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13 Octobre 2009
LA SPIRITUALITE PASTORALE DU CURE D'ARS
Par Mgr Ancel, évêque auxiliaire de Lyon, supérieur du Prado.
- Ars, 24 septembre 1959 -
[dans le cadre des Journées Sacerdotales du Centenaire]
I -
LA PRIERE
3- Les caractéristiques de sa prière
Quelque ce soit la forme de la prière du Curé d’Ars : messe et bréviaire ; adoration silencieuse et présence à Dieu dans ses activités, la prière du Curé d’Ars présente quelques caractéristiques que l’on retrouve partout.
La prière du Curé d’Ars est d’abord une union à Dieu dans l’amour (Nodet, 85). « Dans cette union intime, Dieu et l’âme sont comme deux morceaux de cire fondus ensemble » (Nodet, 80). « Je voudrais bien pouvoir me perdre et ne plus me retrouver qu’en Dieu » (Nodet, 81). « La prière… C’est une douce amitié, une familiarité étonnante… » (Nodet, 85). « On en voit qui se perdent dans la prière comme un poisson dans l’eau » (Nodet, 95). « Plus on prie, plus on veut prier. C’est comme un poisson qui nage d’abord à la surface de l’eau, qui plonge ensuite et qui va toujours en avant. L’âme se plonge, s’abîme, se perd dans les douceurs de la conversation avec Dieu » (Nodet, 95). Et pour terminer : « Si nous comprenions le bonheur que nous avons de pouvoir aimer Dieu, nous demeurerions immobiles dans l’extase » (Nodet, 94).
La prière du Curé d’Ars est aussi une prière à l’Esprit Saint pour être éclairé par lui et dirigé par lui. N’oublions pas que le Père Lacordaire l’a remercié par ce qu’il lui avait appris à connaître le Saint Esprit (Nodet, 58). Il disait : « Quand on est conduit par un Dieu de Force et de Lumière, on ne peut pas se tromper » (Nodet, 55). « Le Saint Esprit nous fait distinguer le vrai du faux et le bien du mal » (Nodet, 55). « Il faudrait dire chaque matin : « Mon Dieu, envoyez-moi votre Esprit qui me fasse connaître ce que je suis et ce que vous êtes » (Nodet, 57). « Ceux qui ont le Saint Esprit ne produisent rien de mauvais, tous les fruits du Saint Esprit sont bons » (Nodet, 57). « Nous n’avons qu’à dire oui et nous laisser conduire.»(Nodet, 57)
La prière du Curé d’Ars est une supplication constante pour la conversion des pécheurs. Non seulement il priait lui-même, mais il demandait à chacun de prier pour sa propre conversion : « Si vous lui demandiez de tout votre coeur votre conversion, sûr, vous l’obtiendriez » (Nodet, 90), et pour la conversion des autres : « Que d’âmes vous pouvez ramener à Dieu par la prière ! » (Nodet, 89). Il disait aussi : « La prière est toute-puissante auprès de Dieu. Dieu est facile à gagner par la prière. Si l’on pouvait prier en enfer, l’enfer n’existerait plus » (Nodet, 89). Enfin ce texte : « Priez pour les pécheurs, c’est la plus belle et la plus utile des prières, car les justes sont sur le chemin du ciel, les âmes du Purgatoire sont sûres d’y entrer, mais les pauvres pécheurs… les pauvres pécheurs… toutes les dévotions sont bonnes, mais il n’y en a pas de meilleure que celle-là » (Nodet, 137).
Ce que nous venons de dire se rapporte d’abord à la prière proprement dite, quand on ne fait pas autre chose que prier ; mais cela se rapporte aussi à ce que nous appelons maintenant la prière dans la vie. Il disait que « nous ne devrions pas plus perdre la présence de Dieu que nous ne perdons la respiration » (Nodet, 85). Il disait aussi : « Allons, mon âme, tu vas converser avec le Bon Dieu, travailler avec lui, marcher avec lui, combattre et souffrir avec lui. Tu travailleras, mais il bénira ton travail ; tu marcheras, mais il bénira tes pas ; tu souffriras, mais il bénira tes larmes » (Nodet, 87). Finalement, la vie tout entière se réalise dans l’union à Dieu : « Être aimé de Dieu, être uni à Dieu… Vivre en la présence de Dieu, vivre pour Dieu : ô belle vie… et belle mort… Tout sous les yeux de Dieu, tout avec Dieu, tout pour plaire à Dieu… oh !que c’est beau ! » (Nodet,80).
À première vue, cet exposé sur la prière ne semble pas caractériser une spiritualité pastorale. En réalité, ce que nous venons de dire explique tout le reste. Le Curé d’Ars enfant, adolescent, jeune homme, a toujours prié et Dieu lui avait déjà inspiré de se donner tout entier au salut de ses frères. Une fois prêtre et curé, sa prière a pris de nouvelles dimensions, mais elle est restée dans la même ligne. C’est dans la prière que le Curé d’Ars a tout appris. C’est dans l’union à Dieu que s’est constituée sa spiritualité pastorale dans tout ce qu’elle a d’essentiel. On est bien obligé de reconnaître que la prière a été non seulement l’âme de son apostolat, mais dans un sens, elle a été tout son apostolat. La prière lui a appris le sens de Dieu et le sens du péché ; elle lui a fait comprendre sa responsabilité de prêtre ; elle a été la source où il puisait pour prêcher ; elle a été au point de départ de toutes ses activités.
Si nous voulons concrétiser par une image, regardons la statue de Cabuchet. C’est bien lui, le Curé d’Ars !
Toute sa spiritualité pastorale est contenue dans son union à Dieu. Nous pourrions donc nous arrêter là, mais on comprendra mieux la prière du Curé d’Ars, en exprimant successivement tout ce qu’il a trouvé dans sa prière et tout ce qui en découle.