Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
28 Août 2010
Luc 14, 1…14
A première vue, Jésus - dans cet épisode de sa montée vers Jérusalem - où il est invité, un jour de sabbat, chez un chef de pharisien, à première vue, Jésus semble se découvrir comme un maître de sagesse. Ce qu'il donne, d'ailleurs, comme conseils, n'est pas original, par certains côtés ; beaucoup de sages de l'Antiquité avaient déjà employé cette parabole de ne pas se mettre à la première place, mais de se mettre à la dernière place pour monter. Maître de sagesse.
Et en même temps, ce maître se sagesse nous surprend, car il est lui-même le plus impoli des hommes : voilà qu'il est invité chez quelqu'un, et qu'il fait la leçon à tout le monde ! On sait bien que Jésus, dans son ministère, tel que l'Evangile nous le rapporte, utilise toute occasion pour annoncer l'Evangile. Mais ici, ça parait quand même un peu fort. Et d'autant plus qu'on ne sent pas d'agressivité chez les autres, qui semblent accueillir son impolitesse.
Ce qui veut dire que la leçon de ce texte n'est pas là dedans, elle est ailleurs. Et elle est dans l'ensemble du passage ; car le drame que nous pose cette lecture, c'est qu'on a coupé un passage, on a saucissonné un passage. C'est un épisode où Jésus intervient à quatre reprises : il est invité, un jour de sabbat, chez ce pharisien ; arrive d'abord un hydropique qu'il guérit, en faisant un commentaire ; ensuite, nous avons ces deux scènes que nous venons de lire ; et puis Jésus termine par une parabole sur les invités au festin. Et ce qui est surprenant, c'est que Jésus, qui insiste fortement sur l'Evangile et semble faire la leçon aux autres, reçoit un accueil favorable. Au point que quelqu'un dira : " Heureux ceux qui sont invités au banquet du Royaume de Dieu. "
Alors, que veut dire ce texte ? C'est un jour de sabbat. Et il semble que, dans l'histoire d'Israël, déjà les juifs pieux essayaient de vivre le repas du sabbat comme une anticipation du Royaume de Dieu. Donc, ce n'est pas un repas ordinaire, c'est un repas qui se veut spirituel, qui se veut une recherche de Dieu. Donc, on n'est plus dans le domaine de la sagesse et de la politesse, on est dans le domaine du message, la quête du Royaume de Dieu. Et les propos de Jésus sont interprétés dans ce contexte.
Alors, qu'est-ce qu'il dit dans ces quatre événements de ce repas qui se passe là - dont nous n'avons que deux qui sont rapportés ici ?
Il dit d'abord : l'inattendu est prioritaire. Il est là pour ce repas, voilà qu'arrive quelqu'un de malade, qui dérange tout le monde, un jour de sabbat - inattendu et prioritaire - et quand c'est l'autre, il est absolument prioritaire, il passe avant la Loi, il passe avant les règlements, il passe avant tout : il faut guérir cet homme. L'autre est plus important que tout. Premier message.
Qu'est-ce que Jésus nous dit sur cette parabole de la dernière place ? Ce n'est pas d'abord une leçon de politesse - encore que la politesse et la sagesse, c'est intéressant. Mais Jésus, à première vue, ne dit rien de plus que ce que nos parents nous disaient : " Ne te fais pas remarquer, tu n'auras que des ennuis ! " ou bien encore : " Ecoute, avant de parler ! " - on a tous entendu ça dans notre enfance, et on dit ça à nos enfants. Ce que Jésus nous dit ici : ce qui compte, ce n'est pas de rechercher une place, c'est de l'accueillir. Dans le Royaume de Dieu, on ne cherche pas une place, on l'accueille. Ce n'est pas une affaire de sagesse, il y a plus que ça.
Et puis - troisième remarque de Jésus - il ne faut pas se limiter à son cercle d'amis, de parents et de copains, il faut s'ouvrir à tous, à ceux qui ne peuvent pas rendre, tous, sans exception, ceux qui nous plaisent pas… Le Royaume de Dieu, ce n'est pas le petit cercle d'amis qui tournent en rond, on est heureux d'être ensemble, tout le monde est beau, tout le monde est gentil… Il y a une ouverture, au-delà.
Et puis, dans cette parabole des invités au Royaume - qu'on aura peut-être dimanche prochain, je ne suis pas allé voir, mais ce n'est pas impossible - dans cette parabole où les invités ne veulent pas venir parce qu'ils ont autre chose à faire, on invite tous les boiteux, tous les perclus, tous ceux qu'on rencontre partout pour prendre leur place, Jésus fait une invitation inattendue : accueille l'invitation qu'on te donne. Et puis, quand tu es invité, ce n'est pas un droit, ce n'est pas un privilège. D'autres, qui sont apparemment moins dignes que toi peuvent y rentrer.
On s'aperçoit que, quand on met ces quatre épisodes bout à bout, c'est la même ligne, c'est le même message, c'est un esprit que Jésus propose ici, c'est l'esprit du Royaume. Et quel est l'esprit du Royaume : c'est l'accueil, la gratuité, l'ouverture ; c'est vivre autrement qu'à partir de sa petite personne, que de tourner en rond sur soi-même, que de se créer une place, que de se créer un environnement, que de se créer un cercle d'amis, se créer des emplois du temps… Jésus casse tout ça. La vie est un risque, c'est un dynamisme qui est d'abord accueil. Et d'ailleurs, qui de nous a demandé à naître ?
La première attitude de l'homme croyant, c'est de dire : je m'accueille, moi. Nous voyons très bien cette ligne de Jésus qui est la ligne du Royaume de Dieu, et qui correspond à tout son message, d'un bout à l'autre de l'Evangile ; un esprit, cet esprit qui lui fait dire : " Quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite. Dieu seul voit ce que tu fais. " " Dieu est plus grand que notre cœur ", dit saint Jean, dans la même perspective.
Alors, que tirer de ce texte, pour nous aujourd'hui ? Jésus annonce le Royaume. Et d'ailleurs, le pharisien dira : " Heureux ceux qui sont admis au banquet du Royaume de Dieu. " C'est un au-delà que Dieu nous donne et que nous recevons dans l'Esprit Saint. C'est l'Esprit de Jésus qui nous pousse à vivre comme lui. C'est bien de cela dont nous devons vivre.
D'autre part, il est facile de faire de la sagesse, comme Jésus reprend dans sa première parabole : les gens qui se précipitaient à la première place. Il faut savoir qu'en Orient, les premières places étaient des divans où on était plus ou moins allongés, donc on était autrement confortables pour manger ; peut-être pas seulement d'abord une question d'orgueil, mais une question de confort. Mais tout cela, pour Jésus, c'est secondaire. Ce qui compte, c'est l'esprit. Et cet esprit, quel est-il ? Il dépasse les sagesses humaines. La sagesse humaine nous dit - et c'est juste - " ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'on te fasse. " ; la sagesse nous dit : " Quand tu fais un contrat, tu considères l'autre comme égal à toi-même. " Il est évident qu'un foyer chrétien, qu'un foyer tout court, ne peut tenir que dans la mesure où on estime que l'autre - le partenaire, le conjoint - est aussi important que soi. Ça, c'est la sagesse humaine bien vécue, c'est le respect de l'homme à l'image de Dieu ; c'est déjà la foi chrétienne et la foi juive.
Mais Jésus va plus loin. Il dit : " Tu aimeras ton prochain comme toi-même ", mais " il n'y a pas de plus amour que de donner sa vie pour les autres. " Si bien qu'avec Jésus, on peut dire : dans le contrat que je fais, dans les rencontres que je fais, dans la vie que je mène, dans les relations qui sont les miennes, est-ce que je considère l'autre comme plus important que moi ? La gratuité - rien n'est dû. L'autre que je rencontre, l'autre avec qui je fais une affaire, l'autre avec qui je partage ma vie dans le mariage, qui est-il ? C'est quelqu'un que Dieu m'a donné. Et j'accueille gratuitement comme un don de Dieu. Nous mesurons cet esprit fondamental que Jésus nous donne ici, et qui dépasse beaucoup toutes nos sagesses humaines, car c'est fondé sur Dieu lui-même dont nous recevons tout et à qui nous avons tout à rendre.
Et cela dépasse certainement la première lecture. Ben Sirac le Sage est un grand sage d'Israël, mais il reste à des propos de bonne éducation - c'est déjà beaucoup. Car la bonne éducation vient du respect de l'homme créé à l'image de Dieu, et c'est la base de toute bonne société civile ; ça devrait être la base de notre société civile, ça ne l'est pas encore. Mais comme chrétiens, nous sommes prophètes, prophètes d'un amour gratuit, prophètes d'un accueil permanent, prophètes d'un don permanent, prophètes d'une ouverture et d'un humanisme constants
. Alors, comment vivons-nous ? Eh bien, il suffit de regarder Jésus. Ce qu'il dit ici, c'est ce qu'il vit. Et ce qu'il vit, en ne refusant jamais de guérir quelqu'un, en s'arrêtant toujours pour le pauvre, le petit, le pécheur, la prostituée… On ne voit jamais Jésus ne pas répondre à quelqu'un ; on ne voit jamais Jésus rater une occasion d'être prophète. Si bien que ce qui parait être une impolitesse dans ce texte, qui est dans le contexte d'un repas qui se veut une démarche plus ou moins spirituelle, c'est sa vocation de témoin qu'il manifeste en toute circonstance, dans un contexte où il est accueilli comme tel, puisqu'il n'y a pas d'agressivité.
Alors, comment vivre comme cela ? Eh bien, ça ne peut se faire que dans la force de l'Esprit de Jésus. On ne peut pas vivre tout seul. Et c'est l'Esprit de Jésus que nous recevons dans l'Eucharistie. Quand on communie au Corps et au Sang de Jésus, c'est son Corps livré pour nous, c'est son Sang répandu pour nous, c'est l'Esprit de " pour l'autre ", c'est l'Esprit du don, et de l'accueil, et du pardon, et de l'ouverture. Et nous recevons la capacité de vivre comme lui. Alors, nous pouvons l'imiter.