Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
30 Août 2009
TRAITE DU MINISTERE ECCLESIASTIQUE
La source du mal, nous l’avons dit, c’est le péché originel. Or cette source est très secrète, et par suite du secret qui l’enveloppe, elle n’en a que plus de facilité de répandre ses poisons.
Le péché originel est peu connu, et souvent mal connu.
Comme il a jeté les âmes dans l’ignorance, il semble avoir tenu à cacher plus particulièrement sa propre malice.
Elle consiste essentiellement en deux choses : la perte de la justice originelle et la détérioration de la nature : mais aujourd’hui, encore que l’on admette la perte de la justice originelle, on voudrait bien ne pas reconnaître que la nature ait été détériorée.
Cette connaissance ainsi tronquée du péché originel laisse un champ libre à une foule d’erreurs, et, en tout cas, elle est absolument impuissante à rien sauver, suivant la maxime bien connue : Bonum ex integra causa : malum ex quocumque defectu.[1]
De ce que l’on ne sait plus, de ce que l’on ne veut plus reconnaître la détérioration de la nature par le péché originel, il s’ensuit des conséquences on ne peut plus funestes.
La nature devient fière d’elle-même, malgré la parole si solennelle de l’Apôtre : Quid habes quod non accepisti ? Si autem accepisti, quid gloriaris quasi non acceperis ?[2] (I Cor. 4, 7)
S’étant aveuglée sur son propre mal, la nature est portée à abuser de son propre bien. Elle en abuse en s’en faisant une arme contre Dieu, et par là elle se fait elle-même des blessures nouvelles.
Elle possède la raison, la liberté et les sens, elle abuse de tout. Son insolente révolte contre Dieu l’a constituée dans le naturalisme ; et par une suite de conséquences inévitables, sa raison est tombée dans le rationalisme, sa liberté dans le libéralisme et ses sens dans le sensualisme.
Après toutes ces conquêtes épouvantables dans le mal, la nature non encore satisfaite, s’est tournée même contre le Sauveur. Elle a nié sa divinité, elle a nié son humanité ; elle a nié sa grâce ; elle a nié son Église, elle a nié tout : puis s’est dit, comme la Babylone d’autrefois : Ego sum, et non est præter me amplius[3] (Is. 47, 8).
Le mal n’a pas été aussi grand dans toutes les âmes ; mais dans les croyants eux-mêmes les vérités ont été singulièrement diminuées. Il y a pour eux un naturalisme adouci, qui ne tient pas beaucoup à être érigé en dogme, mais qui se contente parfaitement d’être accepté comme doctrine pratique. Il y a un rationalisme mitigé qui ne condamne pas la foi, mais qui se réserve souvent le droit de la juger ; il y a aussi un libéralisme catholique ; et si jamais on n’a osé encore prononcer le mot d’un sensualisme catholique, on est bien obligé de convenir que le sensualisme a envahi bien des âmes catholiques chez lesquelles la vie sensuelle a étouffé jusqu’à la connaissance de la mortification chrétienne, sans laquelle cependant, au témoignage de l’Apôtre, il n’y a pas de vie devant Dieu : Si secundum carnem vixeritis moriemini ; si autem spiritu facta carnis mortificaveritis, vivetis.[4] (Rom. 8, 13).
Il faut noter ici un point capital sur lequel le rationalisme a singulièrement faussé les idées même des bons. Si l’on étudie les auteurs qui ont traité de la grâce jusqu’au XVe ou XVIe siècle et qu’on leur compare les auteurs du temps présent, on peut remarquer entre eux une différence considérable. Là on reconnaît dans toute sa puissance la grâce médicinale du Rédempteur, on reconnaît sa gratuité, son efficacité. Aujourd’hui, l’efficacité de la grâce est le plus souvent attribuée à la volonté de la créature ; autrefois on la regardait comme un don de la grâce elle-même. Nous posons en fait que les hommes, même chrétiens, de nos jours ne sont pas en état de lire le traité de saint Bernard : De Gratia et libero arbitrio[5], sans être ébahis, peut-être même scandalisés. L’abbé Rohrbacher n’a-t-il pas écrit que saint Bernard n’avait pas su faire la distinction de la nature et de la grâce ? Vous pygmée du XIXe siècle, vous avez écrit cela au sujet de saint Bernard ; vous l’avez écrit même au sujet de saint Augustin !
Les petits hommes du temps présent n’ayant pas de la grâce les sentiments des anciens, il s’en est suivi que l’on n’a pas cru avoir tant besoin de prier pour demander, obtenir et conserver la grâce. Qu’est-ce que la prière aujourd’hui ? Où sont les âmes qui prient ? N’est-il pas vrai que la plupart des chrétiens qui prient encore, font consister la prière dans la récitation des formules ? Qu’ils sont loin du christianisme de Notre Seigneur et de ses Apôtres, lequel est esprit et vie !
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[1] Bonum... : Le bien naît d’une cause à laquelle rien ne fait défaut ; le mal vient de n’importe quel manque.
[2] I Cor. 4, 7 : Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te vanter comme si tu ne l’avais pas reçu ?
[3] Isaïe, 47, 8 : Moi, et rien que moi !
[4] Rom. 8, 13 : Car si vous vivez selon la chair, vous devez mourir ; mais si par l’esprit vous faites mourir les actes du corps, vous vivrez.
[5] Saint Bernard : De la grâce et de la liberté