Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.
2 Octobre 2009
L'Oraison, élément indispensable de la Vie intérieure, donc de l'Apostolat
- Dom Chautard -
Un désir vague de vie intérieure conçu après la lecture rapide d'un volume ne donnerait aucun résultat.
Il faut que ce désir se fixe dans une résolution précise, chaude et pratique.
Nombre de personnes d'œuvres nous ont demandé de leur faciliter le moyen de réaliser leur projet de vie intérieure par l'énoncé de quelques résolutions générales.
Nous y répondons volontiers, persuadé d'un côté que l'homme d’œuvres, prêtre ou laïque, n'aura vraiment profité de la lecture de ce qui précède (son livre "L'âme de tout apostolat) que s'il est bien déterminé à consacrer chaque matin un instant à l'oraison mentale ; et d'un autre côté que le prêtre, s'il veut progresser dans la vie intérieure, ne peut négliger d'utiliser le Vie liturgique et de s'exercer à la Garde du coeur.
Nous croyons plus pratique d'adopter pour ces trois points la forme de résolution personnelle.
Nous n'avons pas la prétention d'apporter une nouvelle méthode d'oraison mais nous essayons d'extraire la moelle des meilleures méthodes.
RÉSOLUTION D'ORAISON
Je veux être fidèle à l'oraison du matin.
Dix manières de s'entretenir avec Dieu
Avant de parler de l'oraison affective, premier degré des oraisons plus élevées auxquelles Dieu n'appelle ordinairement que les âmes arrivées à la garde du cœur par la méditation, le P. Rigoleuc S.J., indique dans le livre si estimé de ses Œuvres spirituelles (Avignon, 1843, page 17 et suiv.) dix manières de s'entretenir avec Dieu, lorsque, après essai sérieux on se trouve dans l'impossibilité morale de faire la méditation sur le sujet préparé la veille.
Nous résumons le pieux auteur.
1ère manière: Prendre un livre spirituel (Nouveau Testament ou Imitation) — lire quelques lignes par intervalle — méditer un peu ce qu'on a lu, tâcher d'en pénétrer le sens et de se l'imprimer dans l'esprit. — En tirer quelque sainte affection, amour ou pénitence, etc., et ne proposer de pratiquer cette vertu à l'occasion.
Éviter de trop lire on de trop méditer — S'arrêter à chaque pause autant que l'esprit y trouvera entretien agréable et utile.
2ème manière : Prendre quelque parole de l'Écriture, ou quelque prière vocale : Pater, Ave, Credo, par exemple, la prononcer, s'arrêter à chaque mot, en tirer divers sentiments de piété dans lesquels on l'entretient tant que l'on y trouve du goût.
A la fin, demander à Dieu quelque grâce ou vertu suivant le sujet médité.
Ne pas s'arrêter trop avec ennui et dégoût sur un mot, mais quand on n'y trouve plus de quoi s'entretenir, passer doucement à un antre. — Quand on se sent touché de quelque bon sentiment, s'y arrêter tant qu'il dure sans se mettre en peine de passer plus avant. — Pas nécessaire de faire toujours des actes nouveaux, il suffit quelquefois de se tenir devant Dieu en ruminant en silence les paroles déjà méditées, ou en goûtant le sentiment qu'elles ont produit dans le cœur.
3ème manière: Quand le sujet préparé ne fournit pas assez d'entretien, faire des actes de foi, adoration, action de grâce, espérance, amour, etc., en leur donnant autant d'étendue qu’on veut et en s'arrêtant un peu à chacun pour le goûter.
4ème manière: Quand on ne sait plus méditer, ni produire d'affections (impuissance et stérilité) protester devant Dieu qu'on a l'intention de faire autant d'actes de contrition par exemple, qu'on respirera de fois, qu'on fera couler de grains de chapelet entre ses doigts ou que l'on prononcera de bouche quelque courte prière.
Renouveler de temps en temps cette protestation. Si Dieu donne quelque autre bon sentiment, le recevoir avec humilité et s'y entretenir.
5ème manière: Dans les peines et les sécheresses, si on est stérile et impuissant à penser ou à agir, s'abandonner généreusement à la souffrance sans s'inquiéter ni faire d'effort pour en sortir, sans faire d'autres actes que cet abandon de soi-même entre les mains de Dieu pour souffrir cette épreuve et toutes celles qu'il lui plaira.
Ou bien unir la prière à l'Agonie de Notre-Seigneur dans le Jardin et à son délaissement sur la Croix. — Se persuader qu'on y est attaché avec son Sauveur et s'animer, par son exemple, à y demeurer et à souffrir constamment jusqu'à la mort.
6ème manière: Revue de son intérieur. — Reconnaître ses défauts, passions, faiblesses, infirmités, impuissance, misères, néant. — Adorer les jugements de Dieu à l'égard de l'état où l'on se trouve. — Se soumettre à sa sainte volonté. — Le bénir également et pour les châtiments de sa justice et pour les faveurs de sa miséricorde. — S'humilier devant sa souveraine Majesté. — Lui faire sincère confession de ses infidélités et péchés et demander pardon. —Rétracter ses faux jugements et ses erreurs. — Détester tout le mal qu'on a fait et se proposer de se corriger à l'avenir.
Cette oraison est fort libre et reçoit toutes sortes d'affections ; elle peut se faire en tout temps, surtout après un accident inopiné pour se soumettre aux châtiments de la justice de Dieu, ou après l'embarras de l'action pour se remettre dans le recueillement.
7ème manière: Vive représentation des fins dernières. Se considérer à l'agonie entre le temps et l'éternité — entre la vie passée et le jugement de Dieu. — Que voudrais-je avoir fait? — Comment voudrais-je avoir vécu? — Peine qu'on ressentira. — Se rappeler péchés, dérèglements, abus de grâces. — Comment on voudrait s'être comporté dans telle et telle occasion. — Se proposer de remédier efficacement à ce qu'on a sujet de craindre.
Se figurer — enterré, en putréfaction, oublié de tous, — devant le Tribunal de Jésus-Christ, — dans le Purgatoire, — dans l'enfer.
Plus la représentation est vive, plus on profite de l'oraison.
Il faut cette mort mystique pour déchanter l'âme et ressusciter, c'est-à-dire être affranchi de la corruption du vice. Il faut passer par ce purgatoire pour arriver à la jouissance de Dieu en cette vie.
8ème manière: Application d'esprit à Jésus-Christ dans le Très Saint Sacrement. Saluer Notre-Seigneur dans le Saint Sacrement avec tout le respect que demande la présence réelle, s'unir à lui et à toutes ses divines opérations dans l'Eucharistie où il ne cesse d'adorer, louer, aimer son Père au nom de tous les hommes, et en état de victime.
Concevoir son recueillement, vie cachée, dépouillement de tout, obéissance, humilité, etc. — S'exciter à les imiter et se proposer de le faire dans les occasions.
Offrir au Père Jésus-Christ comme seule victime digne de lui, et par laquelle nous pouvons rendre hommage, reconnaître ses bienfaits, satisfaire à sa justice et obliger sa miséricorde à nous secourir.
S'offrir soi-même à lui sacrifier être, vie, emplois; Lui présenter un acte de vertu qu'on se propose de faire, quelque mortification qu'on est résolu de pratiquer pour se vaincre, et cela pour les mêmes fins pour lesquelles Notre-Seigneur s'immole dans le Saint Sacrement. — Faire cette oblation avec un désir ardent d'accroître autant qu'on en est capable la gloire qu'il rend à son Père dans cet auguste mystère.
Finir par la communion spirituelle.
Oraison excellente — surtout pour la visite au Saint Sacrement. Se la rendre familière, car notre bonheur en cette vie dépend de notre union à Jésus-Christ dans le Très Saint Sacrement.
9ème manière : Elle se fait au nom de Jésus-Christ. — Elle excite notre confiance en Dieu et nous fait entrer dans l'esprit et les sentiments de Notre-Seigneur.
Elle est fondée sur ce que nous sommes alliés au Fils de Dieu, ses frères, membres de son Corps mystique, qu'il nous a cédé tous ses mérites et légué toutes les récompenses que son Père lui doit pour ses travaux et sa mort. C'est ce qui nous rend capables d'honorer Dieu d'un culte digne de Dieu et nous donne droit de traiter avec Dieu et d'exiger en quelque façon ses grâces comme par justice. — Nous n'avons pas ce droit comme créatures, moins encore comme pécheurs, car il y a disproportion infinie entre Dieu et la créature et opposition infinie entre Dieu et le pécheur. Mais en qualité d'alliés du Verbe incarné, de ses frères, de ses membres, nous pouvons paraître devant Dieu avec confiance, traiter familièrement avec lui et l'obliger de nous écouter favorablement, d'exaucer nos requêtes et de nous accorder ses grâces à cause de l'alliance et de l'union que nous avons avec son Fils.
Donc, paraître devant Dieu soit pour l'adorer, ou pour l'aimer, ou pour le louer par Jésus-Christ opérant en nous comme Chef en ses membres et nous élevant par son esprit à un état tout divin — soit pour demander quelque faveur en vertu des mérites de son Fils. Et pour cela, lui représenter les services que ce Fils bien-aimé lui a rendus, sa vie, sa mort, ses souffrances dont la seule récompense nous appartient par le transport qu'il nous en a fait.
Dans cet esprit réciter l'office divin.
10ème manière: Simple attention à la présence de Dieu et méditation.
Avant de s'appliquer à méditer le sujet préparé, se mettre en la présence de Dieu sans prendre aucune autre pensée distincte, ni exciter d'autre sentiment que celui du respect et de l'amour pour Dieu qu'inspiré sa présence. — Se contenter de se tenir ainsi devant Dieu en silence dans ce simple repos d'esprit tant qu'on y trouve du goût.— Ensuite méditer selon la manière ordinaire.
Il est bon de commencer ainsi toutes les oraisons, et utile de le faire après chaque point. — Se reposer dans cette simple attention à Dieu. — On s'établit ainsi dans le recueillement intérieur. — On s'accoutume à fixer son esprit en Dieu et on se prépare peu à peu à la contemplation. — Mais ne pas demeurer ainsi par pure paresse et pour ne pas vouloir prendre la peine de méditer.
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Dans mon action de grâces, j'étendrai mes demandes aux intérêts de l'Église, aux âmes dont j'ai la charge, aux défunts, à mes œuvres, parents, amis, bienfaiteurs, ennemis, etc. Récitation des diverses heures de mon cher Bréviaire, en union avec l'Église, pour Elle et pour moi, fréquentes et chaudes oraisons jaculatoires, communions spirituelles, examen particulier, visite au Saint Sacrement, sainte lecture, chapelet, examen général, etc., viendront jalonner ma route, raviver mes forces et conserver l'élan pris le matin pour que rien dans ma journée n'échappe à l'action de Notre-Seigneur. Grâce à cet élan, le recours fréquent d'abord, puis habituel à Jésus, directement ou par sa Mère, fera cesser les contradictions entre mon admiration pour sa doctrine et ma vie d'émancipation, entre ma piété et ma conduite.
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Nous retenons notre cœur qui, dans son désir d'être vraiment utile aux hommes d'œuvres, voudrait consacrer ici une résolution spéciale à l'Examen particulier.
Nous craindrions d'allonger démesurément ce volume en cédant à cette pensée. Et cependant, de la lecture de Cassien, de plusieurs Pères de l'Église, aussi bien que de saint Ignace, de saint François de Sales et de saint Vincent de Paul, il ressort que l'examen particulier et l'examen général sont des corollaires obligatoires de l'oraison, et se rattachent à la garde du cœur.
D'accord avec son directeur, l'âme s'est résolue à viser plus directement dans l'oraison et au cours de la journée tel défaut ou telle vertu source principale des autres défauts ou vertus.
Nombreux sont les coursiers qui entraînent le char. L'œil les surveille tous constamment. Mais au centre de l'attelage, il en est un sur lequel s'exerce surtout la sollicitude du conducteur. En effet que ce coursier aille trop à droite ou trop à gauche, tous les autres sont dévoyés.
L'analyse de l'âme par l'examen particulier pour constater s'il y a eu progrès, recul, ou état stationnaire sur un point bien choisi, n'est qu'un élément de la garde du cœur
Tiré de l'«Âme de tout apostolat» de Dom Chautard, 14e édition, pp.199-216