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18 Octobre 2009
LA SPIRITUALITE PASTORALE DU CURE D'ARS
Par Mgr Ancel, évêque auxiliaire de Lyon, supérieur du Prado.
- Ars, 24 septembre 1959 -
[dans le cadre des Journées Sacerdotales du Centenaire
IV - LE PRETRE ET LA RESPONSABILITE PASTORALE.
Tout se tient dans la spiritualité pastorale du Curé d’Ars. Au point de départ, la prière par lesquels il est en contact avec Dieu et par laquelle il découvre Dieu. Ayant le sens de Dieu, il s’oriente et oriente les autres vers l’amour de Dieu. En Dieu aussi, il trouve le sens du péché et il se met à lutter de toutes ses forces contre le péché. C’est encore en Dieu, qu’il découvre la beauté et la grandeur du sacerdoce ainsi que les exigences de la responsabilité pastorale, qu’il s’unit au Christ, souverain prêtre, dans l’immolation de son être, et qu’il se donne de tout coeur au salut de ses frères dans la prédication, la confession et l’action.
1 - Beauté et grandeur du sacerdoce - responsabilité pastorale
Le Curé d’Ars a certainement reçu dans la prière de grandes lumières sur le sacerdoce. Certaines expressions sont caractéristiques.
« Si le prêtre était bien pénétré de la grandeur de son ministère, il pourrait à peine vivre » (Nodet, 100). « Si l’on comprenait bien le prêtre sur la terre, on mourrait non de frayeur, mais d’amour » (Nodet, 100).
1. Ce qui fait la grandeur du prêtre, c’est « qu’il tient la place de Dieu, il est revêtu de tous les pouvoirs de Dieu » (Nodet, 99). Aussi, « si on avait la foi, on verrait Dieu caché dans le prêtre comme une lumière derrière un verre » (Nodet, 99). C’est pourquoi il disait : « Quand vous voyez le prêtre, pensez à Notre Seigneur Jésus-Christ » (Nodet, 100), ou encore : « On doit regarder le prêtre lorsqu’il est à l’autel et en chaire comme si c’était Dieu lui-même » (Nodet, 99).
À un point de vue complémentaire, il disait : « C’est le prêtre qui continue l’oeuvre de Rédemption sur la terre. Sans le prêtre, la mort et la Passion de Notre seigneur ne serviraient de rien » (Nodet, 100). Par le fait même, le prêtre doit se sanctifier. C’était une évidence pour le Curé d’Ars. Et la sanctification du prêtre, il la voyait d’une façon spéciale dans l’effort accompli pour vivre dans la foi ses fonctions sacerdotales. Il disait : « Ce qui nous empêche d’être des saints, nous autres prêtres, c’est le manque de réflexion. On ne rentre pas en soi-même ; on ne sait pas ce qu’on fait. C’est la réflexion, l’oraison, l’union à Dieu qu’il nous faut !… » (Nodet, 102). Il s’inquiète spécialement au sujet du prêtre : « C’est qu’on ne fait pas attention à la messe ! Hélas ! Mon Dieu ! Qu’un prêtre est à plaindre quand il fait cela comme une chose ordinaire !… » (Nodet, 108).
Pour le Curé d’Ars, la messe et la prédication ont toujours été une immense consolation. Il disait : « On ne comprendra le bonheur qu’il y a de dire la messe que dans le ciel ! » (Nodet, 107) ; il disait aussi : « Je ne me repose que deux fois par jour : à l’autel et en chaire » (Nodet, 109).
2. Mais dans le sacerdoce, il ne suffit pas d’être l’instrument du Christ pour célébrer la messe et donner sa parole, il faut aussi prendre la responsabilité pastorale des hommes, et le Curé d’Ars disait : « Je ne suis pas fâché d’être prêtre pour dire la Sainte Messe, mais je ne voudrais pas être curé, j’en suis fâché » (Nodet, 105).
Nous abordons ici un point particulièrement délicat dans la spiritualité pastorale du Curé d’Ars. Nous ne pouvons pas nous étendre sur ce point ; nous pouvons seulement dire que la crainte qui s’emparait de son âme lorsqu’il pensait à sa responsabilité pastorale a été, pour lui, l’occasion d’une purification spirituelle très profonde, et elle est, pour nous, l’occasion d’une réflexion salutaire. Il disait, en effet : « Ce qui est un grand malheur pour nous autres curés, c’est que l’âme s’engourdit. Au commencement, on était touché de l’état de ceux qui n’aimaient pas le Bon Dieu. Après on dit : En voilà qui font bien leur devoir, tant mieux ! En voici qui s’éloignent des sacrements, tant pis ! Et l’on en fait ni plus ni moins… » (Nodet, 104-105). Dieu a voulu nous secouer dans notre indifférence, en nous montrant le sens que le Curé d’Ars avait de sa responsabilité.
Il faut nous arrêter un moment, afin de mieux comprendre de quoi il s’agit. Il ne faudrait pas nous rassurer trop vite en pensant au grand nombre de nos activités. L’activité pastorale est une chose. La responsabilité pastorale en est une autre. Le Curé d’Ars a fait la distinction : « Je me lèverais toujours à minuit ! Ce n’est pas la fatigue qui m’effraie ; je serais le plus heureux des prêtres, si ce n’était pas cette pensée qu’il faut paraître au tribunal de dieu comme curé ! » (Nodet, 105).
Il ne se mettait donc pas au point de vue du jugement de ses paroissiens ou de ses confrères ou même de son évêque, il se préoccupait seulement du jugement de Dieu. Curé, il devra répondre devant Dieu de ses paroissiens.
Ne cherchons pas à expliquer davantage. Dans la prière, Dieu l’avait éclairé sur sa misère et sur sa responsabilité. Il avait été écrasé. Il se sentait « incapable, à cause de son ignorance et de son peu de vertu, de remplir les fonctions de curé » (Nodet,106). Puissions-nous être un peu éclairés pendant le temps de notre vie terrestre, de peur que nous soyons condamnés en arrivant devant le tribunal de Dieu !
Nous pouvons regretter que le Curé d’Ars ait été si tourmenté dans son angoisse ; nous pouvons regretter encore plus d’être si peu tourmentés dans notre responsabilité pastorale. Il y a là une leçon que nous devons savoir lire.