réfléchit et s'interroge honnêtement sur ce qui se passe, et se montre prêt à se laisser interpeller par l'événement de cette annonce de Jésus, sans pour autant se rallier à la cause de Jésus.

Son intervention peut se résumer ainsi : ne vous affolez pas devant le succès des disciples de Jésus. Prenez le temps de voir comment leur activité va évoluer. Si ce qu'ils font vient d'eux-mêmes, cela ne durera pas. Mais si cela vient de Dieu, non seulement vous ne pourrez pas l'empêcher, mais encore vous risquez de vous dresser contre Dieu. Laissez-les donc faire, et discernez.

Gamaliel est suivi par le Sanhédrin, et les apôtres de la première communauté chrétienne hébraïque ne seront plus désormais inquiétés par les autorités "religieuses" d'Israël.


3. DECOUVERTES.

On a trop souvent interprété cette attitude de Sagesse de Gamaliel comme une Parole de Dieu immédiatement applicable en toutes situations, et un principe de discernement absolu, que l'on pourrait formuler ainsi : la réussite de ce que nous entreprenons est le signe que Dieu est de notre côté. Ce qui reviendrait à donner une portée spirituelle "fondamentaliste" à l'une des maximes du capitalisme moderne : "rien ne réussit tant que le succès".

Or, vue de l'extérieur, au niveau des appréciations du monde, la mission de Jésus peut être considérée comme un échec, même s'il est vrai que, depuis sa résurrection, l'événement de la croix est devenu lieu de la victoire de Dieu et de son dessein de salut pour Israël et toute l'humanité. Mais ce n'est pas d'une manière simpliste, ni de l'ordre de l'évidence constatable sur le champ. Car, c'est en suivant la volonté de Dieu dans tous les événements et situations humaines, heureuses ou malheureuses, que le croyant, comme Jésus, et maintenant avec Jésus ressuscité, fait de son existence le "lieu" de la victoire de Dieu.

Là où, en revanche, l'attitude de Gamaliel nous interpelle, c'est dans son ouverture. Dans la mesure où il n'exclut pas "a priori" que Dieu puisse être derrière la cause de Jésus, il se dit prêt à accueillir ce qui est pour lui l'inattendu, la nouveauté non prévisible de l'action de Dieu dans l'histoire d'Israël, le peuple de Dieu.

Relue du point de vue chrétien, qui est le nôtre aujourd'hui, cette réflexion de Gamaliel n'est pas qu'une hypothèse conditionnelle : elle affirme la réalité que Dieu est bien le fondateur de la communauté apostolique des disciples de Jésus, et celui qui en garantit la mission.

Il semble difficile à des autorités humaines, voire religieuses, de se rallier à la vérité tout court. Pourquoi vouloir à tout prix maintenir le prestige de l'autorité à qui l'on a désobéi, et sauver la face si l'on change d'avis, en punissant les disciples et en leur renouvelant l'interdiction de prêcher le Nom de Jésus ?

Jésus Ressuscité, qui a répandu son Esprit sur les siens, leur fait surmonter l'épreuve et la persécution, qu'il transforme en source d'un nouveau dynamisme pour la mission en son Nom.


4. PROLONGEMENT.

Notre foi au Christ doit être telle que nous sommes convaincus qu'en lui "tout est accompli", que Dieu a dit son dernier mot; et qu'il nous envoie l'Esprit Saint et la présence de Jésus Ressuscité, pour que cet accomplissement définitif transforme l'histoire de l'humanité postérieure à la résurrection de Jésus, et lui donne un sens nouveau qui rende visible le salut de Dieu.

Nous n'avons donc pas à aller plus loin que cette conviction essentielle. Mais cela ne veut pas dire pour autant que nous devons bloquer l'action et la Parole de Dieu autour des expressions concrètes, et donc passagères et imparfaites, que nous donnons de cet accomplissement, qui est une puissance de vie mystérieuse capable d'accueillir et de situer dans le projet de Dieu toute situation humaine.

Car tout événement peut désormais être "intégré" dans la résurrection de Jésus et le don de l'Esprit. Dieu doit toujours rester pour nous "Celui qui peut, par sa puissance qui agit en nous, faire au-delà, infiniment au-delà, de ce que nous demandons et concevons" (Ephésiens, 3, 21).



Seigneur Jésus,
tu demeures pour nous le Vivant, le Ressuscité,
présent par ton Esprit Saint au milieu de nous, "avec-nous", et en nous,
pour que toute notre existence, et toute notre histoire personnelle et communautaire,
soient le lieu permanent de la "saisie " par Dieu, en son plan de salut pour tous les hommes,
de tous les événements que nous rencontrons,
et toutes les situations humaines et terrestres que nous traversons :
fais que je sois toujours conscient de la réalité de ta présence efficace au coeur de ma vie,
afin que je me laisse guider par toi
en tous les moments successifs de mon histoire, qui devient, de ce fait, ton histoire,
ton "affaire", qui continue de donner sens à ce monde et de l'orienter vers Dieu. AMEN
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