Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
19 Septembre 2009
L'OFFICE DIVIN[1]
5. — AUTRES FRUITS SPIRITUELS DE L'OFFICE DIVIN
Nous avons charge d'âmes. Celui qui récite le bréviaire avec fidélité et dévotion se trouvera souvent aidé d'une façon surprenante par le Seigneur dans les travaux qu'il entreprend pour sa gloire. Loin de moi de diminuer tant soit peu le mérite des œuvres extérieures ; celles-ci sont nécessaires, bénies par l'Église, dignes d'admiration. Néanmoins, l'importance que nous leur accordons ne peut porter préjudice à une très grande action sacerdotale qui nous est essentielle : celle de louer Dieu par l'office divin et de compléter ainsi toute justice. La sainte messe mise hors pair, ayez une foi vive sur ce point : par l'accomplissement de notre devoir de louange, nous rachetons les âmes, nous fécondons les efforts de notre prédication et de tout notre ministère. De ce qu'elle nous impose l'obligation de l'office sacré, l'Église nous montre le prix qu'elle y attache : elle nous astreint sub gravi à nous en acquitter tous les jours ; nous ne sommes pas libres, en dehors de cas prévus, de nous dispenser de cette œuvre. Nous sommes tenus d'y consacrer le temps nécessaire. Et assurément, ces moments ne sont pas perdus. La plus efficace des prières pour le salut et la sanctification des âmes, c'est notre bréviaire.
Imitons saint François de Sales. Lorsqu'il commençait à réciter l'office divin, il oubliait formellement l'administration du diocèse et ne songeait plus qu'à louer Dieu. Et le Seigneur bénissait son application à la prière. « Au sortir du chœur, écrivait-il, je trouve souvent que ces grandes affaires qui me donnaient tant de peine sont expédiées en un instant »[16].
Un autre fruit substantiel de la pieuse récitation de nos Heures est une connaissance plus vécue des Écritures.
Scientifiquement, on peut en savoir long sur les livres saints, être au courant des différentes versions, de l'histoire du texte, des interprétations multiples. Mais percevoir le sens profond des paroles sacrées, pouvoir les utiliser de manière personnelle dans la vie intérieure et dans la prédication, c'est là un don de l'Esprit-Saint. Il y a, dans la Bible, des abîmes de splendeur et d'amour. Bien des prêtres ne les soupçonnent pas ; ils ne se rendent pas compte de tout ce que les textes inspirés contiennent de lumières pour les établir eux-mêmes dans une atmosphère de vérité surnaturelle et pour les aider à toucher les âmes. Ces formules sacrées possèdent une vertu sacramentale ; elles donnent force et onction à vos paroles ; tantôt pour encourager ceux qui souffrent, tantôt pour éveiller la réflexion.
Croyez-moi, si vous récitez le bréviaire sans « l'expédier », les sentences de l'Écriture que vous prononcerez finiront par devenir comme partie de vous-même. Vous expérimenterez que l'ensemble des textes de l'Ancien et du Nouveau Testament, enchâssés dans le Temporal et le Sanctoral, forment un Promptuarium, « une chambre aux trésors », remplie de grâces et de lumières. Ces illuminations éclaireront votre foi sur les mystères du Christ, de l'Église et même sur ceux de la sainte Trinité.
Enfin, l'office bien récité est pour le prêtre source de grande joie.
Pourquoi ? Parce que le bréviaire le fait vivre chaque jour des espérances et de la possession des biens surnaturels donnés par Dieu à son Église. La liturgie est toute chargée du bonheur insondable qu'apportent à l'Épouse du Christ les bienfaits divins dont elle est comblée. Le prêtre qui s'acquitte avec dignité de cette prière participe au « courant d'allégresse qui vivifie la cité sainte » : Fluminis impetus laetificat civitatem Dei (Ps. 45, 5). Dieu est la joie infinie, à laquelle rien ne manque. Quand nous parlons de lui d'après nos humaines pensées, nous sommes enclins à toujours distinguer entre ce qu'il est et ce qu'il a. En réalité, Dieu est sa propre joie.
Qu'est la joie ? Le sentiment éveillé en nous par l'espérance et surtout par la possession du bien. Dieu est le Bien infini qui se connaît, se possède et jouit pleinement de lui-même. Sa béatitude est parfaite. Il aurait pu certes se passer de nous, mais dans sa bonté, il a voulu s'entourer d'une création merveilleuse, composée de toute une hiérarchie d'êtres multiples et divers. Cette création, en son universalité, loue Dieu et reflète sa joie. C'est pourquoi le Psalmiste nous invite si fréquemment à servir Dieu d'un cœur dilaté : Jubilate Deo omnis terra, servite Domino in laetitia (Ps. 99, 1). Où se trouve Dieu, rayonne sa gloire et règne sa félicité.
Si nous levons nos regards jusqu'à la Jérusalem resplendissante des cieux, que voyons-nous ? Des millions d'anges entourant l'Agneau. Et que font-ils ? Ils « glorifient Dieu dans une allégresse commune à tous » : Socia exultatione concelebrant. Ils vivent dans un tel transport qu'ils sont comme « enlevés » : exultant. Au-dessus d'eux, Notre-Dame bénit et remercie le Seigneur, et « son bonheur est sans fin » : Gaudens gaudebo in Domino [17]. Tous les bienheureux partagent, chacun selon son degré de gloire, cette louange et ce ravissement. « Les fils de la Sion céleste exultent en leur Roi » : Filii Sion exultent in Rege Suo (Ps. 149, 2).
Or, par la communion des saints, nous ne sommes plus « ni des étrangers, ni des hôtes de passage, hospites et advenae, mais citoyens de la cité de Dieu », cives sanctorum (Ephes. II, 19). Tous les jours, au moment le plus solennel de la messe, nous disons : Communicantes, et, par ce simple mot, nous entrons alors dans la société de la Vierge, des apôtres et de tous les élus ; nous prenons part à leur hymne de reconnaissance et à leur allégresse ; celle-ci dérive en eux de la béatitude même de Dieu.
Tout mystère du Christ, toute solennité de Notre-Dame, de chaque habitant des cieux possède sa joie propre. Recueillie en notre cœur durant la prière, cette joie rejaillira sur toute notre vie ; notre prédication, notre ministère et notre dévouement aux œuvres en bénéficieront largement.
Avant de terminer, je veux vous dire un mot des distractions.
Aux prêtres qui s'en plaignent, on répond souvent : « Tout le monde a des distractions » ! Cependant, remarquons-le, si nous négligeons toute préparation avant la prière, les divagations de l'esprit durant nos Heures nous sont, de façon générale, imputables : tout l'office divin sera récité comme il a été commencé.
La faute du début nous rend, de quelque manière, responsables de l'imperfection du tout.
Ceci rappelé, reconnaissons-le : l'essentiel dans la récitation du bréviaire est la volonté de rendre hommage à Dieu en union avec Jésus-Christ. Même si, pour quelque raison indépendante de notre volonté, notre récitation était peu attentive, nous accomplissons du fait que nous cherchons à nous en acquitter dévotement, une obédience,Vin devoir. Volontiers j'adopte cette directive donnée par Bossuet dans une de ses lettres : « Après les distractions, il faut, sans effort et très doucement, rentrer dans le premier dessein de louer Dieu... Il ne faut jamais se précipiter en rien, mais il faut aussi bannir le scrupule ; aller rondement, bonnement et simplement, comme dans une autre prière »[18].
Intensifions notre élan au moment de nous livrer à cette récitation. Ce zèle nous libérera de bien des distractions que la nonchalance favorise. Et, par cet effort quotidien pour sanctifier le nom de Dieu, nous nous préparerons à la louange éternelle. Tertullien exprimait déjà cette encourageante pensée, lorsqu'il écrivait à propos du Pater : « Nous faisons l'apprentissage de la fonction qu'il nous sera donné d'accomplir dans la lumière future » : Officium futurae claritatis ediscimus [19].
Quand on avance en âge, on acquiert de plus en plus l'expérience du bréviaire, et alors on y découvre des profondeurs. Il est comme un résumé, une synthèse de toute l'Écriture, comme aussi de la vie de l'Église et de la sainteté chrétienne. Avant de commencer nos Heures, disons à Dieu : « J'ai foi que, par cette prière officielle dont je suis le ministre, je puis beaucoup, en union avec votre Fils Jésus, pour les besoins de l'Église : pour aider ceux qui souffrent, qui agonisent, qui vont paraître devant vous ; pour coopérer à la conversion des pécheurs, à celle des indifférents ; pour m'unir à toutes les âmes saintes de la terre et aux bienheureux du ciel. « Que tout en moi, Seigneur, vous confesse et vous adore » : Benedic anima mea Domino et omnia quae intra me sunt nomini sancto ejus (Ps. III, 1).
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[1] Voir dans Le Christ vie de l'âme le chapitre Vox Sponsae et, dans Le Christ idéal du moine, les deux chapitres L'opus Dei, louange divine et Moyen d'union à Dieu.
[16] Hamon, Vie, II, p. 411