Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
1 Septembre 2009
TRAITE DU MINISTERE ECCLESIASTIQUE
CHAPITRE V — L’état vrai des âmes
L’humanité a passé par trois états successifs, le premier depuis la chute jusqu’à Moïse qu’on appelle l’état de la loi de nature ; le second depuis Moïse jusqu’à Notre Seigneur, c’est l’état de la loi écrite ; le troisième depuis Notre Seigneur jusqu’à nous, c’est l’état de la loi de grâce, et il durera jusqu’à la fin des temps.
Saint Augustin résume tout l’état du monde, dans ces époques successives, en trois mots : Ante legem, sub lege, sub gratia.[13]
Allant plus loin, le saint Docteur remarque que ces états divers de l’humanité se trouvent assez volontiers dans les âmes qui, elles aussi, peuvent se trouver ante legem, ou sub lege ou sub gratia.
Une âme est ante legem, quand elle demeure dans l’ignorance, soit parce que l’instruction ne lui a pas été donnée, soit parce qu’elle l’a négligée, n’en connaissant pas le prix.
Une âme est sub lege, quand elle a la connaissance du bien à faire, du mal à éviter ; mais soit qu’elle n’ait pas encore reçu la foi, soit qu’elle ait négligé de vivre selon la foi, elle demeure dans le péché, mais elle sait qu’il est le péché.
Une âme est sub gratia quand, avec la connaissance, elle a reçu le don de la foi et la grâce de vivre selon cette foi qui opère par la charité : Fides quæ per dilectionem operatur[14] (Ga 5, 6). Dans cet état heureux, l’âme marche en paix dans la voie des saints commandements : elle aime les lois de Dieu et Dieu par-dessus tout, elle est libre dans le bien qu’elle aime et elle avance avec confiance vers la récompense que Dieu lui promet.
Il faut savoir faire ce discernement dans les âmes, afin de proportionner les instructions à leurs besoins et de ne pas exiger d’elles ce qui dépasserait leurs forces. Ainsi une âme qui en est encore ante legem a beaucoup plus besoin de recevoir qu’elle n’est apte à donner : chez elle la bonne volonté consiste à recevoir la lumière à mesure qu’elle lui est apportée, et il ne faut pas lui demander plus, c’est tout ce qui lui est possible.
Une âme qui est sub lege a besoin d’être éclairée sur la nature de la foi, les mystères de l’Incarnation, de la Rédemption, la grâce médicinale du Sauveur, la nature de la charité ; elle a besoin d’être portée à la prière, surtout au désir d’une grâce plus grande et plus abondante.
Une âme qui est sub gratia demande à être bien instruite de la nature de la grâce, de sa gratuité, de sa nécessité, de ses opérations merveilleuses, afin que se livrant à elle avec amour elle marche dans la voie de toutes les bonnes œuvres. Cette âme a besoin aussi d’être instruite et affermie dans l’humilité afin de ne pas s’exposer à la chute : Qui se existimat stare videat ne cadat.[15] (I Cor. 10, 12) Tu autem fide stas : Noli altum sapere, sed time.[16] (Rom. 11, 20).
Il faut donc nécessairement que l’instruction soit proportionnée à l’état de l’âme, et que de son côté l’action réponde à l’instruction : le malheur serait grand si l’on demandait d’une âme plus qu’elle ne peut devant Dieu : par exemple si l’on voulait amener à la communion une âme qui n’est pas même encore sub lege, une âme qui peut-être est encore ante legem, dans une ignorance déplorable.
Ce que l’on a fait, ce que l’on fait encore de mal, en agissant ainsi, est incalculable et d’autant plus déplorable que l’on a usé pour ces âmes les moyens des sacrements, des sacrements qui ont été reçus sans connaissance, sans préparation, sans fruit, cela est évident, sans goût pour y revenir : de manière que les sacrements ainsi reçus sont souvent les derniers sacrements.
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[13] Ante legem, sub lege, sub gratia... etc. : Avant la loi, sous la loi, sous la grâce...
[14] Gal 5, 6 : La foi qui agit par l’amour.
[15] I Cor. 10, 12 : Que celui qui se croit debout, prenne garde de tomber.
[16] Rom. 11, 20 : Toi, c’est par la foi que tu tiens ; ne fais pas le fier, crains plutôt.
[17] Ces mots ont été écrits en 1870.