Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
6 Novembre 2010
Luc 20, 27-38
Finalement, Jésus est arrivé à Jérusalem pour y vivre les derniers jours de son existence humaine, avant d'être accusé, mis à mort, et avant de ressusciter. Il est entré dans le Temple, il a purifié le Temple, a fait beaucoup de vagues au niveau des chefs du peuple et des grands prêtres qui, depuis ce temps-là, cherchent à le faire mourir et le harcèlent de questions pour le prendre dans son enseignement, et avoir une raison de plus de le livrer à l'autorité occupante représentée par Pilate. C'est ainsi qu'ils ont essayé de le piéger sur l'impôt qu'il fallait payer à César.
Et ici, ils veulent le tourner en ridicule, à propos de la résurrection,
en lui demandant de prendre parti sur le problème de la résurrection des morts. Problème assez surprenant pour nous aujourd'hui à découvrir.
Dans le monde juif, c'est seulement à l'époque du prophète Daniel - contemporain de ce qui est raconté dans la 1ère Lecture, les martyrs d'Israël, 150 avant JC - que l'idée de résurrection est apparue en Israël. Tout ce qui est auparavant dans la Bible n'avait pas foi en la résurrection : que ce soit Abraham, que ce soit Jacob, que ce soit David, que ce soit les prophètes. Ils manifestaient une tendance vers une vie plus juste, vers un jugement des bons. Ils criaient la souffrance des hommes, voyant que les méchants triomphent en ce monde et que les bons n'ont pas de récompense ; mais ils ne proclamaient pas la résurrection d'entre les morts. Et à l'époque de Jésus, les chefs des prêtres, les grands prêtres, les sadducéens - qui était un parti religieux juif - et ceux qui gouvernaient le peuple, ne croyaient pas à la résurrection du tout - pas plus que dans la Bible, ils ne croyaient aux prophètes. Ils n'utilisaient que les cinq premiers llivres de la Bible, les livres dits " de Moïse ".
Cela nous surprend peut-être, alors que nous savons, et nous avons vu récemment à la télévision l'exposition de la momie de Toutankhamon, un des pharaons d'Egypte, des milliers d'années avant JC : les égyptiens croyaient à une survie après la mort. L'homme était composé d'une âme, d'un corps - d'un double, comme ils disaient - et la condition, pour que l'âme et le double puissent survivre après la mort, était qu'on conservât le corps le plus longtemps possible ; d'où les embaumements, d'où les immenses pyramides qui sont des tombeaux, d'où les victuailles qu'on mettait dans ces tombeaux, pour permettre à une dimension autre de l'homme, de vivre éternellement. Mais rien de cela dans le monde juif, dans le monde de la Bible, jusqu'à 150 ans avant JC., et selon une toute autre approche.
Ce qui est remarquable dans la réponse de Jésus, c'est qu'il reste sur le terrain de ses adversaires. Il ne va pas citer le prophète Daniel qui écrit à l'époque des martyrs d'Israël, et qui, lui, annonce une véritable résurrection des corps. Il reste au niveau des cinq Livres de la Bible, que seuls reconnaissaient ses adversaires. Et quand ils lui posent la question de ce qu'on appelle la Loi du lévirat - qui était une espèce de manière de dire comment survivre : on survit dans ses enfants ; donc, quand un homme était mort sans enfant, il était normal que ses frères épousent sa veuve, pour que cet homme qui était mort, ait une descendance, d'une certaine façon - ils en étaient restés là. Et dans cette perspective-là, ils montrent le ridicule d'une conception de la résurrection, que les pharisiens proposaient, et que Jésus proposait aussi. Et Jésus va leur répondre en disant d'abord que la résurrection n'est pas un phénomène de ce monde. On ne se marie pas, on n'a pas d'enfants, on change de monde, on change de vie, on change de dimension. Première réponse qu'il leur donne. Ce n'est pas cette vie matérielle, ce n'est pas cette vie ici qui continue, c'est une autre vie avec une dimension différente où il n'y a plus de transmission de la vie, où il n'y a plus de vie de couple, avec tout ce que cela représente. Première réponse de Jésus.
Et puis, deuxième réponse de Jésus : la résurrection est un don de Dieu. " Ceux qui seront jugés dignes d'avoir part au monde à venir et à la résurrection d'entre les morts… " ; c'est quelque chose qui est donné aux hommes, qu'ils ne maitrisent pas, qu'ils ont à recevoir, qui est un don de Dieu. " Ceux qui seront jugés dignes d'avoir part à la résurrection d'entre les morts. " Deuxième réponse de Jésus.
Et puis, troisième réponse : à partir de Moïse, les cinq premiers Livres de la Bible dits " de Moïse ", " Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob - tous personnages qui sont morts depuis au moins 500 ans quand cet événement nous est rapporté dans la Bible - il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui. " Ce qui veut dire que la résurrection, c'est la vie de Dieu communiquée, c'est une vie dont Dieu seul a le secret. Voilà l'enseignement que Jésus donne ici. Et il prétendra, dans l'Evangile, ailleurs, qu'il est lui-même la Résurrection et la Vie, parce qu'il représente une révélation de Dieu qui donne la résurrection de Dieu, qui est le Dieu des vivants, représentant de Dieu, que Jésus prétend être, ce qui le conduira à la mort.
Nous voyons qu'il y a une certaine évolution dans cette idée par rapport à la 1ère Lecture que nous avons entendue. Il ne s'agit pas de retrouver ses membres ou sa langue qu'on nous a coupés. Il s'agit d'une autre vie, qui est un don de Dieu, et qui est inséparable de Dieu lui-même. " Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants. "
Et après la résurrection de Jésus, quand ceux qui l'ont vu mort dans son humanité, auront la vision d'une vie nouvelle qu'il partage dans son humanité, Paul pourra écrire que la résurrection est un don que Dieu fait à l'humanité tout entière, et pas seulement à quelques uns. " Si les morts ne ressuscitent pas, Jésus n'est pas ressuscité. " Ce qui veut dire que tout homme doit ressusciter parce que Dieu l'a créé à son image et lui fait don de la résurrection. " On a encore une extension de cette idée de résurrection, qu'on trouve dans saint Paul, et qui, en même temps, présente la résurrection comme toujours ce que dit Jésus : " Dieu sera tout en tous " - voilà la résurrection. " Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants - Dieu sera tout en tous ", et la vie humaine sera aussi transformée que la graine qu'on met en terre, qui devient ensuite une plante, une fleur ; on passe de la graine qui meurt à la fleur qui s'épanouit. Du point de vue simplement du regard - et non pas de la science - c'est une autre vie, celle du grain qui meurt et celle de la plante qui s'épanouit ou de la fleur qui s'ouvre. Saint Paul essaie de faire comprendre le mystère de la résurrection, qui reste pour nous, un mystère. Et tout l'enseignement de Jésus se situe dans cette perspective.
Et c'est là que nous sommes, à notre tour, interpellés par ce texte.
On a du mal de parler de la résurrection. Pourquoi ? Parce que c'est quelque chose qui hante la vie des hommes depuis toujours ; que ce soit l'idée d'immortalité des grecs - à savoir que le corps de vaut rien, qu'il n'est qu'une défroque qui doivent disparaître, et que ce qui compte pour nous, c'est un esprit immortel qui nous est donné et qui vivra à jamais - position des grecs. Que ce soit le souci d'une immortalité à la façon des religions du Moyen Orient, le désir qu'on vive perpétuellement, qu'on trouve dans tous les auteurs de littérature de tous les siècles et de toutes les civilisations ; la peur de la mort qui traverse la vie, d'une certaine façon, de tous les hommes, de toutes les femmes, de tous les temps..., c'est là une question de fond, une question vitale ; et nous ne pouvons pas échapper à cette question vitale - même si nous avons la réponse que Jésus donne. Mais c'est une réponse qui est une réponse de sens, et non pas une réponse d'explication. Et je pense que chaque fois que nous voulons expliquer la résurrection, au-delà de ce que Paul nous dit : c'est Dieu tout en tous, c'est une transformation radicale, il s'agit de passer par la mort, la vie est enfouie dans la mort, comme la graine est enfouie dans la sol pour devenir une plante ou une fleur qui s'épanouit - au-delà de ça, nous n'en savons rien.
Mais alors, comment pouvons-nous vivre cette réalité ?
Eh bien d'abord en évitant les caricatures. Quel langage avons-nous quand nous parlons de la mort et de la résurrection ? Le banquet céleste ? Ce n'est pas matériel, autrement, qu'est-ce que ça veut dire ? " Ah, on se retrouvera là-haut ! " C'est vrai, c'est intéressant de dire ça. Mais qu'est-ce que ça veut dire ?
Soyons respectueux d'un tel mystère. Et je pense que pour l'aborder, posons-nous la question suivante : pour nous, qu'est-ce que c'est que vivre ? C'est ainsi que nous pourrons comprendre ce message. Qu'est-ce que c'est que vivre pour nous ? Quel est le sens de la vie ?
Bien sûr, c'est notre vie biologique, un équilibre de santé. On dit toujours " d'abord la santé, c'est ce qui compte ! ", quand on parle entre hommes et femmes de ce monde. Un équilibre de santé. Mais nous savons qu'il y a autre chose dans la vie ! Notre relation au monde, au cosmos, à la matière, à la vie végétale, à la vie animale, à la beauté des paysages, la relation surtout aux hommes et aux femmes, à la communauté des hommes - c'est ce qui nous fait vivre. Quand quelqu'un, au terme de sa vie, ou dans un hôpital, est réduit à la vie purement biologique de survie, de respirer, de boire, de manger, et même d'avoir un environnement confortable, il ne vit pas pleinement, nous le savons tous.
Qu'est-ce que c'est que la vie ? Donc, il y a déjà une deuxième dimension de notre vie : les projets que nous avons, la réussite, la gloire, la postérité, les œuvres que nous produisons… ça, c'est aussi la vie.
Mais pour le croyant, il y a aussi une troisième dimension : c'est la rencontre. Pas seulement la relation des autres, pas seulement la relation au monde, pas seulement une relation d'environnement qui permet d'avoir une vie confortable - mais la relation à une réalité, et à une réalité autre, qui nous dépasse, que nous avons à accueillir, gratuitement, comme un don, qui nous transforme ; une réalité par laquelle nous devons nous laisser transformer ; et qui nous transforme radicalement, qui fait de nous une vie d'accueil, d'accueil de tout : de la biologie, des relations, du monde, de la nature, de tout ce qui est beau autour de nous, toutes les valeurs humaines, cosmiques, matérielles, spirituelles… une vie d'accueil, mais qui demande de mener une vie de don, une vie où on se détache de soi-même dans la foi ; on meurt à soi-même, et on devient de plus en plus donnés, donnés aux autres, dans le service, dans l'amour qui construit, l'amour à partir de l'autre et non à partir de soi, à partir d'une autre réalité d'au-delà qui nous arrive, et qui est accueillie par le croyant qui a la foi, et qui se manifeste dans l'amour fraternel ; mais l'amour vécu comme le service de l'autre, et non pas comme la possession de l'autre.
Cette troisième réalité englobe les deux autres, englobe toutes nos relations au monde, notre vie, tous nos soucis, tous nos projets ; et englobe toute notre vie biologique. Et pas seulement pour les chrétiens. Les grands contemplatifs du monde oriental, la manière de prier qu'ont les fakirs, qu'ont les bouddhistes, transforment leur corps, d'une certaine façon. Une vie qui s'unifie autour de ces trois dimensions : le biologique, le relationnel, l'homme qui s'exprime, l'expression, le partage, tout ce qu'on veut… et aussi l'entrée dans une réalité qui est d'ailleurs, qui nous possède.
Et c'est dans ce contexte-là qu'on peut comprendre les paroles de Jésus et les paroles de saint Paul ; qu'on peut comprendre que Jésus dit : " Celui qui aime son frère est passé de la mort à la vie ", il change de vie, il est mené par un Autre, il ne vit plus pour soi. Saint Paul dit : " Le chrétien ne vit plus pour soi-même, il ne meurt plus pour soi-même. " Il vit pour Jésus, il mange pour Jésus, il donne sa vie aux autres pour Jésus. Il est saisi par un Autre. Saint Paul écrivait : " J'ai été saisi par le Christ Jésus. Je veux lui devenir conforme dans la mort et la résurrection. " Mort à soi-même, ouverture à Dieu. Jésus, combien de fois a-t-il dit : " Il faut perdre sa vie pour la trouver. " Tout l'enseignement de Jésus suppose ce regard de foi que nous avons. Qu'est-ce que c'est que notre vie ? C'est quelque chose que nous avons reçu biologiquement de nos parents, que nous recevons de la culture, de la société, de l'éducation, qui nous permet d'avoir de grands projets et de réussir humainement. Et c'est souhaitable, et c'est très beau, ça permet de vivre des valeurs, des valeurs philosophiques, des valeurs scientifiques, des valeurs de découvertes, des valeurs de partage… mais qui nous fait accueillir Quelqu'un qui nous montre que la valeur suprême est de se quitter pour les autres, et de ne plus vivre à partir de soi.
" Considérez-vous - écrit saint Paul - vous, les baptisés dans la mort et la résurrection de Jésus, vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu. " Qu'est-ce que c'est que le péché ? Le péché, c'est s'arrêter à soi. Je vis ma vie biologique, ma vie de confort, ma vie de profession, ma vie de réussite humaine ; et je m'arrête là, je ne dépends pas d'un Autre. Je pense que c'est à partir de ça que nous pouvons interpréter ces textes d'une très grande modération, ne pas s'amuser à décrire la résurrection, mais à se dire comme Paul, " c'est Dieu tout en tous. " Est-ce que Dieu est déjà tout dans notre vie ? Et quand saint Paul proclame que la vie de l'Eglise et des chrétiens entre eux, c'est " Il n'y a plus ni homme ni femme, ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre. Il n'y a que le Christ tout en tous ", il proclame que ce qui nous fait vivre, c'est la réalité autre qui nous conduit ailleurs.
Et Paul écrit encore : " La vie éternelle est déjà commencée. Notre vie est cachée avec le Christ en Dieu " - si bien que nous vivons autrement. Et nous savons, dans l'espérance que, Dieu, qui est le cœur de notre vie aujourd'hui, qui nous fait vivre pour les autres à la façon de Jésus, en imitant Jésus, Dieu nous appelle à ce que toutes nos dimensions humaines soient saisies en lui, à la fin de notre existence biologique, programmée pour se terminer dans la mort, dans une transfiguration de notre unité, si nous vivons dans l'unité de toutes nos dimensions, et que nous sommes appelés à être transfigurés en Dieu. Et c'est ça la résurrection telle que la Bible nous dit. On n'en sait pas plus, mais respectons ce mystère. Et surtout, vivons-le ! Quand nous voyons des hommes qui donnent leur vie pour leurs frères, dans un dévouement du matin au soir, ils vivent comme des ressuscités, ils vivent " ailleurs ", ils vivent au-delà d'eux-mêmes. Quelqu'un les conduit.
Et je pense que c'est seulement à cette condition-là, dans la foi, que nous entrons dans ce message de Jésus - et que nous comprenons, intérieurement, qu'il y a une réalité autre, qui s'appelle Dieu, et qui nous appelle à être saisis par lui totalement, déjà maintenant, et au-delà de tout ce qu'on peut imaginer.