Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
17 Septembre 2009
L'OFFICE DIVIN[1]
3. — LA RÉCITATION
Venons-en maintenant à la récitation elle-même et aux dispositions qu'elle réclame.
Nous demandons dans l'Aperi de pouvoir réciter l'office de manière digne, attentive et dévote.
Ces trois dispositions d'âme sont nécessaires, si nous voulons nous acquitter convenablement de notre tâche.
Que veut dire "digne" ?
C'est réciter l'office divin avec les égards dus à la majesté de Dieu. Nous sommes des médiateurs, des ambassadeurs ; l'ambassadeur est tenu d'observer le protocole en usage à la cour du roi. Une négligence sur ce point serait non seulement une indélicatesse, mais une faute. Or, les rubriques prescrites par l'Église, que sont-elles, sinon l'étiquette ou les attitudes extérieures, exigées dans l'exercice des fonctions sacrées ?
Ouvrez l'Ancien Testament ; le transport de l'arche d'alliance et tout le culte comportaient beaucoup de cérémonies. Celles-ci n'étaient pourtant que « figure ». Nous, nous possédons la vérité de ces symboles et de ces rites.
Aimons rendre à Dieu ces égards extérieurs. Ces prescriptions vous apparaissent peut-être assez petites, mais la fidélité à les observer est toujours un acte de vertu, et cela pour trois raisons. Par là, on obéit à des règles posées par l'Église elle-même pour un bien commun ; — on accomplit un acte de culte extérieur, au moyen duquel on sert Dieu par le corps comme par l'esprit ; — enfin et surtout, cette soumission est l'expression de notre religion intérieure envers le Roi des rois.
Si nous voyions Dieu dans l'éclat de sa majesté, nous en mourrions ; même s'il nous permettait d'apercevoir quelque rayon du monde invisible, nous tomberions à genoux. Ainsi le firent les trois disciples sur le Thabor : « ils tombèrent le visage contre terre, saisis d'une grande crainte » (Mt. XVII, 6). D'où venait cette crainte qui les prosternait à ce point ? Elle était l'effet immédiat du très vif sentiment de la présence de la divinité : pour avoir entrevu quelque clarté d'ordre divin, leurs âmes étaient comme plongées dans l'adoration.
Pour nous, qui vivons de foi, parlons à Dieu avec une révérence profonde. Celle-ci nous aidera en tout temps à garder une attitude de dignité pendant la récitation. Rien ne soutient tant la piété et n'impressionne tant les fidèles que cette religieuse révérence du prêtre dans l'exercice de sa prière.
Si le mot digne concerne, en bonne part, notre tenue extérieure, le terme attente désigne exclusivement l'application de l'esprit.
Pourquoi faut-il réciter notre office « avec attention » ?
Parce que tout l'élan et le mérite de la louange proviennent avant tout de l'amour et que l'amour exige la connaissance.
Saint Thomas distingue trois sortes d'attention : ad verba, ad sensum, ad Deum[7]. L'attention aux seules paroles peut suffire pour s'acquitter de l'obligation canonique, mais elle est imparfaite. — L'attention au sens des paroles, et surtout l'attention à Dieu rendent la prière parfaite.
Cette dernière est la plus importante. Une religieuse qui ignore le latin peut, durant la récitation, être attentive au mystère célébré, à Dieu, aux personnes de la Trinité, aux perfections divines. Si sa volonté de rendre hommage au Seigneur est bien vive, elle glorifie le Seigneur et, soutenue par la liturgie, elle parviendra à la véritable contemplation.
Pour nous, prêtres, cette mise en présence de Dieu sera normalement entretenue par l'intelligence du texte sacré. Attentive au sens des paroles prononcées, l'âme du prêtre vibrera aux nombreuses suggestions de la liturgie. Sa conviction religieuse, en contact avec la prière officielle de l'Église gagnera en profondeur ; il en sera de même pour sa confiance en la divine bonté, sa gratitude, son humilité et son amour. Si aux vues de foi rappelées par la lettre de son bréviaire, le prêtre répondait du fond du cœur : Amen, c'est-à-dire : « Oui, Seigneur, toutes ces paroles, j'y crois, je les fais miennes », quelle spirituelle élévation ne lui apporterait pas cette prière de chaque jour !
Afin de faciliter cet effort d'attention, apprécions bien haut les psaumes. Aux âges de foi, les chrétiens se servaient davantage du « psautier » ; celui-ci était par excellence le « livre de prières ». Pour les saints, il fut bien souvent le livre préféré : « Mon psautier, c'est ma joie » : Psalterium meum, gaudium meum[8], s'écriait saint Augustin.
Sans doute on rencontre des cantiques sacrés dont le sujet nous demeure plutôt étranger, mais, au cours de la récitation, sans prétendre nous plier aux suggestions de tous les versets, il suffit assurément d'établir l'accord entre l'âme et certains d'entre eux, selon la parole de saint Bernard : « l'aliment se savoure en bouche, le psaume dans le cœur » : Cibus in ore, psalmus in corde sapit [9].
Le psautier est comme une harpe divine que l'Église nous donne pour chanter les louanges de Celui que nous aimons. Nous y trouvons l'expression parfaite des sentiments de foi, d'espérance, d'amour que nous devons avoir envers notre Père des cieux.
Dieu seul se connaît parfaitement, Dieu seul sait comment il doit être loué. Dans les psaumes inspirés par l'Esprit-Saint, il nous dicte lui-même les termes dans lesquels il lui est agréable d'être glorifié par nous. Ces lumineuses formules nous apprennent à bénir la divine Majesté, à proclamer ses infinies perfections, à reconnaître ses bienfaits miséricordieux, à redire au Seigneur nos luttes, nos besoins de pardon et nos joies.
Combien ne nous est-il pas salutaire de nous harmoniser intérieurement avec les attitudes d'âme auxquelles les psaumes nous invitent ! Ces attitudes sont vraies, humaines, éminemment bienfaisantes. Voyez, par exemple, quelles expressions d'amour, de complaisance, se rencontrent dans le psaume 109 : Dixit Dominus Domino meo. Nous entendons le Père « glorifier son Fils dans sa génération et son sacerdoce éternels : Ex utero ante luciferum genui te... Juravit... Tu es sacerdos in aeternum. Nous ne pourrions offrir au Christ Jésus aucune louange plus haute et plus agréable que de nous associer à ce témoignage du Père. — Quelle révélation de la bonté de Dieu dans le psaume 88 : « Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur ». Nous y voyons se dérouler le plan divin de la Rédemption. Dieu s'est choisi un David dans notre race, il en a fait son propre Fils, et ce Fils regarde son Père, et lui dit : Pater meus es tu.
Dans le psaume 103, après avoir parcouru toutes les merveilles de la création, nous nous adressons au Seigneur et nous lui disons, dans un sentiment d'admiration : « Que vos œuvres sont magnifiques, Seigneur, vous avez fait toute chose avec sagesse ».
Sans multiplier les exemples, reconnaissons qu'il est utile de choisir, de temps en temps, comme sujet de méditation ou d'étude, quelque psaume ou quelque autre partie de l'office divin. Si on ne le fait jamais, on risque de prononcer ces excellentes prières d'une façon automatique, comme le ferait un phonographe. Suivons plutôt le conseil de saint Jérôme qui nous exhorte à psalmodier « dans la lumière des saintes Écritures » : in scientia Scripturarum [10].
Combien éloigné de cette mentalité était ce bon prêtre que j'ai, connu dans ma jeunesse et qui, après avoir achevé la récitation du bréviaire, disait en soupirant : « Maintenant, je vais pouvoir prier ». En tout pays, on trouverait, je crois, des exemples semblables de piété déformée.
L'attention à Dieu doit demeurer toujours comme une note de fond qui soutient la diversité des mouvements de l'esprit. Ainsi se réalise en nous la parole du psaume : « Psalmodiez avec sagesse ». Psallite sapienter (Ps. 46, 8). Plus l'âme sera recueillie, plus elle recevra de lumières pour comprendre les textes : Illuminans tu mirabiliter a montibus aeternis (Ps. 75, 5).
Cette attention à Dieu est grandement facilitée lorsque nous avons apporté tous nos soins à préparer la psalmodie.
Devote : Qu'est-ce que la dévotion ?
On entend souvent par dévotion une douceur ressentie dans la prière. C'est là un préjugé commun, mais c'est une erreur. On peut être dans l'aridité et la sécheresse spirituelles, et cependant, avoir une dévotion parfaite. A propos de saint François de Sales, Jeanne de Chantal lui rendait ce témoignage : « Il me dit une fois qu'il ne prenait point garde s'il était en consolation ou désolation ; et quand Notre-Seigneur lui donnait de bons sentiments, il les recevait en simplicité ; s'il ne lui en donnait point, il n'y pensait pas »[11]. La douceur sensible n'est donc pas la dévotion véritable. Quand le Christ disait à son Père : « Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné » (Mt. XXVII, 46) ? il priait assurément d'une manière parfaite, et pourtant il n'éprouvait aucune consolation, bien au contraire !
La vraie dévotion est désintéressée, elle livre l'âme à Dieu, avec toutes ses énergies d'amour. Le sens du mot latin : devovere nous le suggère.
Vous connaissez la parole du Christ : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur,... et de tout ton esprit » (Mt. XXII, 37). Il ne dit pas : de cœur et d'esprit, mais de tout ton cœur, ex toto corde... Ce mot : totus ainsi répété exprime la dévotion ; celle-ci est l'amour porté à son apogée.
Durant la récitation du bréviaire, adonnons-nous à la louange divine, non seulement par l'intelligence, mais aussi par la plénitude de nos affections, surtout par notre charité. Concentrons les puissances de notre âme du côté de Dieu. Cette application intérieure constitue le fond de toute bonne prière, et même est compatible avec l'aridité spirituelle. Elle est très agréable au Seigneur : Dieu étant amour se plaît dans votre effort.
Au ciel, vous comprendrez combien fut utile pour le salut des âmes et de l'Église la vraie dévotion que vous aurez apportée à l'œuvre de la louange. Les Heures sont Opus Dei. Les bien dire est un travail qui l'emporte en excellence sur beaucoup d'autres. Si nous nous livrons de tout cœur à cette tâche, une onction sainte se répandra dans notre âme ; elle nous, disposera à goûter, avec paix intérieure, les choses de Dieu. « On trouve le miel dans la cire, disait saint Bernard, et l'onction dans la lettre sacrée » : Mel in cera, devotio in littera[12].
Maintenons aussi notre âme sous l'influence du Saint-Esprit. Dans une symphonie, chaque artiste veille à suivre, avec une parfaite docilité, la direction du chef d'orchestre qui, tantôt avive, tantôt modère le mouvement de l'ensemble. Si l'Esprit de Dieu rencontrait en nous une telle soumission, il toucherait les fibres les plus profondes de nos cœurs et en ferait jaillir la louange que Dieu attend de nous. C'est si vrai qu'au dire de saint Jean Chrysostome, chaque fois que le peuple chrétien s'adonne à la récitation des psaumes, il devient comme une cithare prête à vibrer sous la motion de l'Esprit, leur inspirateur divin : Cithara fuistis Spiritus Sancti [13]. Combien, à plus forte raison, nous prêtres, durant nos Heures, ne devons-nous pas être attentifs aux suggestions d'en haut !
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[1] Voir dans Le Christ vie de l'âme le chapitre Vox Sponsae et, dans Le Christ idéal du moine, les deux chapitres L'opus Dei, louange divine et Moyen d'union à Dieu.
[6] Enarrat. super psalmos, 62, 12. P. L. 37 col. 750.
[7] Somme Theol. II-II, q. 83, a. 13.
[8] Enarrat. super psalmos, 137. P. L. 37, col. 1775.
[9] In Canticum, VII, 5. P. L., 183, col. 809.
[10] Comment, ad Ephes. III, 5. P. L., 26, col. 562.
[11] Lettres de sainte Chantal, n° 121, dans Œuvres complètes de saint François de Sales, Lyon, Périsse, 1851, p. 118.
[12] L. c
[13] De Lazaro. P. G. 48, col. 963