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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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De l'amour du prochain - L'amour et la haine.

LES DEUX PRECEPTES DE LA CHARITE
St Thomas d'Aquin

Prologue

 Trois choses sont nécessaires à l'homme pour marcher dans la voie du salut : la science de la foi, la science des désirs et la science des œuvres. De ces trois sciences, la première nous est enseignée dans le Symbole, où sont formulés tous les dogmes de notre religion; la seconde dans l'oraison dominicale, et la troisième dans la loi. Nous allons nous occuper de la science des œuvres.

De l'amour du prochain

 Quand les docteurs de la loi demandèrent à Jésus quel était le précepte fondamental de la morale, il fit à cette question unique deux réponses : Vous aimerez, leur dit-il, le Seigneur, votre Dieu, de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toute votre force; nous avons traité de cette première partie du précepte; et vous aimerez, ajouta-t-il, votre prochain comme vous-même. Remarquons que l'accomplissement de cette seconde partie du précepte renferme l'accomplissement de tous les devoirs de l'homme envers l'homme : L'entier accomplissement de la loi, dit l'Apôtre, c'est la charité.

 L'amour et la haine

Vous aimerez votre prochain comme vous-même. Les Juifs et les Pharisiens comprenaient mal ce précepte en croyant que Dieu ordonnait aux hommes d'aimer leurs amis et de haïr leurs ennemis. Le terme de prochain était pour eux synonyme de celui d'ami; mais cette interprétation est fausse, et la preuve en est dans ces paroles de Jésus-Christ : Aimez vos ennemis. Il ne faut pas oublier que quiconque déteste son frère n'est point en état de grâce : Celui qui déteste son frère, dit saint Jean, est plongé dans les ténèbres.

 Il y a cependant ici une distinction à faire. Des hommes d'une sainteté éminente ont connu la haine : Seigneur, s'écrie le roi prophète, je hais d'une haine profonde ceux qui foulent aux pieds votre sainte loi. Jésus-Christ déclare lui-même qu'on ne peut être son disciple si on ne hait pas et son père, et sa mère, et toute sa famille. Or nous devons en toutes choses suivre l'exemple de ce divin maître et savoir aimer et haïr, comme lui, à propos; car Dieu connaît aussi l'amour et la haine. Pourquoi cela ? c'est qu'il y a dans l'homme deux choses à considérer, la nature humaine et le vice. La nature humaine, dans tout homme, a droit à l'amour; dans tout homme, le vice mérite la haine. Souhaiter à son prochain la damnation éternelle, c'est détester en lui la nature humaine et aimer le péché ; mais faire des vœux pour son salut, c'est détester en lui le péché et aimer la nature humaine. Seigneur, dit le psalmiste, vous haïssez tous ceux qui font le mal. Seigneur, dit Salomon, vous aimez tout ce qui existe et vous ne haïssez rien de ce que vous avez fait. Quels sont donc les objets de l'amour et de la haine de Dieu ? L'objet de son amour, c'est la nature; l'objet de sa haine, c'est le mal.

 

 Ajoutons que l'homme peut quelquefois faire du mal à son prochain sans péché. C'est ce qui arrive quand il lui fait du mal avec la volonté de servir ses véritables intérêts ; et Dieu lui-même en agit souvent de la sorte avec nous. Ainsi il afflige le pécheur d'infirmités et de maladies afin de le ramener au bien ; ainsi encore il accable le méchant sous les coups de l'adversité, afin que cette dure leçon lui fasse, selon l'expression d'Isaïe, ouvrir les yeux sur ses égarements. On peut donc sans péché désirer la chute d'un tyran qui désole l'Église ; on le peut, dis-je, sans péché, en tant qu'on désire le bien de l'Église par la chute du tyran. Béni soit le Seigneur qui a frappé les impies ! lisons-nous dans le livre des Macchabées.

 Et c'est un devoir pour tous non seulement de souhaiter la ruine des méchants, mais encore d'y travailler dans l'intérêt général. Certes ce n'est point un péché que de donner la mort à ceux qui l'ont méritée par leurs crimes. Les princes, dit saint Paul, sont les ministres de Dieu, et ce n'est point en vain qu'ils sont armés du glaive de la justice. Ceux qui veillent au maintien des lois ne violent point le précepte de la charité en frappant le coupable; s'ils le punissent, c'est quelquefois pour le châtier, quelquefois pour garantir la sûreté publique, qui est plus précieuse que la vie d'un homme. Cependant on ne serait pas exempt de péché en punissant le coupable avec la seule intention de ne point lui nuire, et si l'on ne joignait à cette intention celle de servir ses véritables intérêts, c'est-à-dire de lui infliger un châtiment salutaire et de lui procurer la vie éternelle.

 

On peut vouloir du bien à son prochain de deux manières: d'abord d'une manière générale, en tant qu'il est la créature de Dieu et qu'il a part à la promesse de la vie éternelle ; puis d'une manière spéciale, en tant qu'il est notre ami ou notre parent. On ne peut refuser à personne l'affection générale qu'on doit à l'humanité ; tout homme est obligé de prier pour les autres, quels qu'ils soient, et de les secourir dans leurs besoins; mais nous ne sommes pas tenus d'accorder à qui que ce soit des marques particulières de bienveillance, à moins qu'on nous demande le pardon d'une offense. Celui qui nous adresse une pareille demande n'est plus pour nous une personne indifférente, et ne pas l'admettre dans notre intimité ce serait repousser un ami, ce serait nous priver d'une puissante intercession auprès de Dieu. Jésus-Christ n'a-t-il pas dit : Si vous pardonnez aux hommes leurs péchés, votre Père céleste vous pardonnera aussi les vôtres ; si vous ne faites point grâce aux hommes, votre Père céleste ne vous fera point grâce non plus ? Ne disons-nous pas à Dieu, dans l'oraison dominicale : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ?

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