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23 Octobre 2009
LA SPIRITUALITE PASTORALE DU CURE D'ARS
Par Mgr Ancel, évêque auxiliaire de Lyon, supérieur du Prado.
- Ars, 24 septembre 1959 -
[dans le cadre des Journées Sacerdotales du Centenaire
CONCLUSION
Je n’ai pas trouvé dans le Curé d’Ars ce que j’y cherchais ; mais j’y ai trouvé ce que je ne cherchais pas, et cette découverte m’a bouleversé.
Au fond, toute le spiritualité pastorale du Curé d’Ars repose sur la prière. Et c’est là un premier sujet de réflexion. Où en sommes-nous ? Sans doute, il peut y avoir des voies d’accès différentes dans la montée spirituelle, mais tout prêtre doit devenir vraiment un homme de prière. Pouvons-nous dire que la prière a dans notre vie pastorale, la place qu’elle doit avoir ? Combien de temps donnons-nous à l’oraison ? Comment disons-nous notre bréviaire ? Notre messe, elle-même, que devient-elle dans notre vie surchargée ?
Rappelons-nous aussi que, dans son contact avec Dieu, le Curé d’Ars a puisé, à la fois le sens de Dieu et le sens du péché. Nous avons sans doute le sens de l’humain. Avons-nous assez le sens de Dieu ? Est-ce que notre spiritualité pastorale est toute fondée sur l’amour et toute orientée vers l’amour ? Nous sommes au temps de l’humanisme athée. Comment réagissons-nous ?
Enfin, avons-nous vraiment le sens de la responsabilité pastorale ? Ne confondons pas la responsabilité d’une paroisse ou d’un mouvement avec la responsabilité pastorale. Normalement, cela devrait aller ensemble. Ce n’est pas toujours vrai. Parfois, la responsabilité des paroisses, des oeuvres et des mouvements est exercée d’une façon trop humaine et on ne pense pas assez que l’on est responsable, devant Dieu, de chaque personne qui nous est confiée par l’Église. Nous nous donnons avec énergie et générosité à de nombreuses activités, mais avons-nous assez le souci de sauver les personnes ? Un signe : quelle place donnons-nous à la souffrance et à la croix dans notre vie ? Ce n’est pas l’action, mais la passion qui sauve.
Et dans l’exercice de notre responsabilité pastorale, quelle importance donnons-nous à la parole de Dieu et au sacrement de pénitence ?
Bien sûr, nous sommes d’accord sur ces différents points. Mais c’est un accord plus théorique que pratique ; de même, je sais bien qu’il ne faut rien exagérer ; il y a la prière dans notre vie et nous gardons, au moins jusqu’à un certain point, le sens de Dieu et le sens du péché ; nous avons aussi le sens de notre responsabilité et nous croyons à la parole de Dieu et au sacrement de pénitence.
C’est vrai, mais quand on entre davantage en contact avec le Curé d’Ars, on a l’impression que ce n’est pas suffisant, que le Bon Dieu n’est pas satisfait et que les âmes vont continuer à se perdre.
Il me semble que le Curé d’Ars nous demande de réfléchir. Il nous dit : « Que c’est dommage ! vous ne priez pas assez ». Et c’est là que je me sens bouleversé.
Nous ne sauverons « la génération incrédule et perverse » dans laquelle nous vivons que dans la mesure où nous serons des hommes de prière.
Ce n’est pas sérieux, ce que nous faisons. Ce n’est pas suffisant.
Il faudra peut-être des réformes profondes dans notre vie ; il faudra peut-être modifier certaines habitudes.
Mais on ne peut pas continuer comme nous le faisons. Il faut que ça change.
Vous le comprenez bien, je ne vous parle pas maintenant des méthodes pastorales, mais de la spiritualité pastorale… Il faudra toujours améliorer, perfectionner et adapter sans cesse nos méthodes… Il faudra même peu à peu remplacer une pastorale qui est restée trop empirique par une pastorale scientifique.
Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est au niveau spirituel. Nous n’arrêterons pas le fléau de la
déchristianisation, nous ne baptiserons pas les civilisations nouvelles qui grandissent partout dans le monde, si nous ne devenons pas des hommes de prière, des hommes de Dieu, des hommes qui entrent dans le mystère de la Rédemption en devenant victimes avec le Christ.
J‘ai honte de vous parler comme je le fais maintenant. J’en suis tellement éloigné. Mais il ne s’agit pas de moi. C’est le message du Curé d’Ars que je voudrais vous transmettre. Dieu l’a choisi avec toutes ses difficultés intellectuelles, pour nous confondre, nous qui nous appuyons sur notre intelligence, nos méthodes et notre savoir-faire.
Dieu lui a inspiré des mortifications extraordinaires, afin de nous secouer, nous qui voudrions bien sauver les hommes sans trop souffrir.
Dieu l’a livré à des épreuves intérieures et extérieures accablantes, afin de lui apprendre à s’appuyer uniquement sur Lui, alors que nous sommes si portés à nous appuyer sur nous-mêmes et que nous voudrions être toujours entourés d’estime et de sympathie.
Par-dessus tout, Dieu en a fait l’homme de la prière afin qu’il devienne pour nous, en même temps qu’un reproche vivant pour notre tiédeur, un appel constant à lui ressembler davantage.
Puissions-nous comprendre ces grandes leçons et savoir en profiter !