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Le blog de l'Abbé Benoît

Un blog qui donne de vivre joyeusement sa foi en Dieu Trinité. Faire connaître, aimer, adorer, louer Dieu en tout tant et en toute circonstance et vivre constamment dans l'action de grâce.

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III. 2 - La lutte contre le péché

LA SPIRITUALITE PASTORALE DU CURE D'ARS

Par Mgr Ancel, évêque auxiliaire de Lyon, supérieur du Prado. 
- Ars, 24 septembre 1959 -

[dans le cadre des Journées Sacerdotales du Centenaire


2 - La lutte contre le péché

On sent, à travers les expressions du Curé d’Ars, qu’il ne pouvait pas rester indifférent devant le péché et devant la tiédeur. Mais pour mieux comprendre l’ardeur de sa lutte, il faut comprendre la profondeur de sa souffrance.

Le Curé d’Ars a dit un jour : « Si je n’avais pas été prêtre, je n’aurais jamais su ce que c’était que le péché » (Nodet, 147), et la grande souffrance de son sacerdoce a été de voir le Bon Dieu offensé : « Non il n’y a rien au monde de plus malheureux qu’un prêtre ! À quoi se passe sa vie ? À voir le Bon Dieu offensé. Le prêtre ne voit que cela. Il est toujours comme Saint Pierre au prétoire. Il a toujours sous les yeux Notre Seigneur insulté, méprisé, couvert d’opprobres… Oh ! si j’avais su ce que c’était qu’un prêtre, au lieu d’aller au séminaire, je me serais bien vite sauvé à la Trappe ! » (Nodet, 104). Et cette phrase qui résume tout : « Je suis triste de voir offenser le Bon Dieu » (Nodet, 144).

Enfin la pensée de l’enfer le tourmente. Il ne menace pas, mais il a peur pour ceux qu’il aime. Vous connaissez le texte : « Maudits de Dieu !… Maudits de Dieu ! Ah ! Quel horrible malheur !!! Comprenez-vous, mes enfants ? maudits de Dieu ! Maudits de Dieu, qui ne sait que bénir ! maudits de Dieu, qui est tout amour ! maudits de Dieu, qui est la bonté même ! maudits sans rémission ! maudits pour toujours ! maudits de Dieu !!! (Pendant un quart d’heure il ne put dire autre chose) » (Nodet, 242). Car c’est encore dans une perspective d’amour qu’il contemple l’enfer. Ce n’est pas le feu de l’enfer qui lui fait peur, c’est qu’on ne peut pas aimer le Bon Dieu dans l’enfer » (Nodet, 241). « L’enfer où il sera si dur d’être séparé de Lui » (Nodet, 242).

C’est une souffrance semblable, à en pleurer, qui envahit son âme à la pensée de tant de chrétiens, même pratiquants, qui oublient Dieu : « L’autre jour, je revenais de Savigneux. Les petits oiseaux chantaient dans le bois. Je me suis mis à pleurer. Pauvres petites bêtes, me suis-je dit, le Bon Dieu vous a créées pour chanter et vous chantez… Et l’homme a été fait pour aimer Dieu, et il ne l’aime pas » (Nodet, 170). Il disait aussi : « Oh mes enfants, que c’est triste ! Les trois quarts des chrétiens ne travaillent qu’à satisfaire ce cadavre qui va bientôt pourrir dans la terre… Ils manquent d’esprit et de bon sens » (Nodet, 168).

On comprend alors l’ardeur avec laquelle le Curé d’Ars s’est donné au travail pastoral pour arracher les hommes au péché et à la tiédeur et pour les mettre dans la voie de l’amour de Dieu : « Quand j’étais jeune, je pensais : Si j’étais prêtre, je voudrais gagner beaucoup d’âmes au Bon Dieu » (Nodet, 226). On comprend sa vie de prière pour la conversion des pécheurs, sa participation aux missions par la prédication et ensuite par des fondations, sa présence sans arrêt au confessionnal. Et il disait : « Si j’avais déjà un pied dans le ciel et qu’on vînt me dire de revenir sur la terre pour travailler à la conversion d’un pécheur, je reviendrais volontiers. S’il fallait rester jusqu’à la fin du monde, me lever à minuit, et souffrir comme je souffre, je resterais volontiers pour continuer à travailler à la conversion des pécheurs » (Nodet, 227). Quand il y avait moins de monde à Ars, « il faisait des neuvaines pour que les foules reviennent » (Nodet, 228).

Quant aux chrétiens qui étaient plus ou moins dans la tiédeur, il luttait pour les arracher à cette tiédeur et à toutes les occasions du péché. Ce fut pratiquement tout son ministère de Curé d’Ars. Il agissait différemment suivant les possibilités de chacun, mais il ne se résignait pas à voir les gens croupir dans l’indifférence et dans une vie moralement correcte mais étrangère à l’amour de Dieu et à l’amour du prochain. Sachant que trop facilement on se rassure dans cette tiédeur, il s’efforce de secouer ceux qui s’endorment. « On demeure en arrière, on dit : Pourvu que je me sauve, c’est tout ce qu’il me faut. Je ne veux pas être un saint ». Si vous n’êtes pas un saint, vous serez un réprouvé : il n’y a pas de milieu. Il faut être ou l’un ou l’autre.

Prenez-y garde » (Nodet, 168). En même temps, il leur rappelle qu’ils ne sont pas morts malgré leur

tiédeur : « Ceux qui ne font aucun effort pour se vaincre et pour faire de dignes fruits de pénitence sont comme des arbres en hiver : ils n’ont ni feuilles, ni fruits, et pourtant ils ne sont pas morts » (Nodet, 168). Il faut donc absolument sortir de cet état et se mettre à aimer Dieu en vérité. C’est pourquoi il les exhorte à la foi : « Combien l’homme sentirait son bonheur s’il avait la foi… mais une foi vive » (Nodet, 68) et à une charité authentique. « Il n’y a pas deux bonnes manières de servir Notre Seigneur, il n’y en a qu’une, c’est de le servir comme il veut être servi » (Nodet, 75). Et il faut aller jusqu’au bout : « Aimer Dieu, ce n’est pas être fidèle à accomplir une partie de nos devoirs et négliger l’autre, le Bon Dieu ne veut point de partage. Ce n’est pas seulement lui dire de bouche : mon Dieu, je vous aime. Aimer Dieu de tout son coeur, de tout son esprit, de toutes ses forces, c’est le préférer à tout, c’est être prêt à perdre ses biens, son bonheur, sa vie même plutôt que de l’offenser. Aimer Dieu, c’est n’aimer rien autant que lui, rien d’incompatible avec lui, rien qui partage notre coeur avec Lui » (Nodet, 76).

Nous retrouvons ici l’orientation positive dans le sens de l’amour qui caractérise la spiritualité pastorale du Curé d’Ars. Encore une fois, il faut le répéter : c’est l’amour qui le guide et rien d’autre.

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